jeudi 15 septembre 2016

Notre Dame des douleurs

Crucifixion de Notre Seigneur. Marie et Saint Jean implorant notre pardon au pied du Trône de Dieu

Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « Dieu seul ou le saint esclavage de l’admirable Mère de Dieu », chap. 11, Des souffrances de la très sainte Vierge


Notre Dame des 7 douleurs
L’adorable Jésus étant l’homme de douleurs, la divine Marie lui était trop unie pour ne pas souffrir. Mais ses douleurs ont été incomparables en leur grandeur en telle sorte, dit saint Bernardin, tom. III, serm. 2 Du glorieux nom de Marie, art. 2, chap. 4, que si la douleur de la très sainte Vierge était divisée et répandue dans toutes les créatures qui peuvent souffrir, elle leur donnerait à toutes la mort. 
La raison est, disent quelques théologiens expliquant le sentiment de ce saint, que la douleur est proportionnée à la connaissance de la grandeur du mal qui nous afflige, et elle s’accroît à mesure que la lumière que nous en avons s’augmente. Or, la très sainte Vierge connaissant plus que tous les saints la dignité infinie de son Fils qui était crucifié sur le Calvaire, elle a plus enduré que tous les saints, parce que son Fils crucifié était le sujet de sa douleur. ~ Mais celle de Marie était Jésus souffrant, c’était la croix de Jésus et toutes ses peines.

Mais ce qui soutient plus la pensée de saint Bernardin, est que la connaissance de la sainte Vierge était suivie d’amour, son amour était égal à ses lumières, elle avait des sentiments qui ne se peuvent dire de la grandeur de Jésus crucifié, qui faisait le sujet de ses douleurs, et elle avait pour lui un amour incomparable. Comme elle a plus aimé que tout le reste des créatures, remarque un ancien, il est indubitable qu’elle a aussi plus souffert la douleur, dit saint Augustin, ayant pour fondement l’amour.
Icône moderne, l'Enfant Jésus séchant les larmes de sa Mère
Ajoutons à ces pensées que Marie était une mère qui souffrait, et une mère d’un fils unique, dont elle était mère sans père. C’était une mère Vierge, et une mère d’un Dieu. Sa douleur n’était pas divisée, elle souffrait seule ce qu’un bon père et une mère tendre peuvent souffrir. C’est pourquoi saint Joseph, qui n’était que son père nourricier, n’était plus au monde : son précieux cœur était le lieu où se formait comme un écho, où se faisaient entendre et ressentir les coups de fouets, les injures et moqueries de son Fils Dieu, dont l’âme divine étant séparée du corps, l’âme de cette bénite mère, comme l’assure saint Bernard, fut comme mise en sa place par compassion, pour ressentir le coup de lance qui lui fut donné.

Saint Laurent Justinien enseigne qu’en ce temps de la passion, son cœur divin était tout semblable à une glace de miroir ; mais c’était un miroir animé de Jésus mourant.

Chapelle Notre Dame des douleurs,
chapelle du Golgotha, Saint-Sépulcre de Jérusalem
Les clous, les cordes, les épines, les douleurs, la mort même, tout cela paraissait dans cet aimable cœur, et tout cela s’y ressentait comme dans un miroir animé. Elle a révélé à sainte Brigitte, que le corps de Jésus étant dans le tombeau, c’était autant comme si deux corps eussent été dans un même sépulcre : mais ses douleurs ne se sont pas terminées au temps de la passion de son Fils bien-aimé, elles ont commencé avec la grâce de la maternité divine, et n’ont fini qu’avec sa vie, c’est-à-dire qu’elles ont duré pendant l’espace de cinquante-six années, le Verbe s’étant incarné dans ses pures entrailles, lorsqu’elle n’était âgée que d’environ 15 à 16 ans, et sa précieuse mort n’étant arrivée qu’à la soixante-douzième année de sa très sainte vie, et cela sans parler des autres peines qu’elle a portées depuis l’usage de raison qu’elle eut très parfait depuis le premier instant de sa conception immaculée jusqu’à l’heureux moment qu’elle fut faite mère de Dieu.

Sainte Brigitte nous apprend qu’elle connaissait par une lumière prophétique toutes les particularités de la passion de son unique Fils : c’est pourquoi pendant qu’elle lui donnait le lait virginal de ses sacrées mamelles, elle pensait au fiel et au vinaigre dont quelque jour il devait boire ; lorsqu’elle le portait sur son sein, elle considérait que ses bras délicats devaient être percés de clous, et attachés à une croix. Parmi les chastes baisers qu’elle lui donnait, elle se représentait le baiser du traître Judas. Si elle le voyait dormir, elle pensait à la mort qui devait quelque jour arriver.

Enluminure du XVe s. La désolation de
Notre Dame au pieds de la Croix.
Cette mère de douleur passait ainsi sa vie très pure, et en cela, dit saint Épiphane, elle était en même temps et le prêtre et l’autel sur lequel la victime était immolée, non pas une fois comme sur la croix, mais autant de fois qu’elle pensait à ce sacrifice. Un savant homme considérant que Notre-Seigneur n’avait fait que goûter un peu de la portion du vin de myrrhe qu’on lui avait présenté, ce n’est pas sans mystère, dit-il, c’est qu’il voulait que sa sainte mère bût le reste de ce calice. Son amour, comme il est déclaré dans les Cantiques, est fort comme la mort, dans les désirs extrêmes qu’elle a d’en souffrir les peines. Mais il est sourd et impitoyable comme l’enfer, n’y mettant aucunes bornes, désirant souffrir à jamais, voulant que son martyre durât toujours. Ses souffrances, que saint Augustin appelle immenses, ne faisaient qu’augmenter ses désirs de souffrir. Elle est comparée avec bien de la justice à une mer ; car comme on ne peut pas compter toutes les gouttes de l’eau de la mer, parce que, comme la mer surpasse en la multitude de ses eaux toutes les eaux des rivières et des fleuves ; de même les souffrances de la Mère de Dieu surpassent celles de tous les saints : comme tous les fleuves s’écoulent dans la mer, de même l’on trouve dans le saint cœur de notre glorieuse Maîtresse toutes sortes de croix : comme l’on ne peut pas trouver le fond de la mer, aussi il n’est pas possible de connaître la grandeur de ses peines. Je ne crois pas, dit le dévot saint Bernard, que les douleurs de la très sainte Vierge puissent jamais être ni expliquées ni connues.

Notre Dame des douleurs, pleurant sur la mort de son Fils
Unique et Bien-Aimé, par Giacomo Farelli
Mais souvenons-nous que celle qui souffre de la sorte est notre douce mère, et que nous avons été faits ses enfants au pied de la croix : que c’est pour nous qu’elle est une mère de douleur, une dame de pitié et de compassion, et c’est ce qui nous donne une obligation très étroite à lui compatir, à honorer ses douleurs, et à lui tenir compagnie dans ses souffrances. Autrefois elle s’est plainte à sainte Brigitte du peu de personnes qui l’aimaient, parce qu’il y en avait bien peu qui eussent compassion de ses douleurs : mais pour y compatir, il y faut penser, et il les faut considérer.

Chapelet de 7 douleurs de Notre Dame
Il est bon de prendre quelque jour de la semaine pour s’y appliquer particulièrement, saluer ses sept principales douleurs, comme nous l’avons marqué ci-dessus au chapitre quatrième, entrer dans les confréries érigées sous ce titre, et visiter les autels dédiés à Dieu en leur honneur.

~ C’est une douce consolation pour les personnes crucifiées de se souvenir des croix de la divine Marie, en se désoccupant des choses qui les peuvent faire souffrir. Nous en avons l’exemple, dit un grave auteur, en l’adorable Jésus, qui ayant la tête percée de tous côtés, et le corps tout couvert de grandes profondes plaies, et étant sur le point de rendre l’âme au milieu d’une infinité de douleurs, s’oubliant de lui-même, arrêtait ses regards sur sa très aimante mère, et lui parlait avec des soins d’un amour inénarrable.




mercredi 14 septembre 2016

Croix glorieuse de Jésus, Sauveur, mettez en fuite le démon et soyez ma force dans le combat !

Exaltation de la Sainte Croix, Porte du Paradis,
Trône du Roi de l'Univers, Elsheimer
Saint Odilon de Mercœur, 5e abbé de Cluny

Je fléchis les genoux pour Celui au Nom de qui tout genou fléchit aux cieux, sur terre et aux enfers, et je confesse ma faute au Père des lumières, à qui appartiennent tous les esprits, Lui qui commande sur la terre comme aux cieux.

Je te bannis, ennemi du genre humain, toi qui rôdes, cherchant qui dévorer, détourne tes artifices et tes pièges occultes, car la Croix du Seigneur est avec moi, et je L’adore sans cesse.

Ô Croix mon refuge, ô Croix mon chemin et ma force, ô Croix étendard imprenable, ô Croix arme invincible.

Anges portant la Croix, Cathédrale de Dijon
La Croix repousse tout mal, la Croix met les ténèbres en fuite ; par cette Croix je parcourrai le chemin qui mène à Dieu.

La Croix est ma vie : mais pour toi, ennemi, elle est ta mort.

Que la Croix de notre Seigneur soit ma noblesse, que son Sang demeure en moi la vraie rédemption.
Que sa Résurrection me donne une foi ferme et une espérance certaine en la résurrection des justes.
Et que sa glorieuse Ascension dans les cieux me fasse marcher chaque jour vers l’objet de mon désir céleste ; qu’elle répande l’Esprit-Saint en nos cœurs et nous remette tous nos péchés passés. Amen.

Croix mozarabe


lundi 12 septembre 2016

Saint Nom de Marie

Annonciation, cathédrale de Salerne
Saint Bernard de Clairvaux, Sermon 4, De Assumptione

Qu'on ne parle plus de Ta miséricorde, Vierge bienheureuse, si quelqu'un se rappelle T'avoir invoquée dans ses difficultés sans que Tu sois venue à son secours. Nous, Tes petits serviteurs, nous Te félicitons de Tes autres Vertus, mais de ta Miséricorde, nous nous en félicitons nous-mêmes.

La Virginité, nous La louons, l'humilité, nous L'admirons, mais la Miséricorde a, pour des malheureux, une saveur plus douce. La Miséricorde, nous L'étreignons avec plus de tendresse, nous nous en souvenons plus souvent, nous L'appelons avec plus de fréquence. C'est Elle, en effet, qui obtint que le monde entier fût restauré, qui arracha par ses prières le salut de tous les hommes. Il est bien évident qu'elle était en souci pour le genre humain tout entier, Celle à qui il fut dit : Ne crains pas, Marie, tu as trouvé la grâce, celle précisément que tu cherchais.

Qui donc pourra de Ta miséricorde, ô Bénie, mesurer la longueur et la largeur, la sublimité et la profondeur ? Sa longueur, jusqu'à la fin du monde, se porte au secours de tous ceux qui l'invoquent ; sa largeur enveloppe le globe terrestre au point que, de ta Miséricorde à Toi aussi, la terre est toute remplie. Ainsi encore sa sublimité a provoqué la renaissance de la cité céleste et sa profondeur a obtenu le rachat de ceux qui sont assis dans les ténèbres et les ombres de la mort.

C'est par Toi que le ciel se remplit, que l'enfer se vide, que la Jérusalem céleste se relève de ses ruines, que la vie perdue est rendue aux malheureux dans l'attente. Ainsi la charité toute-puissante et toute aimante abonde tout à la fois en compassion affective et en assistance effective, elle se montre aussi riche d'un côté que de l'autre. Ainsi soit-il.


Marie, Mère de miséricorde, Salut des malades, Secours des affligés

samedi 10 septembre 2016

Fête de Saint Aubert, Évêque d'Avranches († v. 725)

Saint Michel terrassant le démon

Saint Aubert, originaire de Genêts (Basse Normandie), était évêque d’Avranches lorsque, selon la tradition, l’archange saint Michel lui-même serait venu lui faire en songe la demande de fonder un lieu de culte sur le Mont Tombe. Ce n’était pas un lieu commode que cette pointe rocheuse à peine rattachée au continent, couverte de broussailles et seulement habitée, outre les bêtes sauvages, par quelques ermites.


Aubert, une fois réveillé, préféra penser que ce rêve venait du Malin... Et quand, quelques nuits plus tard, le rêve se répéta, l’évêque Aubert, campant sur ses positions, redoubla de prières et de jeûnes pour faire disparaître cette idée désastreuse.... L’Archange alors se fâcha : il apparut une troisième fois à Aubert, lui réitérant sa demande, en la lui enfonçant dans le crâne, au sens propre puisque, une fois réveillé, l’évêque portait sur son os pariétal cette marque en creux que l’on peut encore constater sur ses reliques. Aubert comprit alors qu’il fallait s’exécuter. Il entreprit aussitôt de faire bâtir un petit sanctuaire dédié à saint Michel.

Sceau de l'Abbaye du Mont Saint-Michel
Des événements providentiels le guidèrent dans sa tâche : un rond de rosée, un matin de septembre, lui indiqua la forme de l’oratoire, un taureau attaché en montra l’emplacement. Une source fut trouvée, un puit creusé. Il fallut encore arracher une pierre cultuelle païenne.

En 708 environ, Aubert envoya des moines chercher au sanctuaire du Mont Gargano en Italie, dédié à saint Michel, des reliques du lieu. Puis, le 16 octobre 709, l’évêque fit la dédicace de l’église et y installa un chapitre de douze chanoines : le Mont Saint-Michel était né.




Comme toutes nos églises, une image de la Jérusalem céleste à laquelle nous aspirons. Devenons des saints !


jeudi 8 septembre 2016

Nativité de la Vierge Marie

Saint Dimitri de Rostov, icône moderne
Tiré des œuvres de Saint Dimitri de Rostov

Lorsque le Seigneur, qui vit dans les cieux, voulut apparaître sur la terre pour y vivre avec les hommes, Il commença par se préparer une demeure de gloire : Sa Mère Toute-Pure. Un roi qui désire séjourner dans une ville ne s’y prépare-t-il pas un palais ?
Les rois terrestres font édifier leur palais par les architectes les plus sages, avec les matériaux les plus précieux, à l’endroit le plus élevé, pour surpasser ainsi en beauté et en taille toutes les demeures humaines. C’est ainsi que le Roi de gloire Se fit construire une demeure véritablement céleste.

L’Ancienne Alliance montre déjà que lorsque Dieu désira vivre à Jérusalem, Salomon Lui fit bâtir un temple par un architecte rempli de sagesse, Hiram, qui brillait par son savoir-faire, son intelligence et son génie. Il employa des matériaux précieux, des pierres de grande taille, des bois aromatiques comme le cyprès et le cèdre du Liban, et de l’or pur. Il dressa l’édifice sur les hauteurs de la montagne Moriiya. Mieux encore, il sculpta des chérubins, des arbres et des fleurs sur les murs. Le temple était si vaste que la multitude du peuple d’Israël pouvait s’y tenir sans gêne. Après la consécration, la gloire de Dieu pénétra dans le temple comme le feu dans la nuée.

Toutefois, le temple n’était pas assez grand pour abriter le Dieu incommensurable. Salomon avait certes bâti un temple, mais le Très-haut n’habite pas ce que la main de l’homme a construit. Quelle maison Me bâtirez-vous, dit le Seigneur, quel sera le lieu de Mon repos ? Dieu voulut inaugurer l’ère nouvelle de la grâce par un Temple nouveau, non construit de main d’homme, la Toute-Pure et Toute-Bénie Vierge Marie. Et quel fut l’architecte de ce Temple ? Le plus brillant en vérité : la Sagesse de Dieu elle-même ! N’est-il pas écrit : la Sagesse a bâti Sa maison ? (Prov. 9,1) Et tout ce que la Sagesse de Dieu bâtit est béni et parfait. C’est ainsi que fut créé pour le Dieu parfait le Temple parfait, le palais vivant du Verbe, la Demeure très claire du Roi des lumières, la Maison immaculée de l’Epoux sans tache. Et ceci pour suivre le témoignage céleste et sûr : Tu es toute belle, ma bien-aimée, et sans tache aucune (Cant. 4,7). Et Saint Jean Damascène d’ajouter : « Tu es le palais de l’Esprit, la ville de Dieu, la mer de la grâce, la toute-belle et toute-proche de Dieu ».

Philippe de Champaigne, la Nativité de Notre Dame
Et quels furent donc les matériaux de ce Palais ? Les plus précieux, en vérité, car de la Mère de Dieu sortit une Pierre Noble, le Christ Vainqueur, lancée sur Goliath par la fronde royale de David. N’était-Elle pas issue d’une lignée de grands prêtres, qui offraient à Dieu des sacrifices parfumés au cèdre et au cyprès ? Son père était Joachim, le saint et juste fils de Barnaphire, dont la tribu remontait à Natan fils de David. Sa mère était la sainte et juste Anne, fille de Matthan, prêtre et descendant d’Aaron.

Ainsi, la Vierge Toute-Pure était de lignée royale par son père, et sacerdotale par sa mère. Oh, de quels matériaux précieux, de quelles générations honorables le Roi de Gloire S’est-Il préparé Son vivant Palais ! Dans le temple de Salomon, la pierre et le bois étaient rehaussés de l’or le plus pur. Chez la Toute-Sainte Mère de Dieu, la noblesse royale et sacerdotale avait atteint son comble dans la chasteté de ses saints parents, plus précieuse que l’or ou l’argent le plus fin, plus honorable que les pierres les plus précieuses. « Ô, bienheureux époux Joachim et Anne ! En vérité, vous serez déclarés sans tache grâce au fruit de vos entrailles, car le Seigneur a dit : vous les reconnaîtrez à leurs fruits ! (Mt. 7,14)

Vous avez dirigé votre vie de façon agréable à Dieu, vous rendant digne du fruit qui naquit de vous. Vivant chastement et saintement, vous nous avez offert la Vierge, le trésor de la virginité. Elle fut Vierge en effet avant la Nativité, pendant l’enfantement indicible et encore après, toujours vierge, vierge éternellement par l’âme et par le corps. Il convenait que la virginité naquît de la chasteté et fût apportée dans la chair à la Lumière, au Fils Unique.

Le couple des très pures colombes spirituelles, Joachim et Anne, après avoir gardé chastement les lois de la nature, a été divinement jugé digne du surnaturel : offrir au monde la Vierge et Mère de Dieu. Après avoir vécu pieusement et saintement selon la nature humaine, il a produit une fille supérieure aux anges qui vit à présent parmi les anges. Ô toi, la plus douce et la plus belle des filles ! Ô, lis issu de la plus noble des racines royales, tu as poussé parmi les épines ! Par toi, comme la royauté et la prêtrise se sont enrichis ! »

Ces paroles de Saint Jean Damascène expriment de quels parents naquit la Mère de Dieu, de quels matériaux précieux le Palais du Roi Céleste fut édifié.

Et en quel lieu ce Palais vivant a-t-il été édifié ? En vérité, au lieu le plus élevé ! Et comme dit l’Eglise : En vérité, Tu es plus élevée que tous, Vierge pure ! Toutefois il ne s’agit pas là de la hauteur d’une montagne, mais plutôt de la hauteur des vertus et des dons accordés par Dieu.

La Vierge toute bénie est née dans une petite ville de Galilée appelée Nazareth, qui dépendait alors de la grande ville de Capharnaüm. Nazareth n’était à l’époque, ni honorée, ni glorifiée. On méprisait ses habitants, de la même façon qu’on dira plus tard du Christ : peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon ? (Jn 1,46)

Mais le Seigneur qui vit dans les hauteurs regarde les humbles. Il souhaita que Sa Mère Toute-Sainte naquît, non pas à Capharnaüm l’orgueilleuse, qui s’élevait jusqu’au ciel, mais dans l’humble Nazareth, pour bien montrer que ce qui est élevé parmi les hommes est une abomination devant Dieu, et que ce qui est méprisé et humilié, est élevé et honorable devant Lui (Luc 16,15). Il faut noter d’ailleurs que le nom même de Nazareth évoque les hautes vertus de la Toute-Pure Vierge. De la même façon en effet, que le Seigneur préfigura par Sa naissance à Bethléem (qui signifie maison du pain) qu’Il était le pain mystérieusement descendu du ciel pour ranimer et fortifier les hommes, Il voulut exprimer des choses élevées par la naissance de Sa Mère Toute-Pure à Nazareth. Car Nazareth signifie : parée de couleurs variées, sanctifiée, séparée de la terre, couronnée et préservée.

Tout ceci se manifeste clairement dans la Vierge Toute-Pure. Elle est la fleur qui pousse d’un rameau stérile et flétri, celle qui a renouvelé notre nature desséchée en sortant d’un sein âgé. Elle est la fleur qui ne fane pas, qui fleurit sans cesse par sa virginité, dont l’arôme engendre ce parfum qu’est l’Unique Roi, cette fleur qui a produit le fruit par excellence : le Christ et Seigneur. Elle est la seule qui a su faire croître la pomme parfumée. Elle a été sanctifiée par la grâce de l’Esprit Saint qui l’a couverte de Son ombre, elle plus sainte que tous les saints pour avoir enfanté le Verbe plus saint que tous les saints. Elle s’est séparée des pécheurs de la terre, car de toute sa vie, elle n’a commis aucun péché. Alors que tous disent avec David : je connais mon iniquité et mon péché est constamment devant moi (Ps. 50,5), elle seule peut dire : sans iniquité j’ai conçu et j’ai suivi la voie droite (Ps. 58,5). Elle est l’amendement des hommes, non seulement parce qu’elle n’a pas péché, mais aussi parce qu’elle a détourné les hommes de leurs œuvres pécheresses.

L’Eglise lui chante d’ailleurs : Réjouis-toi car tu nous as retirés du bourbier de nos œuvres ! (Acath. ikos 5) Elle est couronnée de gloire et d’honneur, pour avoir poussé dans une lignée royale et dans la descendance d’Aaron. Elle est couronnée de gloire, car ses parents étaient chastes et justes. Elle est couronnée d’honneur par l’annonce de la bonne nouvelle prononcée par l’Archange. Son service a été couronné de la plus grande des gloires : devenir la Mère de Dieu ! Qu’y a-t-il de plus glorieux que d’enfanter Dieu, de plus honorable que d’être toujours vierge, de rester vierge après l’enfantement ?

Couronnée de gloire, la Toute-Sainte est aussi plus glorieuse que les séraphins car elle a aimé Dieu plus que les séraphins. Couronnée d’honneur, la Toute-Pure est plus vénérable que les chérubins par sa sagesse et sa connaissance de la Divinité. Gloire, honneur et paix, pour quiconque fait le bien, dit l’Apôtre (Rom. 2,10). Qui, parmi les créatures terrestres a mieux pratiqué le bien que la Toute-Pure Vierge ? Elle a gardé tous les commandements du Seigneur, elle a accompli toutes Ses paroles, elle a caché dans son cœur tout ce qu’Il a dit, et manifesté au prochain toutes les œuvres de miséricorde. Elle mérite donc vraiment la couronne pour cette pratique du bien. La Mère de Dieu a également agi avec grande prudence, gardant avec soin le trésor de sa chasteté de Vierge, à tel point qu’elle ne voulut même pas se confier à l’ange : ne s’est-elle pas troublée à son arrivée, se demandant ce que pouvait bien être cette salutation ! C’est ainsi que le nom même de Nazareth manifesta toutes les vertus de la Vierge Toute-Pure.

Qui irait nier que ce palais du Christ est on ne peut plus élevé par les vertus et les dons de Dieu ?

Haute, car donnée des cieux, même si elle est née d’êtres humains. Donnée des cieux, car, comme disent certains pères qui possèdent la pensée de Dieu, l’archange Gabriel est venu annoncer à Joachim et Anne la conception de la Toute Sainte Mère de Dieu, comme il allait plus tard annoncer à Zacharie la conception de Jean. Il apporta aussi du ciel le nom tout-béni à la mère stérile, disant : « Anne, tu enfanteras une fille et son nom sera Marie ». On peut aussi sans aucun doute l’appeler ville sainte, nouvelle Jérusalem qui descend du ciel, ou encore tabernacle de Dieu chez les hommes (Apo. 21,2). Et quel tabernacle élevé que celui qui s’est élevé plus haut que les séraphins en enfantant le Christ-Roi, quel sommet inaccessible à la pensée humaine ! (Acathiste, ikos 5)


Notre Dame de Terre Sainte portant
la ville sainte de Jérusalem, icône moderne
Et comment décrire la beauté de ce palais du Christ ? Ecoutons donc les paroles de miel de Saint Jean Damascène : « Elle fut présentée à Dieu, le Roi de tous, drapée de la beauté des vertus comme d’une tunique dorée, et parée de la grâce du Saint Esprit. La gloire de toute femme est dans son mari, mais chez la Mère de Dieu, la gloire vient du dedans, du Fruit de ses entrailles. Ô, Vierge comblée des bénédictions célestes, Sainte Eglise de Dieu édifiée spirituellement par le Créateur du monde pour en faire Sa demeure ! Tu n’es pas parée d’or ou de pierreries inanimées, mais chez toi l’Esprit luit comme l’or, et le Christ comme une perle précieuse ! De tels atours dépassent de beaucoup en beauté les ornements du temple de Salomon, les représentations délicates des chérubins, des arbres et des fleurs. Et pourtant, la Toute-Pure Vierge, ce Temple vivant, est manifestement l’image des chérubins, qu’elle a imités et même surpassés par sa vie angélique. Si la Sainte Eglise n’hésite pas à qualifier certains de ses saints de chérubins quand elle dit Saints, comment vous nommerons-nous : Chérubins, puisque le Christ S’est reposé en vous ?, alors combien plus doit-elle nommer chérubin la Mère de Dieu, puisque le Christ S’est reposé corporellement en elle, puisque Dieu S’est assis sur ses bras comme sur un trône ! La Vierge est le véritable trône des chérubins. Mais elle est aussi spirituellement l’arbre qui porte de bons fruits, l’olivier chargé de fruits dans la maison de Dieu (Ps. 51,10), le dattier en fleurs, c’est pourquoi on l’appelle jardin vivifiant. L’Eglise chante d’ailleurs : d’une racine stérile, Dieu des miracles, Tu fis croître Ta Mère pour nous ».

Nous avons ici parlé de la beauté spirituelle de la Mère de Dieu.

Il ne faudrait pas croire qu’elle fut privée de beauté corporelle, ainsi que l’attestent certains Pères de l’Eglise. Il n’y eut pas sur la terre de vierge plus belle que la Mère de Dieu. Quand Saint Denis l’Aréopagite la vit, il l’aurait volontiers appelée Dieu s’il avait ignoré qu’elle avait elle-même enfanté Dieu. La grâce divine qui l’habitait débordait sur son visage lumineux. C’était un véritable palais que le Roi céleste S’était préparé sur la terre, une femme belle, tant par l’âme que par le corps, une épouse qui s’est parée pour son époux (Apoc. 21,2). Il fit son sein plus vaste que les cieux, le Christ-Dieu que rien ne peut contenir, et prit place en elle.

La Visitation
Habituellement, on construit les palais très vastes, afin qu’ils puissent abriter non seulement le roi, mais aussi la multitude des serviteurs et les visiteurs arrivant des contrées lointaines. Le palais du Verbe, la toute-pure Vierge, est assez vaste, non seulement pour contenir le Dieu-Verbe, mais aussi pour accueillir la multitude des esclaves que nous sommes, accourant vers ce Dieu qui fit Sa demeure en elle. Elle contient Dieu dans son sein, mais elle nous reçoit aussi dans sa miséricorde.

Si le vase d’élection, le Saint Apôtre Paul, n’hésite pas dans sa compassion à dire à ses bien-aimés « Notre cœur s’est élargi, vous n’êtes pas à l’étroit au dedans de nous » (2 Cor.6,11-12), alors où trouver parmi les saints une compassion aussi grande que celle de Marie ?

Chez celle qui a su abriter le Chaste, un pécheur n’est jamais à l’étroit.

Le pénitent y trouve sa place, et le désespéré trouve refuge à ses côtés. L’arche de Noé n’abritait-elle pas les animaux purs comme les impurs ? La compassion de la Mère de Dieu sert de refuge, sans qu’ils s’y sentent à l’étroit, à tous les affligés, aux offensés, aux affamés, aux étrangers, aux troublés et aux malades. Celle qui enfanta pour nous le Dieu bon ne sait pas retenir sa compassion. Alors que les palais des rois de ce monde sont gardés par de nombreux hommes en armes qui filtrent les entrées et questionnent minutieusement les visiteurs, le palais vivant du Christ, entouré des chérubins, des séraphins, des innombrables chœurs des anges et de tous les saints, n’interdit à personne les portes de sa compassion miséricordieuse. Les gardes ne repoussent pas, les soldats ne questionnent pas, ne chassent pas, chacun entre librement avec sa supplique et reçoit le don qu’il demande selon qu’il lui est utile.

Accourons donc vers la miséricorde de celle qu’a jadis enfanté un sein stérile et saluons-la : réjouis-toi, palais immaculé du Roi de tous ! Réjouis-toi, demeure de Dieu le Verbe ! Qu’à Lui soit rendus par les corrompus que nous sommes, honneur et gloire dans les siècles, ainsi qu’au Père, au Saint Esprit, et à toi aussi, Fille du Père, Mère du Fils, et Epouse de l’Esprit Saint ! Amen.


Le rosaire - ou couronne de rose - était déposé sur la tête des statues de la Vierge Marie en guise de
petit chapeau - chapel ou chapelet en vieux français -. Prions Notre Dame et offrons à notre Mère du
Ciel de magnifiques bouquets de fleurs.

lundi 5 septembre 2016

Le combat spirituel. Anges vs. démons

De la vénérable Benoîte Rencurel :

Des fois, Benoîte à cette consolation d’entendre chanter, quand elle se relève des transports démoniaques, à quatre doigts au-dessus de sa tête, au moins quatre oiseaux et bien souvent d’avantage, avec un chant très mélodieux, d’un air infiniment plus agréable que les oiseaux de la terre et plus divertissant, qui lui donnent une joie inconcevable ~.
Combat entre Anges et démons
Benoite, ne sachant pas reconnaître ces oiseaux, son Ange lui dit que ce sont des Anges du Ciel, que Jésus et Marie lui envoyaient pour la consoler de ses afflictions.

~ Les démons lui ont parlé dans sa chambre deux fois toutes les semaines, l’entretenaient toujours de leurs vilains et infâmes discours, qui la trouble plus que tout le reste. Dans ce temps-là, l’Ange lui est apparu trois fois pour lui donner courage à bien combattre ces tisons d’enfer, et il les chasse de sa chambre.


vendredi 2 septembre 2016

Martyrs de la Révolution française, 2 septembre 1792

Saints Martyrs, Bréviaire franciscain, XVe
Extrait du décret de béatification des Martyrs de septembre, par le pape Pie XI, avec 188 de ses compagnons de martyre :

On ne pourra jamais assez déplorer ce noir et misérable fléau qui, à la fin du XVIII siècle, caché sous le nom mensonger de philosophie, avait perverti les esprits et corrompus les mœurs et rempli avant tout la France de meurtres et de ruines. 

L'âme est émue d'horreur au souvenir des inexprimables spectacles de cruauté et de barbarie qu'exhibèrent pendant la révolution française, des hommes impies et scélérats, à peine dignes de ce nom d'hommes : les temples sacrés dépeuplés, les signes sacrés de la religion catholique violés, des évêques, des prêtres, de pieux laïques immolés arbitrairement, pour avoir refusé de prononcer une formule de serment décrétée par la puissance laïque et ouvertement opposée aux droits de l'Eglise, à la liberté de conscience, ou pour s'être montrés moins bienveillants envers ces nouvelles institutions politiques.

Parmi tant de prêtres illustres et de chrétiens remarquables qui, durant cette noire tempête, furent livrés à la mort, brille certes au premier rang cette insigne légion d'hommes qui à Paris, au mois de septembre 1792, furent immolés avec une souveraine et une infâme barbarie.

Ossuaire sous la chapelle Saint-Joseph des Carmes, Paris

jeudi 1 septembre 2016

1er septembre, début du mois des saints Archanges Michel, Gabriel et Raphaël et des neuf Choeurs des Esprits bienheureux - Prions l'Angelus

L'Angélus ou salutation de l'Ange à Marie, est une prière dite 3 fois par jour, matin, midi et soir, qui nous remet les idées en place ! 

Le Seigneur, le seul Sauveur, attend de nous, pour nous sauver, une réponse libre à l'image de celle de Notre Dame. 

Millet, L'Angélus
C'est Lui qui vient à note rencontre et qui nous appelle. C'est dans sa chair, dans son Corps livré, dans son Sang versé, qu'Il nous sauve : Il attend donc de nous des paroles... et des actes d'amour. 

Mais pour vivre et aimer à l'image et à la ressemblance de notre Dieu, comme la Vierge Marie, nous avons besoin de l'action de l'Esprit Saint. Ainsi, il nous faut prier et demander l'Esprit Saint, son action divine. Et pour Le recevoir, il nous faut prier et apprendre à faire silence.

Que Notre Dame intercède pour nous pour nous apprendre à prier et vivre selon le saint Evangile du Salut proclamé par notre Seigneur pour que nous le vivions et entrions dans la gloire du Ciel !

Et n'oublions pas non plus que l'Angelus est une prière missionnaire demandée par les Papes et les Evêques en France lors des croisades pour que l'étendard de la Croix soit toujours vainqueur des armées de Satan. Prions, prions, prions !


Angelus Domini,
nuntiavit Mariae
Et concepit de Spiritu Sancto.


Ave Maria,
gratia plena,
Dominus tecum.
Benedicta tu
in mulierubus,
et benedictus fructus ventris tui,
Iesus.
Sancta Maria, mater Dei,
ora pro nobis peccatoribus,
nunc
et in hora mortis nostrae.


Ecce ancilla Domini.
Fiat mihi secundum verbum tuum.

Ave Maria...

Et Verbum caro factum est.
Et habitavit in nobis.

Ave Maria...

Ora pro nobis, sancta Dei Genetrix.
Ut digni efficiamur promissionibus Christi.


Oremus. Gratiam tuam, quaesumus, Domine, mentibus nostris infunde ; ut qui, Angelo nuntiante, Christi Filii tui incarnationem cognovimus, per passionem eius et crucem, ad resurrectionis gloriam perducamur. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

L'ange du Seigneur
apporta l'annonce à Marie

Et elle conçut du Saint Esprit.

Allégorie de la bataille de Lépante par le Gréco
Je vous salue, Marie
pleine de grâces ;
le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie
entre toutes les femmes
et Jésus,
le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
priez pour nous pauvres pécheurs,
maintenant

et à l'heure de notre mort.

Voici la Servante du Seigneur
Qu'il me soit fait selon votre parole.
Je vous salue...

Et le Verbe s'est fait chair
Et il a habité parmi nous.
Je vous salue...

Priez pour nous,
sainte Mère de Dieu
Afin que nous devenions dignes
des promesses du Christ.

Prions. Que ta grâce, Seigneur notre Père, se répande en nos cœurs. Par le message de l'ange, tu nous as fait connaître, l'incarnation de ton Fils bien-aimé. Conduis-nous, par sa passion et par sa croix, jusqu'à la gloire de la résurrection. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.