vendredi 10 septembre 2021

Les Anges intercèdent pour nous


S. Thomas d’Aquin, Somme théologique, Ia Q. 113, les Anges gardiens, art. 7 : L’ange souffre-t-il de voir périr son protégé ?

Objections: 1. On lit dans Isaïe (Is 33,7): "Les anges de paix pleureront amèrement." Or les pleurs sont le signe de la douleur et de la tristesse. Donc les anges sont attristés par les maux des hommes qu’ils gardent.

~ 3. De même que la tristesse s’oppose à la joie, ainsi le péché s’oppose à la pénitence. Mais les anges se réjouissent de ce que le pécheur fait pénitence, d’après Luc (Lc 15,7). Ils s’attristent donc de voir le juste tomber dans le péché.

En sens contraire, il n’y a pas de bonheur parfait là où l’on trouve de la tristesse et de la douleur. L’Apocalypse dit du ciel (Ap 21,4) : "Il n’y aura plus de mort, de pleurs, de cri, ni de peine." Les anges, qui sont parfaitement bienheureux, ne souffrent donc plus de rien.

Réponse: Les anges ne souffrent ni des péchés ni des peines des hommes. Car la tristesse et la douleur, selon S. Augustin proviennent uniquement de ce qui est contraire à la volonté. Or, rien n’arrive dans le monde qui contrarie la volonté des anges et des autres bienheureux, puisque leur volonté adhère pleinement à l’ordination de la justice divine. ~ Donc, absolument parlant, rien n’arrive dans le monde contre la volonté des bienheureux. ~ Ainsi donc, les anges, à parler d’une manière générale et absolue, ne veulent pas les péchés et les peines des hommes. Mais ils veulent qu’à ce sujet soit observé l’ordre de la justice divine, selon laquelle certains sont soumis à des peines et leurs péchés sont tolérés. 

Solutions: 1. Cette parole d’Isaïe peut être appliquée aux anges, c’est-à-dire aux messagers d’Ézéchias, qui pleurèrent à cause des paroles du prophète, selon le sens littéral. Au sens allégorique, les anges de paix sont les apôtres et les prédicateurs qui pleurent à cause des péchés des hommes. Mais si, selon le sens anagogique, on applique ce texte aux bons anges, il s’agit d’une métaphore pour signifier que les anges veulent universellement le salut des hommes. C’est de cette manière qu’on attribue à Dieu et aux anges ces sortes de passions.

 

mercredi 8 septembre 2021

Nativité de la Vierge Marie

Sainte Anne et l'enfant Marie

Extraits de l’homélie que S.Exc.R. Mgr Dognin a donnée à l’occasion du grand Pardon de Sainte Anne d’Auray

 

Chers Amis,

 

Nous n’avons aucun doute sur le fait que les parents de la Vierge Marie, Sainte Anne et Saint Joachim, ont eu un rôle important dans l’histoire du Salut puisque, par l’éducation qu’ils ont donnée à leur fille, ils l’ont préparée à répondre à sa vocation de devenir la Mère du Sauveur. Ils ont bien accompli la mission d’éducateurs que le Seigneur leur avait confiée.

 

~ Quand nous parlons de la transmission de la foi, de quoi parlons-nous ? Dans la première lecture du livre de Ben Sirac le Sage, l’auteur évoque « les gens dont le souvenir s’est perdu », c’est à dire qu’ils n’ont rien transmis de marquant à leur descendance. Leur vie apparaît comme stérile. En revanche, il évoque ce qui est mémorable dans la vie de ceux dont le souvenir ne s’est pas perdu et qui a porté du fruit auprès de leurs enfants.

Et il cite trois choses : la miséricorde et les œuvres de justice, la persévérance dans les lois de l’Alliance et la sagesse.

 

Dans la miséricorde et les œuvres de justice, nous pouvons comprendre l’engagement auprès des plus pauvres, les œuvres sociales. Autrement dit, une charité active.

La persévérance dans les lois de l’Alliance, c’est la fidélité à lire la Parole de Dieu, à la méditer, à la mettre au plus profond de son cœur, à la faire connaître, à l’enseigner, mais aussi à la mettre en œuvre dans sa vie. Ce qui est magnifiquement représenté par la statue de Sainte Anne montrant et expliquant les Saintes Écritures à sa fille.

Enfin la sagesse. « Les peuples raconteront leur sagesse… ». Mais de quelle sagesse s’agit-il ? Comme le dit Saint Paul : « …c’est bien de sagesse que nous parlons devant ceux qui sont adultes dans la foi, mais ce n’est pas la sagesse de ce monde, la sagesse de ceux qui dirigent ce monde et qui vont à leur destruction. Au contraire, ce dont nous parlons, c’est de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, établie par lui dès avant les siècles, pour nous donner la gloire » (1 Co 2, 6-7). La Sagesse du croyant, c’est de se laisser conduire par l’Esprit de Dieu dont Saint Paul dit que les fruits sont : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. » (Ga 5, 22-23)

 

~ La transmission de la foi est sans doute plus difficile aujourd’hui qu’il y a quelques décennies car le contexte a beaucoup changé. La Vérité avec un grand V, celle dont Jésus dit qu’il est, Lui, « le Chemin, la Vérité et la Vie », n’est plus acceptée d’emblée par les jeunes générations. Tout est remis en cause et chacun se forge sa vérité à partir de ce qu’il entend dans les média, ce qu’il trouve sur Internet, ce qui circule dans les réseaux sociaux. Pour beaucoup de gens il n’y a plus de vérité objective reconnue. Il y a, de fait, un décalage de plus en plus important entre les opinions multiples qui sont ainsi véhiculées et la parole du Magistère qui se fonde sur l’Évangile, notamment à propos des questions morales, éthiques. Ce n’est pas nouveau puisque Saint Paul avait déjà mis en garde les fidèles : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait » (Rm 12, 2)

 

L'annonciation à S. Joseph

Beaucoup de parents sont bien à la peine pour transmettre leur foi à leurs enfants. Ils ont le sentiment de toujours aller à contre-courant ! J’entends des parents qui perdent courage en voyant que, malgré l’éducation chrétienne qu’ils ont donnée à leurs enfants, ces derniers ont abandonné la foi et ont choisi des modes de vie assez éloignés de l’Évangile. Nous ne devons pas nous décourager pour autant car l’Esprit de Dieu travaille dans le cœur de tous les hommes. Ce que le Seigneur attend de nous en revanche, et l’auteur du livre de Ben Sirac nous l’a rappelé, c’est un témoignage de vie et de foi qui traversera les siècles car c’est l’œuvre de Dieu qui s’accomplit en nous et par nous. C’est notre contribution à son dessein de salut. Soyons des croyants authentiques et faisons confiance au Seigneur. Cette difficulté à transmettre la foi aujourd’hui, n’est-elle pas aussi une grâce pour nous, car elle nous oblige à approfondir notre propre foi, à nous laisser vraiment conduire par l’Esprit. C’est la persécution qui a poussé les chrétiens au cours des siècles à être des témoins crédibles.

Comme Jésus nous le dit dans l’Évangile de ce jour : « A vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux. Heureux vos yeux car ils voient, et vos oreilles car elles entendent ! ». Et ce mystère du Royaume, c’est que Jésus est venu pour nous sauver, c’est à dire nous libérer du mal et nous faire entrer dans la vie de Dieu pour toujours. Comme le rappelait le Pape dans La Joie de l’Évangile : « Sur la bouche du catéchiste revient toujours la première annonce : “Jésus Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour te libérer” » (Evangelii Gaudium n.164).

 

Il me semble que, ces dernières années, nous n’avons pas suffisamment insisté dans notre prédication, notre catéchèse ou dans la transmission de la foi en famille, sur le fait que Jésus nous sauve, nous guérit. Montrer que le message Évangélique n’est pas seulement un beau témoignage que Jésus nous donne par son attitude vis-à-vis des pauvres, des malades, des exclus, ou même que ses paroles sont édifiantes pour notre cœur et notre intelligence. Comme on l’entend souvent : « Le message de l’Évangile, c’est de s’aimer les uns les autres ». Mais c’est beaucoup plus que cela ! Jésus a donné sa vie pour nous. Par sa mort et sa Résurrection, il nous ouvre le chemin de la Vie. Il agit aussi en nous si nous le voulons bien et cela change beaucoup de choses dans notre existence. Comme le rappelle le Pape François : « On ne peut persévérer dans une évangélisation fervente, si on n’est pas convaincu, en vertu de sa propre expérience, qu’avoir connu Jésus n’est pas la même chose que de ne pas le connaître…  » (Evangelii Gaudium n.266)

 

Chaque année, nous lisons dans les lettres des catéchumènes adultes, des magnifiques témoignages de foi. Certains venant de milieux totalement athées, et n’ayant donc reçu aucune transmission de la foi de la part de leurs parents, mais qui ont rencontré Jésus de façon souvent étonnante parce qu’ils ont rencontré des témoins de la foi, et ils ont fait l’expérience que Jésus avait vraiment changé quelque chose dans leur vie. Ils se sont sentis libérés du mal et remplis de joie spirituelle. Leur vie de couple, leur vie de famille et même leurs relations professionnelles en ont été illuminées. Nous aussi, nous faisons cette expérience salutaire quand nous nous tournons avec foi vers Jésus.

 

La transmission de la foi passe par le témoignage du salut que Dieu accomplit en nous, dans notre vie de prière, notre méditation de la Parole de Dieu et par les sacrements qui accomplissent en nous ce qu’ils signifient. Par nos paroles et nos actes, faisons expérimenter à nos enfants que Jésus est vraiment le Sauveur des hommes et que cela change tout dans notre vie de mettre sa foi en Lui. Comme le dit Jésus : « Beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu ».

 

Sainte Anne, venez en aide à tous les parents, les éducateurs, les jeunes. Priez pour nous. Priez pour toutes les familles de notre Bretagne et d’ailleurs. Amen.

 

+ Laurent DOGNIN

Évêque de Quimper et Léon

 

 

La nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ

dimanche 5 septembre 2021

Séraphins, Chérubins et Trônes, priez, veillez, défendez

Trônes célestes

Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, 2nd traité, 3e pratique, « Avoir de profonds respects et des amours extraordinaires pour les trônes, chérubins et séraphins »

La première hiérarchie est composée des séraphins, des chérubins et des trônes ; elle reçoit immédiatement les lumières de Dieu, et c'est par elle qu'elles sont communiquées aux deux autres hiérarchies.

Les séraphins excellent dans le pur amour de Dieu seul ; aussi leur nom ne veut dire qu'incendie, ardeur. Tous les anges sont admirables dans le divin amour ; mais les séraphins y sont incomparables. Tous ces esprits angéliques aiment grandement, mais l'amour des séraphins dit une ferveur d'amour sans comparaison (l'on excepte toujours la très sacrée Vierge, la reine du saint amour). L'amour séraphique, dit un amour excessif, qui brûle et porte des incendies partout où il se rencontre. Le grand saint Denis en rapporte huit propriétés, qu'il compare à celles du feu.

Le feu est toujours dans le mouvement, les esprits des séraphins sont continuellement dans une tendance ineffable vers Dieu.

Le feu agit toujours : les séraphins sont toujours occupés de Dieu seul, sans jamais s'occuper, non pas même pendant le moindre instant, d'eux-mêmes, ni d'aucune chose créée.

Séraphin embrasé d'amour entouré
de Trônes
Le feu est inflexible ; l'amour des séraphins est immuable, rien ne petit lui contrarier.

Le feu a beaucoup de chaleur ; l'amour des séraphins est tout plein d'ardeur.

Le feu, demeurant feu, ne perd jamais sa lumière ; la force de l'amour séraphique demeure toujours en son entier.

Le feu est pénétrant ; l'amour des séraphins ne se contente pas d'une union commune avec Dieu, mais ils désirent la plus intime et la plus étroite.

Le feu, non-seulement pénètre ce qui est combustible, mais il le pénètre en toutes ses parties ; l'amour séraphique se plonge, se perd et s'abîme en la divinité, par une glorieuse transformation.

Le feu échauffe et purge ; les séraphins portent l'amour et la clarté dans tous les chœurs des anges inférieurs.

On attribue spécialement aux chérubins la science, comme l'on fait l'amour aux séraphins : ils ne sont pas seulement appelés les savants de la belle science du ciel, mais saint Grégoire assure qu'ils en ont la plénitude. La divine lumière leur donne des connaissances admirables, et les saintes clartés dont ils sont remplis, rejaillissent avec abondance sur les autres hiérarchies. Ils sont représentés chez le prophète Ézéchiel sous une figure sensible, qui a des yeux de toutes parts, parce que ces esprits sont tout de lumière et de clarté.

Les trônes sont appelés de la sorte, par rapport aux trônes des souverains de la terre ; parce que comme les trônes matériels sont élevés de terre, de même ces trônes célestes sont dans une élévation très sublime, proche de la gloire de la majesté de Dieu ; avec cette différence, que les grands de la terre sont assis, se tiennent fermes, et se reposent dans leurs trônes ; mais au contraire, les trônes du ciel prennent leur fermeté et tout leur repos du souverain du paradis. On ne laisse pas de dire, assure saint Bernard, que Dieu est assis sur ces esprits de paix ; et c'est pourquoi on les appelle trônes ; mais Dieu, ajoute ce Père, n'y serait pas assis, s'ils ne l'étaient eux-mêmes : de là vient cette paix incompréhensible qu'ils possèdent, qui surpasse tout ce que l'on en peut penser. Il faut dire de plus, que comme les rois se font porter quelquefois dans leur chaise royale, de même Dieu, en quelque manière, porte son esprit par ces anges, et le communique aux anges inférieurs, et aux hommes : comme les rois donnent leurs jugements sur leurs trônes, c'est aussi du milieu de ces trônes que Dieu prononce ses ordres ; c'est là où les dominations les apprennent, c'est là où ses divins jugements et ses conseils se manifestent.

Chérubin attentif à la parole de Dieu


mercredi 1 septembre 2021

Mois des saints Anges

Ange à la trompette,
par Luca Cambioso

Séquence ancienne

Appelons de nos vœux les paranymphes du Roi suprême, les défenseurs du troupeau du Christ ; ce sont les monts dont il est dit qu'ils entourent le trône, privilège qu'ils possèdent entre tous. C'est la triple hiérarchie des cieux, sous la Sagesse unique développant ses rameaux, s'épanouissant à la trine lumière ; nous purifiant, nous éclairant, elle nous parfait : ainsi notre âme se dégage du péché.


Leur contemplation les rapproche, leur mission ne les éloigne pas : c'est au dedans de Dieu qu'ils courent, contenant l'ennemi, guidant les justes ; ils gardent leurs dévots clients, les protégeant, les consolant dans leurs peines.


Leur béatitude déjà consommée n'empêche pas que, députés vers nous cependant, ils rapportent à Dieu nos prières ; ils n'abandonnent pas les saints de ce monde, désirant voir par eux se combler leurs vides et s'accroître leur société fortunée.

Bienheureux citoyens qui, remplissant leur rôle sur terre, ne perdent rien des joies de la vraie patrie ! Supplions-les avec confiance de nous aider près de Dieu toujours.


Saints Anges, soyez bénis de ce que les crimes des hommes ne lassent point votre charité ; parmi tant d'autres bienfaits, nous vous rendons grâces pour celui de maintenir la terre habitable, en daignant y rester toujours.


La solitude, souvent, menace de se faire lourde au cœur des fils de Dieu, dans ces grandes villes et sur ces routes du monde où ne se coudoient qu'inconnus ou ennemis ; mais si le nombre des justes a baissé, le vôtre ne diminue pas. Au sein de la multitude enfiévrée comme au désert, il n'est pas d'être humain qui n'ait près de lui son Ange, représentant de la Providence universelle sur les méchants comme sur les bons.

Bienheureux esprits, nous n'avons avec vous qu'une patrie, qu'une pensée, qu'un amour : pourquoi les bruits confus d'une foule frivole agiteraient-ils la vie des deux que nous pouvons mener dès maintenant avec vous ? Le tumulte des places publiques vous empêche-t-il d'y former vos chœurs, ou le Très-Haut d'en percevoir les harmonies ?

Vivant nous aussi par la foi dans le secret de cette face du Père, dont l'incessante contemplation vous ravit, nous voulons de même chanter en tous lieux au Seigneur, unir aux vôtres en tout temps nos adorations. Ainsi pénétrés des mœurs angéliques, la vie présente n'aura pour nous nul trouble, l'éternité nulle surprise.


Ange, mosaïques de la basilique de la Nativité de Bethléem


mardi 31 août 2021

NAISSANCE AU CIEL DU VENERABLE ABBE HENRI-MARIE BOUDON

Vue de la Cathédrale Notre-Dame d'Evreux dont M. Boudon était chanoine

« Vie nouvelle de Henri-Marie Boudon », par Mgr. Matthieu, Archevêque de Besançon
Chanoine en aumusse

Depuis cette époque jusqu’aux temps désastreux qui semblaient avoir anéanti dans les cœurs jusqu’aux traces de toute pensée édifiante et de tout pieux souvenir, on continua de révérer à Evreux la mémoire de Boudon et ses livres y furent recherchés avec empressement parmi les personnes d’une piété tendre et solide.

Les tristes jours de la révolution firent déserter sa tombe en même temps qu’ils souillèrent les autels près desquels il reposait mais ses restes ne furent point profanés et son cœur était resté dans la muraille de l’ancienne chapelle du séminaire, convertie depuis en tribunal criminel, sans que personne songeât à ce vénérable dépôt.

Ce fut alors que Mgr. Bourlier, que la Providence avait appelé à l’évêché d’Evreux pour y réparer les maux de l’Eglise désolée, résolut de le faire enlever d’un endroit où il ne pouvait convenablement rester pour être replacé, suivant l’honneur et le respect qui lui étaient dus. En conséquence il donna commission à M. de Narbonne, grand vicaire et archidiacre de la cathédrale d’Evreux, et à deux autres chanoines de la même église, d’aller reconnaître si le cœur de Boudon existait toujours au lieu où il avait été placé d’abord. Ces MM. ayant attesté que l’épitaphe qui le recouvrait n’avait subi aucune altération ni dérangement pendant la révolution, et que l’urne de plomb qu’ils avaient trouvée derrière renfermait sans aucun doute le cœur du serviteur de Dieu, Mgr l’évêque d’Evreux ordonna, le 6 juillet 1812, que la boîte et l’inscription qui la recouvrait seraient placées convenablement et le plus près que faire se pourrait de la chapelle où reposait le corps de Boudon.

Chapelle Notre-Dame des Anges,
Cathédrale d'Evreux, où repose le corps
de notre vénérable ami céleste

MM. les ecclésiastiques qui furent chargés de l’exécution de ses ordres en dressèrent un procès-verbal qui fut inséré dans les archives de l’évêché. Dès l’instant qu’il prit possession de l’évêché d’Evreux, ce prélat s’était empressé de relever la confrérie des saints Anges qui n’avait pas cessé d’être florissante depuis la mort de Boudon jusqu’ à la révolution. Il publia un mandement dans lequel il exhortait les âmes pieuses à faire partie de cette confrérie si longtemps respectable par le nombre la qualité et les vertus de ses associés mais bien plus encore par l’éminente piété de son premier fondateur : le vénérable Henri Marie Boudon, grand archidiacre d’Evreux. Il publia de nouveau les indulgences que pouvait gagner chacun des associés d’après les bulles des souverains pontifes Clément XIV, Pie VI et Pie VII, nomma deux chanoines administrateurs de l’association et en renouvela les statuts.

Mgr du Chatelier, maintenant évêque d’Evreux, jaloux d’encourager tout ce qui peut soutenir la piété dans sa ville épiscopale, accorde aux associés de la confrérie des saints Anges qui est fort nombreuse la même protection que lui avait accordée Mgr Bourlier.

Les mardis et vendredis de chaque semaine, on dit dans la chapelle où repose le corps de Boudon, près du pilier où est placé son cœur, une messe en l’honneur des saints Anges et pour le repos de l’âme des associés défunts. La fête et l’octave des saints Anges s’y célèbre avec beaucoup de solennité ; le Saint-Sacrement y réside toute l’année ; un grand nombre de personnes pieuses y reçoivent fréquemment les sacrements et s’y rendent journellement pour prier.

On doit croire qu’elles n’y oublient pas le serviteur de Dieu ; nous en connaissons plusieurs qui ne l’ont point invoqué en vain dans leurs incertitudes et dans leurs peines. Mais du moins son âme sainte doit être réjouie de voir du séjour de la gloire que sa pieuse institution s’est soutenue au milieu des tristes agitations qui ont bouleversé tant d’autres œuvres et qu’elle attire encore à Dieu dans ce sanctuaire, ainsi qu’aux anges qui entourent son trône, de fervents et respectueux hommages.

 

Stalle, église Saint-Taurin d'Evreux

lundi 30 août 2021

Sainte Maryam, priez pour l'ordre du Carmel, la France et la Terre Sainte. Priez pour la conversion des cœurs au Christ, Dieu unique et vrai

Carmel de Bethléem où se mêlent pour l'occasion les Carmélites aux religieuses et consacrées d'autres congrégations

Sainte Mariam de Bethléem,
en religion Sœur Mariam de Jésus-Crucifié, carmélite

Mariam (ou Maryam) Baouardy, surnommée « La Petite Arabe », est née à Abellin, un petit village situé entre Nazareth et le Mont Carmel le 5 janvier 1845. Elle est née galiléenne comme Jésus. La famille Baouardy était gréco-catholique, de rite melkite et d'origine libanaise. Ses parents virent leurs douze garçons mourir en bas âge.

Ils décidèrent de faire un pèlerinage de 170 km jusqu'à Bethléem pour prier Dieu de leur accorder une fille par l'intercession de la Vierge Marie. Mariam naquit neuf mois plus tard et on lui donna naturellement le nom de Marie : Mariam. Elle fut baptisée et confirmée suivant le rite grec melkite catholique. L'année d'après, un garçon, Boulos, vint agrandir la famille.

Orpheline à trois ans, elle fut séparée de son frère et ne le reverra plus. Mariam fut recueillie par son oncle paternel. Alors qu’elle n'était encore qu'une enfant, elle décida de laver deux petits oiseaux, qui en moururent. Toute attristée, elle entendit une voix intérieure « C’est ainsi que tout passe, si tu veux me donner ton cœur, Je te resterai toujours. »

A 8 ans, elle fit sa première communion, et peu de temps après toute la famille partit s’installer en Egypte. A 14 ans, son oncle voulut la marier, mais elle refusait et fit le vœu de se donner totalement au Seigneur. Dans une impulsion, Mariam se coupa les cheveux. Alors que la coutume voulait qu'elle se pare de ses plus beaux bijoux et se montre à son avantage pour servir au repas des fiançailles, elle se présenta avec un plateau sur lequel se trouvait sa chevelure et ses bijoux. Son oncle la gifla violemment. La fureur de son oncle éclata en mauvais traitements de toutes sortes. Les domestiques reçurent l'ordre de la commander et de ne rien lui épargner.

Au bout de trois mois, Mariam ressentit le besoin de renouer avec son frère et lui écrivit. Le soir du 8 septembre 1859, elle porta la lettre à un ancien domestique turc de la famille, qui partait pour Nazareth. Invitée à table, elle exposa sa situation malheureuse. Le domestique lui suggéra alors de passer à l’Islam, Mariam refusa en réaffirmant sa foi chrétienne alors que celui-ci parlait en termes injurieux de l'Evangile. Elle lui répondit : "Je suis fille de l'église catholique, apostolique et romaine; avec la grâce de Dieu, j'espère persévérer jusqu'à la fin dans une religion qui est la vraie."

N'y tenant plus, il la jeta alors à terre, puis, saisissant son cimeterre (sorte de couteau), lui trancha une partie de la gorge. Elle en gardera toute sa vie une trace impressionnante. Son agresseur la croyait morte, il l’enveloppa dans un voile et la déposa dans un bois derrière la maison, tandis que la nuit camouflait son crime. Elle ne se souvenait de rien, si ce n'est d'avoir cru mourir et voir son âme séparée de son corps. Elle aurait aperçu alors Notre Sauveur, sa Mère, des Saints et des Anges.

Elle raconte : "Il n'y avait ni soleil ni lampe, et pourtant tout y resplendissait d'une manière divine." Puis Notre Seigneur lui aurait dit : "Notre page n'est pas encore finie, vos labeurs ne sont pas terminés. Il vous faut retourner sur la terre." Après quoi la vision se serait évanouie. Mariam se réveilla dans une grotte où une Sœur vêtue en bleu la soigna pendant plusieurs mois. Mariam racontera plus tard (à ses collègues religieuses) avoir reconnue en cette femme la Vierge Marie. Sa protectrice lui pansa sa blessure, l’enseigna puis l'emmena dans une Eglise d’Alexandrie. Alors que Miriam se confessait, Elle disparut.

A cette époque-là, Mariam étant seule au monde, travailla comme servante là où le destin la conduisait: Alexandrie, Jérusalem, Beyrouth, puis elle aboutit à Marseille. À 19 ans, elle entra comme novice chez les Sœurs de Saint Joseph de l'Apparition à Marseille.

Elle ne savait ni lire ni écrire, et ne parlait pas bien le français. Elle était heureuse de se consacrer à Dieu, et elle faisait la lessive et la cuisine. Mais elle avait une mauvaise santé, deux jours par semaine, elle revivait la passion du Christ et reçut les stigmates. Dans sa simplicité, elle croyait que c’était une maladie, ce qui déconcerta énormément les sœurs. Au bout de deux ans, elle ne fut pas admise à prononcer ses premiers vœux. Sa maitresse des novices, Mère Véronique de la Passion l'orienta vers un autre ordre religieux : le Carmel.

Elle entra en religion au Carmel de Pau et devint carmélite converse sous le nom de Sœur Marie de Jésus Crucifié. Elle avait 21 ans, mais on ne lui en donnait pas plus de douze. Ses compagnes religieuses l’appelaient affectueusement « la petite sœur ».

Trois ans plus tard, en 1870, Mariam fit partie d'un petit groupe qui partait fonder le premier Carmel en Inde, à Mangalore. Elle prononça ses Vœux perpétuels à Mangalore le 21 novembre 1871, après un noviciat très long, à cause de ses stigmates.

Une persécution éclata contre elle, à cause de ses dons, on l’accusait d’être possédée par le démon, et on lui dit que sa profession était invalide. En 1872, elle fut renvoyée au Carmel de Pau en France par l'évêque de Mangalore. C’est au Carmel de Pau que Mariam appelait « sa maison paternelle », qu’elle fera la majeure partie de ses prédictions.

Elle était toujours stigmatisée et favorisée de révélations de la Sainte Vierge et de notre Seigneur. Pour elle, le surnaturel était devenu naturel, elle restait humble, obéissante, dévouée. Les religieuses du couvent étaient témoins de ses possessions diaboliques, possessions angéliques, de ses extases, lévitations, stigmates, bilocations, apparitions, prophéties.

Le 24 mai 1868, Mariam fut l’objet d’une transverbération du cœur, ce terme désigne le transpercement du cœur par un trait enflammé d’amour. C’est très rare, car on ne dénombre qu’un petit nombre de ce cas : Padre Pio, Sainte Thérèse d’Avila, Ursula Macaela Morata et enfin Mariam Baouardy. La personne qui en est victime voit un personnage (soit Jésus Christ, soit l'Esprit Saint, soit un ange) armé d'une lance flamboyante lui percer le flanc, comme le cœur de Jésus fut percé alors qu'Il agonisait sur la croix. Le cœur est touché et saigne de manière ininterrompue, plus particulièrement à certaines dates particulières, telle le Vendredi Saint. Il s'agit du prélude à l'union du "Verbe" et d'une âme, sous forme de noces ou mariage mystique. Thérèse d'Avila qui raconte cette scène, parle d'un "dard enflammé" qui la laisse "enflammée de l'amour de Dieu".

Elle avait connaissance de choses qui lui sont cachées, comme lorsque dans une de ses visions, elle a pu contribuer à l’identification du lieu saint d’'Emmaüs. Mariam prédit la mort de Pie IX, et assista en esprit à l’élection de son successeur, le Pape Léon XIII. Elle prononça à l’avance à ses compagnes de religion le nom du Cardinal Pecci. Mariam pénétra à distance les sentiments les plus intimes du nouvel élu. A diverses reprises, Mariam fit parvenir au Saint Siège d’importantes communications les intérêts de l’Eglise.

Sa renommée la précédait, et très vite des religieux, des intellectuels et des paysans voisins venaient la consulter. Pour tous, elle avait une parole ou un conseil très simple à donner. Ils repartaient éclairés et fortifiés de l’avoir rencontré.

A Pau, Mariam fut victime une possession diabolique qui dura 40 jours. Elle l’avait annoncé « Jésus va donner à Satan le pouvoir de me tourmenter pendant 40 jours ; je souffrirai beaucoup. Le démon n’aura de puissance que sur mon corps, mon âme sera cachée, Jésus m’a promis de l’enfermer dans une boite, où Satan ne saurait l’atteindre. Le démon me fera commettre beaucoup de fautes extérieures sans que je pèche ; ma volonté n’y sera pour rien. »

Dans une vision la Sainte Vierge dit à Mariam « L'âme ne doit pas dire : ‘’Je voudrais souffrir ; je désirerais telle croix, telle privation, telle humiliation’’, parce que la volonté propre gâte tout. Il vaut mieux avoir moins de privations, moins de souffrances, moins d'humiliations par la volonté de Dieu, qu'un très grand nombre par sa propre volonté. L'essentiel est d'accepter, avec amour et avec une entière conformité à sa volonté, tout ce qu'il plaira au Seigneur de nous envoyer. Il y a, dans l'enfer, des âmes qui demandaient à Dieu des Croix, des humiliations. Dieu les a exaucées, mais elles n'ont pas su profiter de ces grâces : l'orgueil les a perdues. Sans rien demander, acceptez avec reconnaissance tout ce que le Bon Dieu vous enverra».

«La Vierge me montra ensuite la terre comme dans un souterrain ; elle m'apparaissait.....dirai-je comme une pièce de cinq francs ou comme une pomme ?

Je ne sais pas l'exprimer. Ce que je sais, c'est que l'univers tout entier était renfermé dans ce petit rond. Oh ! Que les hommes s'égarent ! S'ils songeaient qu'ils ne sont que des voyageurs sur cette terre, et que, à chaque instant, ils peuvent être cités au tribunal de Dieu !»

« Le Seigneur dit : ‘’Quiconque cherchera à donner la lumière de ce dont il n’est pas cherché n’aura que ténèbres et angoisses. »

«Ce n'est pas Jésus qui condamnera le pécheur quand il paraitra devant lui, c'est l'âme elle-même. Le soleil, la lune, les étoiles, l'air, tout ce qu'il aura foulé se tournera contre lui ; et quand il verra Dieu, sa bonté, son amour, il ne pourra le supporter et il se précipitera lui-même dans l'abime. Mais Dieu présente à l'âme fidèle, quand elle parait devant lui, son amour, sa bonté, sa miséricorde et elle en est toute confuse, et elle se perd comme une goutte d'eau dans le sein de Dieu».

Elle possèdait un charisme inattendu chez une illettrée. Elle avait un talent pour la poésie, quelle perfectionnait avec des couleurs orientales et des senteurs bibliques. Les personnes qui l'avaient connues témoignaient que même à la fin de sa vie Mariam ne savait pas lire ni écrire le français correctement, qu'elle le parlait avec des fautes grammaticales, mais néanmoins, elle est l'auteur de poèmes qui impressionnent par leur qualité.

En 1875, elle fit partie du groupe de 10 carmélites dirigées par Mère Véronique de la Passion, qui quittèrent Pau pour fonder un nouveau Carmel à Bethléem, en Terre Sainte. Elle s'occupait particulièrement des travaux de construction du nouveau couvent dont elle avait inspiré les plans, étant la seule à parler l'arabe.

Carmel de Pau
Elle mourut le 26 août 1878, à 33 ans comme le Christ, à la suite d'une chute et d'une fracture du bras tandis qu’elle apportait à boire aux ouvriers (qui a entrainé une gangrène).

Le 26 août 1878, à la mort de Sœur Marie de Jésus Crucifié au Carmel de Bethléem, on procéda à l’extraction de son cœur en présence de témoins qualifiés. Elle avait voulu que son cœur fût envoyé au Carmel de Pau. Un chirurgien de Jérusalem M. Carpani, vint le matin du décès pour procéder à l’opération.

Tous les témoins purent constater que le cœur portait la cicatrice d’une blessure qu’on aurait dite produite par une large pointe de fer. Les docteurs Aris et Ecot déclarent qu’il « est difficile de donner une explication scientifique », les deux lèvres de la plaie étaient desséchées, signes de l’ancienneté de la blessure. Le cœur placé dans un plat, passait de main en main et tous les prêtres et religieux présents ont pu le constater.

Ce cœur fut volé dans les années 1990, à la chapelle de l’ancien Carmel de Pau. C’est un homme, catholique pratiquant, paraissant normal au premier abord, qui ne supportait pas que l’on puisse vénérer un morceau de cadavre. Après l’avoir volé, il emporta le reliquaire dans un cimetière voisin, certainement pour enterrer le cœur, mais il fut dérangé et abandonna là le reliquaire ouvert et vide.

Sainte Sœur Marie Jésus Crucifié fut béatifiée 13 novembre 1983 par le Pape Jean Paul II, et elle est célébrée le 26 août.


(*sa mémoire liturgique a été déplacée au 30 août, le 26 étant la fête de la Transverbération de Sainte Thérèse d'Avila)



dimanche 29 août 2021

Martyre de S. Jean Baptiste


Saint Augustin d'Hippone, Traité anti-donatiste « Contre les lettres de Petilianus » livre 2, §87

Jusqu'à Jean Baptiste la Loi et les prophètes comportaient des préfigurations qui avaient pour but d'annoncer l'avenir. Mais les sacrements de la nouvelle Loi, ceux de notre temps, attestent la venue de ce que les anciens proclamaient à venir. Et Jean a été, de tous les précurseurs du Christ, le messager qui l'annonce de plus près.

Car tous les justes et tous les prophètes des siècles antérieurs avaient désiré voir l'accomplissement de ce qu'ils discernaient déjà dans cet avenir dont l'Esprit Saint leur soulevait le voile. Le Seigneur Jésus le dit en personne : « Bien des justes et bien des prophètes ont désiré voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu » (Mt 13,17). C'est pourquoi il a été dit de Jean Baptiste qu'il était « plus que prophète » et qu'« aucun des enfants des femmes ne l'a surpassé » (Mt 11,9-11).

En effet, les justes des premiers temps avaient eu seulement la faveur d'annoncer le Christ ; Jean Baptiste, lui, a eu la grâce de l'annoncer encore absent et de le voir enfin présent. Il a vu à découvert celui que les autres ont désiré voir. C'est pourquoi le signe de son baptême appartient encore à l'annonce du Christ qui vient, mais à l'extrême limite de l'attente. Jusqu'à lui, il y avait eu des prédictions du premier avènement du Seigneur ; maintenant, après Jean, cet avènement du Christ, on ne le prédit plus, on le proclame.