samedi 22 février 2020

Fête de la chaire de Saint Pierre, prions pour l'Eglise, le Pape et les Evêques. Mardi gras


Prière de Benoît XVI pour l’Eglise

Plus de 1900 ans ont passé depuis que Toi, le Verbe éternel de Dieu, es entré dans le temps et T’es fait chair – Tu t’es fait homme. Tu n’as pas abandonné Ta nature humaine comme un vêtement après l’avoir assumée pendant une brève période. Non, jusqu’à Ta mort sur la croix Tu l’as assumée, Tu l’as traversée et Tu l’as soufferte et Tu restes, après être ressuscité, à jamais un homme. Dans la parabole, Tu t’es comparé au grain de blé qui tombe dans la terre et meurt, qui toutefois ne reste pas isolé, mais émerge à nouveau et porte constamment du fruit. Dans la sainte Eucharistie, Tu es toujours présent parmi nous, Tu te confies dans nos mains et dans nos cœurs pour qu’une nouvelle humanité puisse naître. Et donc, que Tu te sois fait homme n’est pas pour nous une expérience lointaine, mais elle nous touche tous, elle nous appelle tous. Aide-nous à le comprendre de plus en plus. Aide-nous à vivre et à mourir dans le secret du grain de blé et à contribuer à la naissance d’une humanité nouvelle.

Avant de quitter ce monde et de retourner au Père, puis de revenir parmi nous, Tu as confié à de jeunes hommes la tâche d’aller dans le monde entier et de baptiser les gens au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Et être baptisé fait de nous une nouvelle communauté, Ton Église. Comme Tu l’as annoncé, Ton nouveau corps – qui s’étend dans le monde entier – se distingue par Ta proximité, qui anime le corps lui-même. Mais il se distingue aussi par notre fragilité, qu’on ne surmonte que lentement.

En ce moment de notre histoire, nous Te remercions pour la grâce de nous avoir appelés à faire partie de Ton Église. Nous Te remercions pour les belles et grandes réalités qui sont rendues visibles dans le monde à travers Elle. Nous Te demandons aussi de nous aider à faire face à l’obscurité qui, de temps en temps, est toujours menaçante et active en Elle.

~ En ce moment, pensons d’abord aux commencements de la foi au sein de notre patrie, à l’époque où Tu nous as envoyé la grande figure de saint Martin, évêque de Tours. Martin naquit dans notre terre – ce qui était à l’époque la province romaine de Pannonie – et ses origines font qu’il nous appartient pour toujours d’une manière spéciale. Suivant la volonté de son père, il devint soldat romain et arriva en Gaule, à l’autre extrémité du continent. Il T’a rencontré, Seigneur Jésus-Christ, dans la figure d’un mendiant, et, partageant avec lui son manteau – sa maison, pourrait-on dire – il T’a reconnu dans son cœur. Tu lui as fait don d’un grand maître, Hilaire de Poitiers, qui a illuminé son intelligence et l’a de cette façon protégé des pièges de l’arianisme. Ainsi, il a été préservé de cette fausse forme de foi chrétienne, qui transmettait aux peuples nouvellement convertis une image diminuée de Notre Seigneur et ainsi empêchait l’accès à la grandeur de la vraie foi. Suivant les traces de saint Hilaire, saint Martin retourna une fois encore dans sa terre, pour ensuite se rendre à nouveau en Gaule, où il réalisa le grand ministère de sa vie.

Aujourd’hui encore, notre foi est menacée par des changements réducteurs auxquels les modes mondaines voudraient la soumettre pour lui soustraire sa grandeur.

Seigneur, en ces temps que nous vivons, aide-nous à être et à rester de vrais catholiques, à vivre et à mourir dans la grandeur de Ta vérité et dans Ta divinité.

Donne-nous toujours des évêques courageux qui nous conduisent à l’unité avec la foi et avec les saints de tous les temps, et qui nous montrent comment agir de manière adéquate au service de la réconciliation, à laquelle notre épiscopat est appelé d’une manière spéciale.

Seigneur Jésus Christ, aie pitié de nous !

Benoît XVI, pp.
Cité du Vatican, monastère Mater Ecclesiæ, le 8 juin 2019


jeudi 20 février 2020

De l'optimisme chrétien

"Car Je suis doux et humble de cœur"

De Saint Dorothée de Gaza, Lettre 1

Certaines personnes convertissent en humeur mauvaise tout aliment qu'ils absorbent, même si cet aliment est sain. La faute n'en est pas à l'aliment, mais à leur tempérament qui altère les aliments. De même, si notre âme a une mauvaise disposition, tout lui fait du mal ; elle transforme même les choses utiles en choses nuisibles pour elle. Si on jette un peu d'herbes amères dans un pot de miel, ne vont-elles pas altérer le pot entier, en rendant tout le miel amer ? C'est ce que nous faisons : nous répandons un peu de notre amertume et détruisons le bien du prochain, en le regardant d'après notre mauvaise disposition.

D'autres gens ont un tempérament qui transforme tout en bonnes humeurs, même des aliments mauvais... Les porcs ont une très bonne constitution. Ils mangent des gousses, des noyaux de dattes et des ordures. Pourtant, ils transforment cette nourriture en viande succulente. Nous de même, si nous avons de bonnes habitudes et un bon état d'âme, nous pouvons tirer profit de tout, même de ce qui n'est pas profitable. Le livre des Proverbes dit fort bien : «Celui qui regarde avec douceur, obtiendra miséricorde» (12,13). Mais ailleurs : «A l'homme insensé toutes choses sont contraires» (14,7).

J'ai entendu dire d'un frère que si, allant voir un autre, il trouvait sa cellule négligée et en désordre, il se disait en lui-même : «Comme ce frère est heureux d'être complètement détaché des choses terrestres et de porter si bien tout son esprit en haut, qu'il n'a même plus le loisir de ranger sa cellule !» S'il allait ensuite chez un autre frère, et trouvait sa cellule rangée, propre et bien en ordre, il se disait : «La cellule de ce frère est aussi nette que son âme. Tel l'état de son âme, tel l'état de sa cellule !» Jamais il ne disait de quelqu'un : «Celui-ci est désordonné» ou : «Celui-là est frivole». Grâce à son état excellent, il tirait profit de tout. Que Dieu dans sa bonté nous donne, à nous aussi, un bon état pour que nous puissions profiter de tout et ne jamais mal penser du prochain. Si notre malice nous inspire des jugements ou des soupçons, transformons vite cela en bonne pensée. Car ne pas voir le mal du prochain engendre, Dieu aidant, la bonté.


mardi 18 février 2020

Sainte Bernadette Soubirous, priez pour nous Jésus-Christ, Médecin de nos âmes, notre guérison et notre paix

Le bon Samaritain

D’un prêtre orthodoxe, le Père Amphilochios

Frères et Sœurs,

L’Évangile de ce jour nous enseigne que les démons peuvent causer des maladies, des infirmités qu'elles soient physiques, psychiques ou spirituelles (à travers des tourments).
Dans cette péricope, voici une femme atteinte d'un mal démoniaque et en grande souffrance, depuis dix-huit longues, très longues années.
L’Évangile nous enseigne en peu de mots l'immense détresse de cette personne, qui,  "courbée, ne pouvait pas du tout se redresser" (Lc 13:11)

Oui,  dix-huit années, les yeux physiques rivés vers le sol, sans pouvoir regarder le ciel ... L’Évangile de l'Eglise parlent ici du corps de cette femme, mais aussi de son âme car l'Homme créé par Dieu est un tout: il n'y a pas de séparation entre l'âme et le corps qui forment une Unité.

Mais revenons aux souffrances de cette femme que Jésus voit ("Lorsqu'il la vit, Jésus lui adressa la parole").
Saint Jean Chrysostome, parlant des maux du pauvre Lazare (parabole de Lc 16:19-31), décrit bien ce qu'est la  souffrance d'un malade quand il est absolument seul, comme cette femme dont personne ne se soucie.... sans présence physique ou spirituelle. Lorsqu'un malade est absolument seul sa souffrance ne fait que grandir: " Quand on n'a personne pour vous soigner, le mal est plus grand, la flamme plus pénible à supporter, le chagrin plus amer, l'hiver plus rigoureux, la houle plus violente, la fournaise plus ardente". (Lettre d'Exil 11)

Chrétiens, nous savons que le démon (cet ange déchu) existe. Nous savons qu'il mène une guerre impitoyable à l'Homme pour le pousser à la haine contre Dieu et à l'indifférence (qui n'est pas autre chose qu'un désespoir froid).

Miracle de la guérison du sourd(muet
Saint Jean Chrysostome rappelle aux chrétiens orthodoxes cette haine démoniaque: "Aucun Homme, même s'il est mille fois méchant, ne saurait surpasser en méchanceté et en cruauté  ce diable maudit qui se dresse sans cesse contre nous" (Lettre d'Exil 5)
Oui, la haine du diable contre la Création de Dieu et l'Homme sont totales. Pourquoi? Parce que la Création est le reflet de la Présence de Dieu et que l'Homme est créé à l'image de Dieu.
Ainsi, la maladie démoniaque, quelle que soit sa forme: physique, spirituelle (tourments) ou psychique (addiction, certaines formes de folies ou de troubles psychiques) est l'une des armes parfois employées par le diable contre l'Homme pour le pousser au désespoir, à l'indifférence ou au dépit contre l'Amour de Dieu.

Cette femme n'a pu être guérie QUE PAR le Christ, car le Christ, qui est Dieu incarné, souverainement exalté en Son Humanité, a TOUT pouvoir sur la vie et sur la mort; TOUT pouvoir au Ciel, sur terre et jusqu'aux Enfers: "Afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre" (Philippiens 2:10).

Les sources d'une maladie d'origine démoniaque trouvent souvent leur origine dans certains péchés, liés aux pratiques occultes, chamaniques, médiumniques, aux croyances ésotériques et magiques qui ouvrent toutes grandes les portes du Royaume de l'Enfer avec ses prisons pour les âmes, les esprits et les corps
Il n'est pas rare que certaines pratiques occultes affectent de manière variée la descendance d'une personne qui s'est liée un jour avec le démon "déguisé en ange de lumière("Et cela n'est pas étonnant : car Satan lui-même se déguise en Ange de lumière". 2 Corinthiens 11)

Auprès de qui trouver l'assurance de la guérison, de la délivrance et du Salut? 
Auprès du Christ seul qui est le Tout-Puissant. 
Le miracle du paralytique de la piscine de Bethesda (Probatique)
Auprès du Christ seul qui est LE chemin, la vérité et la vie. 
Auprès du Christ seul qui a les Paroles de la Vie éternelle et la Puissance de Dieu sur toute maladie et sur toute chose

Où trouver le Salut? Dans Son Eglise. 
Pourquoi l'Eglise? Parce qu'elle est le Corps du Christ, dans lequel circule Sa Vie! ("Vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part". 1 Cor. 12:27). 

Dieu, par Son Nom, a donné à Son Eglise, tout pouvoir sur les forces mauvaises afin que les Hommes puissent se relever, libérés de leurs chaînes. Saint Irénée le proclame: "La Gloire de Dieu c'est l'Homme Vivant! La Gloire de l'Homme c'est l'Adoration du Dieu vivant".

Un autre enseignement délivré par cette péricope de l’Évangile: il n'est jamais contraire à la Loi de faire le Bien au nom de notre Foi, les jours saints, consacrés à Dieu (Dimanche et jours de fêtes religieuses). C'est même un honneur rendu à Dieu.
"Le septième jour, tu le réserveras au Seigneur Ton Dieu" (Lévitique 23:3). Le jour saint du Dimanche n'est pas fait que pour le repos, mais pour l'adoration de Dieu et pour faire le Bien qui Lui rend Gloire et manifeste, à travers nous, Sa Présence aimante parmi les Hommes.

Frères et Sœurs, pour finir, croyons fermement que seul le Christ peut relever l'Homme de TOUTES ses infirmités
Courrons vers Lui! Venons chercher notre guérison auprès de Lui!
La résurrection de Lazare, par Jean Mansel, XVe s.
Songeons que c'est dans la Maison de Dieu (de l'époque: une Synagogue) que se trouvait  le Dieu fait Homme lorsqu'Il guérit cette femme. Aujourd'hui, Il est vraiment présent dans nos saintes églises qui sont sa Maison dans laquelle nous sont donnés Sa Parole, Son Corps et Son Sang... donc la Guérison!

Le Christ qui a vu les souffrances de cette femme nous voit aussi.
Il nous attend pour nous aimer, pour nous dire Sa Parole et nous délivrer de nos infirmités, et des chaînes qui entravent nos âmes, nos esprits et nos corps. Amen!


dimanche 16 février 2020

Sexagésime

Le retour du fils prodigue

De Saint Grégoire Palamas

Ce n’est que lorsqu’il fut rentré en lui-même et qu’il eut compris en quelle misérable  situation il était tombé, que ce fils qui s’était coupé de son Père, pleura sur lui-même en disant : «Combien de mercenaires  de mon père ont du pain en abondance et moi je meurs de faim ». Qui sont ces mercenaires ? Ce sont ceux qui pour la sueur de leur repentir et leur humilité reçoivent comme un salaire – le salut.

Tandis que les fils, ce sont ceux qui, par amour pour Lui se soumettent à Ses commandements; comme dit aussi le Seigneur : « Celui qui m’aime gardera ma parole » (Jn XIV, 23). Ainsi ce plus jeune fils, privé de sa dignité filiale et qui s’était volontairement exclu de la patrie sacrée et était tombé dans la famine, se condamne lui-même, s’humilie et dans le repentir dit : «Je me lèverai, j’irai et je tomberai aux pieds du Père et je dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi » (…)

Ce père (dans la parabole du fils prodigue), c’est Dieu ; en effet comment ce fils qui s’était séparé de son père, aurait-il péché contre le ciel, s’il ne s’agissait pas du Père céleste. Ainsi il dit : « J’ai péché contre le ciel », c'est-à-dire contre les saints du ciel et ceux dont l’habitation est au ciel, « et devant Toi », qui vis au ciel avec Tes saints.


jeudi 13 février 2020

M. Boudon qui avez connu la maladie et la souffrance, priez pour les malades et les mourants

Sainte Bernadette priez pour nous l'Immaculée
Mère de Dieu, Notre Dame de Lourdes,
Secours des malades.
« Vie de Boudon », par Collet

Le mal se déclara si vivement dès le troisième jour que les médecins jugèrent qu’il n’y avait plus d’espérance et qu’il fallait sans délai lui donner les derniers sacrements.

Cette nouvelle qui en effraye tant d’autres n’altéra point sa tranquillité. Il fit une confession générale au vicaire de la paroisse qui depuis a assuré que les choses dont il s’accusa étaient moins des fautes que des vertus et qu’il ne savait pas trop comment lui pouvoir donner l’absolution. Cependant cette confession se fit avec autant de douleur que s’il eût commis les plus grands crimes.

Sur le soir, il reçut le saint Viatique avec une piété qui édifia toute l’assemblée. Comme il comptait toucher à sa dernière heure, il résigna son archidiaconé au plus vertueux ecclésiastique qu’il connût dans le diocèse afin de ne plus penser qu’à bien mourir. Si le bruit de sa maladie fit plaisir à ceux qui ne l’aimaient pas, il affligea sensiblement les gens de bien qui voyaient en lui une des plus belles lumières de l’Eglise prête à s’éteindre.

Messieurs (les chanoines) de la cathédrale députèrent quelques-uns de leurs chanoines pour lui porter la précieuse relique de saint Gaud, un de leurs premiers évêques. L’archidiacre mourant la reçut et l’honora avec un profond respect et plein de confiance en son intercession, il fit vœu d’aller à son tombeau dans le diocèse de Coutances si Dieu lui rendait la santé. Cependant pour ne se priver d’aucun des secours que l’Eglise accorde aux fidèles dans les derniers moments, il demanda l’extrême Onction.

Saint Ange de Dieu, mon gardien, protégez moi sur
tous mes chemins et consolez moi.
Pour la recevoir avec le plus profond sentiment de pénitence, il fit étendre de la cendre sur le plancher de son appartement et pria qu’on le mit dessus. Ce fut alors que voulant faire connaître qu’il mourait parfaitement soumis à l’Eglise, il supplia le ministre de ce dernier sacrement de l’interroger sur les principaux mystères de la foi, comme on fait aux enfants, de manière qu’il pût répondre par oui et par non, attendu que son mal le pressait trop pour qu’il lui fût possible d’en dire davantage.

mardi 11 février 2020

11 février - Notre Dame de Lourdes, journée mondiale de prière pour les malades

Notre Dame de Lourdes




D’un moine :

Nous pécheurs, nous sommes malades, et nous sommes entourés de tous les remèdes de l’Eglise : la confession, la Communion, l’Onction (des malades), nous ne les voyons pas, nous n’y pensons même pas, et nous disons au Seigneur : "Envoie-nous la guérison !"



L'onction des malades, R. van der Weyden

dimanche 9 février 2020

Dimanche de la Septuagésime

Le 1er et le pire de tous les Exil, la sortie du jardin d'Eden, vitrail de
l'église Saint-Leu - Saint-Gilles, Paris

70 jours avant Pâques, pour les 70 années d'Exil à Babylone, voici le temps de la Septuagésime.

La forme traditionnelle de l'unique rite romain célébrera désormais en violet et ne chantera plus le Gloria in excelsis à la sainte Messe, premières marques du temps du Carême qui approche, cette sainte Quarantaine qui nous conduira à la Résurrection du Sauveur.

Il est temps de préparer nos cœurs. On ne passe pas de la bûche de Noël, de la galette des rois et des crêpes au saint jeûne et à l'abstinence (ah ! ces français !)... Petit à petit, la divine liturgie nous prépare, nous dépouille progressivement, pour accompagner le Sauveur du monde dans son combat contre le démon, afin que nous ayons la vie, et la vie en plénitude.

Comme nous y invite le Sauveur, convertissons-nous et croyons en l’Évangile !


Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « Dieu inconnu »

Molnàr, l'entrée en Terre promise
Partout on remarque une insensibilité extrême pour les intérêts de Dieu. On est touché des moindres choses qui nous regardent ou qui concernent les personnes que nous considérons, il n’y a que Dieu qui ne nous touche point !

Ah ! faut-il redire ici ce que nous avons dit plusieurs fois ? Une personne a un chien, on le frappe, elle ne se tait pas, elle ne le peut souffrir, elle dira : « Pourquoi frappez-vous mon chien ? »

On voit un Dieu offensé en mille manières ; qui prend son parti ? Qui dit : « Hé ! Pourquoi offensez-vous un Dieu si bon ? »



vendredi 7 février 2020

Monsieur Boudon, une vie pauvre et offerte toute à la gloire de Dieu seul


« Vie nouvelle de Henri Marie Boudon », par S.Exc.R. Mgr Matthieu, Archevêque de Besançon

Tout chez lui montrait cette pieuse résolution : sa chambre était étroite et obscure, ses meubles étaient d’emprunt et consistaient uniquement en quelques chaises de paille, un coffre dans lequel il serrait ses vêtements et un lit aussi simple que le reste, un tableau représentant un cœur enflammé au bas duquel on lisait sa chère devise « Dieu seul » ornait sa cheminée et les murs de sa chambre auraient été nus si quelques personnes n’avaient profité de son absence pour les couvrir de nattes afin de lui adoucir la rigueur du froid auquel sa maigreur le rendait très sensible.

Sa piété l’avait porté à orner avec plus de soin un oratoire qu’il s’était ménagé dans un cabinet attenant à sa chambre ; il y avait placé une belle image en relief de la sainte Vierge et plusieurs portraits des saints personnages dont la mémoire lui était le plus en vénération entre autres du cardinal de Bérulle, du P. de Condren et de la mère Elisabeth de la Croix. C’étaient-là les seuls objets que Boudon possédât en propriété. Excepté ses habits et le linge de corps d’une nécessité indispensable, il empruntait journellement tout le reste.

mardi 4 février 2020

1er mardi du mois : Nos bons anges gardiens


Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « L’homme de Dieu », partie II, chap. 6

Le P. Seurin le savait bien, puisque tant de fois il a été honoré de la présence sensible des anges.

Ecrivant à la Mère qui en sortait le nom, il dit : « L’idée des anges m’est extrêmement douce et je ne saurais vous représenter combien mon esprit est occupé et rempli de la pensée de leurs chœurs célestes, et surtout de ceux que l’on appelle trônes par qui plusieurs de vos ennemis, c’est à dire les diables qui vous tourmentent, ont été chassés. Il me semble souvent que je sacrifie à Dieu, assis sur ces esprits en célébrant la sainte messe dans cette pensée, il me vient dans l’esprit que la vraie résidence de Notre Seigneur est dans le fond de nos âmes. »

Durant plus de six mois, étant à Loudun, il reçut une visite de son bon ange, laquelle quoique ce ne fût pas sous une forme visible aux sens, opérait de grandes choses en lui, l’élevait fortement vers le ciel, et l’enflammait d’une manière admirable dans les feux du pur amour, mais il recevait aussi beaucoup de secours des anges gardiens des religieuses et en expérimentait des effets différents, ce qu’il assurait arriver fort souvent.

Il est bien vrai que non seulement nous sommes assistés de nos propres anges gardiens, mais encore de ceux des autres. Il protestait que les effets d’amour et de protection des saints anges lui avaient été rendus si manifestes, et en tant de façons, qu’il lui était impossible de les raconter ; que pour résister aux démons et en triompher il fallait beaucoup se défier de soi-même et avoir recours à leur assistance ; que c’était par leur ministère qu’il contraignait les diables de faire plusieurs choses dont Dieu était glorifié, comme par exemple de donner des marques de la possession par la révélation des pensées de ceux qui venaient à Loudun ; que ce fut par leur ministère, que les desseins de ces artificieux esprits furent découverts et rendus inutiles ; que tous les efforts qu’ils firent pour le faire sortir furent détruits et, qu’en de certaines occasions, les diables étaient contraints d’avouer ces choses.

L’angélique docteur (Saint Thomas d’Aquin) est du sentiment que la divine Providence se sert du ministère des anges presque en toutes choses, et dans l’ordre naturel, et dans l’ordre spirituel, ce qui nous marque assez que l’ordre de Dieu est que nous communiquions beaucoup avec ces esprits tout d’amour.


dimanche 2 février 2020

2 février - Chandeleur, Fête de la Présentation du Seigneur au Temple. Journée de prière pour la vie religieuse et consacrée

Lumière du Christ, Jésus Christ, notre Sauver et notre Dieu

Fête de la Présentation du Seigneur, XIe journée mondiale de la vie consacrée. Discours du Pape Benoît XVI, Basilique Vaticane, Samedi 2 février 2008

Chers frères et sœurs ;

~ En faisant le récit de la présentation de Jésus au temple, l'Evangéliste Luc souligne trois fois que Marie et Joseph agirent selon "la Loi du Seigneur" (cf. Lc 2, 22.23.39), et ils apparaissent du reste toujours dans une écoute attentive de  la  Parole  de Dieu. Leur attitude constitue un exemple éloquent pour vous, religieux et religieuses ; pour vous, membres des Instituts séculiers et des autres formes de Vie consacrée. ~ Je vous demande, chers frères et sœurs, d'offrir votre contribution à cet engagement ecclésial, en témoignant de toute l'importance qu'il y a à placer la Parole de Dieu au centre de toute chose, en particulier pour tous ceux que, comme vous, le Seigneur appelle à une sequela plus  intime.  La Vie consacrée est en effet enracinée dans l'Evangile; c'est de lui, comme de sa règle suprême, qu'elle a continué de s'inspirer tout au long des siècles et c'est à lui qu'elle est appelée à revenir constamment pour se maintenir vivante et féconde en portant du fruit pour le salut des âmes.

Aux commencements des différentes expressions de Vie consacrée, il y a toujours une forte inspiration évangélique. Je pense à saint Antoine Abbé, animé par l'écoute de la Parole du Christ : "Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi" (Mt 19, 21) (cf. Vita Antonii, 2, 4). Antoine les a écoutées comme des paroles qui lui étaient personnellement adressées par le Seigneur. A son tour, saint François d'Assise affirme que ce fut Dieu qui lui révéla qu'il devait vivre selon la forme du saint Evangile (Testament, 17). "François - écrit Tommaso de Celano - entendant que les disciples du Christ ne devaient posséder ni or, ni argent, ni monnaie, ni porter besace, ni pain, ni bâton pour marcher, ni avoir de chaussures, ni deux tuniques... immédiatement, exultant dans l'Esprit Saint, s'exclama :  c'est ce que je veux, c'est ce que je demande, c'est que j'attends de faire de tout mon cœur !" (I Celano, 83).
La Présentation du Seigneur au Temple de Jérusalem, Pontmain

"Pour les fondateurs et les fondatrices - rappelle l'Instruction Repartir du Christ - c'est l'Esprit Saint qui a donné à la Parole de Dieu un éclairage nouveau. Tout charisme vient de là, toute Règle veut en être l'expression" (n. 24). Et l'Esprit Saint attire en effet certaines personnes à vivre l'Evangile de manière radicale et à le traduire dans un style de sequela plus généreuse. Il en naît ainsi une œuvre, une famille religieuse qui, par sa présence, devient à son tour, "exégèse" vivante de la Parole de Dieu. La succession des charismes de la vie consacrée, dit le Concile Vatican II, peut donc être lue comme un déploiement du Christ au travers des siècles, comme un Evangile vivant qui est mis en œuvre sous des formes toujours nouvelles (cf. Conc. Vat. II, Const. Lumen gentium, n. 46). Dans les œuvres des Fondatrices et des Fondateurs se reflète un des mystères du Christ, une de ses paroles, se réfracte un rayon de la lumière qui émane de son visage, splendeur du Père (cf. Ex. apost. post-synod. Vita consecrata, n. 16).

Suivre le Christ sans compromis, comme il est proposé dans l'Evangile, a donc constitué au fil des siècles la norme ultime et suprême de la vie religieuse. (cf. Perfectae caritatis, n. 2). Saint Benoît, dans sa Règle, renvoie à l'Ecriture comme "norme très juste pour la vie de l'homme" (n. 73, 2-5). Saint Dominique "se manifestait partout comme un homme évangélique, dans les paroles comme dans les œuvres" (Libellus, 104) et il voulait que ses frères prédicateurs fussent aussi des "hommes évangéliques" (Premières Constitutions, 31). Sainte Claire d'Assise reproduit précisément l'expérience de François : "La forme de vie de l'Ordre des Sœurs pauvres - écrit-elle - est celle-ci : observer l'Evangile de notre Seigneur Jésus Christ" (Règle, I, 1-2). Saint Vincent Pallotti affirme : "La règle fondamentale de notre petite Congrégation est la vie de notre Seigneur Jésus Christ pour l'imiter avec toute la perfection possible" (cf. Œuvres complètes, II, 541-546; VIII, 63, 67, 253, 254, 466). Et saint Luigi Orione écrit : "Que notre première Règle de vie soit d'observer, dans une grande humilité et un amour très doux et enflammé par Dieu, le Saint Evangile" (Lettres de Don Orione, Rome, 1969, vol. II, 278).

Cette très riche tradition atteste que la Vie consacrée est "profondément enracinée dans les exemples et dans les enseignements du Christ Seigneur" (Vita consecrata, n. 1), et se présente sous "l'aspect d'une plante aux multiples rameaux, qui plonge ses racines dans l'Evangile et produit des fruits abondants à tous les âges de l'Eglise" (ibid., n. 5). Sa mission est de rappeler que tous les chrétiens sont convoqués par la Parole pour vivre de la Parole et demeurer sous son autorité. Il revient donc tout particulièrement aux religieux et aux religieuses de "maintenir vive chez les baptisés la conscience des valeurs fondamentales de l'Evangile" (ibid., n. 33). Ce faisant, leur témoignage nourrit l'Eglise d'"un élan précieux pour une cohérence évangélique toujours plus grande" (ibid., n. 3) et nous pourrions même dire qu'ils sont "des prédicateurs convaincants de l'Evangile, même si c'est souvent dans le silence" (ibid., n. 25). ~

Chers frères et sœurs, nourrissez votre journée de prière, de méditation et d'écoute de la Parole de Dieu. Vous qui avez une certaine familiarité avec la pratique ancienne de la lectio divina, aidez aussi les fidèles à la mettre en valeur dans leur existence quotidienne. Et sachez traduire en témoignage ce qu'indique la Parole, en vous laissant façonner par elle qui, comme une semence accueillie dans une bonne terre, porte des fruits abondants. Vous serez ainsi toujours dociles à l'Esprit et vous croîtrez dans l'union avec Dieu, vous cultiverez la communion fraternelle entre vous et vous serez prêts à servir généreusement vos frères, en particulier ceux qui se trouvent dans le besoin. Que les hommes puissent voir vos bonnes œuvres, fruit de la Parole de Dieu qui vit en vous, et qu'ils rendent gloire à votre Père céleste (cf. Mt 5, 16) !

En vous confiant ces réflexions, je vous remercie du service précieux que vous rendez à l'Eglise et, tout en invoquant la protection de Marie et des saints et bienheureux fondateurs de vos Instituts, je vous donne de tout cœur la Bénédiction apostolique ainsi qu'à vos familles religieuses, avec une pensée spéciale pour les jeunes garçons et filles en formation, et pour vos confrères et vos consœurs qui sont malades, âgés ou en difficulté. J'assure à tous mon souvenir dans la prière.


vendredi 31 janvier 2020

Prions les Anges pour qu'ils nous protègent


Saint Pierre Favre, Mémorial, 1er avril 1543

Dans chaque pièce et dans chaque salle de la maison, je dis à genoux cette prière :
« Visitez cette demeure, nous vous en prions, Seigneur ; écartez d'elle toutes les embûches de l'ennemi, pour que vos saints anges y habitent et nous gardent dans la paix, et que votre bénédiction soit sur nous à jamais, par le Christ notre Seigneur. »

Je le fis avec une vraie dévotion et avec le sentiment qu'il était convenable et bon d'agir ainsi en entrant pour la première fois quelque part.
J'invoquais ensuite les anges gardiens des voisins et je sentis que cela aussi était convenable et bon quand on change de quartier. Je priai pour que mes compagnons de logis et moi, nous n'ayons à subir aucun mal de la part des mauvais esprits du voisinage, et tout spécialement de cet esprit de fornication qui doit certainement se trouver avec les prostituées, les adultères et les débauchés dont j'ai appris l'existence dans le quartier.



mardi 28 janvier 2020

28 janvier - Saint Thomas d'Aquin, docteur commun de l'Eglise

Saint Thomas d'Aquin, op.

Extraits de l’homélie du Pape Paul VI à Manille, le 29 novembre 1970

Malheur à moi si je n'annonçais pas l'Évangile! Car c'est par lui, par le Christ lui-même, que j'ai été envoyé pour cela.

Je suis apôtre, je suis témoin. Plus le but est éloigné, plus la mission est difficile, plus est vif l'amour qui nous pousse. Je dois proclamer son nom : Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant. C'est lui qui nous a révélé le Dieu invisible, c'est lui qui est le premier-né de toute créature, c'est en lui que tout subsiste. Il est le maître de l'humanité et son rédempteur ; il est né, il est mort, il est ressuscité pour nous.

Il est le centre de l'histoire du monde ; il nous connaît et nous aime ; il est le compagnon et l'ami de notre vie, l'homme de la douleur et de l'espérance ; c'est lui qui doit venir, qui sera finalement notre juge et aussi, nous en avons la confiance, notre vie plénière et notre béatitude

Je n'en finirais jamais de parler de lui ; il est la lumière, il est la vérité ; bien plus, il est le chemin, la vérité et la vie. Il est le pain, la source d'eau vive qui comble notre faim et notre soif. Il est notre berger, notre chef, notre modèle, notre réconfort, notre frère. Comme nous et plus que nous, il a été petit, pauvre, humilié, travailleur, opprimé, souffrant. C'est pour nous qu'il a parlé, accompli ses miracles, fondé un royaume nouveau où les pauvres sont bienheureux, où la paix est le principe de la vie commune, où ceux qui ont le cœur pur et ceux qui pleurent sont relevés et consolés, où les affamés de justice sont rassasiés, où les pécheurs peuvent obtenir le pardon où tous découvrent qu'ils sont frères.
Le Saint Nom de Jésus adoré par les Anges,
proclamé par les Hommes

Voilà Jésus Christ dont vous avez au moins entendu parler et déjà certainement pour la plupart, à qui vous appartenez, puisque vous êtes chrétiens. C'est donc à vous, chrétiens, que je répète son nom, et je l'annonce à tous les hommes : le Christ Jésus est le principe et la fin, l'alpha et l'oméga, le roi du monde nouveau, l'explication mystérieuse et ultime de l'histoire humaine et de notre destinée ; il est le médiateur et pour ainsi dire le pont entre la terre et le ciel. Il est, de la façon la plus haute et la plus parfaite, le Fils de l'homme, parce qu'il est le Fils de Dieu, éternel, infini, et il est le fils de Marie, bénie entre toutes les femmes, sa mère selon la chair, notre mère par notre participation à l'Esprit du Corps mystique.

Jésus Christ ! Souvenez-vous : c'est lui que nous proclamons devant vous pour l'éternité ; nous voulons que son nom résonne jusqu'au bout du monde et pour tous les siècles des siècles


samedi 25 janvier 2020

Conversion de Saint Paul

Les saints Pierre et Paul

Commentaire d'un prêtre sur l'attitude très libre de ses confrères vis à vis de la divine liturgie

C'est le Seigneur, adorons-Le !
Ce qui en soi est dramatique pour la foi des fidèles catholiques, c’est que la grande majorité des clercs, qu’ils soient simples prêtres ou qu’ils soient évêques, est devenue incapable de voir ce qu’ils font de travers en liturgie et de comprendre pourquoi ils devraient corriger leurs façons de célébrer la messe.

Ils ne voient plus parce qu’ils sont habitués à toutes sortes de fantaisies liturgiques ; ils ne comprennent plus parce que leur formation théologique est gravement défaillante et qu’en plus l’‘‘esprit de foi leur fait défaut’’



Du Saint Pape Jean-Paul II, lettre Dominicae Cenae 


12. Nous ne pouvons pas oublier, même un instant, que l'Eucharistie est un bien particulier de toute l'Eglise. C'est le don le plus grand que, dans l'ordre de la grâce et du sacrement, le divin Epoux ait offert et offre sans cesse à son Epouse. Et c'est justement parce qu'il s'agit d'un tel don que nous devons tous, dans un esprit de foi profonde, nous laisser guider par le sens d'une responsabilité vraiment chrétienne. Un don nous oblige toujours plus profondément, parce qu'il nous parle non pas tant par la force d'un droit strict, que par la force de la confiance personnelle ; ainsi, sans obligations légales, il exige confiance et gratitude. L'Eucharistie est un tel don, elle est un tel bien. Nous devons rester fidèles dans les détails à ce qu'elle exprime en elle-même et à ce qu'elle nous demande, c'est-à-dire l'action de grâces. 

L'Eucharistie est un bien commun de toute l'Eglise, comme sacrement de son unité. L'Eglise a donc le devoir rigoureux de préciser tout ce qui concerne la participation à l'Eucharistie et sa célébration. Il nous faut agir, par conséquent, selon les principes établis par le dernier Concile qui, dans sa constitution sur la sainte liturgie, a défini les autorisations et les obligations de chaque Evêque dans son diocèse comme aussi des Conférences épiscopales, étant donné que les uns et les autres agissent en unité collégiale avec le Siège Apostolique.

Nous devons en outre suivre les ordonnances publiées par les différents dicastères en ce domaine : aussi bien en matière liturgique, dans les règles établies par les livres liturgiques en ce qui concerne le mystère eucharistique, et dans les instructions consacrées au même mystère, que pour ce qui regarde la "communicatio in sacris", dans les normes du "Directorium de re oecumenica" et dans l'"Instruction sur les cas d'admission des autres chrétiens à la communion eucharistique dans l'Eglise catholique". Et même si la possibilité d'une certaine autonomie "créative" a été admise dans cette étape de renouveau, il faut toutefois respecter strictement les exigences de l'unité substantielle. ~

Cette tâche sur laquelle, par la force des choses, doit veiller le Siège Apostolique, devrait être assumée non seulement par les diverses Conférences épiscopales, mais aussi par tout ministre de l'Eucharistie, sans exception. Chacun doit en outre se rappeler qu'il est responsable du bien commun de toute l'Eglise. Le prêtre, comme ministre, comme célébrant, comme étant celui qui préside l'assemblée eucharistique des fidèles, doit avoir un sens particulier du bien commun de l'Eglise, qu'il représente par son ministère, mais auquel il doit être aussi subordonné selon une discipline correcte de la foi. Il ne peut pas se considérer comme un "propriétaire", qui dispose librement du texte liturgique et du rite sacré comme de son bien propre, en allant jusqu'à lui donner un style personnel et arbitraire. Cela peut parfois sembler plus efficace, cela peut aussi mieux correspondre à une piété subjective, mais objectivement c'est toujours trahir l'union qui doit trouver son expression surtout dans le sacrement de l'unité.

Tout prêtre qui offre le Saint Sacrifice doit se rappeler que, pendant ce sacrifice, ce n'est pas lui seulement avec sa communauté qui prie, mais c'est toute l'Eglise qui prie, exprimant ainsi, notamment en utilisant le texte liturgique approuvé, son unité spirituelle dans ce sacrement. Si quelqu'un voulait appeler une telle position "uniformisme", cela prouverait seulement l'ignorance des exigences objectives de l'unité authentique, et ce serait un symptôme d'individualisme dangereux.

La subordination du ministre, du célébrant, au "Mysterium" qui lui a été confié par l'Eglise pour le bien de tout le peuple de Dieu, doit aussi trouver son expression dans l'observation des exigences liturgiques relatives à la célébration du Saint Sacrifice. Ces exigences portent, par exemple, sur l'habit, et en particulier sur les ornements que revêt le célébrant. Il est naturel qu'il y ait eu et qu'il y ait des circonstances dans lesquelles les prescriptions n'obligent pas. Nous avons lu avec émotion, dans des livres écrits par des prêtres qui avaient été prisonniers dans des camps d'extermination, des relations de célébrations eucharistiques faites sans suivre ces règles, c'est-à-dire sans autel et sans ornements. Si, en de telles conditions, cela était une preuve d'héroïsme et devait susciter une profonde estime, dans des conditions normales toutefois, négliger les prescriptions liturgiques peut être interprété comme un manque de respect envers l'Eucharistie, éventuellement dicté par l'individualisme ou par un défaut de sens critique au sujet des opinions courantes, ou par un certain manque d'esprit de foi.

Sur nous tous qui sommes, par grâce de Dieu, ministres de l'Eucharistie, pèse de façon particulière une responsabilité à l'égard des idées et des attitudes de nos frères et de nos sœurs qui sont confiés à notre charge pastorale. Notre vocation est de susciter, surtout par l'exemple personnel, toute saine manifestation de culte envers le Christ présent et opérant dans le sacrement de l'amour. Dieu nous préserve d'agir diversement, d'affaiblir ce culte en nous "déshabituant" de diverses manifestations et formes de culte eucharistique, dans lesquelles s'exprime une piété peut-être "traditionnelle" mais saine, et surtout le "sens de la foi" qui est l'apanage de tout le peuple de Dieu, comme l'a rappelé le Concile Vatican II !

Sacerdos alter Christus
En arrivant au terme de ces considérations, je voudrais demander pardon - en mon nom et en votre nom à tous, vénérés et chers Frères dans l'épiscopat - pour tout ce qui, en raison de quelque faiblesse humaine, impatience, négligence que ce soit, par suite également d'une application parfois partielle, unilatérale, erronée des prescriptions du Concile Vatican II, peut avoir suscité scandale et malaise au sujet de l'interprétation de la doctrine et de la vénération qui est due à ce grand sacrement. Et je prie le Seigneur Jésus afin que désormais, dans notre façon de traiter ce mystère sacré, soit évité ce qui peut affaiblir ou désorienter d'une manière quelconque le sens du respect et de l'amour chez nos fidèles.

Que le Christ lui-même nous aide à poursuivre sur les voies du renouveau véritable, vers la plénitude de vie et de culte eucharistique par laquelle il construit l'Eglise dans l'unité qu'elle possède déjà, et qu'elle désire réaliser davantage encore pour la gloire du Dieu vivant et pour le salut de tous les hommes !