mercredi 11 février 2015

Notre Dame de Lourdes, secours des malades, priez pour nous !

PRIÈRE DU PAPE JEAN-PAUL II 
À LA GROTTE DE MASSABIELLE
Lourdes, le Dimanche, 14 août 1983

Dieu soit béni ! Oui, Dieu soit béni, Père, Fils et Saint-Esprit, d’avoir préparé ici, pour la Bigorre et les Pyrénées, pour la France, pour l’Eglise entière, un tel lieu de prière, de rassemblements de croyants, de réconciliation!
Dieu soit béni d’avoir fait jaillir ici, depuis 125 ans, en même temps que la petite source de Massabielle, une source vive où la foi se retrempe, où les corps et les âmes guérissent, où le sens de l’Eglise se fortifie !
Dieu soit béni d’avoir réalisé cela, une fois de plus, par la Vierge Marie, qui attire ici les foules, comme elle a attiré Bernadette, pour les conduire au Christ !
Béni soit Notre-Dame, qui nous obtient tant de grâces et qui m’a permis à moi-même, après un attentat dont j’ai été sauvé, de venir enfin jusqu’ici pour puiser à mon tour à la source, et y rassembler les fidèles, selon la mission de Pasteur universel confiée à l’Apôtre Pierre.

Et vous, chers Frères et Sœurs, merci d’avoir répondu si nombreux à l’appel de ce pèlerinage, merci de tout ce que vous avez préparé, merci de votre accueil. Au-delà de Monseigneur Donze, le cher Evêque de ce lieu, - que je remercie de son touchant hommage de bienvenue - je salue l’Episcopat de France et tous les Evêques qui se sont joints à eux, de nombreux pays ! Je salue les prêtres qui trouvent ici un lieu privilégié pour leur ministère d’éducation de la foi, de la prière, et de la réconciliation, et notamment les chapelains qui animent quotidiennement les pèlerinages. Je salue les religieux, les religieuses, les personnes consacrées, dont le témoignage de gratuité dans l’amour est essentiel au milieu de l’Eglise ! Je salue les personnes et les associations qui se dévouent au service des malades-pèlerins dans ce sanctuaire. Je salue tous les fidèles, les pères et mères de famille, les personnes âgées, les infirmes et les malades qui doivent toujours être à l’honneur en ce lieu. Je salue les pauvres de toute sorte pour lesquels la cité mariale de Lourdes doit être particulièrement accueillante, comme l’avait si bien compris Monseigneur Rodhain, fondateur du Secours Catholique et de la cité Saint-Pierre (Cfr. 1 Petr. 2, 11). Je salue les jeunes, en me souvenant de la jeune Bernadette à laquelle la Vierge s’est adressé avec tant de bonté, de respect, de confiance. Je salue tous ceux qui sont venus ici vivre leur foi ou en quête de la foi, d’un supplément d’âme.

Avec vous tous, je me suis fait pèlerin. Sur cette terre, nous sommes toujours, d’une certaine façon, pèlerins et voyageurs, comme disait saint Pierre.  Et je vais vivre avec vous une journée typique de pèlerinage, très simplement, à travers des gestes et des manifestations de piété qui font ici, tous les jours, la preuve de leur authenticité évangélique et ecclésiale, de leur adaptation aux personnes et aux foules, de leur fécondité spirituelle. J’avais désiré d’un grand désir ce pèlerinage. Dieu me comble aujourd’hui, au milieu de vous.

Quel message, quelle Bonne Nouvelle, vous dire dès ce soir, pour orienter toutes nos démarches ? Je dirai simplement : 
La Vierge sans péché vient au secours des pécheurs.

Notre Dame à l'Enfant, entourée d'Anges, par Caporali Bartolomeo

1. La Vierge, Notre-Dame de Lourdes ! Demain, nous la célébrerons dans sa gloire de ressuscitée, associée dans son corps et son âme à la vie céleste de son Fils. La femme revêtue de la vie divine comme du soleil et couronnée d’étoiles, pour parler comme l’Apocalypse. A Bernadette Soubirous, elle est bien apparue rayonnante de ce bonheur, mais elle évoquait plutôt la jeune fille de l’Annonciation, jeune, toujours jeune, plus jeune que le péché, comme l’a bien fait comprendre un de vos écrivains, Georges Bernanos. Elle évoquait les préludes de l’Incarnation du Christ, la préparation à sa venue par le baptême et la pénitence, l’Avent. Et surtout elle rappelait la grâce de sa propre conception immaculée, qui avait fait d’elle le signe avant-coureur de l’humanité rachetée par le Christ, la préservant du péché originel, c’est-à-dire de cette séparation d’avec Dieu qui atteint tous les hommes à leur naissance et qui laisse dans leur cœur une tendance au soupçon, à la méfiance, à la désobéissance, à la révolte, à la rupture avec ce Dieu qui n’a jamais cessé de les aimer. La Vierge a été établie d’emblée dans la relation aimante avec Dieu.

2. Pourquoi donc a-t-elle choisi ce visage et ce nom pour se révéler ici ?
Disons-le franchement : notre monde a besoin de conversion. A toute époque, il en est d’ailleurs ainsi. Au milieu du XIXème siècle, ce besoin se manifestait d’une façon particulière, dans l’incroyance de certains milieux scientistes, devant certaines philosophies, ou dans la vie pratique. Aujourd’hui, le sens même du péché a en partie disparu, parce que le sens de Dieu se perd. On a pensé bâtir un humanisme sans Dieu, et la foi risque sans cesse d’apparaître comme une originalité de quelques-uns, sans rôle nécessaire pour le salut de tous. Les consciences se sont obscurcies, comme lors du premier péché, ne distinguant plus le bien et le mal. Beaucoup ne savent plus ce qu’est le péché, ou n’osent plus le savoir, comme si cette connaissance allait aliéner leur liberté. Et pourtant, que d’efforts admirables nos contemporains ne tentent-ils pas pour épanouir les capacités humaines que Dieu leur a données, et créer de meilleures conditions de vie pour eux et pour les autres ! Mais il demeure difficile de convaincre ce monde de la misère de son propre péché, et du salut que Dieu lui offre sans cesse dans la réconciliation acquise par la Rédemption. C’est toute la démarche que l’Eglise a entreprise et cette Année jubilaire de la Rédemption.

Or la Vierge sans péché nous rappelle ici ce besoin primordial : elle nous dit, comme à Bernadette : priez pour les pécheurs, venez vous laver, vous purifier, puiser une nouvelle vie. “Convertissez-vous et croyez à l’Evangile” (Marc. 1, 15). A ces tout premiers mots de Jésus dans l’Evangile,  elle donne une nouvelle actualité.

La voie de la mort et du péché ou la vie de grâce,
à nous de choisir... Prions Notre-Dame,
Mère du Bon Conseil
3. Car si Marie représente bien l’ennemi de Satan, le contraire du péché, elle se montre ici l’amie des pécheurs, comme le Christ qui mangeait et vivait au milieu d’eux, lui le “Saint de Dieu”. C’est la Bonne Nouvelle qu’elle redit à ce monde, à chacun de nous. Il est possible, il est bienfaisant, il est vital de trouver, de retrouver le chemin de Dieu.

Oui, la prise de conscience du péché est possible, en même temps que celle de l’amour miséricordieux de Dieu ou plutôt grâce à lui, car c’est lui qui change le cœur du pécheur, le rend lucide et repentant. Ce n’est pas humiliant, ce n’est pas traumatisant, c’est libérateur. Seul l’orgueil y ferait obstacle. Et Bernadette rappelle, par toute sa vie, ce que Marie avait proclamé dans son “Magnificat”: “Il a jeté les yeux sur son humble servante… élevé les humbles” (Luc. 1, 48-52). Apparemment, les obstacles à la conversion, intérieurs et extérieurs, pourraient aujourd’hui sembler insurmontables. Mais tout est possible à Dieu. Il s’agit d’un don de Dieu, que nous allons demander. Il en va comme de la source qui jaillit, imprévue, entre les doigts de Bernadette, et qui ne cessera plus de couler. Il faut s’y laver. “Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme la neige” (Is. 1, 18). Et il faut s’y disposer par l’humilité, les gestes de pénitence, la prière, la demande de pardon : il n’y a pas d’autres voies ; c’est ce qu’ont annoncé les prophètes qui ont précédé le Christ, notamment Jean-Baptiste ; c’est ce qu’a affirmé le Christ lui-même ; c’est ce que répètent l’Eglise et Marie qui nous apportent son message, et Bernadette qui nous le transmet si simplement, si fidèlement.

Cette démarche de conversion et de pénitence est spécialement en harmonie avec cette année sainte, où nous célébrons le jubilé de la Rédemption. Le Christ est mort et ressuscité pour nous arracher à l’état de: pécheurs et nous communiquer une vie nouvelle. Par-là, il a redonné Dieu à l’homme et l’homme à Dieu. Lourdes est un lieu où l’on comprend sans doute mieux qu’ailleurs cette Rédemption, et où des millions de pèlerins vivront ce jubilé.

Tout prochainement, à Rome, se tiendra d’ailleurs le Synode des Évêques, que j’ai convoqué sur le thème de la Réconciliation et de la Pénitence, et qui se prépare actuellement dans les diocèses. C’est un événement capital à mes yeux. Et je viens à Lourdes prier pour que ce Synode se déroule au mieux et porte beaucoup de fruits, dans toute l’Eglise. Je confie cette intention à l’Immaculée Conception. Et je la confie aussi à votre prière.

4. Pour l’instant, Frères et Sœurs, préparons nos cœurs à la rencontre avec le Seigneur, comme Marie nous y invite ; préparons-nous à la fête de l’Assomption. Et remercions Dieu de la grâce qu’il nous fait en ce lieu. Depuis plus d’un siècle, - n’y-a-t-il pas juste cent ans que la première pierre de la basilique ancienne était posée? - le monde entier a les yeux tournés vers Lourdes. Certes, chaque pays a ses sanctuaires célèbres, où la présence de Marie est particulièrement honorée et invoquée. J’en ai déjà visité en pèlerin un certain nombre, car je suis persuadé que l’Eglise doit puiser à ces sources : je pense évidemment à Czstochowa, mais aussi à Guadalupe, à Ephèse, à Fatima, à Knoch en Irlande, à Aparecida au Brésil, à Montserrat et Saragosse en Espagne, à Lorette et Pompei en Italie.

Il me semble qu’il y a une grâce particulière à Lourdes. Le message est sobre et clair mais fondamental. Il a été transmis d’une façon spécialement forte, pure et transparente, par une adolescente à l’âme limpide et courageuse. Les signes sont simples : le vent qui évoque l’Esprit de la Pentecôte, l’eau de la purification et de la vie, la lumière, le signe de la croix, la prière du rosaire. Dès le début, les chrétiens sont invités à y venir en foule, en Eglise. Et de fait, c’est comme si, ici, le respect humain et toutes les réticences - qui trop souvent bloquent la conversion et l’expression religieuse - étaient naturellement surmontés. Ici, on prie, on aime prier, on aime se réconcilier avec Dieu, on aime vénérer l’Eucharistie, on fait une place d’honneur aux pauvres, aux malades. C’est un lieu exceptionnel de grâces. Dieu soit loué.

Louons-le avec les paroles de Marie : “Magnificat anima mea Dominum !”.
“Mon âme exalte le Seigneur! Il s’est souvenu de son amour”.

Entendons le Seigneur nous dire : “Je t’aime, je n’ai jamais cessé de t’aimer”.
Ecoutons-le nous poser, comme à Pierre, la question toujours fondamentale: “Aimes-tu ? M’aimes-tu ?”.

Sans lui, sans sa présence, nous serions incapables de répondre. Mais l’Esprit Saint peut vivifier en nous l’amour et la foi : Accueillons l’Esprit qui est venu en Marie en plénitude : “Le Puissant fit pour moi des merveilles!”.

Magnificat anima mea Dominum.




vendredi 6 février 2015

Réveillons-nous, suivons Jésus-Christ, la Source de la Vie

Pélican mystique, détail d'une chasuble

Du vénérable abbé Henri Marie Boudon. 

Pour moi, vivre, c'est le Christ ! (Phil I,21)


Il est bien temps de nous réveiller de notre sommeil, parce que notre salut est maintenant proche par le secours des exemples que le grand et fidèle serviteur de Jésus Christ, l’homme de Dieu (le R.P. Seurin) nous a laissés.

La nuit est passée, ses obscurités étant dissipées par les clartés de cette brillante étoile. Le jour est avancé par ses rayons lumineux. Laissons donc les œuvres des ténèbres à la vue des actions de cet enfant de lumière.

Mourons à toutes choses avec lui par le dépouillement du vieil homme pour nous revêtir avec lui de Notre Seigneur Jésus Christ, et ne plus vivre que de sa vie. 




lundi 2 février 2015

2 février - solennité de la Présentation de l'Enfant Jésus au Temple, fête de la chandeleur

Présentation de Jésus au Temple, par Andrea Celesti, église San Zaccaria de Venise
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien 

Extraits de son 1er Sermon pour la Purification de la Très Sainte Vierge Marie et
de la Présentation de l’Enfant Jésus au Temple


Je rends grâce avec toi et je partage ta joie, Pleine-de-grâce (Lc 1,28) : tu as mis au monde la Miséricorde que j’ai reçue. 
C’est toi qui as préparé ce cierge que je reçois aujourd'hui dans les mains. 
C'est toi qui as fourni la cire à cette flamme..., lorsque tu as vêtu d'une chair immaculée le Verbe immaculé, toi sa mère immaculée.
Vigile pascale au Saint Sépulcre de Jérusalem,
gardons le cierge de notre foi et de notre espérance allumé !

Allons, mes frères ! Voici que ce cierge brûle aujourd'hui entre les mains de Syméon. Venez prendre de la lumière, venez allumer vos cierges, je veux dire ces lampes que le Seigneur veut vous voir tenir entre les mains (cf. Lc 12,35) : « Approchez-vous de lui et soyez illuminés » (Ps 33,6). 

Ainsi, au lieu seulement de porter un flambeau, tu deviendras un flambeau, rayonnant au-dedans et au-dehors, pour toi et pour ton prochain... Jésus, qui brille entre les mains de Syméon, allumera ta foi, fera briller ton exemple, te suggérera la bonne parole, enflammera ta prière, purifiera ton intention…

Et lorsque s’éteindra la lampe de cette vie, la lumière de la vie qui ne peut pas s’éteindre se lèvera pour toi, en qui brûlent tant de lumières. Ce sera pour toi « comme l’éclat du midi qui se lève au crépuscule » (Job 11,17). Au moment où tu croyais t’éteindre, tu te « lèveras comme l’étoile du matin » (ibid.) et « tes ténèbres seront comme le milieu du jour » (Is 58,10). Et pourtant « il n’y aura plus de soleil durant le jour et l’éclat de la lune ne t’éclairera plus ; mais le Seigneur sera pour toi lumière éternelle » (Is 60,19), car le flambeau de la nouvelle Jérusalem, c’est l’Agneau (cf. Ap 21,23), à qui soient « bénédiction et resplendissement dans les siècles des siècles ! Amen » (Ap 7,12).    





dimanche 1 février 2015

Léonie Martin, priez pour nous et pour la France !

Armoiries de S. Exc. R. Mgr. Jean-Claude Boulanger

Prière pour obtenir des grâces par l'intercession de la Servante de Dieu, Léonie Martin

Léonie Martin, sœur de sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, est sur le chemin de la béatification et canonisation. La première étape a été samedi 24 janvier 2015, avec l'ouverture du procès diocésain, au cours d'une Messe célébrée à la Visitation de Caen, là où elle a été religieuse, là où repose son corps.


Prière pour obtenir des grâces par l'intercession de la Servante de Dieu, Léonie Martin :

Chère Léonie notre Sœur,
vous êtes déjà intervenue auprès de Dieu en notre faveur
et nous aimerions pouvoir vous prier officiellement
pour que beaucoup vous connaissent.
Venez en aide aux Parents qui risquent
de perdre un enfant, comme vous-même avez failli
mourir en bas âge.
Continuez à soutenir les familles
où les différentes générations ont du mal à vivre
ensemble dans la sérénité.
Éclairez les jeunes qui doutent de leur avenir
et hésitent à s'engager.
Montrez à tous le chemin de la prière qui vous permit
de supporter avec confiance vos limites, vos difficultés
et de vous donner pour les autres.
Seigneur, si telle est ta volonté,
daigne nous accorder la grâce que nous te demandons
par l'intercession de ta servante Léonie,
et l'inscrire au nombre des vénérables de ton Eglise.
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen

Imprimatur le 25 Mars 2012
+ Jean-Claude Boulanger, Evêque de Bayeux-Lisieux

La famille Martin, Louis, Zélie et leurs saintes filles.
Priez pour nos familles et pour notre pays !


Temps de la Septuagésime

Les Catholiques suivant le calendrier en forme extraordinaire de l’unique rit romain entrent, ce dimanche, en Septuagésime. Le Gloria et l’alleluia sont bannis de la liturgie et le violet réapparait, couleur de pénitence et de supplication.

Ce temps de 70 jours rappelle les 70 années d’Exil à Babylone du peuple de Dieu. Il inaugure, en douceur, le Carême – temps de pénitence de 40 jours – qui nous unit au Christ se battant contre le démon durant ce temps au désert.


Destruction du Temple de Jérusalem, Francesco Hayez

Des fêtes qui arrivent pendant le temps de la déviation par Mgr Jacques de Voragine, « La Légende dorée »


Après avoir parlé des fêtes qui tombent dans le temps contenu en partie sous le temps de la réconciliation et en partie sous le temps du pèlerinage, temps que l’Église célèbre depuis la naissance de J.-C., jusqu'à la Septuagésime, il reste à parler des fêtes qui arrivent pendant le temps de la déviation, commençant à Adam et finissant à Moïse, temps que l’Église reproduit de la Septuagésime jusqu'à, Pâques.

La Septuagésime

La Septuagésime désigne le temps de la déviation, la Sexagésime le temps du veuvage, la Quinquagésime le temps de la rémission, la Quadragésime le temps de la, pénitence spirituelle. La Septuagésime commence au dimanche où l’on chante pour Introït Circumdederunt me, et finit le samedi après Pâques.

L'Exil à Babylone
(…) C'est pour indiquer la déviation, l’exil et la tribulation de tout le genre humain depuis Adam jusqu'à la fin du monde. (…) Comme ce fut au sixième âge du monde que J.-C. nous a délivrés de cet exil par le moyen du baptême, avec l’espoir de la récompense éternelle, en nous rendant la robe d'innocence, ce ne sera cependant qu'après avoir consommé le temps de notre exil qu'il nous décorera pleinement de l’une et de l’autre robe. C'est la raison pour laquelle, pendant le temps de la déviation et de notre exil, nous mettons de côté les chants de joie, quoique cependant au samedi de Pâques nous chantions une fois l’alléluia, comme pour nous réjouir dans l’espoir de l’éternelle patrie et comme ayant recouvré la robe d'innocence au sixième âge du monde par l’entremise de J.-C. A cet alléluia on ajoute un trait, qui signifie le travail auquel nous devons nous livrer encore pour accomplir les commandements de Dieu. Le samedi après Pâques que finit la Septuagésime, ainsi qu'il a été dit plus haut, nous chantons deux alléluia ; parce que après que le monde aura` atteint sa limite, nous obtiendrons une double robe de gloire.

La troisième raison de l’institution de la Septuagésime, c'est qu'elle représente les soixante-dix ans pendant lesquels les enfants d'Israël restèrent en captivité à Babylone. Or, de même qu'ils mirent de côté leurs instruments de musique en disant: « Comment chanterons-nous le cantique du Seigneur sur une terre étrangère ? (Ps. CXXXVI) », de même aussi nous omettons les cantiques de louanges. Mais après que Cyrus leur a eu donné la faculté de revenir, la soixantième année, ils se livrèrent à la joie, et nous aussi, au samedi de Pâques, image de nette soixantième année, nous chantons l’alléluia pour imiter leur joie. Mais cependant, comme ils eurent beaucoup, de peines à faire les préparatifs de leur retour et à rassembler leurs bagages, nous aussi, après l’alléluia, nous ajoutons aussitôt un trait, qui est l’image du travail. Le samedi, jour où finit la Septuagésime, nous chantons deux alléluia pour figurer la joie parfaite qu'ils éprouvèrent en rentrant dans leur patrie.

Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions,
nous souvenant de Sion... Ps 137.
Ce temps de captivité et d'exil des enfants d'Israël est encore l’image de notre pèlerinage ; parce que délivrés après soixante ans de captivité, nous aussi, nous le serons après le sixième âge du monde. Et de même encore qu'ils travaillèrent à rassembler leur bagage, de même aussi nous travaillons à accomplir les commandements de Dieu après notre, délivrance. Mais arrivés dans la patrie, tout travail cessera, la gloire sera parfaite et nous chanterons de corps et d'âme un double alléluia. C'est donc avec raison que, en ce temps d'exil, l’Eglise, tourmentée par une foule de tribulations et placée presque dans l’abîme du désespoir, tire des soupirs du fond du cœur pour crier dans son office : Circumdederunt me gemitus mortis. Des gémissements de mort  m’ont environné. En cela l’Eglise montre les tribulations multiples qu'elle ; éprouve et pour la misère qui l’étreint et pour le double châtiment qu'elle reçoit, et pour a faute commise par quelques-uns de ses membrés.

Mais cependant afin d'éviter le désespoir, en l’Evangile et en l'Épître, sont proposés trois remèdes salutaires et une triple récompense.
Le remède, si elle veut être parfaitement délivrée de ces misères, c'est de travailler à la vigne de son âme, en retranchant les vices et les péchés, ensuite de courir dans la carrière de la vie avec des œuvres de pénitence; enfin de combattre avec vigueur contre toutes les tentations du démon. Que si elle le fait, elle obtiendra une triple récompense ; car, à celui qui aura travaillé, sera délivré le denier ; à celui qui aura bien fourni sa carrière, sera accordé le prix ; à celui qui aura combattu, la couronne.

Or, parce que la Septuagésime est encore l’image de notre captivité, on nous propose un remède par lequel nous pouvons en être délivrés, savoir, par la course, en fuyant, par le combat, en luttant, par le denier, en rachetant.



Croix, détail d'un tapis de chœur de Notre-Dame de Paris



jeudi 29 janvier 2015

Préparons-nous à la fête de la vie consacrée, le 2 février prochain

Chaque 2 février, nous sommes invités à prier pour tous les consacrés, moines et religieux qui ont donné leur vie au Christ selon cette vocation particulière qui est la leur et qui est pour nous le signe du Royaume au milieu de nous.

Le Pape Jean-Paul II fit du 2 février, solennité de la Présentation de l'Enfant Jésus au Temple, une journée mondiale de prière pour eux. Et notre Pape François nous demande, cette année, de prier pour eux tout particulièrement en cette année de prière qui leur est dédiée. 

Pour nous préparer à cette si grande fête, voici une exhortation que nous pourrons méditer tout au long de cette année et qui, j'en suis sûr, nourrira notre prière pour ces hommes et ces femmes d'exception qui se donnent sans mesure au Christ et dont nous ne mesurerons qu'au Ciel l'immense bien qu'ils auront fait sur la terre.

Du Pape Jean Paul II, le 2 juin 1980,
en visite à la basilique Sainte-Thérèse de Lisieux

Extraits du discours du pape aux Carmélites :

Consacrez-vous, immolez-vous toujours davantage, sans même chercher à savoir comment Dieu utilise votre collaboration. Alors qu'à la base de toute action, il y a un but et donc une limitation, une finitude, la gratuité de votre amour est à l'origine de la fécondité contemplative. Une comparaison très moderne me vient à l'esprit : vous embrasez le monde du feu de la vérité et de l'amour révélés, un peu comme les maîtres de l'atome allument les fusées spatiales : à distance.


[…] Mon second encouragement est le suivant. Dans une civilisation de plus en plus mobile, sonore et parlante, les zones de silence et de repos deviennent une nécessité vitale. Les monastères - dans leur style original - ont donc plus que jamais la vocation de demeurer des lieux de paix et d'intériorité. Ne laissez pas les pressions internes ou externes porter atteinte à vos traditions et à vos moyens de recueillement. Efforcez-vous plutôt d'éduquer vos hôtes et vos retraitants à la vertu du silence. […] La clôture n'isole pas les âmes contemplatives de la communion du Corps mystique. Bien plus, elle les met au cœur de l'Église. Aimez votre séparation du monde, tout à fait comparable au désert biblique. Paradoxalement, ce désert n'est pas le vide. C'est là que le Seigneur parle à votre cœur et vous associe étroitement à son œuvre de salut.



Mosaïques représentant les titres de la Vierge Marie, dans ses litanies,
Notre-Dame de la Garde, Marseille


mercredi 28 janvier 2015

Saint Thomas d'Aquin, op., Docteur de l'Eglise

Saint Thomas d'Aquin, op., illuminé par
le Saint Esprit


Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), dominicain, docteur de l'Église, Leçons pour la fête du Corps du Christ 


Les immenses bienfaits dont le Seigneur a largement comblé le peuple chrétien élèvent celui-ci à une dignité inestimable. Il n'y a pas, en effet, et il n'y a jamais eu de nation dont les dieux soient aussi proches que notre Dieu l'est de nous (cf Dt 4,7).

Le Fils unique de Dieu, dans le dessein de nous rendre participants de sa divinité, a assumé notre nature et s'est fait homme pour diviniser les hommes. Tout ce qu'il nous a emprunté, il l'a mis au service de notre salut. Car, pour notre réconciliation, il a offert son corps à Dieu le Père sur l'autel de la croix ; et il a répandu son sang comme rançon pour nous racheter de notre condition d'esclaves et pour nous purifier de tous nos péchés par le bain de régénération.

Afin que demeure parmi nous le continuel souvenir d'un si grand bienfait, il a laissé aux croyants son corps en nourriture et son sang en breuvage sous les espèces du pain et du vin.

O admirable et précieux festin qui apporte le salut et contient la douceur en plénitude ! Que pourrait-on trouver de plus précieux que ce repas où ce n'est pas la chair des veaux et des boucs, mais le Christ vrai Dieu qui nous est offert ?


Communion de sainte Françoise Romaine, Notre-Dame d'Ara Cœli, Rome

dimanche 25 janvier 2015

Marche pour la Vie, prions pour que le repect de la vie triomphe

Marie, Mère de Dieu, par Giuseppe Crespi

Nous Te remercions, Dieu notre Créateur,
Toi qui seul as le pouvoir de communiquer le souffle de vie
Alors que Tu façonnes chacun de nous dans le sein de notre mère ;
Accorde, nous T’en prions, que, devenus les intendants de Ta création,
Nous puissions rester fidèles à Ta confiance divine et œuvrer pour le renouveau d’une culture de Vie
En persévérants sans cesse dans la sauvegarde de la dignité de toute vie humaine.
Par Jésus-Christ, Ton Fils, notre Seigneur,
Qui vit et règne avec Toi, dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles. Amen.


Conversion de Saint Paul - Je crois en l'Eglise, Une, Sainte, Catholique et Apostolique

Saint Évêque, Véronèse
Saint Cyprien de Carthage,

De l’unité de l’Eglise, nn.3-4

Dieu parle à Pierre: Je te dis que tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les puissances des enfers n’en triompheront jamais. Je te donnerai les clefs du royaume du Ciel, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le Ciel et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le Ciel (Matt. XVI). 

Après sa résurrection, il dit au même apôtre : Pais mes brebis. Sur lui seul il bâtit son Église, à lui seul il confie la conduite de ses brebis. Quoique, après sa résurrection, il donne à tous ses apôtres un pouvoir égal, en leur disant : Comme mon Père m’a envoyé, je vous envoie; recevez le Saint-Esprit les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez (Joan. XX), cependant, afin de rendre l’unité évidente, il a établi une seule chaire et, de sa propre autorité, il a placé dans un seul homme le principe de cette même unité. Sans doute les autres apôtres étaient ce que fut Pierre; ils partageaient le même honneur, la même puissance, mais tout se réduit à l’unité. La primauté est donnée à Pierre, afin qu’il n’y ait qu’une seule Église du Christ et une seule chaire. Tous sont pasteurs; mais on ne voit qu’un troupeau dirigé par les apôtres avec un accord unanime.

L'arche de Noé, Notre-Dame de la Garde, Marseille,
image de l'Eglise accueillant tous les peuples
L’Esprit Saint avait en vue cette Eglise une, quand il disait dans le Cantique des cantiques: Elle est une ma colombe, elle est parfaite, elle est unique pour sa mère; elle est l’objet de toutes ses complaisances (Cant., VI). Et celui qui ne tient pas à l’unité de l’Église croit avoir la foi! Et celui qui résiste à l’Église, qui déserte la chaire de Pierre sur laquelle l’Église repose, se flatte d’être dans l’Église! écoutez l’apôtre saint Paul; il expose lui aussi le dogme de l’unité : Un seul corps, un seul esprit, une seule espérance de votre vocation, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu (Ephés. IV).

Nous devons tenir fortement à cette unité, nous devons la défendre, nous surtout évêques, qui occupons la première place dans l’Église, afin que le corps épiscopal soit un et indivisible. Que personne n’altère, par le mensonge, la fraternité qui nous unit; que personne, par des enseignements perfides, ne nuise à la sincérité de notre foi. L’épiscopat est un, chacun de nous possède cette dignité solidairement avec ses frères. L’Église aussi est une, quoique, par l’effet de sa fécondité, elle s’étende sur une immense superficie. Ainsi les rayons innombrables du soleil ne font qu’une seule lumière; l’arbre a des rameaux nombreux, mais un tronc unique solidement attaché au sol ; plusieurs ruisseaux coulent de la source et portent au loin leurs eaux abondantes, mais la source est unique. Cherchez à enlever au soleil un de ses rayons, l’unité de la lumière ne souffrira pas cette division; séparez un rameau de l’arbre, il se flétrira; écartez un ruisseau de la fontaine, il se desséchera. Il en est de même de l’Église de Dieu : répandue partout, elle éclaire l’univers de ses rayons; mais il n’y a qu’une seule lumière inséparable du corps qui la produit; arbre gigantesque, elle étend partout ses rameaux chargés de fruits; fontaine intarissable, elle porte au loin ses eaux abondantes et fécondes; mais il n’y a qu’un principe, un tronc, une source, une mère dont la fécondité remplit l’univers. 

L'Eglise, barque de Pierre et des Apôtres, parfois prenant l'eau... Mais le Seigneur n'est-Il pas là, avec nous et pour toujours ?

Le sein de cette mère nous donne la naissance, son lait nous nourrit, son souffle nous anime. L’épouse du Christ ne peut souffrir l’adultère ; elle est incorruptible; elle ne connaît qu’une seule maison, qu’un seul lit conjugal. C’est elle qui nous conserve pour Dieu, et qui, après nous avoir engendrés, nous conduit au royaume céleste. Quiconque se sépare de l’Église véritable, pour se joindre à. une secte adultère, renonce aux promesses de l’Église. Les promesses du Christ ne sont pas pour celui qui abandonne son Église. Cet homme est un étranger, un profane, un ennemi. 

Non, on ne peut avoir Dieu pour père si on n’a pas l’Église pour mère. Au temps du déluge, pouvait-on se sauver hors de l’arche de Noé? De même aujourd’hui, hors de l’Église, le naufrage est certain. C’est l’enseignement de Jésus-Christ : Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui ne recueille pas avec moi dissipe (Matt., XII). Celui qui rompt les liens de la paix et de la concorde établis par le Christ agit contre le Christ; celui qui recueille hors de l’Église dissipe l’Église du Christ. Le Seigneur a dit encore : Moi et mon Père ne sommes qu’un (Joan., X); et Jean, en parlant du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ajoute, et ces trois ne sont qu’un. Qui donc pourrait croire que cette unité, née de l’unité divine, cimentée par les sacrements célestes, peut être scindée selon le caprice des volontés rivales? Perdre cette unité, c’est perdre la loi divine, la foi dans le Père et le Fils, la vie, le salut.

Ut unum sint - Qu'ils soient Un, comme nous sommes Un.

samedi 24 janvier 2015

Catéchèse du Pape Benoit XVI sur Saint François de Sales

Rome, le Mercredi 2 mars 2011

Chers frères et sœurs,

« Dieu est le Dieu du cœur humain » (Traité de l'Amour de Dieu, I, XV) : dans ces paroles apparemment simples, nous percevons l'empreinte de la spiritualité d'un grand maître, dont je voudrais vous parler aujourd'hui, saint François de Sale, évêque et docteur de l'Eglise. 

Né en 1567 dans une région frontalière de France, il était le fils du Seigneur de Boisy, antique et noble famille de Savoie. Ayant vécu à cheval entre deux siècles, le XVIe et le XVIIe, il rassemblait en lui le meilleur des enseignements et des conquêtes culturelles du siècle qui s'achevait, réconciliant l'héritage de l'humanisme et la tension vers l'absolu propre aux courants mystiques. Sa formation fut très soignée ; il fit ses études supérieures à Paris, se consacrant également à la théologie, et à l'Université de Padoue il fit des études de droit, suivant le désir de son père, qu'il conclut brillamment par une maîtrise in utroque iure, droit canonique et droit civil.

Dans sa jeunesse équilibrée, réfléchissant sur la pensée de saint Augustin et de saint Thomas d'Aquin, il traversa une crise profonde qui le conduisit à s'interroger sur son salut éternel et sur la prédestination de Dieu à son égard, vivant avec souffrance comme un véritable drame spirituel les questions théologiques de son époque. Il priait intensément, mais le doute le tourmenta si fort que pendant quelques semaines, il ne réussit presque plus à manger et à dormir. Au comble de l'épreuve, il se rendit dans l'église des dominicains à Paris, ouvrit son cœur et pria ainsi : « Quoi qu'il advienne, Seigneur, toi qui détiens tout entre tes mains, et dont les voies sont justice et vérité ; quoi que tu aies établi à mon égard... ; toi qui es toujours un juge équitable et un Père miséricordieux, je t'aimerai Seigneur (...) je j'aimerai ici, ô mon Dieu, et j'espérerai toujours dans ta miséricorde, et je répéterai toujours tes louanges... O Seigneur Jésus, tu seras toujours mon espérance et mon salut dans la terre des vivants » (I Proc. Canon., vol. I, art. 4). 

François, âgé de vingt ans, trouva la paix dans la réalité radicale et libératrice de l'amour de Dieu : l'aimer sans rien attendre en retour et placer sa confiance dans l'amour divin ; ne plus demander ce que Dieu fera de moi : moi je l'aime simplement, indépendamment de ce qu'il me donne ou pas. Ainsi, il trouva la paix, et la question de la prédestination - sur laquelle on débattait à cette époque - était résolue, car il ne cherchait pas plus que ce qu'il pouvait avoir de Dieu ; il l'aimait simplement, il s'abandonnait à sa bonté. Et cela sera le secret de sa vie, qui transparaîtra dans son œuvre principale : le Traité de l'amour de Dieu.

En vainquant les résistances de son père, François suivit l'appel du Seigneur et, le 18 décembre 1593, il fut ordonné prêtre. En 1602, il devint évêque de Genève, à une époque où la ville était un bastion du calvinisme, au point que le siège épiscopal se trouvait « en exil » à Annecy. Pasteur d'un diocèse pauvre et tourmenté, dans un paysage de montagne dont il connaissait aussi bien la dureté que la beauté, il écrivit : « [Dieu] je l'ai rencontré dans toute sa douceur et sa délicatesse dans nos plus hautes et rudes montagnes, où de nombreuses âmes simples l'aimaient et l'adoraient en toute vérité et sincérité ; et les chevreuils et les chamois sautillaient ici et là entre les glaciers terrifiants pour chanter ses louanges » (Lettre à la Mère de Chantal, octobre 1606, dans Œuvres, éd. Mackey, t. XIII, p. 223). Et toutefois, l'influence de sa vie et de son enseignement sur l'Europe de l'époque et des siècles successifs apparaît immense. C'est un apôtre, un prédicateur, un homme d'action et de prière ; engagé dans la réalisation des idéaux du Concile de Trente ; participant à la controverse et au dialogue avec les protestants, faisant toujours plus l'expérience, au-delà de la confrontation théologique nécessaire, de l'importance de la relation personnelle et de la charité ; chargé de missions diplomatiques au niveau européen, et de fonctions sociales de médiation et de réconciliation. 

Mais saint François de Sales est surtout un guide des âmes : de sa rencontre avec une jeune femme, la dame de Charmoisy, il tirera l'inspiration pour écrire l'un des livres les plus lus à l'époque moderne, l'Introduction à la vie dévote ; de sa profonde communion spirituelle avec une personnalité d'exception, sainte Jeanne Françoise de Chantal, naîtra une nouvelle famille religieuse, l'Ordre de la Visitation, caractérisé - comme le voulut le saint - par une consécration totale à Dieu vécue dans la simplicité et l'humilité, en accomplissant extraordinairement bien les choses ordinaires : « ... Je veux que mes Filles - écrit-il - n'aient pas d'autre idéal que celui de glorifier [Notre Seigneur] par leur humilité » (Lettre à Mgr de Marquemond, juin 1615). Il meurt en 1622, à cinquante-cinq ans, après une existence marquée par la dureté des temps et par le labeur apostolique.

La vie de saint François de Sales a été une vie relativement brève, mais vécue avec une grande intensité. De la figure de ce saint émane une impression de rare plénitude, démontrée dans la sérénité de sa recherche intellectuelle, mais également dans la richesse de ses sentiments, dans la « douceur » de ses enseignements qui ont eu une grande influence sur la conscience chrétienne. De la parole « humanité », il a incarné les diverses acceptions que, aujourd'hui comme hier, ce terme peut prendre : culture et courtoisie, liberté et tendresse, noblesse et solidarité. Il avait dans son aspect quelque chose de la majesté du paysage dans lequel il avait vécu, conservant également sa simplicité et son naturel. Les paroles et les images avec lesquelles il s'exprimait résonnent de manière inattendue, également à l'oreille de l'homme d'aujourd'hui, comme une langue natale et familière.

François de Sales adresse à Philotée, le destinataire imaginaire de son Introduction à la vie dévote (1607) une invitation qui, à l'époque, dut sembler révolutionnaire. Il s'agit de l'invitation à appartenir complètement à Dieu, en vivant en plénitude la présence dans le monde et les devoirs de son propre état. « Mon intention est d'instruire ceux qui vivent en villes, en ménages, en la cour [...] » (Préface de l'Introduction à la vie dévote). Le document par lequel le Pape Léon XIII, plus de deux siècles après, le proclamera docteur de l'Eglise insistera sur cet élargissement de l'appel à la perfection, à la sainteté. Il y est écrit : « [la véritable piété] a pénétré jusqu'au trône des rois, dans la tente des chefs des armées, dans le prétoire des juges, dans les bureaux, dans les boutiques et même dans les cabanes de pasteurs [...] » (Bref Dives in misericordia, 16 novembre 1877). 

C'est ainsi que naissait cet appel aux laïcs, ce soin pour la consécration des choses temporelles et pour la sanctification du quotidien sur lesquels insisteront le Concile Vatican II et la spiritualité de notre temps. L'idéal d'une humanité réconciliée se manifestait, dans l'harmonie entre action dans le monde et prière, entre condition séculière et recherche de perfection, avec l'aide de la grâce de Dieu qui imprègne l'homme et, sans le détruire, le purifie, en l'élevant aux hauteurs divines. Saint François de Sales offre une leçon plus complexe à Théotime, le chrétien adulte, spirituellement mûr, auquel il adresse quelques années plus tard son Traité de l'amour de Dieu (1616). Cette leçon suppose, au début, une vision précise de l'être humain, une anthropologie : la « raison » de l'homme, ou plutôt l'« âme raisonnable », y est vue comme une architecture harmonieuse, un temple, articulé en plusieurs espaces, autour d'un centre, qu'il appelle, avec les grands mystiques, « cime », « pointe » de l'esprit, ou « fond » de l'âme. C'est le point où la raison, une fois qu'elle a parcouru tous ses degrés, « ferme les yeux » et la connaissance ne fait plus qu'un avec l'amour (cf. libre I, chap. XII). Que l'amour, dans sa dimension théologale, divine, soit la raison d'être de toutes les choses, selon une échelle ascendante qui ne semble pas connaître de fractures et d'abîmes. Saint François de Sales l'a résumé dans une phrase célèbre : « L'homme est la perfection de l'univers ; l'esprit est la perfection de l'homme ; l'amour, celle de l'esprit ; et la charité, celle de l'amour » (ibid., livre X, chap. I).

Dans une saison d'intense floraison mystique, le Traité de l'amour de Dieu est une véritable somme, en même temps qu'une fascinante œuvre littéraire. Sa description de l'itinéraire vers Dieu part de la reconnaissance de l'« inclination naturelle » (ibid., livre I, chap. XVI), inscrite dans le cœur de l'homme bien qu'il soit pécheur, à aimer Dieu par dessus toute chose. Selon le modèle de la Sainte Ecriture, saint François de Sales parle de l'union entre Dieu et l'homme en développant toute une série d'images de relation interpersonnelle. Son Dieu est père et seigneur, époux et ami, il a des caractéristiques maternelles et de nourrice, il est le soleil dont même la nuit est une mystérieuse révélation. Un tel Dieu attire l'homme à lui avec les liens de l'amour, c'est-à-dire de la vraie liberté : « car l'amour n'a point de forçats ni d'esclaves, [mais] réduit toutes choses à son obéissance avec une force si délicieuse, que comme rien n'est si fort que l'amour, aussi rien n'est si aimable que sa force » (ibid., livre I, chap. VI). Nous trouvons dans le traité de notre saint une méditation profonde sur la volonté humaine et la description de son flux, son passage, sa mort, pour vivre (cf. ibid., livre IX, chap. XIII) dans l'abandon total non seulement à la volonté de Dieu, mais à ce qui Lui plaît, à son « bon plaisir » (cf. ibid., livre IX, chap. I). Au sommet de l'union avec Dieu, outre les ravissements de l'extase contemplative, se place ce reflux de charité concrète, qui se fait attentive à tous les besoins des autres et qu'il appelle « l'extase de l'œuvre et de la vie » (ibid., livre VII, chap. VI).

On perçoit bien, en lisant le livre sur l'amour de Dieu et plus encore les si nombreuses lettres de direction et d'amitié spirituelle, quel connaisseur du cœur humain a été saint François de Sales. A sainte Jeanne de Chantal, à qui il écrit : « [...] car voici la règle générale de notre obéissance écrite en grosses lettres : il faut tout faire par amour, et rien par force ; il faut plus aimer l'obéissance que craindre la désobéissance. Je vous laisse l'esprit de liberté, non pas celui qui forclos [exclut] l'obéissance, car c'est la liberté de la chair ; mais celui qui forclos la contrainte et le scrupule, ou empressement » (Lettre du 14 octobre 1604). Ce n'est pas par hasard qu'à l'origine de nombreux parcours de la pédagogie et de la spiritualité de notre époque nous retrouvons la trace de ce maître, sans lequel n'auraient pas existé saint Jean Bosco ni l'héroïque « petite voie » de sainte Thérèse de Lisieux.

Chers frères et sœurs, à une époque comme la nôtre qui recherche la liberté, parfois par la violence et l'inquiétude, ne doit pas échapper l'actualité de ce grand maître de spiritualité et de paix, qui remet à ses disciples l'« esprit de liberté », la vraie, au sommet d'un enseignement fascinant et complet sur la réalité de l'amour. Saint François de Sales est un témoin exemplaire de l'humanisme chrétien avec son style familier, avec des paraboles qui volent parfois sur les ailes de la poésie, il rappelle que l'homme porte inscrite en lui la nostalgie de Dieu et que ce n'est qu'en Lui que se trouve la vraie joie et sa réalisation la plus totale.

A l'issue de l'audience générale le pape a résumé sa catéchèse en différentes langues et salué les pèlerins. Voici ce qu'il a dit en français :

(...) Je salue cordialement les pèlerins de langue française ! A l'école de saint François de Sales, puissiez-vous apprendre que la vraie liberté inclut l'obéissance et culmine dans la réalité de l'amour. N'ayez pas peur d'aimer Dieu par-dessus tout ! Vous trouverez en Lui seul la vraie joie et la pleine réalisation de votre vie ! Avec ma Bénédiction !



Reliques de Saint François de Sales - Visitation de Bourg en Bresse