mardi 30 avril 2019

Jour de fête et de joie !

Il est descendu aux enfers libérer les âmes des justes qui
attendaient depuis Adam la délivrance, le Salut et la joie.
Alléluia !

Saint Maxime de Turin, évêque, Sermon 53, sur le psaume 117

« Voici le jour que le Seigneur a fait, pour nous jour d'allégresse et de joie » (Ps 117,24). Ce n'est pas un hasard, mes frères, si nous lisons aujourd'hui ce psaume où le prophète nous convie à la joie et à l'allégresse, où le saint David invite toute la création à célébrer ce jour : car aujourd'hui la résurrection du Christ a ouvert le séjour des morts, les nouveaux baptisés de l'Église ont rajeuni la terre, l'Esprit Saint a montré le ciel. Ouvert, l'enfer rend ses morts ; rajeunie, la terre fait éclore les ressuscités ; et le ciel s'ouvre tout grand pour accueillir ceux qui montent vers lui.

La joyeuse rencontre avec les saintes
femmes au tombeau vide
Le larron est monté au paradis (Lc 23,43) ; les corps des saints entrent dans la cité sainte (Mt 27,53)... À la résurrection du Christ, tous les éléments, dans une sorte d'élan, s'élèvent vers les hauteurs. L'enfer rend aux anges ceux qu'il gardait captifs, la terre envoie au ciel ceux qu'elle recouvrait, le ciel présente au Seigneur ceux qu'il a accueillis... La résurrection du Christ est pour les défunts la vie, pour les pécheurs le pardon, pour les saints la gloire. Ainsi le grand David invite toute la création à fêter la résurrection du Christ et l'incite à tressaillir de joie et d'allégresse en ce jour que le Seigneur a fait.

Mais, direz-vous..., le ciel et l'enfer n'ont pas été établis dans le jour de ce monde ; peut-on donc demander à ces éléments de fêter un jour auquel ils échappent totalement ? Mais ce jour que le Seigneur a fait pénètre tout, contient tout, embrasse à la fois ciel, terre et enfer ! La lumière qu'est le Christ n'est pas arrêtée par des murs, ni brisée par les éléments, ni assombrie par les ténèbres. La lumière du Christ vraiment est un jour sans nuit, un jour sans fin. Partout elle resplendit, partout elle rayonne, partout elle demeure.





dimanche 28 avril 2019

Dimanche de la Miséricorde


Homélie de S. Jean-Paul II pour la canonisation de Faustine Kowalska

1. « Confitemini Domino quoniam bonus, quoniam in saeculum misericordia eius », « Rendez grâce au Seigneur, car il est bon, car éternel est son amour ! » (Ps 118, 1). C’est ce que chante l’Eglise en l’Octave de Pâques, recueillant presque des lèvres du Christ ces paroles du Psaume; des lèvres du Christ ressuscité, qui dans le Cénacle, apporte la grande annonce de la miséricorde divine et en confie le ministère aux apôtres: « Paix à vous ! Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie… Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus » (Jn 20, 21-23).
Avant de prononcer ces paroles, Jésus montre ses mains et son côté. C’est-à-dire qu’il montre les blessures de la Passion, en particulier la blessure du cœur, source d’où jaillit la grande vague de miséricorde qui se déverse sur l’humanité. De ce cœur, Sœur Faustyna Kowalska, la bienheureuse que dorénavant nous appellerons sainte, verra partir deux faisceaux de lumière qui illuminent le monde. « Les deux rayons, lui expliqua un jour Jésus lui-même, représentent le sang et l’eau » (Journal, Librairie éditrice vaticane, p. 132).

2. Sang et eau ! La pensée s’envole vers le témoignage de l’évangéliste Jean, qui, lorsqu’un soldat sur le Calvaire frappa de sa lance le côté du Christ, en vit sortir « du sang et de l’eau » (cf. Jn 19, 34). Et si le sang évoque le sacrifice de la croix et le don eucharistique, l’eau, dans la symbolique de Jean, rappelle non seulement le Baptême, mais également le don de l’Esprit Saint (cf. Jn 3, 5; 4, 14; 7, 37-39). A travers le cœur du Christ crucifié, la Miséricorde Divine atteint les hommes: « Ma Fille, dis que je suis l’Amour et la Miséricorde en personne », demandera Jésus à Sœur Faustyna (Journal, 374). Cette miséricorde, le Christ la diffuse sur l’humanité à travers l’envoi de l’Esprit qui, dans la Trinité, est la Personne-Amour. Et la miséricorde n’est-elle pas le « second nom » de l’amour (cfDives in misericordia, n. 7), saisi dans son aspect le plus profond et le plus tendre, dans son aptitude à se charger de chaque besoin, en particulier dans son immense capacité de pardon ?
Aujourd’hui, ma joie est véritablement grande de proposer à toute l’Eglise, qui est presque un don de Dieu pour notre temps, la vie et le témoignage de Sœur Faustyna Kowalska. La Divine Providence a voulu que la vie de cette humble fille de la Pologne soit totalement liée à l’histoire du vingtième siècle, le siècle que nous venons de quitter.
C’est, en effet, entre la Première et la Seconde Guerre mondiale que le Christ lui a confié son message de miséricorde. Ceux qui se souviennent, qui furent témoins et qui prirent part aux événements de ces années et des atroces souffrances qui en découlèrent pour des millions d’hommes, savent bien combien le message de la miséricorde était nécessaire. Jésus dit à Sœur Faustyna: « L’humanité n’aura de paix que lorsqu’elle s’adressera avec confiance à la Divine Miséricorde » (Journal, p. 132).
A travers l’œuvre de la religieuse polonaise, ce message s’est lié à jamais au vingtième siècle, dernier du second millénaire et pont vers le troisième millénaire. Il ne s’agit pas d’un message nouveau, mais on peut le considérer comme un don d’illumination particulière, qui nous aide à revivre plus intensément l’Evangile de Pâques, pour l’offrir comme un rayon de lumière aux hommes et aux femmes de notre temps.

3. Que nous apporteront les années qui s’ouvrent à nous ? Quel sera l’avenir de l’homme sur la terre ? Nous ne pouvons pas le savoir. Il est toutefois certain qu’à côté de nouveaux progrès ne manqueront pas, malheureusement, les expériences douloureuses. Mais la lumière de la Miséricorde Divine, que le Seigneur a presque voulu remettre au monde à travers le charisme de Sœur Faustyna, illuminera le chemin des hommes du troisième millénaire. Comme les Apôtres autrefois, il est toutefois nécessaire que l’humanité d’aujourd’hui accueille elle aussi dans le cénacle de l’histoire le Christ ressuscité, qui montre les blessures de sa crucifixion et répète: Paix à vous ! Il faut que l’humanité se laisse atteindre et imprégner par l’Esprit que le Christ ressuscité lui donne. C’est l’Esprit qui guérit les blessures du cœur, abat les barrières qui nous éloignent de Dieu et qui nous divisent entre nous, restitue la joie de l’amour du Père et celle de l’unité fraternelle.

4. Il est alors important que nous recevions entièrement le message qui provient de la Parole de Dieu en ce deuxième Dimanche de Pâques, qui dorénavant, dans toute l’Eglise, prendra le nom de « Dimanche de la Miséricorde Divine ».
Dans les diverses lectures, la liturgie semble désigner le chemin de la miséricorde qui, tandis qu’elle reconstruit le rapport de chacun avec Dieu, suscite également parmi les hommes de nouveaux rapports de solidarité fraternelle. Le Christ nous a enseigné que « l’homme non seulement reçoit et expérimente la miséricorde de Dieu, mais aussi qu’il est appelé à « faire miséricorde » aux autres: « Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7) » (Dives in misericordia, n. 14). 
Il nous a ensuite indiqué les multiples voies de la miséricorde, qui ne pardonne pas seulement les péchés, mais répond également à toutes les nécessités de l’homme. Jésus s’incline sur toute forme de pauvreté humaine, matérielle et spirituelle. Son message de miséricorde continue de nous atteindre à travers le geste de ses mains tendues vers l’homme qui souffre. C’est ainsi que l’a vu et l’a annoncé aux hommes de tous les continents Sœur Faustyna, qui, cachée dans son couvent de Lagiewniki, à Cracovie, a fait de son existence un chant à la miséricorde: Misericordias Domini in æternum cantabo.

5. La canonisation de Sœur Faustyna revêt une éloquence particulière: à travers cet acte, j’entends transmettre aujourd’hui ce message au nouveau millénaire. Je le transmets à tous les hommes afin qu’ils apprennent à connaître toujours mieux le véritable visage de Dieu et le véritable visage de leurs frères. L’amour de Dieu et l’amour des frères sont en effet indissociables, comme nous l’a rappelé la première Epître de Jean: « Nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu à ce que nous aimons Dieu et que nous pratiquons ses commandements » (5, 2).
L’Apôtre nous rappelle ici à la vérité de l’amour, nous montrant dans l’observance des commandements la mesure et le critère. Il n’est pas facile, en effet, d’aimer d’un amour profond, fait de don authentique de soi. Cet amour ne s’apprend qu’à l’école de Dieu, à la chaleur de sa charité. En fixant le regard sur Lui, en nous syntonisant sur son cœur de Père, nous devenons capables de regarder nos frères avec des yeux nouveaux, dans une attitude de gratuité et de partage, de générosité et de pardon. Tout cela est la miséricorde ! Dans la mesure où l’humanité saura apprendre le secret de ce regard miséricordieux, la description idéale de la première lecture se révèle être une perspective réalisable: « La multitude des croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux tout était commun » (Ac 4, 32).
Ici, la miséricorde du cœur est devenue également un style de rapports, un projet de communauté, un partage de biens. Ici ont fleuri les « œuvres de miséricorde » spirituelles et corporelles. Ici, la miséricorde est devenue une façon concrète d’être le « prochain » des frères les plus indigents.

6. Sœur Faustyna Kowalska a écrit dans son journal: « J’éprouve une douleur atroce, lorsque j’observe les souffrances du prochain. Toutes les souffrances du prochain se répercutent dans mon cœur; je porte dans mon cœur leurs angoisses, de sorte qu’elles m’anéantissent également physiquement. Je voudrais que toutes les douleurs retombent sur moi, pour soulager mon prochain » (Journal, p. 365).
Voilà à quel point de partage conduit l’amour lorsqu’il se mesure à l’amour de Dieu! C’est de cet amour que l’humanité d’aujourd’hui doit s’inspirer pour affronter la crise de sens, les défis des besoins les plus divers, en particulier l’exigence de sauvegarder la dignité de chaque personne humaine. Le message de la divine miséricorde est ainsi, de façon implicite, également un message sur la valeur de chaque homme. Chaque personne est précieuse aux yeux de Dieu, le Christ a donné sa vie pour chacun, le Père fait don à tous de son Esprit et offre l’accès à son intimité.

7. Ce message réconfortant s’adresse en particulier à celui qui, touché par une épreuve particulièrement dure ou écrasé par le poids des péchés commis, a perdu toute confiance dans la vie et est tenter de céder au désespoir. C’est à lui que se présente le visage doux du Christ, c’est sur lui qu’arrivent ces rayons qui partent de son cœur et qui illuminent, réchauffent, indiquent le chemin et diffusent l’espérance. Combien d’âmes a déjà réconforté l’invocation: « Jésus, j’ai confiance en Toi », que la Providence a suggérée à Sœur Faustyna! Cet acte simple d’abandon à Jésus dissipe les nuages les plus épais et fait pénétrer un rayon de lumière dans la vie de chacun.

8. Misericordia Domini in æternum cantabo (Ps 88, 2). A la voix de la Très Sainte Vierge Marie, la « Mère de la miséricorde », à la voix de cette nouvelle sainte, qui dans la Jérusalem céleste chante la miséricorde avec tous les amis de Dieu, nous unissons nous aussi, Eglise en pèlerinage, notre voix.
Et toi, Faustyna, don de Dieu à notre temps, don de la terre de Pologne à toute l’Eglise, obtiens-nous de percevoir la profondeur de la Miséricorde Divine, aide-nous à en faire l’expérience vivante et à en témoigner à nos frères. Que ton message de lumière et d’espérance se diffuse dans le monde entier, pousse les pécheurs à la conversion, dissipe les rivalités et les haines, incite les hommes et les nations à la pratique de la fraternité.
Aujourd’hui, en tournant le regard avec toi vers le visage du Christ ressuscité, nous faisons nôtre ta prière d’abandon confiant et nous disons avec une ferme espérance : Jésus, j’ai confiance en Toi !


vendredi 26 avril 2019

Vendredi de Pâques


Homélie de Saint Jean Chrysostome sur sainte Marie Madeleine au tombeau le saint jour de la Résurrection

« Le premier jour de la semaine », c'est-à-dire le dimanche, « au premier point du jour et dès le matin, Marie Madeleine vint au sépulcre, et elle vit que la pierre avait été ôtée du sépulcre ». (Chap. XX, 1.)

Jésus-Christ était ressuscité, et la pierre et les sceaux étaient là exposés aux yeux du public. Et comme il fallait que les autres aussi fussent persuadés de la résurrection, le sépulcre fut ouvert, et par là on reconnut ce qui venait d'arriver.

La vue de ce sépulcre ainsi ouvert toucha Marie, qui aimait si ardemment son Maître : le jour du sabbat étant passé, elle n'eut point de repos qu'elle n'eût été au sépulcre, et elle y vint au point du jour, pour recevoir quelque consolation du lieu : et l'ayant vu, et la pierre renversée, elle n'entra point, elle ne regarda point dedans, mais brûlant d'amour, elle courut vers les disciples, parce qu'elle avait un très-grand désir d'apprendre au plus tôt ce qu'était devenu le corps.

Sa course et ses paroles le marquaient et le déclaraient hautement. « On a enlevé mon Maître, et je ne sais où on l'a mis ».
Ne voyez-vous pas que Marie n'avait point encore une claire connaissance de la résurrection, et qu'elle pensait qu'on, avait transporté le corps die son Maître ?
N'entendez-vous pas aussi avec quelle ingénuité elle raconte aux disciples ce qu'elle vient de voir ? Mais l’évangéliste n'a pas manqué de lui donner toutes les louanges qu'elle méritait, et n'a pas cru se déshonorer en faisant connaître que c'était d'elle, qui avait été de nuit au sépulcre, qu'ils avaient appris les premières nouvelles de la Résurrection : ainsi se montre et éclate en tout son amour pour la vérité.

Marie étant donc venue et ayant rapporté ces choses, les disciples courent aussitôt au sépulcre, et ils voient les linceuls qui y étaient, comme une marque et un témoignage de la Résurrection (3, 4, 5, 6). Si l'on eût emporté le Corps, on ne L'aurait pas dépouillé auparavant ; et si on l'avait dérobé, on ne se serait pas donné le soin ni la peine d'ôter le linceul, de le plier et de le mettre en un endroit, mais on l'aurait emporté comme Il était.

C'est pourquoi l'évangéliste montre tant d'empressement et de soin de marquer que le Corps avait été enseveli avec beaucoup de myrrhe, substance qui colle et attache le linge au corps comme le plomb, qu'afin qu'ayant appris que les linceuls étaient pliés en un lieu, il part, vous n'écoutiez pas ceux qui disent qu'on avait enlevé le Corps par fraude. Un voleur n'aurait pas été assez fou pour employer tant de temps à une chose inutile. Pour quelle raison aurait-il laissé les linceuls ? Comment se serait-il arrêté à les détacher du Corps, sans qu'on s'en fût aperçu ? Il fallait pour cela bien du temps, et s'il eût ainsi tardé, il n'aurait guère pu manquer d'être pris sur le fait.

Mais pourquoi les linceuls étaient-ils là séparément, et le suaire plié en un lieu à part ? Pour vous montrer que, cela ne s'était pas fait à la hâte et tumultueusement, puisque les linceuls et le suaire étaient séparés et pliés à part : en un mot, cela s'est fait ainsi, afin que les disciples crussent la Résurrection.

C'est pourquoi Jésus-Christ leur apparut ensuite, comme étant déjà persuadés de la Résurrection par ce qu'ils avaient vu. Considérez ici, je vous prie, mes frères, combien l'évangéliste est éloigné du faste et de la vanité : examinez le soin qu'il a de certifier que Pierre fit une exacte recherche. Étant arrivé le premier au sépulcre et ayant vu les linceuls qui y étaient, il ne chercha rien de plus, et il se retira. Mais Pierre, qui était vif et bouillant, entra dans le sépulcre, examina tout avec attention et fit une nouvelle découverte ; alors il appela Jean, afin qu'il vînt aussi voir. Jean étant donc entré après Pierre, vit de même les linges qui avaient servi à ensevelir le Corps, séparés et pliés en un lieu à part. Or, ces linges ainsi séparés, pliés et mis en un lieu à part, prouvent visiblement que celui qui les avait rangés de cette manière n'était ni pressé ni troublé, mais qu'il était tranquille et attentif à ce qu'il faisait.




mercredi 24 avril 2019

Mercredi de Pâques

Nous, Patriarches et Chefs des Eglises de Jérusalem, vous adressons nos vœux de Pâques au nom de notre Seigneur ressuscité et Sauveur Jésus Christ. Du cœur de Jérusalem et du centre du monde, nous proclamons à nouveau : Christ est ressuscité ; Il est vraiment ressuscité, Alléluia ! Ces vœux de Pâques nous ont été transmis par nos pères et mères fidèles au fil des siècles. « Il n’est pas ici. Il est ressuscité… », telle a été l’annonce de l’ange qui apparut aux femmes près du tombeau, et proclama que ce n’est pas la mort qui a le dernier mot, mais le Dieu de la vie.
Jésus dit : « Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. » (Jean 10.10). En tant que croyants, nous sommes appelés à marcher dans la vie de Jésus ressuscité, une vie en abondance et non pas de disette. Par Sa vie, Sa mort et Sa résurrection, Jésus a suscité une nouvelle création et restauré toutes choses, y compris l’image de Dieu dans les êtres humains. La fête de la Résurrection nous rappelle que la dignité humaine doit être respectée et honorée.
Les êtres humains sont créés à l’image de Dieu et sont donc égaux devant Dieu. Pâques est le moment où la famille humaine est célébrée à la lumière de la vie divine et de l’abondance. Jérusalem, la ville de la résurrection, est le phare de l’espérance et de la vie. Le tombeau vide nous rappelle constamment les événements qui ont eu lieu dans et autour de la ville sainte. Jésus est venu pour offrir une vie abondante dans laquelle le péché et la mort sont vaincus. La ville de la vie est aussi la ville de la paix et de la réconciliation. Par conséquent, le statut multireligieux et multiculturel de Jérusalem doit être maintenu : puissent toutes les confessions abrahamiques trouver en elle une ville de paix et de quiétude. Nous continuons à prier pour une paix juste et durable à Jérusalem et dans le monde entier.
Nous prions sans relâche pour toutes les régions où règnent la violence et la détresse, en particulier les actes perpétrés contre les personnes innocentes et les lieux de culte. Nous nous souvenons aussi dans nos prières de toutes les femmes et de tous les enfants qui sont confrontés à la violence et à l’injustice partout dans le monde. Nous appelons tous les peuples à respecter la dignité de chaque personne humaine et à marcher ensemble vers l’intégrité et la plénitude de la vie.
Nous invitons tous nos frères chrétiens du monde entier, et tout particulièrement notre peuple de fidèles de Terre Sainte et du Moyen-Orient, à affermir leur foi dans les célébrations pascales. Puissions-nous tous être témoins de la résurrection en promouvant les valeurs de notre Seigneur ressuscité, qui est le Chemin, la Vérité et la Vie,  et en nous impliquant activement dans la vie de l’Eglise et de la société en général.
Christ est ressuscité ; Il est vraiment ressuscité, Alléluia ! Alléluia ! Alléluia !
Les Patriarches et Chefs des Eglises de Jérusalem (Pâques 2019)
+Patriarche Théophilos III, Patriarcat grec orthodoxe
+Patriarche Nourhan Manougian, Patriarcat arménien apostolique orthodoxe
+Mgr Pierbattista Pizzaballa, Administrateur Apostolique du Patriarcat Latin
+Francesco Patton, ofm, Custode de Terre Sainte
+Mgr Anba Antonious, Patriarcat copte orthodoxe, Jérusalem
+Mgr Gabriel Daho, Patriarcat syrien orthodoxe
+Mgr Aba Embakob, Patriarcat éthiopien orthodoxe
+Mgr Yaser AL-Ayash, Patriarcat gréco-melkite-catholique
+Mgr Mosa El-Hage, exarchat patriarcal maronite
+Mgr Suheil Dawani, Église épiscopale de Jérusalem et du Moyen-Orient
+Mgr Ibrahim Sani Azar, Église évangélique luthérienne de Jordanie et de Terre Sainte
+Mgr Pierre Malki, Exarchat patriarcal syriaque-catholique
+Mgr Krikor-Okosdinos Coussa, Exarchat patriarcal catholique arménien


lundi 22 avril 2019

Lundi de Pâques, lundi de l'Ange


Il n'est pas ici, Il est ressuscité ! Alléluia !
Icône contemporaine
Homélie pascale sur les saintes femmes myrrophores

Le Christ est ressuscité !

La pire chose qui puisse arriver dans nos vies est la perte de l'espérance chrétienne. Non seulement l'espérance, mais aussi et surtout l'espérance chrétienne. Qu'est-ce qui peut être pire que ça ? L'espérance... C'était l'attente, le promesse de sens et l'aspiration à un avenir heureux. L'espérance donnait la force de vivre. Elle avait un avant-goût de joie. Et puis, tout s'est écroulé. Un instant s'écoule et vous comprenez que tout a été irrémédiablement perdu. Il ne peut y avoir de plus grande catastrophe dans la vie d'une personne.

Aujourd'hui, alors que nous nous souvenons de cette aube profonde, lorsque plusieurs femmes ont timidement et secrètement approché la tombe de leur Maître, nous ressentons involontairement leur état de joie et de tristesse - l'état de personnes dont l'espoir a été brisé.

Elles sont venues alors qu'il faisait encore sombre jusqu'à la tombe afin d'oindre le corps enseveli de leur Maître avec des huiles aromatiques selon l'ancienne tradition de leurs ancêtres. Elles voulaient lui rendre leurs derniers devoirs. Oui, pour elles, le Seigneur Jésus-Christ n'était qu'un Maître. Bien-aimé, incomparables par rapport à tous les mortels, mais tout de même un Maître qui, à leur grande douleur, n'avait pas été capable de faire s’accomplir ses belles promesses.

Icône contemporaine des saintes femmes arrivant au tombeau
Le malheur et les pensées cachées, l'amère déception de tous les disciples était avec douleur de cœur exprimée par les apôtres Luc et Cléophas ce même jour, le soir sur le chemin d'Emmaüs, lorsqu'ils rencontrèrent le Sauveur ressuscité, ils ne le reconnurent pas. Ils parlaient tristement du Christ : "Ils L'ont mis à mort, et avant cela, ils L'ont terriblement torturé et se sont moqués de Lui ! Mais nous avions espéré que c'était Lui, qui restaurerait le royaume d'Israël !" (cf. Luc. 24, 13-21). Tout comme Luc et Cléophas, comme tous les disciples, les myrrhophores espéraient dans la promesse de Jésus d'un Royaume de bonheur et de bien-être, d'amour et de justice. Et où est-il ? Leur Maître a été horriblement raillé et tué. Tout autour des disciples orphelins, l'obscurité ne faisait qu'épaissir. Le mal triomphait de plus en plus effrontément sur terre.

Un royaume terrestre de bonté et de justice est une illusion éternelle qui séduit toujours les gens. Jusqu'à la fin des temps, les rêveries à ce sujet nous enivreront. Mais les fruits de ces rêveries séduisantes et charmantes sont vraiment horribles. Quand le Fils de Dieu vint sur terre pour amener Sa création dans le véritable Royaume des Cieux, l'humanité lui répondit par le Golgotha. Il apporta à l'humanité la nouvelle qu'un royaume qui n'est pas de ce monde était venu au monde. Les gens prenaient cela pour n'être rien de plus qu'une forme d'existence terrestre que leur esprit pouvait appréhender.

Les disciples et les porteurs de myrrhophores, en tant que partie de l'humanité, portaient en eux la maladie fatale générale de l'aliénation de Dieu. Mais si dans les dirigeants de l'Ancien Testament l'aliénation du peuple a évolué en haine diabolique et déicide, chez les disciples du Christ cette maladie s'est manifestée dans leur aveuglement spirituel humain héréditaire et leur insensibilité impuissante, qu'ils se sont efforcés de vaincre de tout leur cœur. Mais cela a pris du temps et, plus important encore, et cela a aussi nécessité l'œuvre de la grâce de Dieu.

Les saintes Myrrophores
Seule l'humanité transfigurée par le Christ - et en Christ - est capable d'entrer dans le Royaume des Cieux, ineffable et insondable pour ce monde. De quoi avons-nous besoin, nous aussi spirituellement aveugles, souffrant d'illusions sur nous-mêmes, d'orgueil et de vanité, pour nous rapprocher de ce Royaume ? Les instructeurs d'aujourd'hui, les myrrhophores qui sont venus dans la petite grotte, dernier refuge de notre Seigneur Jésus-Christ, nous enseignent quoi faire. C'est avec horreur que les femmes se préparaient à voir le corps profané de leur Maître. Mais elles ont trouvé quelque chose de totalement inattendu.

L'esprit de l'homme ne sait pas, Mais, comme il est écrit, ce sont des choses que l'œil n'a point vues, que l'oreille n'a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l'homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l'aiment (1 Corinthiens 2:9) ! Au lieu des restes corruptibles et torturés de leur Maître dans une grotte de pierre, ils trouvèrent la nouvelle de Jésus-Christ, le Fils de Dieu ressuscité. Devant eux se tenait un habitant d'un monde divin qui était resté fidèle au Seigneur - un ange – il prononça ces paroles simples et grandes : "Vous cherchez le Nazaréen crucifié. Il n'est pas là. Il est ressuscité ! (cf. Luc. 24 :6).

L'ange a annonça la même chose que le Seigneur Jésus-Christ avait dit plusieurs fois à ses disciples. On pourrait croire qu'ils se réjouiraient ! Mais quelle fut leur réaction humaine ? Ils s’enfuirent dans l'horreur et la peur, ne comprenant pas  et étant perplexes! Ils tremblaient et s'étonnaient : ils ne disaient rien à personne, car ils avaient peur (Marc 16,8).

Nous regardons les myrrhophores, et nous nous reconnaissons nous-mêmes.
Les pensées humaines sont aussi éloignées des pensées divines que les cieux le sont de la terre, dit le prophète Isaïe (cf. Isaïe 55 :8-9). Nos espoirs et nos rêves les plus audacieux sur le bonheur humain, sur nous-mêmes, sur nos proches et sur l'avenir sont au mieux naïfs par rapport à ce que le Seigneur nous a préparé. On peut comparer cela à un petit enfant à qui son père prépare quelque chose de merveilleux, une grande vie. Mais incapable d'apprécier ou même de comprendre une partie du plan de son père, le petit enfant n'est immergé que dans ses rêves chéris et bien-aimés : "Mon père fera tout pour moi ! J'aurai beaucoup de jouets, de bonbons et de friandises !" Ce que le père prépare pour ses enfants est insondable pour l'esprit faible et fragile d'un enfant.

Les Anges, les linges et le suaire attestent de
la Résurrection du Sauveur. Alléluia !
Qu'est-ce qui amena les myrrhophores au tombeau de leur Maître ? Au dernier lieu de repos terrestre de Celui qui n'avait  pas justifié leurs espoirs ? Au Maître Qui leur avait tant promis, mais qui n'a pas pu tenir ces promesses ? L'amour pour le Sauveur les y a amenés. C'est cet amour, la seule chose qui est plus grande que notre désir, c'est-à-dire notre espérance, plus grande que tout notre raisonnement, qui nous lie à DieuCet amour même pour le Christ ne fait pas honte aux cœurs des fidèles ! Ce n'est pas un hasard si les femmes myrrhophores ont été les premières de toute l'humanité à entendre la nouvelle de la Résurrection.

Qu'est-ce que les gens n'ont pas inventé pour nous convaincre au sujet de Dieu, du Christ et de l'Église depuis la Résurrection du Christ et jusqu'à aujourd'hui ! ~ Mais au sein de ces gens "ignorants et pitoyables" - selon le point de vue du monde -  ardaient cet amour et de l'adoration pour leur Grand Maître. Ils l'aimaient comme les myrrhophores et les apôtres, qui avaient perdu leur foi et leur espérance, mais les ont retrouvées.

Et nous, frères et sœurs, nous nous souviendrons des femmes myrrhophores non seulement aujourd'hui, mais aussi pendant les moments les plus compliqués de notre vie, quand les espoirs sont brisés, quand il semble que personne ne nous aidera, quand arrive la pire chose possible, ce qui, selon les paroles de saint Job le Grand Souffrant, fait trembler nos âmes. Alors nous nous souviendrons de ces femmes remarquables. En gardant dans leur cœur l'amour pour Dieu, elles ont reçu infiniment plus que ce qu'elles espéraient, tant pour elles-mêmes que pour tous leurs proches, vivants ou morts.

Tel est notre Seigneur. Il conduit l'existence humaine déchue ; Il conduit chacun de nous à travers des épreuves qui nous rendent inébranlables dans la foi, la vérité et la liberté spirituelle. Mais Il ne permet pas que quelque chose arrive au-delà de notre force. Il sait, comme un père aimant, quand le temps est venu de faire honte à nos espoirs humains pécheurs et à nos rêves faibles et fragiles. Et Il sait quand nous sommes devenus prêts pour la révélation du véritable Amour Divin, afin que nous puissions voir l'abondance infinie de ce que Dieu a préparé pour tous ceux qui L'aiment. Amen !


dimanche 21 avril 2019

Dimanche de Pâques - la Résurrection du Sauveur. Alléluia !



Le Christ est ressuscité !
Il est vraiment ressuscité !
Par sa mort Il a détruit la mort, par sa Résurrection, Il nous a donné la Vie !


L'Archiconfrérie du Saint-Sacrement et des Saints Anges est heureuse de vous souhaiter de belles, saintes et joyeuses fêtes de Pâques.

Solennité des solennités, fête des fêtes ! Que la Lumière du Christ illumine les ténèbres de nos coeurs, chasse le mal et le péché au cœur des hommes, de l'Eglise et du monde !

Vivons de la vie du Ressuscité et aimons-nous les uns les autres comme le Christ nous a aimé jusqu'à l'extrême !

Saintes et joyeuses fêtes de Pâques !

Le Christ est ressuscité ! Autel dans le tombeau du Christ. Anastasis, Saint-Sépulcre de Jérusalem

Icône de la Résurrection.
Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « Dieu inconnu », chap. 3

C’est ce qui nous presse de nous écrier ici avec l’Apôtre : 

« Ne savez-vous pas que nous tous qui avons été baptisés en Jésus Christ avons été baptisés dans sa mort, parce que nous avons été ensevelis avec lui par le baptême pour mourir avec lui, afin que comme Jésus Christ est ressuscité par la gloire et par la puissance de son Père, de même aussi nous marchions dans une nouvelle vie, étant certains que si nous sommes entés en lui par la ressemblance que nous avons eue à sa mort, nous le serons aussi à sa Résurrection. »

L’Apôtre donc, et Dieu par l’Apôtre, ne veut pas que personne d’entre les fidèles ignore les mystères et la nature du baptême

Le Christ glorieux, ressuscité. Le Vivant qui donne la Vie.
Nous devons donc tous savoir que, par le baptême, nous sommes entés en Jésus-Christ, et que nous devenons un seul corps et un seul homme avec lui, comme la branche devient un avec l’arbre avec lequel elle est entée ; c’est ce qui fait dire à notre Apôtre que, dans Jésus-Christ, il n’y a ni Gentil, ni Juif, ni circoncis, ni incirconcis, ni barbare, ni scythe, ni esclave, ni libre, mais que Jésus-Christ est tout en tous ; c’est à dire qu’il n’y a plus de diversité par le péché mais un seul Jésus-Christ qui remplit, par l’étendue de sa grâce, la dévotion et les devoirs de tout ce qu’il exclut toute autre que lui-même.






Pourquoi chercher le Vivant chez les morts. Il n'est pas ici, Il est ressuscité !
Voyez les linges, voyez le suaire et le linceul.
Que l'Eglise s'unisse à la voix des Anges et des Apôtres pour chanter la joyeuse Lumière de la Résurrection. Alléluia !



samedi 20 avril 2019

GRAND ET SAMEDI SAINT

L'ensevelissement du Sauveur dans le Saint Sépulcre

Homélie de Saint Ephrem de Nisibe, dit « la harpe du Saint Esprit », sur Notre Seigneur

Notre Seigneur a été piétiné par la mort, mais, en retour, il a frayé un chemin qui écrase la mort. Il s'est soumis à la mort et il l'a subie volontairement pour la détruire malgré elle. Car notre Seigneur est sorti en portant sa croix, sur l'ordre de la mort. Mais il a crié sur la croix et il a tiré les morts des enfers, quoique la mort s'y refusât.

Dans le corps qu'il avait, la mort l'a fait mourir ; et c'est par les mêmes armes qu'il a remporté la victoire sur la mort. Sa divinité, se dissimulant sous l'humanité, s'est ainsi approchée de la mort qui a tué et en est morte ; la mort a tué la vie naturelle, mais la vie surnaturelle à son tour a tué la mort.

Parce que la mort n'aurait pas pu le dévorer s'il n'avait pas eu de corps, parce que l'enfer n'aurait pas pu l'engloutir s'il n'avait pas eu de chair, il est venu jusqu'à la Vierge afin d'y trouver la chair qui le porterait aux enfers. ~ Mais, après avoir pris un corps, il est entré aux enfers, il leur a arraché leurs trésors qu'il a dispersés. Il est donc venu jusqu'à Ève, la mère de tous les vivants. Elle était la vigne dont la mort avait ouvert la clôture et il en goûta le fruit. Ainsi Ève, la mère de tous les vivants, était-elle devenue source de mort pour tous les vivants.

Mais un surgeon a levé : Marie, la vigne nouvelle, a remplacé Ève, la vigne antique. Le Christ, la Vie nouvelle, a fait en elle sa demeure. Ainsi, lorsque la mort conduisant son troupeau viendrait comme d'habitude, sans méfiance, avec ses fruits mortels, la Vie qui détruit la mort serait cachée dans la Vigne nouvelle. Et lui, lorsque la mort l'eut englouti, sans rien craindre, il délivra la vie, et avec elle la multitude des hommes.

Rites de l'ensevelissement du Christ,
le Vendredi Saint à Jérusalem
Il est le glorieux fils du charpentier qui, sur le char de sa croix, vint au-dessus de la gueule vorace des enfers et transféra le genre humain dans la demeure de la vie. Et parce que, à cause de l'arbre du paradis, le genre humain était tombé dans les enfers, c'est par l'arbre de la croix qu'il est passé dans la demeure de la vie. Sur ce bois avait donc été greffée l'amertume ; mais sur celui-ci fut greffée la douceur, pour que nous reconnaissions en lui le chef auquel ne résiste nulle créature.

Gloire à toi ! tu as jeté ta croix comme un pont au-dessus de la mort, pour que les hommes y passent du pays de la mort à celui de la vie. ~ Gloire à toi ! tu as revêtu le corps de l'Adam mortel et en as fait la source de la vie pour tous les mortels.

Oui, tu vis ! Car tes meurtriers se sont comportés envers ta vie comme des semeurs : ils ont semé ta vie dans les profondeurs de la terre comme on sème le blé, pour qu'il lève lui-même et fasse lever avec lui beaucoup de grains.

Venez, faisons de notre amour comme un encensoir immense et universel, prodiguons cantiques et prières à celui qui a fait de sa croix un encensoir à la Divinité, et nous a tous comblés de richesses par son sang.


Epitaphion - image du Christ mort exposée et vénérée dans les églises de rite oriental.