samedi 19 octobre 2019

La vie vertueuse de Monsieur Boudon

Chanoines cathédraux

« Vie de Boudon », par Collet

A LA REINE

Madame ;

~ J’ai l’honneur de dédier aujourd’hui à Votre Majesté la Vie d’un archidiacre que la voix de tous ceux qui aiment la vertu a depuis longtemps canonisé.

~ Mais quoique la vie de M. Boudon ne présente pas des traits si grands, Votre Majesté apercevra du premier coup d’œil qu’il a réuni toutes les vertus qui en sont le germe et qu’il ne lui a manqué que le pouvoir ou l’occasion de les faire éclater. Elle trouvera dans le même homme une charité qui n’a de bornes que celles de la plus rigoureuse impuissance, un zèle ardent pour les intérêts de Dieu et de son Eglise, mais un zèle toujours tempéré par la douceur et par la prudence, le rare talent de soulager ces âmes souffrantes que Dieu conduit à lui par les plus pénibles sentiers, une confiance si parfaite en la Providence que, quoique dénué de tout le lendemain ne lui donna jamais la plus légère inquiétude, un détachement si absolu de toutes les créatures que Dieu seul et très seul, fut toujours le centre et le terme de son cœur, de ses pensées, de ses entreprises.

Allégorie de l'humilité
Mais j’ose le dire, Madame, quelque accoutumée que vous soyez aux plus sublimes vertus, vous ne pourrez voir sans une sorte d’émotion, je ne dis pas la patience invincible, je dis la joie, les transports avec lesquels ce saint prêtre souffrit une des plus violentes persécutions qu’on puisse imaginer, persécution qui, quoique suscitée contre sa foi, fut si souplement ménagée quelle parut ne l’attaquer que pour les mœurs.

Les Etats les plus brillants ont leurs croix. Le joug pesant qui accable les enfants d’Adam n’épargne pas plus les rois qu’il n’épargne les derniers de leurs sujets. Quelle consolation pour l’Eglise de présenter en tout temps des modèles d’une parfaite soumission aux ordres les plus sévères du premier des maîtres ! Quel plaisir pour une reine qui, tout occupée de la grandeur de Dieu, gémit comme Esther du poids de la sienne, de voir dans ce dernier âge du monde un homme plus content d’être le rebut et l’opprobre d’un peuple qui l’avait si souvent admiré, qu’il ne l’était en se rappelant que les trois plus grandes princesses du monde avaient versé des fleurs sur son berceau.

Votre Majesté n’aura pas besoin de cette dernière grâce qui fait vaincre la calomnie par la patience. Le monde, tout monde qu’il est, a rendu un hommage constant et aux vertus dont le ciel vous a comblée dès l’enfance et à la manière dont vous avez su les transmettre à votre auguste famille.

Puissiez-vous, comme les anciens amis de Dieu, les y voir régner jusqu’à la quatrième génération. C’est l’unique vœu que puisse former un ministre de Jésus Christ. Et c’est le seul qu’adoptera une princesse qui sait que le monde passe avec sa gloire et ses plaisirs, mais que la vertu subsiste éternellement.

Je suis avec un très profond respect, MADAME,
DE VOTRE MAJESTÉ, le très humble, très obéissant, très fidèle serviteur et sujet,

Pierre Collet


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