dimanche 9 juin 2019

Fête de la Pentecôte. L'Esprit Saint descend dans le cœur des Apôtres

Saint Séraphin de Sarov nourrissant un ours

Entretien de Saint Séraphim de Sarov avec Motovilov sur la lumière du Saint Esprit, chap. 7, La manifestation de la présence de l’Esprit Saint. La lumière, le bien-être, le silence, la douceur, la chaleur, l’aromate, la joie. « Le Royaume des Cieux est la paix et la joie en l’Esprit Saint ».

- Quand même, répondis-je, je ne comprends pas encore comment je puis être vraiment sûr d’être dans l’Esprit Saint ! Comment puis-je en moi-même reconnaître Sa véritable présence ? 

Petit Père Séraphim répondit : « J’ai déjà dit, votre Théophilie, que c’était fort simple et vous ai raconté d’une façon détaillée comment les hommes peuvent être en la plénitude de l’Esprit Saint et comment il faut reconnaître Son apparition en nous. Alors, petit père, que voulez-vous de plus ? ».
- Il me faut, dis-je, pouvoir le comprendre mieux encore !
Alors Père Séraphim me serra fortement les épaules et dit :
- Nous sommes tous les deux en la plénitude de l’Esprit Saint ! Pourquoi ne me regardes-tu pas ? 
- Je ne le puis, dis-je, petit Père car des foudres jaillissent de vos yeux. Votre face est devenue plus lumineuse que le soleil et mes yeux sont broyés de douleur ! 
- N’ayez pas peur, dit saint Séraphim. Vous êtes devenu aussi lumineux que moi; vous êtes aussi, à présent, en la plénitude de l’Esprit Saint Autrement, vous n’auriez pu me voir ainsi ». Et inclinant la tête vers moi, il me dit doucement à l’oreille: « Remerciez le Seigneur de nous avoir donné Sa Grâce ineffable. Vous avez vu que je n’ai même pas fait un signe de croix; seulement, dans mon cœur, en pensée, j’ai prié le Seigneur Dieu et j’ai dit: « Seigneur, rends-le digne de voir clairement avec ses yeux de chair la descente de l’Esprit Saint, comme Tu l’as fait voir à Tes serviteurs élus quand Tu daignas apparaître dans la magnificence de Ta Gloire ! ». Et voilà, petit père, Dieu exauça immédiatement l’humble prière de l’humble Séraphim ! Comment pourrions-nous ne pas Le remercier pour ce don inexprimable accordé à nous deux ? 
Réalisez, petit père, que ce n’est pas toujours aux grands ermites que Dieu manifeste ainsi Sa Grâce. Telle une mère compatissante, cette Grâce de Dieu a daigné panser votre cœur douloureux par l’intercession de la Mère de Dieu elle-même.
Alors, pourquoi ne me regardez-vous pas dans les yeux ? Osez me regarder simplement et sans crainte ! DIEU EST AVEC NOUS ! 

Le mystère de la Pentecôte,
grandes Heures d'Anne de Bretagne
Après ces mots, je regardai sa face et une peur surnaturelle encore plus grande m’envahit. Représentez-vous la face d’un homme qui vous parle au milieu d’un soleil de midi. Vous voyez les mouvements de ses lèvres, l’expression changeante de ses yeux, vous entendez sa voix, Vous sentez que quelqu’un vous serre les épaules de ses mains, mais vous n’apercevez ni ses mains, ni son corps, ni le vôtre, mais seulement cette éclatante lumière qui se propage à plusieurs mètres de distance tout autour, éclairant la surface de neige recouvrant la prairie, et la neige qui continue à nous saupoudrer, le grand Staretz et moi-même. Qui pourrait imaginer mon état d’alors ! 
- Que sentez-vous à présent ? demanda saint Séraphim. 
- Je me sens extraordinairement bien ! 
- Mais... Comment cela, « bien » ? En quoi consiste ce « bien » ? 
- Je ressens en mon âme un silence, une paix, tels que je ne puis l’exprimer par des paroles... 
- C’est là, votre Théophilie, dit le petit Père Séraphim, cette paix même que le Seigneur désignait à Ses disciples lorsqu’Il leur disait: « Je vous donne Ma paix, non comme le monde la donne. C’est Moi Qui vous la donne. Si vous étiez de ce monde, le monde aurait aimé les siens. Je vous ai élus et le monde vous hait. Soyez donc téméraires, car J’ai vaincu le monde ! ».

C’est à ces hommes, que le monde hait, élus de Dieu, que le Seigneur donne la paix que vous ressentez à présent - « cette paix », dit l’Apôtre, « qui dépasse tout entendement ». 
L’Apôtre désigne ainsi cette paix parce qu’on ne peut exprimer par aucune parole le bien-être que ressent l’âme des hommes dans le cœur desquels le Seigneur Dieu l’enracine. Le Christ Sauveur l’appelle « Sa paix », venant de Sa propre générosité et non de ce monde, parce qu’aucun bonheur terrestre provisoire ne peut donner cette paix. Elle est donnée d’En Haut par le Seigneur Dieu Lui-même, c’est pourquoi elle se nomme: « LA PAIX DU SEIGNEUR ». 

- Mais que ressentez-vous en plus de la paix ? demanda saint Séraphim.
- ....une douceur extraordinaire...
- C’est cette douceur dont parlent les Saintes Écritures: « Ils boiront le breuvage de Ta maison et Tu les désaltéreras par le torrent de Ta douceur ». C’est cette douceur qui déborde dans nos cœurs et s’écoule dans toutes nos veines en un inexprimable délice. On dirait qu’elle fait fondre nos cœurs, les emplissant d’une telle béatitude qu’aucune parole ne saurait la décrire. Et que sentez-vous encore ?
- Tout mon cœur déborde d’une joie indicible.
- Quand le Saint Esprit, continua saint Séraphim, descend vers l’homme et le couvre de la plénitude de Ses dons, l’âme de l’homme se remplit d’une inexprimable joie, parce que le Saint Esprit recrée en joie tout ce qu’Il a effleuré. C’est de cette même joie dont parle le Seigneur dans l’Évangile: « Quand la femme enfante, elle est dans la douleur, car son heure est arrivée. Mais, ayant mis au monde un enfant, elle ne se souvient plus de la douleur, tant la joie d’avoir enfanté est grande. Vous aurez de la douleur dans le monde, mais quand Je vous visiterai, vos cœurs se réjouiront et votre joie ne vous sera point ravie ». 
 
Pour autant qu’elle soit consolation, cette joie que vous ressentez à présent dans votre cœur, votre Théophilie, n’est rien en comparaison, de celle dont le Seigneur Lui-même a dit par le voix de Son Apôtre: « La joie que Dieu réserve à ceux qui l’aiment ne peut être vue, ni entendue, ni ressentie par le cœur de l’homme dans ce monde ». 
Ce ne sont que des « acomptes » de cette joie qui nous sont à présent accordés, et si déjà nous ressentons en nos cœurs douceur, jubilation et bien-être, que dire alors de cette autre joie qui nous est réservée dans le ciel à nous qui pleurons ici-bas. 
Ainsi, votre Théophilie, vous aussi avez assez pleuré dans votre vie sur cette terre, et voyez par quelle joie vous console dès ici-bas le Seigneur. Maintenant, petit père, c’est à nous d’œuvrer en accumulant les efforts, croissant de force en force pour atteindre la mesure de l’âge (maturité) dans l’accomplissement de l’œuvre du Christ et pour que les paroles du Seigneur s’accomplissent en nous: « Ceux qui patienteront au nom du Seigneur changeront de force, obtiendront des ailes, tels des aigles, s’épancheront sans fatigue, partiront sans connaître jamais la faim, croissant de force en force, et le Dieu des dieux leur apparaîtra dans la Sion de sagesse et de visions célestes ». 

C’est alors que notre joie actuelle, trop petite et éphémère, nous sera donnée en sa plénitude sans que personne ne puisse nous la ravir et nous remplira de jouissances célestes inexprimables.

- Que sentez-vous en plus de cela, votre Théophilie ?
- Une chaleur extraordinaire, répondis-je.
- Comment cela, chaleur ? Ne sommes-nous pas en pleine forêt, l’hiver, la neige sous nos pieds, qui nous recouvre d’une couche épaisse et continue à nous saupoudrer ? Quelle chaleur pouvez-vous ressentir ici ?
- Mais une chaleur comparable à celle d’un bain de vapeur à l’instant où son tourbillon vous enveloppe.
- Et l’odeur que vous sentez, est-elle aussi comme aux bains ? 
- Oh ! que non, dis-je. Rien sur la terre ne peut se comparer à cet aromate. Quand autrefois j’aimais danser, aux réunions et aux bals, feu ma petite mère me parfumait parfois avec des parfums qu’elle achetait dans les meilleurs magasins de Kazan. Mais ces parfums ne sont rien en comparaison de ces « aromates ».
Petit Père Séraphim, alors, sourit agréablement en disant:
- Je sais, en vérité, que c’est bien ainsi et c’est exprès que je vous questionne sur ce que vous ressentez ! C’est bien vrai, votre Théophilie, rien ne peut se comparer avec le parfum que nous humons actuellement, car c’est l’aromate de l’Esprit Saint qui nous enveloppe. Quelle chose terrestre peut lui être comparée ?
- Notez bien, votre Théophilie, que vous m’avez dit tout à l’heure, qu’il faisait chaud comme aux bains. Pourtant regardez, la neige qui nous recouvre ne fond point, non plus que celle qui est sous nos pieds: cette chaleur n’est donc pas dans l’air, mais à l’intérieur de nous-mêmes. C’est cette chaleur que l’Esprit Saint nous fait demander dans la prière, quand nous clamons vers Dieu: « Que Ton Saint Esprit me réchauffe ! ».
  
Réchauffés par cette chaleur, les ermites ne craignaient plus le froid de l’hiver, habillés comme par des pelisses chaudes dans un vêtement tissé par la Grâce de l’Esprit Saint.
Et c’est ainsi que les choses doivent être en réalité, puisque la Grâce divine doit habiter au plus profond de nous, dans notre cœur, comme l’a dit le Seigneur: « LE ROYAUME DES CIEUX EST EN VOUS ».
Et, par le « Royaume des Cieux », le Seigneur entendait la Grâce de l’Esprit Saint. C’est ce « Royaume des Cieux » qui se trouve à présent en nous, et la Grâce de l’Esprit Saint nous éclaire et nous réchauffe aussi de l’extérieur, et embaume l’air environnant de divers parfums et réjouit nos sens de célestes délices, désaltérant nos cœurs d’une inexprimable joie. Notre état actuel est celui-là même dont l’Apôtre Paul disait : « LE ROYAUME DES CIEUX N’EST POINT DE CE MONDE. »


Si l'Eglise, en la personne du Pape Léon XIII, accorde à tous les fidèles en état de grâce l'indulgence plénière pour avoir vécu la neuvaine à l'Esprit Saint de l'Ascension à la Pentecôte, elle nous invite à poursuivre cette semaine, jusqu'en la fête de l'adorable Très Sainte Trinité.

Sainte octave !



vendredi 7 juin 2019

Viens, ô Esprit Saint ! Renouvelle nos cœurs et la face de la terre !


Du vénérable Pie XII, Allocution aux curés de Rome et aux prédicateurs de Carême, 17 février 1942

Le Christ, notre avocat, siège à la droite du Père. Il n'est plus visible dans sa nature humaine parmi nous. Mais il daigne rester avec nous jusqu'à la consommation des siècles, invisible sous les apparences du pain et du vin dans le sacrement de son amour. C'est le grand mystère d'un Dieu présent et caché, de ce Dieu qui viendra un jour juger les vivants et les morts. 

C'est vers ce grand jour de Dieu que s'avance l'humanité tout entière des siècles écoulés, du présent et de l'avenir. C'est vers ce jour que s'avance l'Église, maîtresse de foi et de morale pour toutes les nations, baptisant au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. Et nous, de même que nous croyons au Père, créateur du ciel et de la terre, au Fils, rédempteur du genre humain, ainsi également nous croyons au Saint-Esprit.
 
Il est l’Esprit procédant du Père et du Fils, comme leur Amour consubstantiel, promis et envoyé par le Christ aux Apôtres au jour de la Pentecôte, vertu d’en-haut qui les remplit. Il est le Paraclet et le Consolateur qui demeure avec eux pour toujours, Esprit invisible, inconnu au monde, qui leur enseigne et rappelle tout ce que Jésus leur a dit.

Montrez au peuple chrétien la puissance divine infinie de cet Esprit créateur, don du Très-Haut, distributeur de tout charisme spirituel, consolateur très bon, lumière des cœurs, qui, dans nos âmes, lave tout ce qui est souillé, arrose ce qui est aride, guérit ce qui est blessé. 

De lui, Amour éternel, descend le feu de cette charité que le Christ veut voir allumé ici-bas ; cette charité qui rend l’Église une, sainte, catholique, qui l’anime et la rend invincible au milieu des assauts de Satan ; cette charité qui unit dans la communion des saints ; cette charité qui renouvelle l’amitié avec Dieu et remet le péché.



mardi 4 juin 2019

Mois du Sacré-Coeur


Saint Bonaventure, La Vigne mystique n.2

Les soldats percèrent et transpercèrent non seulement les mains de Jésus mais les pieds ; la lance de leur fureur perça même le côté et, jusqu'au fond, le Cœur sacré déjà percé par la lance de l'amour.

« Vous avez blessé mon cœur, ô ma sœur, mon épouse ; vous avez blessé mon cœur !  » dit-il (Cant. 4, 9). Ô très aimant Jésus, votre épouse, votre sœur, votre amie ayant blessé votre cœur, était-il donc nécessaire que vos ennemis le blessent à leur tour ? Et vous, ses ennemis, que faites-vous ? S'il est déjà blessé, ou plutôt parce qu'il est blessé, le cœur du très doux Jésus, pourquoi lui infliger une seconde blessure ? Ignorez-vous donc qu'à la première blessure le cœur s'éteint et devient en quelque sorte insensible ?

Le cœur de mon très doux Seigneur Jésus est mort parce qu'il a été blessé ; une blessure d'amour a envahi le cœur de Jésus notre Époux, une mort d'amour l'a envahi. Comment une seconde mort entrerait-elle ? « Mais l'amour est fort comme la mort » (Cant. 8,6)  ; bien plus, il est en vérité plus fort que la mort même.

Le Christ Jésus, bon Samaritain
Impossible de chasser la première mort, c'est-à-dire l'amour de tant d'âmes mortes, du cœur qu'elle habite, parce que sa blessure souveraine l'a conquis. De deux adversaires également forts, dont l'un est dans la maison, l'autre dehors, qui doutera en effet que celui qui est dedans remporte la victoire ? Vois donc comme l'amour, qui habite le cœur et le tue d'une blessure d'amour, est fort, et cela est vrai non seulement de Jésus le Seigneur mais encore de ses disciples.

C'est ainsi que fut d'abord blessé et mourut le cœur du Seigneur Jésus, « égorgé pour nous, tout le jour, traité comme une brebis de tuerie » ( Ps 43, 21). La mort corporelle survint cependant et triompha pour un temps mais afin d'être vaincue pour l'éternité.

dimanche 2 juin 2019

Dimanche après l'Ascension

Le grand mystère de l'Ascension

Dom Guéranger, Année liturgique, dimanche après l’Ascension

Jésus est monté aux cieux. Sa divinité n’en avait jamais été absente, mais aujourd’hui son humanité y est intronisée, elle y est couronnée d’un diadème de splendeur ; et c’est là encore une nouvelle face du glorieux mystère de l’Ascension. A cette humanité sainte le triomphe ne suffisait pas ; le repos lui était préparé sur le trône même du Verbe éternel auquel elle est unie éternellement dans une même personnalité, et c’est du haut de ce trône qu’elle doit recevoir les adorations de toute créature. Au nom de Jésus Fils de l’homme et Fils de Dieu, de Jésus assis à la droite du Père tout-puissant, « tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers. »

Habitants de la terre, c’est là cette nature humaine qui apparut autrefois dans l’humilité des langes, qui parcourut la Judée et la Galilée n’ayant pas où reposer sa tête, qui fut enchaînée par des mains sacrilèges, flagellée, couronnée d’épines, clouée à une croix ; mais tandis que les hommes qui l’avaient méconnue la foulaient aux pieds comme un ver de terre, elle acceptait le calice des douleurs avec une entière soumission et s’unissait à la volonté du Père ; elle consentait, devenue victime, à réparer la gloire divine en donnant tout son sang pour la rançon des pécheurs. Cette nature humaine, issue d’Adam par Marie l’immaculée, est le chef d’œuvre de la puissance de Dieu. Jésus, « le plus beau des enfants des hommes », » est l’objet de l’admiration extatique des Anges ; sur lui se sont reposées les complaisances de la suprême Trinité ; les dons de la grâce déposés en lui surpassent ce qui a été accordé à tous les hommes et à tous les esprits célestes ensemble ; mais Dieu l’avait destiné à la voie de l’épreuve, et Jésus qui aurait pu racheter l’homme à moins de frais, s’est plongé volontairement dans une mer d’humiliations et de douleurs, afin de payer avec surabondance la dette de ses frères. Quelle sera la récompense ? l’Apôtre nous le dit dans ces fortes paroles : « Il s’est fait obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix ; à cause de cela Dieu l’a exalté, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom. »

Le Christ règne ! Venez, adorons-Le !
O vous donc qui compatissez ici-bas aux douleurs par lesquelles il nous a rachetés, vous qui aimez à le suivie dans les stations de son pèlerinage jusqu’au Calvaire, levez la tête aujourd’hui, et regardez au plus haut des cieux. Le voici, « parce qu’il a souffert la mort, le voici couronné de gloire et d’honneur. Plus il s’est anéanti sous la forme d’esclave, lui qui dans son autre nature pouvait sans injustice se dire égal à Dieu » ; plus le Père prend plaisir à l’élever en gloire et en puissance. La couronne d’épines qu’il a portée ici-bas est remplacée par le diadème d’honneur. La croix qu’il laissa imposer sur son épaule est désormais le signe de sa principauté. Les plaies que les clous et la lance ont imprimées sur son corps resplendissent comme des soleils. Gloire soit donc rendue à la justice du Père envers Jésus son Fils ! mais réjouissons-nous aussi de voir en ce jour « l’Homme des douleurs » devenu le Roi de gloire, et répétons avec transport l’Hosannah que la cour céleste fait retentir à son arrivée.

Toutefois n’allons pas croire que le Fils de l’homme établi désormais sur le trône de la divinité reste inactif dans son glorieux repos. C’est une souveraineté, mais une souveraineté active que le Père lui a concédée. Il l’a d’abord établi « juge des vivants et des morts, et nous devons tous comparaître devant son tribunal. » A peine notre âme aura-t-elle quitté son corps, qu’elle se trouvera transportée au pied de ce tribunal sur lequel le Fils de l’homme s’est assis aujourd’hui, et elle entendra sortir de sa bouche la sentence qu’elle aura méritée. O Sauveur couronné en ce jour, soyez-nous miséricordieux à cette heure décisive pour notre éternité.

Mais la judicature exercée parle Seigneur Jésus ne se bornera pas à l’exercice silencieux de ce souverain pouvoir ; les Anges nous l’ont dit aujourd’hui : il doit se montrer de nouveau à la terre, redescendre à travers les airs, ainsi qu’il est monté, et alors se tiendront les solennelles assises où le genre humain comparaîtra tout entier. Assis sur les nuées du ciel, entouré des milices angéliques, le Fils de l’homme apparaîtra à la terre dans toute sa majesté. Les hommes verront « Celui qu’ils ont percé », et les traces de ses blessures, qui ajouteront encore à sa beauté, seront pour les uns un objet de terreur et pour les autres la source d’ineffables consolations. Pasteur encore sur son trône aérien, il séparera ses brebis des boucs, et sa voix souveraine que la terre ne connaissait plus depuis tant de siècles, retentira pour commander aux pécheurs impénitents de descendre aux enfers, et pour inviter les justes à venir occuper, en corps et en âme, le séjour des délices éternelles.

En attendant ce dénouement final des destinées de la race humaine, Jésus reçoit aussi du Père, en ce jour, l’investiture visible du pouvoir royal sur toutes les nations de la terre. Nous ayant tous rachetés au prix de son sang, nous sommes à lui ; qu’il soit donc désormais notre Seigneur. Il l’est en effet, et il s’intitule le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Les rois de la terre ne règnent légitimement que par lui, et non par la force, ou en vertu d’un prétendu pacte social dont la sanction ne serait que d’ici-bas. Les peuples ne s’appartiennent pas à eux-mêmes : ils sont à lui. Sa loi ne se discute pas ; elle doit planer au-dessus de toutes les lois humaines comme leur règle et leur maîtresse : « Les nations frémiront sous son sceptre, nous dit le Roi-prophète ; les peuples, pour lui échapper, méditeront de vains systèmes ; les princes de la terre se ligueront contre lui ; ils diront : Brisons son joug, et jetons-le loin de nous. » Inutiles efforts ! car, ainsi que nous ledit l’Apôtre, « il faut qu’il règne, jusqu’à ce qu’il ait mis tous ses ennemis sous les pieds », jusqu’à ce qu’il apparaisse une seconde fois pour abattre la puissance de Satan et l’orgueil des hommes.

Ainsi donc, le Fils de l’homme couronné dans son Ascension doit régner sur le monde jusqu’à ce qu’il revienne. Mais, direz-vous, règne-t-il donc dans un temps où les princes confessent tenir leur autorité du mandat de leurs peuples, où les peuples séduits par ce prestige qu’ils nomment liberté ont perdu jusqu’au sens même de l’autorité ? Oui, il règne, mais dans la justice, puisque les hommes ont dédaigné d’être conduits par sa bonté. Ils ont effacé sa loi de leurs codes, ils ont accordé droit de cité à l’erreur et au blasphème ; alors il les a livrés à leur sens absurde et mensonger. Chez eux le pouvoir éphémère, que l’onction sainte ne rend plus sacré, échappe à tout moment aux mains qui s’efforcent de le retenir, et lorsque les peuples, après avoir roulé dans les abîmes de l’anarchie, essayent de le constituer de nouveau, c’est pour le voir crouler encore, parce que princes et peuples veulent se tenir en dehors du domaine du Fils de l’homme. Et il en sera ainsi, jusqu’à ce que princes et peuples, lassés de leur impuissance, le rappellent pour régner sur eux, jusqu’à ce qu’ils aient repris la devise de nos pères : « Le Christ est vainqueur ! le Christ règne ! le Christ commande ! Daigne le Christ préserver son peuple de tout malheur ! » En ce jour de votre couronnement, recevez donc les hommages de vos fidèles, ô notre souverain Roi, notre Seigneur et notre juge ! Nous qui fûmes par nos péchés les auteurs de vos humiliations et de vos souffrances dans le cours de votre vie mortelle, nous nous unissons aux acclamations que firent entendre les Esprits célestes au moment où le diadème royal fut placé sur votre divin Chef. Nous ne faisons encore qu’entrevoir vos grandeurs ; mais l’Esprit-Saint que vous nous avez promis achèvera de nous révéler tout ce que nous pouvons connaître ici-bas sur votre souverain pouvoir, dont nous voulons être à jamais les humbles et fidèles sujets.


jeudi 30 mai 2019

Ascension du Seigneur


Solennité de l'Ascension de Notre Seigneur
Extraits de l’homélie de saint Jean-Paul II, Rome, le 24 mai 1979

Chers fils et frères et amis en Jésus-Christ,

À l'occasion de cette fête de l'Ascension le Pape est heureux d'offrir le saint Sacrifice eucharistique avec vous et pour vous. ~

Avec joie et animés de nouvelles résolutions pour l'avenir, réfléchissons un moment sur le grand mystère que célèbre la liturgie d'aujourd'hui. Toute la pleine signification de l'Ascension du Christ est exprimée dans les lectures de la Sainte Écriture. La richesse de ce mystère est contenue dans ces deux affirmations : « Jésus donna ses instructions... » puis « Jésus prit place... ».

Selon la Divine Providence - dans l'éternel dessein du Père - l'heure était venue pour le Christ de quitter la terre. Il allait prendre congé de ses apôtres et, avec eux, de Marie sa Mère, mais non sans leur avoir d'abord donné ses instructions. Les apôtres avaient maintenant une mission à accomplir conformément aux instructions laissées par Jésus, et ces instructions étaient à leur tour l'expression fidèle de la volonté du Père.

Ces instructions indiquaient avant tout que les apôtres devaient attendre l'Esprit Saint qui était le don du Père. Il devait être absolument clair dès le début que la source de la force des apôtres était le Saint-Esprit. C'est l'Esprit qui guide l'Église sur les voies de la vérité, l'Évangile doit être propagé par la puissance de Dieu et non par la sagesse ou la puissance de l'homme.

En outre, selon ces instructions, les apôtres étaient chargés de proclamer la Bonne Nouvelle dans le monde entier. Et ils devaient baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Comme Jésus, ils devaient parler clairement du Royaume de Dieu et du salut. Les apôtres devaient rendre témoignage du Christ « jusqu'aux confins de la terre ». L'Église primitive comprit parfaitement ces instructions et c'est ainsi qu'elle inaugura l'ère missionnaire. Et chaque communauté savait que cette ère ne prendrait fin que le jour où le même Jésus qui était monté au ciel, serait revenu.

Ascension du Sauveur, vitrail
Les paroles de Jésus constituèrent pour l'Église un trésor qu'il fallait garder en dépôt et proclamer, méditer et vivre. Et, en même temps, l'Esprit Saint enracina dans l'Église un charisme apostolique qui avait pour objet de garder intacte cette révélation. Par ces paroles Jésus allait vivre toujours dans son Église : « Je suis avec vous pour toujours ». Et la communauté ecclésiale tout entière prit ainsi conscience de la nécessité de la fidélité aux instructions de Jésus, au dépôt de la foi.

Cette sollicitude devait se transmettre de générations en générations, jusqu'à nos propres jours. ~ La parole de Dieu - et seulement la parole de Dieu - est à la base de tout ministère, de toute activité pastorale de toute action sacerdotale. L'autorité de la parole de Dieu a constitué la base dynamique du Concile Vatican II et Jean XXIII l'a mis en évidence dans son discours d'ouverture : « Le souci principal du Concile œcuménique, a-t-il dit, sera celui-ci : que le dépôt sacré de la doctrine chrétienne soit toujours plus effectivement gardé et enseigné » (Discours du 11 octobre 1962). ~ Notre plus grand défi est d'être fidèles aux instructions du Seigneur Jésus.

Et la seconde réflexion sur la signification de l'Ascension est basée sur cette phrase : « Jésus prit sa place... ».
Après avoir subi l'humiliation de sa passion, Jésus prit sa place à la droite de Dieu. Il prit sa place avec le Père éternel. Mais ainsi il pénétra dans les cieux comme notre Tête.

Et là-haut, selon l'expression de Léon le Gand « la gloire de la Tête » devint « l'espoir du corps » (cf. Sermo I de Ascensione Domini). Jésus a pris pour toute l'éternité sa place comme « le premier-né parmi de nombreux frères » (Rm 8, 29). En raison de notre nature nous sommes près de Dieu dans le Christ. Et, comme homme, le Seigneur Jésus est vivant pour toute l'éternité pour intercéder près de son Père en notre faveur (cf. He 7, 25). Et en même temps, du haut de son trône de gloire, Jésus envoie à toute son Église un message d'espérance et une invitation à la sainteté.

Par les mérites de Jésus et grâce à son intercession près de son Père, nous sommes capables d'obtenir en lui la justice et la sainteté de vie. L'Église peut rencontrer des difficultés, l'Évangile peut subir des échecs, mais comme Jésus est assis à la droite du Père, l'Église ne sera jamais vaincue. La puissance du Christ glorifié, du Fils bien-aimé du Père éternel n'a pas de limites et surabonde pour défendre chacun de nous et nous tous dans la fidélité de notre dévouement au Royaume de Dieu et dans la générosité de notre célibat. L'efficacité de l'Ascension du Christ touche chacun de nous dans les réalités concrètes de nos vies quotidiennes. À cause de ce mystère, l'Église tout entière a pour vocation d'attendre « dans une joyeuse espérance la venue de notre Sauveur, Jésus-Christ ».
 
Enluminure de l'Ascension du Sauveur,
Orationes encomiasticae in SS. Virginem Dei Param,
Constantinople
Chers Fils, soyez imprégnés de l'espérance qui est si fortement une part du mystère de l'Ascension de Jésus.
Soyez profondément convaincus de la victoire et du triomphe du Christ sur le péché et la mort.
Ayez conscience que la puissance du Christ est plus grande que notre faiblesse, plus grande que la faiblesse du monde entier.
Tâchez de comprendre et de partager la joie que Marie a éprouvée en sachant que son Fils avait pris sa place près de son Père qu'il aimait infiniment.
Et aujourd'hui renouvelez votre foi dans la promesse de Notre Seigneur Jésus-Christ qui est parti pour nous préparer une place, de sorte qu'il pourra revenir et nous prendre avec lui.

Voilà le mystère de l'Ascension de notre Chef. Rappelons-nous toujours : « Jésus a donné ses instructions » et ensuite « Jésus a pris sa place ». Amen.  



mardi 28 mai 2019

Pour Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, le plus beau !


Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « La dévotion à l’immaculée Vierge Mère de Dieu », pratique 5e, Honorer la très sainte Vierge par différents exercices de piété

Les ornements sont nécessaires pour la majesté de la Religion et pour exciter la dévotion des peuples et il y faudrait employer tous les plus beaux ornements du monde et les plus précieuses richesses pour reconnaître la grandeur infinie de la majesté de Dieu à qui tout est dû et pour lui rendre de plus grands hommages.

Mais qu’il est vrai que son royaume n’est point de ce monde ! Quelle différence de la magnificence des palais des grands de la terre et de celle de ses maisons ? On donne quelquefois à Dieu les restes de la vanité et ce dont l’on est dégoûté.

Messe et vision de Saint Grégoire, par Gregor Claeissens Pieter
~ Il est vrai qu’il faut assister les pauvres qui sont les membres de Jésus-Christ. Mais avant que de dépouiller nos églises de leurs ornements pour leur donner les secours nécessaires il faut ôter aux dames et aux séculiers ceux qui servent à leur vanité.

Il serait à désirer que les plus fervents employassent leur voix et leurs plumes pour crier et pour écrire contre le luxe des mondains qui ont tant de soin de parer leur corps pendant que Jésus-Christ souffre la faim et la soif dans ses membres, de ces dames qui sont couvertes d’or pendant que les membres de Jésus-Christ sont nus. Voilà des sujets qui méritent bien une sainte indignation de leur zèle.



lundi 27 mai 2019

27-28-29 mai. Les Rogations, jeûne et prière

Détail d'une icône, le Seigneur Jésus enfant bénissant
une grappe de raisin.

Homélie de S. Excellence Mgr Raymond Centène, évêque de Vannes, Rogations 2013 (à Notre-Dame de Fatima, Bieuzy-Lanvaux)

Nous voici rassemblés une fois encore pour célébrer les Rogations et je remercie les CPCR de nous offrir le cadre de cette célébration.

Depuis le V° siècle, l’Eglise a pris l’habitude de consacrer tous les ans trois jours consécutifs au jeûne et à la prière pour les fruits de la terre. C’est une manière pour nous de reconnaître la Seigneurie de Dieu sur la Création et de dire qu’elle est dans cette création la juste place de l’homme. La liturgie est une catéchèse, la liturgie est une école de vie. Aujourd’hui, elle nous rappelle que Dieu est le Maître de la création parce qu’il en est l’auteur et parce que par sa Providence il en assure l’ordre et le maintien.

Comme les lectures de cette messe viennent de nous le rappeler, l’homme n’est que le gérant de la création et il n’y trouve sa place de façon harmonieuse que dans le respect des lois de la nature. La liberté de l’homme trouve sa juste place dans l’espace aménagé par le respect de ces lois. L’homme n’est pas au-dessus de la nature, il ne peut en modifier les règles. Il est un des éléments d’un ordonnancement qui le dépasse et si Dieu lui a confié la gérance de la création c’est pour qu’il la gouverne dans le respect des règles établies par le Créateur. Son intelligence lui permet de découvrir ces règles. La raison éclairée par la foi lui permet de connaître ces règles pour en tirer le meilleur parti. Ainsi, le grain qui tombe dans la bonne terre donne du fruit à raison de cent ou soixante ou trente pour un, tandis que celui qui tombe dans les ronces est étouffé. C’est la loi de la nature dont on ne peut pas s’abstraire mais qu’il faut connaître et aimer. Le cantique de l’offertoire nous le rappellera. Ceux qui vivent au contact de la terre le savent. La terre nous enseigne…la terre ne ment pas.

Les Rogations, temps béni de prière pour la bonté de Dieu pour sa création
Ce qui est vrai pour la nature extérieure à l’homme est vrai aussi pour l’homme lui-même, pour la nature humaine. Lorsque les lois humaines prétendent s’affranchir de la loi naturelle, alors c’est le règne de l’arbitraire qui commence, avec tout ce que cela comporte d’injustice, d’iniquité, de chaos !

L’homme est créé à l’image de Dieu et il trouve son bonheur quand il cultive la ressemblance avec son divin modèle. Quand il prétend se faire l’égal de Dieu et dicter ses propres lois, c’est une tragédie qui commence. La Bible nous rappelle quelques-unes de ces tragédies : le péché originel, Sodome et Gomorrhe, la Tour de Babel. Et le démon est toujours prêt à nous suggérer de nouvelles aventures qui nous conduiront vers de nouvelles tragédies.

Pendant cette messe, nous demanderons au Seigneur de faire de nous de bons gérants de la création, de bons intendants de la nature humaine, toujours soucieux de bien connaître la loi naturelle pour qu’elle soit le véritable espace de liberté dans lequel nos vies pourront se développer dans l’harmonie.

Procession des rogations : litanie des saints et bénédiction des champs
Mais l’homme n’est pas seulement le gérant de la création ; il en est aussi le Prêtre. C’est à lui qu’il appartient de présenter à Dieu les fruits de la terre et de son travail pour que Dieu les transforme en source de grâce. C’est à lui qu’il appartient d’assumer la louange silencieuse qui monte de la terre pour la présenter au Seigneur d’une manière rationnelle. C’est à lui qu’il appartient d’intercéder pour le monde animé et inanimé. C’est à lui qu’il appartient de rendre gloire à Dieu pour la beauté de l’ordre créé qui se découvre à son intelligence émerveillée pour l’heureuse alternance des saisons qui donne sa fécondité à la terre, pour le don de la vie qui ouvre un avenir. Et c’est tout le sens de la procession de ce jour.

Ce rôle de prêtre, l’homme ne l’assume pas tout seul : Il l’assume dans la communion des saints. Et c’est la raison pour laquelle nous avons demandé leur intercession en chantant leurs litanies. Il l’assume en Eglise et c’est la raison pour laquelle nous sommes tous là aujourd’hui : évêque, prêtres, religieux, religieuses, Peuple fidèle. Il l’assume dans le Christ Jésus vrai Dieu et vrai homme et c’est la raison pour laquelle les prières des Rogations trouvent leur place dans les trois jours qui précèdent la fête de l’Ascension où Jésus introduit notre humanité auprès du Père. Alors que Jésus s’apprête à s’élever au-dessus de la terre pour retourner au Père dont il est venu, nous voulons le charger de toutes nos intentions de prière pour qu’il les lui présente.

Nous voulons lui demander de ne pas oublier la terre sur laquelle il a vécu, l’humanité qu’il a voulu partager. Nous voulons lui dire avec le Bon Larron : « Seigneur, souviens-toi de nous quand tu viendras dans ton Royaume ! »

Voilà, Frères et Sœurs, les quelques réflexions que nous inspire aujourd’hui la célébration des Rogations. Intériorisons-les dans le silence, faisons-les nôtres afin que notre existence soit conforme à notre prière et que notre façon de vivre soit en harmonie avec notre façon de célébrer. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.