Du vénérable
abbé Henri Marie Boudon, « Dieu partout présent », chap.1
Il y a eu encore de certains chrétiens qui, étant
peu instruits des vérités de notre sainte religion, n’ont pas bien entendu
celle de la présence de Dieu en toutes choses car ils ont pensé que cet être
suradorable n’était ici-bas, en cette terre, que comme le soleil y est par ses
rayons et par ses influences, ou comme un grand monarque qui est partout dans
son royaume par son autorité, par son pouvoir, par ses ministres qu’il envoie,
et par ses ordres qu’il y donne.
Chose étonnante, un ecclésiastique, un confesseur
même, fut dans cette erreur selon le témoignage de sainte Thérèse qui le
consulta pour s’éclaircir sur ce sujet. Erreur qui se trouve encore
présentement dans plusieurs par le défaut d’explication des vérités qu’on leur
enseigne. On les a instruits dès leur
jeunesse que Dieu est présent partout par son essence, par sa présence, par sa
puissance, mais comme on leur apprend seulement ces choses de mémoire, ce sont
pour eux des mots qu’ils répètent sans les entendre.
Abus qui règne de tous côtés et qui est cause qu’un
grand nombre de personnes, particulièrement dans les campagnes qui vivent dans
une ignorance grossière ; cependant, parce qu’ils savent répéter de
mémoire la doctrine chrétienne, on les croit fort instruits, quoique souvent
ils ignorent les fondements de la religion, ce que nous avons connu par notre
propre expérience dans nos visites ; c’est à quoi il serait fort à désirer
que l’on apportât le remède.
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| Sainte Claire portant le TS Sacrement |
Il y a présentement assez de catéchismes, on
apprend assez mot à mot ce qu’ils contiennent, mais ceux qui sont seulement
enseignés de la sorte, à peine ont-ils une juste idée de Dieu. C’est ce qui
nous a pressé de donner au public un traité sur ce sujet intitulé La Science sacrée du Catéchisme, dans
lequel nous avons montré la manière dont les pasteurs doivent instruire.
Mais après avoir rapporté ces erreurs à l’égard de
la présence de Dieu, écoutons le Saint
Esprit qui nous déclare par le prophète Jérémie que Dieu remplit le ciel et la
terre, et il est vrai qu’il n’y a aucune créature, quelque petite qu’elle soit,
dans laquelle il ne se trouve. Il le faut bien dire puisqu’il est infiniment
grand et que son immensité est essentiellement sans fin et sans terme. L être
de Dieu est donc intimement présent dans tous les êtres.
On pourrait ici demander ce que l’on entend par
cette intime présence. Pour y
répondre, il faut savoir que la substance d’une chose est présente à l’autre
quand il n’y a rien entre elles qui les sépare. Or c’est de cette manière que
l’être de Dieu est présent dans tous les êtres. Il nous renferme en lui-même, il nous environne, il nous remplit, il
nous est plus intime que nous-mêmes. Nous sommes en lui, nous vivons en lui, nous
faisons toutes nos actions en lui. Ainsi le grand Apôtre enseigne qu’il
n’est pas loin de chacun de nous car, c’est en lui que nous vivons, que nous nous
mouvons et que nous sommes.
Ce n’est donc pas seulement une pensée pieuse ou
la doctrine de quelques Pères, mais c’est une vérité de foi. Oh ! quelle
est peu connue et qu’il y a peu de personnes qui en soient bien pénétrées. Qu’on
aurait grand sujet de crier à un grand nombre de chrétiens ce que saint Jean-Baptiste
reprochait aux Juifs en leur parlant de leur aveuglement à l’égard du Messie,
notre bon Sauveur Jésus-Christ. Vous avez, au milieu de vous, celui que vous ne
connaissez point, ou au moins que vous ne voyez point.
O mon Seigneur et mon Dieu, je vous le demande en
toute humilité avec le pauvre aveugle dont il est parlé dans votre Evangile. Faites
que je vous voie. Que je vous dise avec le Psalmiste : « Où irai-je pour me cacher de votre esprit,
et où fuirai-je de devant votre face ? Si je monte dans le ciel, je vous y
trouve ; si je descends jusqu’aux enfers, vous vous y trouvez présent. »
Comme les oiseaux qui volent changent de lieu mais
volent toujours dans l’air et trouvent partout l’air, comme les poissons qui
nagent dans les mers trouvent des eaux partout et en sont environnés de toutes
parts ; de même changeons de lieu
tant qu’il nous plaira, allons partout où nous voudrons, partout nous
trouverons Dieu et Dieu, dit saint Augustin, sera plus dans nous que nous-mêmes.