mardi 17 avril 2018

Vivre des sacrements de Pâques

Le Baptême de Jésus, annonce de son ensevelissement et de sa Résurrection pour nous donner tous les dons du Saint Esprit.
Jésus ressuscité, par Albrecht Altdorfer
Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « Le chrétien inconnu »

Quel changement remarque-t-on dans leurs mœurs ?
Quelle nouveauté après la solennité de Pâques où tous les fideles s’approchent du Sacrement de la Confession ?

Cependant nous ne devons pas seulement recevoir le Sacrement extérieurement mais la réalité et son opération intérieure. Nous ne devons plus agir comme nés de la chair et du sang, mais comme régénérés par l’Esprit.

Celui qui est né de la chair est chair, dit notre grand Maître, et celui qui est né de l’Esprit est esprit ; c’est-à-dire qu’il agit toujours spirituellement même quant aux passions corporelles parce qu’il est sanctifié et qu’il agit par le Saint Esprit.

En un mot, dit l’Apôtre aux Galates : Vivez selon l’Esprit et vous n’accomplirez pas les passions de la chair. Nous vivons par l’Esprit, agissons aussi par l’Esprit ; voilà la conclusion que ce grand Apôtre tire de cette vérité.

dimanche 15 avril 2018

Homélie de Saint Jean Chrysostome sur la Résurrection



Que tout homme pieux et ami de Dieu jouisse de cette belle et lumineuse solennité !
Que tout serviteur fidèle entre joyeux dans la joie de son Seigneur !
Que celui qui s’est donné la peine de jeûner reçoive maintenant le denier qui lui revient !
Que celui qui a travaillé dès la première heure reçoive à présent son juste salaire !

Si quelqu’un est venu après la troisième heure, qu’il célèbre cette fête dans l’action de grâces !
Si quelqu’un a tardé jusqu’à la sixième heure, qu’il n’ait aucune hésitation, car il ne perdra rien !
S’il en est un qui a différé jusqu’à la neuvième heure, qu’il approche sans hésiter !
S’il en est un qui a traîné jusqu’à la onzième heure, qu’il n’ait pas honte de sa tiédeur.

Car le Maître est généreux, il reçoit le dernier aussi bien que le premier.
L'annonce aux saintes femmes
Il admet au repos celui de la onzième heure comme l’ouvrier de la première heure.
Du dernier il a pitié et il prend soin du premier ; à celui-ci il donne, à l’autre il fait grâce.
Il agrée les œuvres et reçoit avec tendresse la bonne volonté. Il honore l’action et loue le bon propos.

Ainsi donc, entrez tous dans la joie de votre Seigneur et, les premiers comme les seconds, vous recevrez la récompense.
Riches et pauvres, mêlez-vous, abstinents et paresseux, pour célébrer ce jour.
Que vous ayez jeûné ou non, réjouissez-vous aujourd’hui.
La table est préparée, goûtez-en tous ; le veau gras est servi, que nul ne s’en retourne à jeun.
Goûtez tous au banquet de la foi,
Goûtez tous au banquet au trésor de la bonté.

Que nul ne déplore sa pauvreté, car le Royaume est apparu pour tous.
Que nul ne se lamente sur ses fautes, car le pardon a jailli du tombeau.
Que nul ne craigne la mort, car celle du Sauveur nous en a délivrés : Il l’a fait disparaître après l’avoir subie.

Il a dépouillé l’Hadès, celui qui à l'Hadès est descendu.
Il l’a rempli d’amertume pour avoir goûté de sa chair !
L'apparition à saint Thomas, par Buoninsegna
Et cela, Isaïe l’avait prédit : « l’Hadès fut irrité lorsque sous terre il t’a rencontré » ;
Irrité, parce que détruit !
Irrité, parce que tourné en ridicule
Irrité, parce qu’enchaîné !
Irrité, parce que réduit à la mort !
Irrité, parce qu’anéanti !

Il avait pris un corps et s’est trouvé devant un Dieu.
Ayant pris de la terre, il rencontra le Ciel.
Ayant pris ce qu’il voyait, il est tombé à cause de ce qu’il ne voyait pas.

Ô Mort, où est ton aiguillon ?
O Hadès, où est ta victoire ?
Le Christ est ressuscité, et toi-même es terrassé.
Le Christ est ressuscité, et les démons sont tombés.
Le Christ est ressuscité, et les Anges sont dans la joie.
Le Christ est ressuscité, et voici que règne la vie.
Le Christ est ressuscité, et il n’est plus de mort au tombeau.
Car le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis.
À lui gloire et puissance dans les siècles des siècles. Amen.



vendredi 13 avril 2018

Homélie du saint jour de Pâques de l'administrateur apostolique du Patriarcat latin de Jérusalem

Mgr Pizzaballa, alors Custode franciscain,
priant dans la chapelle de la Résurrection
de l'Anastasis, Jérusalem
Pâques de Résurrection, 1er avril 2018

Chers Frères et Sœurs,

Le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité !
Je salue chacun de vous, ici rassemblés autour du sépulcre vide du Christ, le “signe” qui depuis 2000 ans annonce la résurrection et la vie.
Je salue les évêques et les prêtres venus du monde entier et qui, en ce jour, s’unissent à notre Eglise pour célébrer ensemble la Pâques de Résurrection.
Je salue toutes les autorités civiles et religieuses, les Consuls Généraux et tous ceux qui nous suivent par le biais de la télévision : que la Pâques du Christ puisse marquer pour chacun de vous le passage à une vie nouvelle !
Aujourd’hui, l’Evangile selon Saint Jean nous présente l’accomplissement d’une promesse déjà énoncée dans ses premières pages et qui traversait tout l’Evangile. Jésus promet à ses disciples et à ceux qui croient en lui, ce qu’aucun homme ne pourrait jamais promettre à un autre : Jésus promet la Vie.
Il l’a dit pour la première fois à Nicodème, lorsqu’il affirme qu’il est absolument nécessaire que le Fils de l’Homme soit élevé, afin que tout homme qui croit en Lui ait par Lui la vie éternelle (Jn 3,14-15). Il l’a ensuite répété à la Samaritaine, en parlant de la soif de l’homme et en disant que quiconque boira de l’eau que Lui donne, n’aura plus jamais soif (Jn 4,13-14). Au fonctionnaire royal qui lui demande de guérir son fils malade à Capharnaüm, Jésus promet “Ton fils vit !” (Jn 4,51). Cette même promesse est maintes fois répétée au cours des diatribes avec les pharisiens : “Celui qui écoute ma parole et croit à celui qui ma envoyé a la vie éternelle et n’est pas soumis au jugement, mais il est passé de la mort à la vie” (Jn 5,24). Le long discours dans la synagogue de Capharnaüm (Jn 6,26-66) constitue la promesse d’un pain qui nourrit pour la vie éternelle. Il n’y a pratiquement aucun chapitre de Jean dans lequel cette promesse, avec la variété de ses nuances, ne résonne pas. Dans les discours d’adieu de Jésus à ses disciples (Jn 14-17), cette promesse revêt un visage et des contours plus clairs et plus précis. Elle revêt le visage de la pleine communion, celle entre Jésus et le Père. Une relation d’amour, c’est-à-dire d’un don réciproque de la vie ; une relation qui n’est pas fermée en elle-même, mais ouverte à tous les croyants, appelés à entrer et à vivre au cœur de ce même flux de vie.
Musées du Vatican, le Christ vainqueur sort du tombeau
Ce n’est pas une promesse nouvelle, mais bien l’écho d’une promesse antique, qui parcourt tout l’Ancien Testament et toute l’histoire du salut. Elle maintient notre histoire ouverte à l’attente d’un accomplissement ; elle la tient ouverte à l’espérance. Combien de fois cette promesse semblait se perdre dans l’obscurité de l’infidélité du peuple, dans l’oubli, dans l’impossible de l’histoire. Mais à chaque fois, malgré notre infidélité, la promesse résonnait à nouveau.
Cependant, nous voyons aujourd’hui que Marie de Magdala se rend au sépulcre (Jn 20,1-9) pour pleurer sur une promesse non maintenue : Celui qui avait promis la Vie, gît dans un sépulcre depuis trois jours, prisonnier de la mort. Cette fois, toute espérance semble perdue. Mais alors qu’il faisait encore sombre, Marie voit qu’il n’en est pas ainsi. Quelque chose de nouveau est arrivé, l’histoire n’est pas finie, le sépulcre n’est plus fermé.
La promesse de vie, en effet, pouvait s’accomplir seulement si la mort avait été vaincue. Et il n’y avait pas d’autre manière de dépasser l’obstacle de la mort, si ce n’est en la traversant complètement, jusqu’à en sortir victorieux et en ouvrant ainsi un passage pour tous. Jusqu’au moment où cette étape n’avait pas été franchie, la promesse de vie ne pouvait pas être maintenue : la mort se trouvait là pour nous rappeler qu’elle avait le pouvoir d’affirmer son “non”. Et personne ne pouvait la fuir. Mais ce matin, le premier jour de la semaine devient le premier jour d’une ère nouvelle. C’est l’ère dans laquelle il est possible de vivre sans peur de la mort, dans laquelle il est véritablement possible d’avoir confiance dans la promesse de vie et de le faire pour toujours. C’est la Pâques.
Mosaïques de Lourdes, la Résurrection
En ce jour de Pâques on ne lit aucune rencontre du Ressuscité avec les siens. Pourtant on parle déjà d’une foi pascale : Marie court pour prévenir les frères, et le disciple qui arrive en second au sépulcre entre, voit et croit (Jn 20,8).
Qu’est ce qu’il voit ? Il ne voit pas encore le Ressuscité, mais il ne voit déjà plus la mort. La mort n’est plus là, elle n’est plus. Alors vraiment il est possible de croire que le Ressuscité viendra, comme il l’a promis. Le Ressuscité est justement Celui qui maintenant peut venir, toujours et pour toujours, parce qu’il vit d’une vie qui n’est plus limitée par la mort.
L’Evangile d’aujourd’hui nous enseigne que pour entrer dans cette nouveauté de vie, deux attitudes sont nécessaires : Comme les femmes de l’Evangile et comme les disciples, il devient nécessaire, aussi pour nous, de se mettre en route pour entrer dans le sépulcre. C’est-à-dire d’entrer là où la mort a régné et là où l’on voit encore les signes de sa présence. Et puis il est aussi nécessaire d’avoir un regard de foi. C’est-à-dire un regard capable de regarder la vie à la lumière de la promesse. Un regard capable de rappeler la promesse de Vie qui nous attire à Elle.
Voilà, tout ceci se veut être mon vœu pour la Pâques de cette année. Ne pas craindre la mort, ne pas fuir du sépulcre, mais au contraire se mettre en chemin et aller sans peur, chacun dans ses propres sépulcres, dans ces lieux où la mort semble régner. Notre temps est marqué par la mort. Nous la voyons partout autour de nous. La vie semble avoir peu de valeur dans notre entourage. Ici, on meurt facilement. Nous le voyons autour de nous, dans les pays qui nous entourent, mais aussi chez nous. Je ne veux pas répéter une nouvelle fois la litanie de mort, désormais habituelle, qui nous enveloppe comme le linceul enveloppait le corps de Jésus. Les guerres et les conflits politiques, nous les connaissons par cœur. Mais ce à quoi nous assistons est seulement la conséquence et non l’origine de la mort. Avant les conflits et les tensions, l’ombre de mort provient de l’usage cynique du pouvoir qui décide du sort de peuples entiers, qui décide de la guerre, envoie à la mort des milliers de personnes et crée les conflits et les tensions. La mort, c’est de semer la suspicion et la haine. La mort, c’est la frustration qui porte à ne plus avoir d’espérance en une vie vraie, à s’arrêter de rêver. L’ombre de mort c’est aussi croire que notre propre famille ne puisse pas vivre réconciliée ; que notre communauté ne puisse avoir de futur ; que notre vie, finalement, soit marquée pour toujours. Pâques c’est donc entrer là, dans ces sépulcres, dans ces blessures qui sont nôtres et faire l’expérience que ces sépulcres et ces blessures, dans le fond, ne sont pas mortels. C’est se rendre compte que nous étions seulement enfermés dans nos petits cénacles, comme les disciples, dans nos peurs.
Pâques est la capacité de se retourner et de regarder notre histoire à la lumière de la promesse de vie qui, aujourd’hui, s’accomplit. Oui, aujourd’hui à Pâques, nous annonçons une Vie qu’aucune mort de saurait éteindre. Nous annonçons une espérance qui nous habite déjà et qui nous donne la force de courir au dehors de nos sépulcres et d’annoncer la vie qui nous a conquis.
Que le sépulcre vide du Christ ne soit pas l’étape finale de notre chemin, mais le tremplin à partir duquel repartir, chargés d’espérance, de vie et de joie. C’est le témoignage de tant de personnes qui encore aujourd’hui, dans toutes les parties du monde et aussi dans notre communauté ecclésiale, continuent à donner la vie avec passion et sans peur. Elles témoignent ainsi d’appartenir au Ressuscité, aussi lorsqu’elles se trouvent rejetées, ou même tuées.
Demandons alors ce don les uns pour les autres, d’être de vrais annonciateurs d’une Vie qui ne meurt plus.
Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !

+Pierbattista Pizzaballa, administrateur apostolique


La confection d’œufs de Pâques, d'après Ivan Silovich Goryushkin Sorokopudov

mercredi 11 avril 2018

Message pascal du Patriarche orthodoxe de Constantinople, Bartholoméos

Message Patriarcal pour les Saintes Pâques


Frères et enfants bien-aimés dans le Seigneur,

L’expérience de la Résurrection du Christ, de la victoire salvatrice de la vie sur la mort, est le noyau de la foi, du culte divin, de l’ethos et de la culture du peuple de Dieu orthodoxe qui porte le nom du Christ. La vie des fidèles orthodoxes, dans toutes ses manifestations et dimensions, imprégnée et nourrie de la foi en la Résurrection, constitue une Pâque quotidienne. Cette expérience pascale n’est pas que le souvenir de la Résurrection du Seigneur, mais aussi le vécu de notre propre renouveau et la certitude inébranlable de l’accomplissement eschatologique de tout.

Dans la Liturgie eucharistique surtout, intimement liée au « jour parfaitement saint » du dimanche, l’Église orthodoxe fête cette participation existentielle à la Résurrection du Christ et à l’avant-goût empirique des bénédictions du Règne de Dieu. Le caractère pascal et joyeux de la Divine Eucharistie est frappant, celle-ci étant toujours célébrée dans une ambiance de joie et d’allégresse, figurant le renouveau final des êtres, la joie comblée, la plénitude de la vie, le débordement futur d’amour et de discernement.

Le Pape, Patriarche d'Occident, et le Patriarche de Constantinople.
Prions les Saints Pierre et André de réconcilier les frères séparés.
Il s’agit de la contemplation salvatrice du présent à la lumière des fins dernières et de la marche dynamique vers le Règne ; il s’agit du rapport intime et indéfectible liant la présence au caractère eschatologique du salut en Christ de l’humain et du monde qui imprime à la vie ecclésiale un dynamisme unique et qui incite les fidèles au bon témoignage dans le monde. Le croyant orthodoxe a une raison propre et un puissant mobile pour lutter contre le mal social, car il vit intensément le contraste entre les fins dernières et les données historiques chaque fois en vigueur. Du point de vue orthodoxe - conformément à la parole du Seigneur : « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ! » (Mt 25, 40) ; à la charité traduite en acte du bon Samaritain (cf. Lc 10, 30-37) ; conformément aussi à l’écrit patristique : « Considère que le nécessiteux est un proche et va spontanément à son secours » (Isidore de Péluse) - la diaconie caritative, l’aide au frère en situation précaire, vient prolonger et exprimer l’ethos eucharistique de l’Église, révèle que l’amour est la quintessence vécue de la vie en Christ, aussi bien dans le présent que dans le Règne des fins dernières.

Icône de l'Anastasis (Résurrection). Chez les Orientaux,
catholiques ou orthodoxes, le mystère pascal s'exprime
plus par la descente aux enfers, quand la Lumière détruit
les ténèbres pour illuminer les défunts et les tirer
de la mort et du pouvoir du démon, terrassé.
Dans ce contexte, on comprend aussi le fait que la vie liturgique dans l’Église orthodoxe vibre du vécu du « salut commun », du don de la « liberté commune » et du « règne commun », de l’attente aussi de la « résurrection commune ». Ce qui prévaut c’est le « nous », la communauté de vie, le partage et l’être-ensemble, l’identification sanctificatrice de la liberté en Christ à l’amour sacrificiel et glorificateur. Voilà le message bouleversant de la rayonnante icône de la Résurrection, de la Descente du Christ aux enfers. Étant descendu aux tréfonds de la terre et ayant brisé les portes de l’Enfer, le Seigneur de la gloire sort du tombeau victorieux et resplendissant, non pas seul en tenant l’étendard de la victoire, mais relevant avec lui Adam et Ève, les gardant en soi et les affermissant et, en eux, tout le genre humain et toute la création.

L’annonce de la Résurrection, « la solennité des solennités », l’Amour tout-puissant qui a aboli la puissance de la mort retentit aujourd’hui dans un monde où sévissent l’injustice sociale, la dénaturation de la personne humaine, dans un univers qui équivaut à un Golgotha pour des milliers de réfugiés et d’enfants innocents. La Résurrection annonce que devant Dieu, la vie humaine possède une valeur absolue. Elle déclare que les épreuves et les souffrances, la croix et le Golgotha n’ont pas le dernier mot. Ceux qui crucifient ne sauraient triompher de leurs victimes tragiques. Dans l’Église orthodoxe, la Croix est le centre de la piété, mais ce n’est pas la réalité ultime qui définit aussi le point final d’orientation de la vie ecclésiale. Le vrai sens de la Croix, c’est qu’elle est le chemin menant à la Résurrection, à l’accomplissement de notre foi. Sur cette base, nous, orthodoxes, nous exclamons : « Car, par la Croix est venue la joie dans le monde entier ». Il est significatif que, dans l’Orthodoxie, l’office de la Passion n’est pas triste, mais mêlé de croix et de résurrection, puisque la Passion est abordée et vécue à travers la Résurrection, qui est « rédemption de nos peines ». Pour la perception orthodoxe, le lien immuable entre Croix et Résurrection est inconciliable avec la fuite intérieure vers tout mysticisme ou vers un piétisme complaisant, habituellement indifférents aux souffrances et aux épreuves de l’être humain dans l’histoire.

Reine du Ciel, réjouis-toi, car ton Fils
est ressuscité, comme Il l'avait dit !
Alléluia !
La prédication de la Croix et de la Résurrection est aussi confrontée de nos jours à la divinisation de soi présomptueuse de l’homme moderne sécularisé, rationaliste, convaincu de la toute-puissance de la science, égoïste et attaché aux choses terrestres et passagères, de l’être humain sans désir d’éternité. Elle est aussi confrontée au rejet en bloc de la divine Économie incarnée et du « scandale » de la Croix, au nom de la transcendance absolue de Dieu et de l’abîme insondable séparant le ciel et la terre.

En tout cela, vénérables frères et enfants bien-aimés dans le Seigneur, nous les croyants orthodoxes, comblés de l’expérience de la Résurrection rayonnante, éclairés de la lumière sans déclin, remerciant de tout, recherchant ce qui est en haut, possédant dès à présent les arrhes et garanties de l’accomplissement eschatologique de la divine Économie, nous chantons en l’Église « Christ est ressuscité ! », priant le Seigneur supplicié, enseveli et ressuscité d’éclairer l’intelligence, le cœur et toute notre vie ; de guider nos démarches vers toute œuvre de bien et d’affermir Son peuple pour que celui-ci donne témoignage de l’Évangile de l’Amour « jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8) à la gloire de Son nom « au-dessus de tout nom ».

Phanar, 
saintes Pâques 2018.

† Bartholomeos de Constantinople votre fervent intercesseur dans le Christ Ressuscité


Paskha, dessert orthodoxe russe. Blanc comme la couleur des fêtes ; confectionné de crème et de miel, tel la richesse de la Terre promise ; d'amandes, pour la douceur du Royaume ; de forme pyramidale, car le Christ vient nous libérer de nos Egyptes pour nous offrir la vie éternelle et la liberté des enfants du Royaume...


lundi 9 avril 2018

Annonciation du Seigneur à Marie

Mikhail Nestorov, L'attente de Notre Dame

Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « Dieu présent partout », adresse à Notre Dame

Grande Reine, la profession que je fais d’être à vous, autant que l’ordre de Dieu me le permet, ne souffre pas qu’aucun des ouvrages que la divine Providence me fait donner au public y paraisse si ce n’est dans votre dépendance et sous votre protection vraiment maternelle.

Je viens donc offrir celui-ci à votre précieux Cœur, comme tous les autres, Cœur sacré à qui on peut appliquer avec encore plus de justice qu’à celui de l’Épouse du Cantiques qu’il veillait, lors-même que vous preniez le sommeil nécessaire à votre saint Corps, car ses pensées étaient toujours en la présence de Dieu.

L'annonciation à Marie
Vous avez toujours été revêtue du Soleil, tout environnée et éclairée du Saint Esprit. Votre demeure a été dans la lumière, et les ténèbres du péché n’ont jamais approché de vous, ô ma sainte Dame, c’est pour cela que mon cœur se réjouit et ma langue chante de joie de ce que vous avez toujours eu le Seigneur présent devant vous.

Obtenez-moi la grâce du don de cette divine présence. O ma très bonne, très miséricordieuse et très fidèle Mère, obtenez a ceux qui liront ce petit Traité des clartés célestes qui leur découvrent que Dieu remplissant toutes choses, il est plus intime à nous que nous-mêmes, et qu’ensuite nous ayons incessamment et en tous lieux le respect que nous devons à sa grandeur infinie.

Ainsi soit-il, ainsi soit-il, ainsi soit-il !



Icône moderne de l'Annonciation à Marie, Trône de la Sagesse

dimanche 8 avril 2018

2e Dimanche de Pâques, de la divine Miséricorde et de l'incrédulité de Saint Thomas



Prière de Frère Robert de la Chartreuse du Parc

Sire Dieu, tout Puissant,
Je confesse humblement que je ne suis pas digne de lever mes yeux, dont tant de fois je Vous ai courroucé, envers le ciel. 

Mais, Sire, moi, qui ne doute pas de votre Justice et de votre grand'Puissance, j’ai recours à la grand'Miséricorde qui pour les pécheurs Vous fit mourir. 

Et ce pécheur indigne Vous prie de lui faire votre Grâce, et daigner me regarder des Yeux de votre grand'Miséricorde au moins de loin, et visiter et conforter en tout mes besoins. 
Amen.


L'apparition à sainte Marie Madeleine dans le jardin du sépulcre près du Golgotha


Voici un reportage sur la cérémonie du Feu sacré à la Basilique du Saint-Sépulcre et de l'Anastasis de Jérusalem.
Ce miracle se reproduit tous les ans après plusieurs fouilles tant du Sépulcre vide que du Patriarche grec-orthodoxe pour qu'il n'y ait aucun doute de supercherie. Il est à noter qu'aux époques où le Patriarche n'était pas grec-orthodoxe, ce miracle ne s'opérait pas et l'on était obligé de recourir, comme dans toutes les autres Eglises, à la bénédiction d'un feu préparé pour la mère de toutes les Veillées, la Veillée pascale que nous avons célébrée il y a peu.
Rendons gloire à Dieu qui nous donne tant de signes et de joies ! Le Christ est ressuscité, Il est vraiment ressuscité !

vendredi 6 avril 2018

Vendredi de Pâques


Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « L’homme de Dieu »

Les Pères grecs nous expliquent le verset de l’Apôtre que nous venons de citer en cette manière. Pour nous, en qui le visage découvert du Seigneur imprime sa gloire comme dans un miroir, nous sommes transformés en son image, notre gloire venant de la sienne comme de l’esprit du Seigneur ; car ainsi qu’un miroir exposé à la lumière la reçoit parfaitement, de même la gloire de Jésus-Christ se répand et s’imprime comme dans un miroir en l’âme qui est purifiée dans le feu et les flammes de son pur amour.

Ainsi l’âme étant resplendissante de la gloire du Seigneur, de cette réflexion il arrive qu’elle est transformée en son image, qu’elle perde son obscurité et prend la forme de sa splendeur. Sainte Thérèse se vit un jour comme un miroir très clair en qui elle découvrait Notre Seigneur dans une clarté admirable qui venait de sa divinité et la remplissait toute entière, elle ne voyait donc plus en elle que Jésus Christ en qui elle était saintement transformée ; aussi elle disait ordinairement : Je ne sais plus ce que je suis devenue. Notre Seigneur lui fit voir pour lors comme les péchés, et même les plus petits obscurcissaient la clarté admirable que Dieu répand en l’âme ; jamais cette sainte n’en avait commis de griefs et cependant, quand elle pensait dans cette vue à ses légères offenses, elle s’écriait : Je demeure si honteuse que je ne saurais où me mettre.
 
Oh ! qui pourrait faire entendre ceci à ceux qui s’engagent si facilement dans les péchés. Mon Dieu dans quel aveuglement ai-je été ! J’en suis saisie de frayeurs lorsque j’y pense et ne vous en étonnez pas, mais plutôt de ce que je peux vivre, y faisant réflexion.

Or, si les clartés lumineuses et ardentes de la gloire de Dieu manifestée par la foi, accompagnée du don d’entendement et de sagesse du Saint Esprit brûlent si délicieusement les âmes pures et les transforment en l’image de Jésus Christ, jusqu’à quel degré de cette amoureuse transformation pensons-nous que le P. Seurin soit arrivé, lui qui dès sa jeunesse avait connu cette gloire du Seigneur par une lumière spéciale et extraordinaire dans une vue si parfaite qu’il en était tombé dans une sainte défaillance.

Plusieurs fois Dieu lui a donné à connaître ses perfections divines et la splendeur infinie qui accompagnait cette vue lui ravissait l’esprit et le cœur et le consumait saintement dans les pures flammes du divin amour ; il se sentait pressé de dire de temps en temps : Ah ! Ce n’est plus moi qui vis, c’est Jésus Christ qui vit en moi. Il lui semblait que cet adorable Sauveur s’était saisi de son âme et de son corps comme de choses par lesquelles et dans lesquelles il agissait et, de vrai, il y opérait de grandes choses, mais la moindre réflexion qu’il y faisait, la nature pouvant alors y mettre quelque mélange, donnait de l’interruption à cette opération sainte : il suffisait qu’insensiblement il eût la volonté de faire faire quoi que ce soit par son propre mouvement pour donner lieu à l’Esprit de Jésus Christ de se cacher.

O mon Dieu ! Combien grande est la pureté de votre grâce ! Combien votre Esprit est-il pur et saint ! Je ne suis pas surpris si les cieux et les esprits les plus purs ne sont pas nets en votre présence, si nos justices à vos yeux ne sont souvent que des ordures ; mais enfin il est vrai que Jésus, vivant et opérant dans une âme, il faut que ses actions soient bien saintes et divines, puisqu’elles viennent d’un tel principe.

Ah ! si le Chrétien savait ce qu’il fait quand il fait non seulement une action criminelle, mais aussi purement naturelle, il ne pourrait jamais en prendre la résolution. J’ai entendu dire au digne auteur du Chrétien intérieur qu’il lui aurait été plus supportable de voir une désolation générale dans tout ce qui le regardait, que d’agir purement par la nature quand ce ne serait que pour un instant ; car c’est tomber, disait ce grand homme de Dieu, de l’infini dans le fini, c’est se tirer de l’opération d’un Dieu pour se réduire à l’opération de l’homme ; c’est empêcher qu’un Dieu n’agisse pour donner lieu à l’action de la créature !


mercredi 4 avril 2018

Mercredi de Pâques

La bénédiction du feu

Premier Sermon de Saint Augustin sur le cierge pascal

1. Pour glorifier le Seigneur Dieu tout-puissant, créateur des choses visibles et des choses invisibles, j'éprouve le besoin d'être soutenu par vos prières, en sorte que je devrai bien moins à mes mérites, qu'au secours miséricordieux du Seigneur même, d'exposer, comme je l'ai entrepris, la louange et la splendide bonté du Créateur. Soyez donc attentifs, mes frères bien-aimés, afin qu'après avoir secoué de vos cœurs toutes ces pensées charnelles semblables aux ténèbres de la nuit, et allumé dans le secret de vos consciences le flambeau du Christ, vous puissiez recueillir non-seulement de l'oreille, mais aussi du cœur, tout ce qu'il plaira au Seigneur de vous présenter par mon ministère.

2. Le cierge est une lumière pour la nuit, et l'homme juste une lumière pour ce monde ténébreux. « Vous êtes la lumière du monde », a dit le Seigneur à ceux que lui-même justifie.
Car on voit dans le cierge trois substances la cire, la mèche, et la flamme. De même l'homme juste nous offre aussi trois substances: la chair, l'âme, la sagesse. La flamme éclaire, la mèche brûle, la cire se dissout. Les leçons de la sagesse occupent l'âme et triomphent de la résistance de la chair. La flamme brûle, la mèche se consume, la cire se répand goutte à goutte; la sagesse enseigne, l'âme se repent, la chair verse des larmes. La flamme brûle en haut, la mèche se consume à l'intérieur, la cire coule à l'extérieur. C'est d'en haut qu'on prêche la sagesse, invisiblement que l'âme embrasse la pénitence, visiblement que la chair en accomplit les œuvres. Le jour, on vante la beauté d'un cierge; la nuit, on en recherche la clarté.
La préparation du cierge pascal
C'est ainsi qu'il est pour nous l'image de cette colonne qui marchait devant le peuple d'Israël, dans le désert, et l'empêchait de s'égarer. Une colonne de nuée leur apparaissait, en effet, pendant le jour, et une colonne de feu pendant la nuit. Or, le jour est la figure de la sécurité en cette vie, comme la nuit est la figure des tribulations. Tel est le jour dont le Prophète a dit dans ses cantiques : « C'est le jour que le Seigneur a signalé sa miséricorde, et la nuit qu'il l'a chantée ». Ce n'est point en venant dans cette vie charnelle que le Seigneur Jésus-Christ a manifesté sa gloire; mais cette chair lui a servi de voile pour nous apparaître, comme au désert la colonne de nuée. Mais, quand viendra la fin des siècles, qui mettra fin à toutes nos joies visibles, alors, sans aucun voile mortel, le Seigneur lui-même nous apparaîtra dans sa gloire et dans sa splendeur, comme la colonne de feu. C'est le propre d'une colonne de feu de brûler et de briller. Brûler, c'est sa puissance; briller, c'est sa gloire. Brûler, c'est juger; briller, c'est éclairer. Brûler; c'est la peine des impies; briller, c'est le bonheur des justes.

3. Mais il nous faut entrer dans les propriétés de ce cierge, dont la signification est si glorieuse. Notre main le porte, nos yeux le voient, notre cœur le contemple, et notre bouche le célèbre. La cire est l'œuvre de l'abeille, dont l'Ecriture nous parle ainsi : « Va vers la fourmi, ô paresseux », envois, comme elle travaille. Combien son œuvre est sainte, puisque les rois et les sujets s'emparent de ses travaux pour entretenir leur santé. Aux yeux de tous, elle a de la grâce et de la beauté, et toute faible qu'elle soit, elle ne s'élève qu'avec sagesse. Que nous apprenez-vous, ô Christ? Que devons-nous considérer dans l'abeille? C'est un animal petit et pourvu d'ailes, parce que c'est l'humilité qui s'élève. Elle vole au moyen de deux ailes brillantes. Or, quoi de plus éclatant que la charité? Et la charité renferme deux préceptes, d'aimer Dieu et d'aimer le prochain, qui sont comme deux ailes pour nous élever au ciel.
Le cierge pascal : la Lumière brille
dans les ténèbres.
La douceur est l'œuvre de l'abeille, et la vérité est dans la bouche du juste; car le Seigneur nous dit bien haut: « Je suis la voie, la vérité et la vie ». Et le Prophète nous dit à son tour : « Goûtez, et a voyez combien le Seigneur est doux ». Les abeilles aiment leur reine, comme les justes aiment leur Christ. Les abeilles forment des rayons de miel, et les justes des églises. C'est sur les fleurs que celles-ci vont recueillir leur butin, de même que tous les justes s'enrichissent des beautés des saintes Ecritures, qui font connaître et honorer Dieu, et sont pour eux des prairies émaillées. Les abeilles engendrent sans souillure, de même que les justes engendrent les chrétiens par la chaste prédication de l'Evangile.
C'est à ses fils, en effet, que s'adressait Paul, quand il disait : « Eussiez-vous dix mille maîtres en Jésus-Christ, que vous n'avez pas néanmoins plusieurs pères; car c'est moi qui vous ai engendres en Jésus-Christ par l'Evangile ». On distingue, dans le rayon, la cire, le miel, et le couvin. De même, dans l'Eglise, nous avons l'Ecriture, l'intelligence et l'audition. Et comme la cire renferme le miel, ainsi l'Ecriture garde l'intelligence, et de même encore que le couvin a son nid dans la cire, ainsi l'auditeur met son affection dans l'Ecriture; de même encore que les cellules de rayons contiennent déjà du couvin, sans contenir encore du miel, de même les mystères des Ecritures, avant d'arriver à l'intelligence, exigent d'abord la foi des enfants. Comme la jeune abeille, après avoir pris son essor, remplit de miel ces alvéoles de cire où elle fut nourrie, ainsi les jeunes fidèles, après avoir grandi par la foi et commencé à se diriger par les ailes de la charité, rendent plus solides ces remparts des saintes Ecritures, dont le respect les a sauvegardés, et qu'à leur tour ils environnent d'un respect plus saint.
Autel du tombeau de l'Anastasis
prêt pour la Messe. Jérusalem
Qu'on presse des rayons, il en découle du miel que l'on recueille en des vases; ainsi la passion du Seigneur a pressuré les livres de la loi et des Prophètes, et il en a découlé cette connaissance qu'ont recueillie des cœurs spirituels. De même encore, quand on a exprimé le miel, la cire, qui n'a plus de douceur, est plus apte à recevoir l'impression des signes; de même les gouverneurs du peuple juif n'ont retenu de la loi et des Prophètes que le sabbat, la circoncision, les néoménies, les azymes , et autres cérémonies semblables, simples vestiges des figures antiques, mais sans aucune douceur de la loi, comme une cire sans miel. ~