lundi 13 octobre 2014

Saint François de Montmorency-Laval, prédécesseur du vénérable abbé Henri Marie Boudon, accueille en France d'illustres pèlerins québécois autour de leur Evêque

Saint François de Montmorency Laval, fresque de Marius Dubois,
dans la chapelle de l'Immaculée Conception, sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré, près de Québec

Les pèlerins, se dirigeant sur les pas de Saint François de Laval et Sainte Marie de l'incarnation, débutaient leur pèlerinage dimanche le 5 octobre 2014.

La consécration épiscopale du futur saint Evêque,
bas relief, église Saint-Germain des Près
Au cours de leur deuxième journée de pèlerinage, ils se sont rendirent à l'église de Saint-Germain des prés de Paris, lieux historique où Mgr de Laval fut consacré Evêque et Claude, le fils de Mère Marie de l'Incarnation a vécu comme moine. C’est le Nonce apostolique qui prononça l’homélie.

Le 7 octobre, les pèlerins découvraient Montigny-sur-Avre, lieu où saint François de Laval est né. Après une réception tenue au château de l'endroit, le groupe partit pour Chartres, pour célébrer les Vêpres chantées par la Communauté du chemin neuf.

La Cardinal Lacroix accueillit au Prytanée

Le 8 octobre les pèlerins continuaient leur périple jusqu’à La Flèche, lieu de formation de saint François de Laval et à l'abbaye de Solesmes, avec ses 1000 ans de tradition. Saint François de Laval a étudié 10 ans (1631-1641) au collège des jésuites de La Flèche, l'ancêtre du Prytanée. C'est donc dans l'église de l'école militaire qu'une messe a été célébrée à la mémoire du saint, présidée par l'Archevêque du Québec, le Cardinal Lacroix, fier de rendre hommage à son illustre prédécesseur, en présence de plusieurs évêques français et canadiens dont NNSS. Mgr Yves Le Saux, Evêque du Mans, Mgr Emmanuel Delmas, Evêque d’Angers, Mgr Armand Maillard, Archevêque de Bourges, et Mgr Luc Bouchard, Evêque de Trois-Rivières.

A l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, en l'absence du Révérendissime Père Abbé, Dom Philippe Dupont, en voyage au Brésil, le Cardinal Lacroix fut reçu par Dom Thierry Barbeau, supérieur de la communauté.

Le 9 octobre, les pèlerins se rendaient à Tours, ville où Mère Marie de l'Incarnation est née, est entrée chez les Ursulines et a mis de l'avant son projet missionnaire.

Dimanche 12 octobre, les pèlerins canadiens arrivaient à Rome où le Cardinal Lacroix concélébrait avec le Pape François une messe solennelle d’action de grâce pour la canonisation de l’ancien élève des jésuites.

Saint François de Laval, né dans une grande famille de l’aristocratie française, fut, en 1674, le premier évêque de Québec et fonda le séminaire de la ville où il mourut en 1708. Sœur Marie de l’Incarnation, née Marie Guyart en 1599 à Tours (Indre-et-Loire) est la fondatrice du couvent des ursulines de Québec.
A Saint-Pierre de Solesmes

Leurs canonisations ont été effectuées selon la procédure de la canonisation équipollente, c’est-à-dire après une enquête de la section historique de la Congrégation des causes des saints sur des bienheureux au culte déjà ancien et reconnu, sans qu’un miracle contemporain ne soit requis, mais simplement sur base des récits dignes de foi de miracles advenus avant ou après la mort du futur saint.
Cette procédure, relativement rare dans l’Église, avait été utilisée en 1931 pour saint Albert le Grand, en 1943 pour sainte Marguerite de Hongrie (1943), en 2012 pour sainte Hildegarde de Bingen (2012), et par le pape François pour le jésuite français Pierre Favre.


Homélie du Pape François Ier

Messe d’action de grâce pour la canonisation de saint François de Laval et de sainte Marie de l’Incarnation. 

Dimanche, 12 octobre 2014

Nous avons écouté la prophétie d’Isaïe : « Le Seigneur essuiera les larmes sur tous les visages… » (Is 25, 8). Ces paroles, pleines de l’espérance de Dieu, indiquent le but, montrent l’avenir vers lequel nous sommes en chemin. Sur cette route, les saints nous précèdent et nous guident. Ces paroles esquissent aussi la vocation des hommes et des femmes missionnaires.

Les missionnaires sont ceux qui, dociles à l’Esprit Saint, ont le courage de vivre l’Évangile. Et aussi cet Évangile que nous venons d’entendre : « Allez donc aux croisées des chemins » – dit le roi à ses serviteurs (Mt 22, 9). Et les serviteurs sortirent et rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvaient, « les mauvais comme les bons », pour les conduire au banquet des noces du roi (cf. v. 10).

Les missionnaires ont accueilli cet appel : ils sont sortis pour appeler tous les gens, aux carrefours du monde ; et ainsi ils ont fait beaucoup de bien à l’Église, parce que si l’Église s’arrête et se ferme, elle tombe malade, on peut la corrompre, aussi bien par les péchés que par la fausse science séparée de Dieu, qu’est le sécularisme mondain.

Les missionnaires ont tourné leur regard vers le Christ crucifié, ils ont accueilli sa grâce et ils ne l’ont pas gardée pour eux. Comme saint Paul, ils se sont faits tout à tous ; ils ont su vivre dans la pauvreté et dans l’abondance, être rassasiés et souffrir de la faim ; ils pouvaient tout en celui qui leur donnait la force (cf. Ph 4, 12-13). Et avec cette force de Dieu, ils ont eu le courage de “sortir” sur les routes du monde mettant leur confiance dans le Seigneur qui appelle. Telle est la vie d’un missionnaire, d’une missionnaire… Et pour ensuite finir loin de la maison, loin de sa propre patrie ; tant de fois tués, assassinés ! Comme c’est arrivé, ces derniers jours, à tant de nos frères et sœurs.

La mission évangélisatrice de l’Église est essentiellement annonce de l’amour, de la miséricorde et du pardon de Dieu, révélé aux hommes dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus Christ. Les missionnaires ont servi la mission de l’Église, en rompant le pain de la Parole aux plus petits et aux plus éloignés et en portant à tous le don de l’amour inépuisable, qui jaillit du cœur même du Sauveur.

C’est ainsi que furent saint François de Laval et sainte Marie de l’Incarnation. Je voudrais vous laisser en ce jour, chers pèlerins canadiens, deux conseils : ce sont des extraits de la Lettre aux Hébreux, mais en pensant aux missionnaires, ils feront beaucoup de bien à vos communautés.

Le premier est celui-ci, voici ce que dit la parole de Dieu : « Souvenez-vous de ceux qui vous ont dirigés : ils vous ont annoncé la parole de Dieu. Méditez sur l’aboutissement de la vie qu’ils ont menée, et imitez leur foi » (13, 7). La mémoire des missionnaires nous soutient au moment où nous faisons l’expérience de la rareté des ouvriers de l’Évangile. Leur exemple nous attire, nous pousse à imiter leur foi. Ce sont des témoignages féconds qui engendrent la vie !

Le second est celui-là : « Souvenez-vous de ces premiers jours où vous veniez de recevoir la lumière du Christ : vous avez soutenu alors le dur combat des souffrances… Ne perdez pas votre assurance ; grâce à elle, vous serez largement récompensés. Car l’endurance vous est nécessaire… » (10, 32.35-36). Rendre hommage à qui a souffert pour nous porter l’Évangile signifie livrer nous aussi la bonne bataille de la foi, avec humilité, douceur et miséricorde, dans la vie de chaque jour. Et cela porte du fruit. La mémoire de ceux qui nous ont précédé, de ceux qui ont fondé notre Eglise. Quelle Eglise féconde que celle du Québec ! Féconde de tant de missionnaires, qui sont allés partout. Le monde a été rempli de missionnaires canadiens, comme eux deux. Maintenant un conseil : que cette mémoire ne vous amène pas à abandonner la franchise. N’abandonnez pas le courage ! Peut-être… Non, non, pas de peut-être : c’est vrai ! Le diable est envieux et ne tolère pas qu’une terre soit aussi féconde de missionnaires. Prions le Seigneur pour que le Québec revienne sur cette route de la fécondité, de donner au monde tant de missionnaires. Et ces deux-là qui ont – pour ainsi dire – fondé l’Eglise du Québec, qu’ils nous aident comme intercesseurs, que la graine qu’ils ont semée pousse et donne du fruit avec de nouveaux hommes et femmes courageuses, clairvoyants, avec le cœur ouvert à l’appel du Seigneur. Aujourd’hui on doit demander cela pour votre patrie ! Et eux, depuis le ciel, seront nos intercesseurs. Que le Québec redevienne cette source de bons et saints missionnaires

En cela se trouve la joie et le mot d’ordre de votre pèlerinage : faire mémoire des témoins, des missionnaires de la foi dans votre terre. Cette mémoire nous soutient toujours sur le chemin vers l’avenir, vers le but, quand « le Seigneur essuiera les larmes sur tous les visages … ».

« Exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés » (Is 25, 9).



« Merci pour ces deux nouveaux saints et modèles missionnaires »


Armoiries du Cardinal Lacroix
Très Saint Père,

Au terme de cette célébration eucharistique et avant de recevoir votre bénédiction apostolique, permettez-moi, en mon nom personnel et au nom des fidèles du Québec et du Canada, de vous remercier du fond du cœur pour le grand cadeau que vous nous avez fait de deux nouveaux saints : Saint François de Laval et Sainte Marie de l’Incarnation.

J’ai accompagné un groupe de pèlerins en France, sur les pas de ces deux géants de la foi et de la vie missionnaire. Notre pèlerinage s’est poursuivi jusqu’à Rome pour être avec vous, le Successeur de Pierre, pour vous redire notre communion profonde et notre désir de répondre à l’appel missionnaire pour évangéliser le monde de notre temps. 

Merci, Très Saint Père, de nous avoir donné ces modèles de sainteté et de vie apostolique. La vie de Saint François de Laval et de Sainte Marie de l’Incarnation nous parle beaucoup aujourd’hui et nous invite à imiter leur courage, leur persévérance ainsi que leur zèle apostolique. Comme eux, nous voulons être tout abandonné à Dieu, dans la confiance, et engagés sur les chemins de la mission pour que nos frères et sœurs humains rencontrent Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie, Jésus Christ.

Notre pèlerinage ne se termine pas ici à Rome. Nous le poursuivrons, avec l’aide de Dieu, chez-nous, au Québec, et partout où le Seigneur aura besoin de nous. Nous désirons être encore davantage des disciples-missionnaires au cœur du monde.

Avec vous, nous croyons que « l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus » (Evangelii gaudium, n. 1). Saint François de Laval et Sainte Marie de l’Incarnation en sont des témoins éloquents. Que Dieu fasse de nous les saints et les saintes du troisième millénaire, les missionnaires et les évangélisateurs qui témoignent par leur vie et proclament avec fierté la Bonne Nouvelle qu’est l’Évangile.

Merci, Très Saint Père, de nous avoir accueilli aujourd’hui. Daignez bénir nos familles, nos communautés chrétiennes, nos diocèses et notre pays. Nous prions beaucoup pour vous et pour votre mission.



dimanche 12 octobre 2014

Merci pour vos vœux Monseigneur



S.Exc.R. Mgr. Nourrichard, Evêque
d'Evreux, successeur de Saint Taurin
Mes amis,

En la fête des Saints Anges gardiens,
je vous assure de ma prière
et invoque la bénédiction du Seigneur
sur les membres de la Société Henri-Marie Boudon.

+  Christian NOURRICHARD
     Evêque d’Evreux







Merci pour vos vœux, Monseigneur.
Comme au Mont Gargan, comme au Mont Saint-Michel,
à quand la reconnaissance de l'Archiconfrérie, Monseigneur ? Nous avons hâte !



samedi 11 octobre 2014

Aimons Marie, Mère de Dieu et notre Mère


Notre-Dame d'Afrique, Reine.
Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, 
"Le triomphe de la Croix", partie II


C’est là qu’on a vu la fidélité inviolable de sa protection maternelle envers ceux qui y mettent leur confiance, le pouvoir des prières qu’on lui adresse, et surtout du rosaire quand il est bien récité.

La haine qu’en marquaient ces esprits malins faisait assez connaître combien cette dévotion est agréable à Notre Seigneur et à son immaculée Mère. L’une de leurs plus ordinaires insolences à l’égard de ceux qui venaient aux exorcismes était de rompre les chapelets et, quoiqu’ensuite ils fussent contraints de réparer leur impiété, ils ne pouvaient contenir leur rage. Je suis témoin oculaire de la même chose arrivée en ma présence.

Ceux qui blâment les instruments de piété comme le chapelet le scapulaire de Notre Dame du mont Carmel et les autres choses qui servent à la dévotion peuvent voir ce qu’ils font.


Nous avons écrit des privilèges du scapulaire de Notre Dame dans le traité que nous donnons au public intitulé « Avis catholiques touchant la véritable dévotion de la sacrée Vierge » où nous apportons les raisons qui en montrent la vérité qui en éclaircissent les difficultés, les approbations authentiques des prélats, les bulles des Souverains Pontifes, mais particulièrement la bulle de Clément X donnée le huitième de mai l’année 1673 dans laquelle ce grand Pontife prononce qu’il approuve et soutient de son autorité apostolique le privilège accordé par la très sainte Mère de Dieu en faveur des confrères du Scapulaire du Carmel pour le premier samedi d’après leur mort, quand ils auront gardé fidèlement les conditions prescrites.


Marie, Reine des Anges, avec Saint François d'Assise.


mardi 7 octobre 2014

7 octobre - Notre Dame du Rosaire

Notre Dame du Rosaire, offrant le chapelet
à Saint Dominique

Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, "Le triomphe de la Croix", partie III


L’on a établi le rosaire perpétuel pour donner une louange continuelle à la grande et admirable Mère de Dieu, sans doute que c’est une dévotion inspirée par le Saint Esprit car il est bien juste que tous les membres du corps mystique de Jésus Christ recevant tant de grâces par Marie, qui en est le cou, en soient dans une reconnaissance perpétuelle.

Mais ne serait-il pas beaucoup à souhaiter que l’on établit une adoration perpétuelle de la divine Providence pour adorer, pour louer, pour bénir, pour prier incessamment une si bonne et si douce mère dont nous recevons autant d’assistances que nous vivons de moments.

O mon Dieu ! sera-t-il dit que vos yeux divins seront arrêtés sans l’interruption d’un seul instant sur les hommes, et que les hommes penseront si peu à vous ! Non seulement votre providence infiniment aimable veille sur nos besoins durant les jours, mais les nuits ne sont pas exemptes de ses soins. La nécessité du sommeil a beau nous fermer les yeux à tous les objets, les vôtres sont toujours ouverts pour nous bien faire. D’où vient donc que dans tous les diocèses, dans tous les instituts, l’on ne donne pas des ordres que, parmi tant de personnes qui s’y trouvent, il n’y en ait pas toujours quelques-unes qui aient des temps réglés pour les passer en votre sainte présence, en reconnaissance, en adoration de vos infinies bontés



Lépante - victoire de Notre-Dame du Rosaire sur le croissant

Notre-Dame de Chanuel, basilique
Notre-Dame de la garde, Marseille
Du vénérable abbé Henri-Marie Boudon,
« La dévotion à l’immaculée Vierge Mère de Dieu », 4e pratique, Célébrer les fêtes de l’admirable Mère de Dieu, avec une dévotion singulière


Le Pape Saint Pie V entrevoyant la victoire
de Lépante contre les Turcs

Le saint Pape Pie V a institué la fête de Notre-Dame de la victoire le 7 d’Octobre en mémoire de la célèbre victoire de Lépante remportée contre les Turcs et parce que pendant cette guerre on avait recours fréquemment à la bienheureuse Vierge en récitant son Rosaire. La principale solennité qui se faisait de cette association le premier Dimanche de Mai a été transférée au premier Dimanche d’Octobre.


Basilique Sainte-Marie Majeure, Rome


samedi 4 octobre 2014

Saint François d'Assise

Zurbaran, Saint François d'Assise
De Sa Sainteté le Pape Benoît XVI

Audience générale sur Saint François d’Assise
le Mercredi 27 janvier 2010


Chers frères et sœurs,

Dans une récente catéchèse, j'ai déjà illustré le rôle providentiel que l'Ordre des frères mineurs et l'Ordre des frères prêcheurs, fondés respectivement par saint François d'Assise et par saint Dominique Guzman, eurent dans le renouveau de l'Eglise de leur temps. Je voudrais aujourd'hui vous présenter la figure de François, un authentique « géant » de sainteté, qui continue à fasciner de très nombreuses personnes de tous âges et de toutes religions.

« Surgit au monde un soleil ». A travers ces paroles, dans la Divine Comédie (Paradis, chant XI), le plus grand poète italien Dante Alighieri évoque la naissance de François, survenue à la fin de 1181 ou au début de 1182, à Assise. Appartenant à une riche famille – son père était marchand drapier –, François passa son adolescence et sa jeunesse dans l'insouciance, cultivant les idéaux chevaleresques de l'époque. A l'âge de vingt ans, il participa à une campagne militaire, et fut fait prisonnier. Il tomba malade et fut libéré. 

De retour à Assise, commença en lui un lent processus de conversion spirituelle, qui le conduisit à abandonner progressivement le style de vie mondain qu'il avait mené jusqu'alors. C'est à cette époque que remontent les célèbres épisodes de la rencontre avec le lépreux, auquel François, descendu de cheval, donna le baiser de la paix, et du message du Crucifié dans la petite église de saint Damien. Par trois fois, le Christ en croix s'anima, et lui dit: « Va, François, et répare mon église en ruine ». Ce simple événement de la parole du Seigneur entendue dans l'église de Saint-Damien renferme un symbolisme profond. Immédiatement, saint François est appelé à réparer cette petite église, mais l'état de délabrement de cet édifice est le symbole de la situation dramatique et préoccupante de l'Eglise elle-même à cette époque, avec une foi superficielle qui ne forme ni ne transforme la vie, avec un clergé peu zélé, avec un refroidissement de l'amour; une destruction intérieure de l'Eglise qui comporte également une décomposition de l'unité, avec la naissance de mouvements hérétiques

Colantonio, Saint François donnant la règle
à ses fils et aux Clarisses
Toutefois, au centre de cette église en ruines se trouve le crucifié, et il parle: il appelle au renouveau, appelle François à un travail manuel pour réparer de façon concrète la petite église de Saint-Damien, symbole de l'appel plus profond à renouveler l'Eglise même du Christ, avec la radicalité de sa foi et l'enthousiasme de son amour pour le Christ. Cet événement qui a probablement eu lieu en 1205, fait penser à un autre événement semblable qui a eu lieu en 1207: le rêve du Pape Innocent III. Celui-ci voit en rêve que la Basilique Saint-Jean-de-Latran, l'église mère de toutes les églises, s'écroule et un religieux petit et insignifiant la soutient de ses épaules afin qu'elle ne tombe pas. Il est intéressant de noter, d'une part, que ce n'est pas le Pape qui apporte son aide afin que l'église ne s'écroule pas, mais un religieux petit et insignifiant, dans lequel le Pape reconnaît François qui lui rend visite. Innocent III était un Pape puissant, d'une grande culture théologique, et d'un grand pouvoir politique, toutefois, ce n'est pas lui qui renouvelle l'église, mais le religieux petit et insignifiant: c'est saint François, appelé par Dieu. Mais d'autre part, il est intéressant de noter que saint François ne renouvelle pas l'Eglise sans ou contre le Pape, mais seulement en communion avec lui. Les deux réalités vont de pair: le Successeur de Pierre, les évêques, l'Eglise fondée sur la succession des apôtres et le charisme nouveau que l'Esprit Saint crée en ce moment pour renouveler l'Eglise. C'est ensemble que se développe le véritable renouveau.

Retournons à la vie de saint François. Etant donné que son père Bernardone lui reprochait sa générosité exagérée envers les pauvres, François, devant l'évêque d'Assise, à travers un geste symbolique, se dépouille de ses vêtements, montrant ainsi son intention de renoncer à l'héritage paternel: comme au moment de la création, François n'a rien, mais uniquement la vie que lui a donnée Dieu, entre les mains duquel il se remet. Puis il vécut comme un ermite, jusqu'à ce que, en 1208, eut lieu un autre événement fondamental dans l'itinéraire de sa conversion. En écoutant un passage de l'Evangile de Matthieu – le discours de Jésus aux apôtres envoyés en mission –, François se sentit appelé à vivre dans la pauvreté et à se consacrer à la prédication. D'autres compagnons s'associèrent à lui, et en 1209, il se rendit à Rome, pour soumettre au Pape Innocent III le projet d'une nouvelle forme de vie chrétienne. Il reçut un accueil paternel de la part de ce grand Souverain Pontife, qui, illuminé par le Seigneur, perçut l'origine divine du mouvement suscité par François. Le Poverello d'Assise avait compris que tout charisme donné par l'Esprit Saint doit être placé au service du Corps du Christ, qui est l'Eglise; c'est pourquoi, il agit toujours en pleine communion avec l'autorité ecclésiastique. Dans la vie des saints, il n'y a pas d'opposition entre charisme prophétique et charisme de gouvernement, et si apparaissent des tensions, ils savent attendre avec patience les temps de l'Esprit Saint.

(...) François et ses frères, toujours plus nombreux, s'établirent à la Portioncule, ou église Sainte-Marie des Anges, lieu sacré par excellence de la spiritualité franciscaine. Claire aussi, une jeune femme d'Assise, de famille noble, se mit à l'école de François. Ainsi vit le jour le deuxième ordre franciscain, celui des Clarisses, une autre expérience destinée à produire d'insignes fruits de sainteté dans l'Eglise.

Insignes de la Custodie de Terre Sainte.
La Croix de Jérusalem et les mains de
Jésus crucifié et de saint François. Nazareth.
Le successeur d'Innocent III lui aussi, le Pape Honorius III, avec sa bulle Cum dilecti de 1218 soutint le développement singulier des premiers Frères mineurs, qui partaient ouvrir leurs missions dans différents pays d'Europe, et jusqu'au Maroc. En 1219, François obtint le permis d'aller s'entretenir, en Egypte, avec le sultan musulman, Melek-el-Kâmel, pour prêcher là aussi l’Évangile de Jésus. Je souhaite souligner cet épisode de la vie de saint François, qui est d'une grande actualité. A une époque où était en cours un conflit entre le christianisme et l'islam, François, qui n'était volontairement armé que de sa foi et de sa douceur personnelle, parcourut concrètement la voie du dialogue. Les chroniques nous parlent d'un accueil bienveillant et cordial reçu de la part du sultan musulman. C'est un modèle dont devraient s'inspirer aujourd'hui encore les relations entre chrétiens et musulmans: promouvoir un dialogue dans la vérité, dans le respect réciproque et dans la compréhension mutuelle (cf. Nostra Aetate, n. 3). Il semble ensuite que François ait visité la Terre Sainte, jetant ainsi une semence qui porterait beaucoup de fruits: ses fils spirituels en effet firent des Lieux où vécut Jésus un contexte privilégié de leur mission. Je pense aujourd'hui avec gratitude aux grands mérites de la Custodie franciscaine de Terre Sainte.

De retour en Italie, François remit le gouvernement de l'ordre à son vicaire, le frère Pietro Cattani, tandis que le Pape confia à la protection du cardinal Ugolino, le futur Souverain Pontife Grégoire IX, l'Ordre, qui recueillait de plus en plus d'adhésions. Pour sa part, son Fondateur, se consacrant tout entier à la prédication qu'il menait avec un grand succès, rédigea la Règle, ensuite approuvée par le Pape.

En 1224, dans l'ermitage de la Verna, François vit le Crucifié sous la forme d'un séraphin et de cette rencontre avec le séraphin crucifié, il reçut les stigmates; il devint ainsi un avec le Christ crucifié: un don qui exprime donc son intime identification avec le Seigneur.

Rio, église Notre-Dame de Gloria de Outeiro,
Saint François recevant les sacrés stigmates
(...) Il a été dit que François représente un alter Christus, qu'il était vraiment une icône vivante du Christ. Il fut également appelé « le frère de Jésus ». En effet, tel était son idéal: être comme Jésus; contempler le Christ de l'Evangile, l'aimer intensément, en imiter les vertus. (...) Chez François, l'amour pour le Christ s'exprima de manière particulière dans l'adoration du Très Saint Sacrement de l'Eucharistie. Dans les Sources franciscaines, on lit des expressions émouvantes, comme celle-ci: « Toute l'humanité a peur, l'univers tout entier a peur et le ciel exulte, lorsque sur l'autel, dans la main du prêtre, il y a le Christ, le Fils du Dieu vivant. O grâce merveilleuse! O fait humblement sublime, que le Seigneur de l'univers, Dieu et Fils de Dieu, s'humilie ainsi au point de se cacher pour notre salut, sous une modeste forme de pain » (François d'Assise,Ecrits, Editrice Francescane, Padoue 2002, 401).

En cette année sacerdotale, j'ai également plaisir à rappeler une recommandation adressée par François aux prêtres: « Lorsqu'ils voudront célébrer la Messe, purs de manière pure, qu'ils présentent avec respect le véritable sacrifice du Très Saint Corps et Sang de notre Seigneur Jésus Christ » (François d'Assise, Ecrits, 399). François faisait toujours preuve d'un grand respect envers les prêtres et il recommandait de toujours les respecter, même dans le cas où ils en étaient personnellement peu dignes. Il donnait comme motivation de ce profond respect le fait qu'ils avaient reçu le don de consacrer l'Eucharistie. Chers frères dans le sacerdoce, n'oublions jamais cet enseignement: la sainteté de l'Eucharistie nous demande d'être purs, de vivre de manière cohérente avec le Mystère que nous célébrons.

(...) Chers amis, François a été un grand saint et un homme joyeux. Sa simplicité, son humilité, sa foi, son amour pour le Christ, sa bonté envers chaque homme et chaque femme l'ont rendu heureux en toute situation. En effet, entre la sainteté et la joie existe un rapport intime et indissoluble. Un écrivain français a dit qu'il n'existe qu'une tristesse au monde: celle de ne pas être saints, c'est-à-dire de ne pas être proches de Dieu. En considérant le témoignage de saint François, nous comprenons que tel est le secret du vrai bonheur: devenir saints, proches de Dieu!

Que la Vierge, tendrement aimée de François, nous obtienne ce don. Nous nous confions à Elle avec les paroles mêmes du Poverello d'Assise: « Sainte Vierge Marie, il n'existe aucune femme semblable à toi née dans le monde, fille et servante du très haut Roi et Père céleste, Mère de notre très Saint Seigneur Jésus Christ, épouse de l'Esprit Saint: prie pour nous... auprès de ton bien-aimé Fils, Seigneur et Maître » (François d'Assise, Ecrits, 163).



jeudi 2 octobre 2014

Saints Anges gardiens

Ange gardien
Dom Guéranger, Année liturgique, au 2 octobre pour la fête des Saints Anges gardiens


Saints Anges, soyez bénis de ce que les crimes des hommes ne lassent point votre charité ; parmi tant d'autres bienfaits, nous vous rendons grâces pour celui de maintenir la terre habitable, en daignant y rester toujours. 

La solitude, souvent, menace de se faire lourde au cœur des fils de Dieu, dans ces grandes villes et sur ces routes du monde où ne se coudoient qu'inconnus ou ennemis ; mais si le nombre des justes a baissé, le vôtre ne diminue pas. Au sein de la multitude enfiévrée comme au désert, il n'est pas d'être humain qui n'ait près de lui son Ange, représentant de la Providence universelle sur les méchants comme sur les bons

Bienheureux esprits, nous n'avons avec vous qu'une patrie, qu'une pensée, qu'un amour : pourquoi les bruits confus d'une foule frivole agiteraient-ils la vie des deux que nous pouvons mener dès maintenant avec vous ? Le tumulte des places publiques vous empêche-t-il d'y former vos chœurs, ou le Très-Haut d'en percevoir les harmonies ? 

Vivant nous aussi par la foi dans le secret de cette face du Père, dont l'incessante contemplation vous ravit, nous voulons de même chanter en tous lieux au Seigneur, unir aux vôtres en tout temps nos adorations. Ainsi pénétrés des mœurs angéliques, la vie présente n'aura pour nous nul trouble, l'éternité nulle surprise


Philippe de Champaigne, les saints Anges chantent la gloire de Dieu



mercredi 1 octobre 2014

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, Lettre 132, à Céline


Au Carmel, le 20 octobre 1891

J.M.J.T

Jésus +

Ma Céline chérie,

Voilà la quatrième fois que je viens te souhaiter ta fête depuis que je suis au Carmel...

Il me semble que ces quatre années ont encore resserré les liens qui nous unissaient si étroitement. Plus nous avançons dans la vie plus nous aimons Jésus, et comme c'est en Lui que nous nous chérissons voilà pourquoi notre affection devient si forte, que c'est plutôt L'unité que l'union qui existe entre nos deux âmes !... Céline, que faut-il que je te dise, ne sais-tu pas tout ?...

Oui mais je veux te dire pourquoi les Célines ont fleuri plus tôt cette année. Jésus me l'a fait sentir ce matin pour ta fête. Tu as sans doute remarqué que jamais l'hiver n'avait été si rigoureux que l'année dernière, par conséquent toutes les fleurs ont été retardées dans leur épanouissement, c'était tout naturel et personne n'a songé à s'en étonner. Mais il y a une petite fleur mystérieuse que Jésus s'est réservée pour instruire nos âmes. Cette fleur c'est la fleur Céline... contrairement aux autres elle s'est épanouie un mois avant l'époque de sa floraison... Céline, comprends-tu le langage de ma petite fleur chérie... la fleur de mon enfance... la fleur des souvenirs ?!!!...

Les frimas, la rigueur de l'hiver au lieu de la retarder l'ont fait pousser et fleurir... Personne n'y a fait attention, cette fleur est si petite, si peu brillante... seules les abeilles connaissent les trésors que renferme son mystérieux calice, composé d'une multitude de petits calices aussi riches les uns que les autres... Thérèse comme les abeilles a compris ce mystère. L'hiver c'est la souffrance, la souffrance incomprise, méconnue, regardée comme inutile par les yeux profanes, mais féconde et puissante aux regards de Jésus et des Anges qui comme des abeilles vigilantes savent recueillir le miel contenu dans les mystérieux et multiples calices qui figurent les âmes ou plutôt les enfants de la virginale petite fleur...

Céline, il me faudrait des volumes pour écrire tout ce que je pense sur ma petite fleur... pour moi elle est si bien l'image de ton âme, oui Jésus a fait passer les frimas sur elle au lieu du chaud soleil de ses consolations mais l'effet attendu par Lui s'est produit ; la petite plante a grandi et a fleuri presque tout d'un coup... Céline, quand une fleur est épanouie il ne reste qu'à la cueillir mais quand et comment Jésus cueillera-t-Il sa petite fleur ?...

Peut-être la couleur rosée de sa corolle indique-t-elle que ce sera par le martyre ! oui je sens mes désirs renaître. Peut-être Jésus voudra-t-il bien, après nous avoir demandé pour ainsi dire Amour pour amour, nous demander encore sang pour sang et vie pour vie... En attendant il faut laisser les abeilles puiser tout le miel des petits calices, ne rien garder, tout donner à Jésus et puis ensuite nous dirons, comme la fleur au soir de notre vie, " Le soir, voici le soir ", alors ce sera fini... Et aux frimas succéderons les doux rayons du Soleil, aux larmes de Jésus les sourires éternels...

Ah ! ne refusons pas de pleurer avec lui pendant un jour puisque nous jouirons de sa gloire pendant une éternité !... Petite fleur chérie, comprends-tu ta Thérèse !...