Vénérable abbé Henri
Marie Boudon, « Dieu inconnu »
Quelle
différence entre les préparatifs que l’on fait pour recevoir en sa maison un
grand du siècle (et si un Roi y venait loger que ne ferait-on pas ?) et
entre la manière que le Roi du ciel et de la terre est reçu dans les Chapelles
domestiques !
Sera-ce dans ce Sanctuaire du Seigneur que l’on verra les belles tapisseries
pour l’orner, le beau linge pour servir à ses Autels, l’argenterie et ce qu’il
y a de plus précieux ?
Ah ! Oserons-nous
le dire pendant que l’on fait de la dépense pour couvrir les chétives
carcasses, non seulement des seigneurs et des dames, mais des demoiselles
suivantes, mais aussi des laquais ; quel
oubli n’a-t-on pas de ce qui regarde un Dieu dans ces lieux où il se trouve
corporellement par le très saint sacrifice de la Messe ?
Nous en avons traité
amplement dans le livre que la divine providence nous a fait donner au public
qui porte pour litre « Les horreurs
des profanations de l’Eglise ». Il serait difficile de dire tous les
soins que les courtisans apportent pour faire leur cour aux princes, la
patience qu’ils ont à s’y rendre assidus et souvent sans avoir l’honneur de
leur parler… Si en quelque occasion le roi leur dit quelques paroles, leur joie
est excessive et leurs amis s’en réjouissent avec eux. Cependant, à peine veut-on converser avec Dieu !
Une Messe
qui dure une demi-heure fait crier ; l’on se plaint de sa longueur ! L’on passera les jours
avec les créatures à s’entretenir avec elles, à se divertir, et on aura de la
peine à donner quelque peu de temps à l’oraison ! En vérité, peut-on dire que ces gens connaissent Dieu ?
Il y a des gens qu’on
appelle messieurs les intéressés parce qu’ils ont soin des intérêts des rois.
Hélas ! Combien en trouvera-t-on
qui prennent soin de ceux de Dieu ? Si un autre que l’Apôtre avait dit
que tout le monde cherche ses propres intérêts et non ceux de Jésus-Christ, on
crierait peut être à l’emportement !
Mais comme c’est le
Saint Esprit qui prononce cette vérité par l’Apôtre : elle est de la
dernière certitude et en même temps une preuve convaincante que le monde ne
connaît pas Dieu, et que l’on n’a pas d’estime pour ce qu’Il est. Car par une
induction générale, il est aisé de prouver que l’on s’intéresse pour ce que
l’on considère. Chose infiniment
étonnante ! Un roi envoie ses ordres, aussitôt il est obéi ; et c’est
une justice de le faire. Et de toutes parts l’on ne voit que les désobéissances
au Souverain du ciel et de la terre. L’on offense un grand de la
terre ? le châtiment ne manque pas à ces insolents à la moindre parole que
l’on proférera contre le respect qui leur est dû ; en même temps, l’on en
fait justice, c’est qu’il n’est pas permis de s’attaquer aux puissances du
monde, et c’est ce qui est dans l’ordre de la raison, et on est obligé, même en
conscience, de leur être soumis. Il n’y a
que le Dieu tout puissant que l’on offense impunément !
Le Greco, Jésus-Christ couronné d'épines portant la Croix de notre Salut |
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