Saint Grégoire le Grand, « Dialogues »
1. Une autre
fois encore, Servandus était venu selon son habitude rencontrer Benoît : il
était diacre et abbé de ce monastère qui avait été construit dans la région de
Campanie par un certain patricien appelé Libère. En effet, il fréquentait le
monastère, car cet homme, lui aussi, répandait comme une source les paroles de
la grâce céleste de sorte que, comme par une sorte de courant allant de l’un à
l’autre, ils s’imprégnaient mutuellement des douces paroles de la vie, et,
cette suave nourriture de la patrie céleste dont ils ne pouvaient jouir encore
parfaitement, ils la goûtaient du moins en soupirant après elle.

3. Or dans
cette contemplation, une chose tout à fait admirable s’ensuivit car, en effet,
comme lui-même l’a raconté ensuite, le monde entier, comme rassemblé sous un
seul rayon de soleil, fut offert à ses yeux. Comme ce Vénérable Père fixait les
yeux avec intensité sur la splendeur de cette lumière éclatante, il vit l’âme
de l’évêque de Capoue, Germain, transportée par les anges au ciel dans une
sphère de feu.

5. Pierre :
Chose tout à fait admirable et terriblement étonnante ! Bien plus : qu’on
puisse dire que le monde entier fut offert à ses yeux, rassemblé pour ainsi
dire, dans un seul rayon de soleil, cela je ne l’ai jamais expérimenté ! Et par
conséquent, je ne saurais même pas me le représenter. Car suivant quel ordre de
choses peut-il bien se faire que le monde entier soit vu par un seul homme ?
6. Grégoire :
Retiens bien, Pierre, ce que je te dis : Pour l’âme qui voit le Créateur, toute
créature paraît bien exiguë. En effet bien que cette âme n’ait contemplé qu’un
faible rayonnement de la lumière du Créateur, tout le créé se réduit pour elle
à de petites proportions, car par la lumière elle-même de cette vision intime,
le sein de son esprit s’élargit et son cœur grandit tellement en Dieu qu’il se
tient élevé au-dessus du monde. Qui plus est, l’âme du voyant quant à elle, se
trouve au-dessus d’elle-même. Et lorsque, dans la lumière de Dieu elle est
ainsi ravie au-dessous d’elle-même, elle s’amplifie intérieurement ; alors elle
jette un regard au-dessus d’elle et elle comprend, dans cet état d’élévation,
combien tout le créé est petit, alors que, dans son abaissement, elle
n’arrivait même pas à le saisir. Ainsi donc, l’homme qui contemplait ce globe
de feu et qui voyait les anges en train de remonter au ciel, ne pouvait voir
ces choses, sans aucun doute, que dans la lumière de Dieu. Qu’y a-t-il
d’étonnant, dès lors à ce qu’il vît le monde rassemblé devant ses yeux, alors
que, élevé dans la lumière de l’esprit, il se situait déjà hors du monde ?

8. Pierre : Il
me semble qu’il m’a été utile de n’avoir pas compris tout de suite ce que tu
m’avais dit puisque ma lenteur a permis, de ta part, un exposé aussi développé.
Mais maintenant que mon intelligence a été abreuvée des explications tellement
limpides que tu as infusées en elle, je te prie de reprendre la suite de ton
récit.
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