
L'épreuve, Ô Henri, a été convaincante : c'est jusqu'au bout que vous avez
marché dans les voies bonnes, n'excluant dans votre âme loyale aucune des
conséquences de l'enseignement divin ; peu content de choisir comme tant
d'autres des meilleurs les pentes plus adoucies du chemin qui mène au ciel,
c'est par le milieu des sentiers de la justice (Ibid. 20.) que, suivant de plus près l'adorable Sagesse,
vous avez fourni la carrière en compagnie des parfaits.
Qui donc pourrait trouver mauvais ce
qu'approuve Dieu, ce que conseille le Christ, ce que l'Eglise a canonisé en
vous et dans votre noble épouse ? La condition des royautés de la terre n'est
pas lamentable à ce point que l'appel de l'Homme-Dieu ne puisse parvenir à
leurs trônes ; l'égalité chrétienne veut que les princes ne soient pas moins
libres que leurs sujets de porter leur ambition au delà de ce monde. Une fois
de plus, au reste, les faits ont montré dans votre personne, que pour le monde
même la science des saints est la vraie prudence (Prov. IX, 10.).

En cherchant premièrement pour vous le royaume de Dieu et sa justice (Ibid. VI, 33.), vous étiez loin également de frustrer votre patrie d'origine et le pays
qui vous avait appelé à sa tête. C'est bien à vous entre tous que l'Allemagne
doit l'affermissement chez elle de cet Empire qui fut sa gloire parmi les
peuples, jusqu'à ce qu'il tombât dans nos temps pour ne plus se relever nulle
part. Vos œuvres saintes eurent assez de poids dans la balance des divines
justices pour l'emporter, lorsque depuis longtemps déjà vous aviez quitté la
terre, sur les crimes d'un Henri IV et d'un Frédéric II, bien faits pour
compromettre à tout jamais l'avenir de la Germanie.
Du trône que vous occupez dans les cieux, jetez un regard de
commisération sur ce vaste domaine du Saint-Empire, qui vous dut de si beaux
accroissements, et que l'hérésie a désagrégé pour toujours ; confondez les
constructeurs nouveaux venus d'au delà de l'Oder, que l'Allemagne des beaux
temps ne connut pas, et qui voudraient sans le ciment de l'antique foi relever
à leur profit les grandeurs du passé ; préservez d'un affaissement plus
douloureux encore que celui dont nous sommes les témoins attristés, les nobles
parties de l'ancien édifice restées à grand'peine debout parmi les ruines.
Revenez, Ô empereur des grands âges, combattre pour l'Eglise ; ralliez les
débris de la chrétienté sur le terrain traditionnel des intérêts communs à
toute nation catholique : et cette alliance, que votre haute politique avait
autrefois conclue, rendra au monde la sécurité, la paix, la prospérité que ne
lui donnera point l'instable équilibre avec lequel il reste à la merci de tous
les coups de la force.
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