Message de S. Jean-Paul II pour la 1ère journée de prière pour la vie consacrée
Très chers frères et sœurs, l'institution de cette journée en la fête de la Présentation du Seigneur au temple apportera, j'en suis certain, un appui à la mission de l'Eglise.
D'abord à la mission "ad gentes", afin que ceux qui n'ont pas encore connu le Christ puissent approcher son mystère d'Envoyé du Père. Ce mystère est révélé par l'existence de personnes qui par le don total d'elles-mêmes témoignent que le Christ est le Fils Unique, le Modèle insurpassable.
Je suis sûr aussi d'aider la nouvelle évangélisation. Elle est rendue possible et efficace grâce à des personnes qui, d'abord auto-évangélisées, peuvent présenter l'évangile dans sa plénitude et montrer le visage maternel de l'Eglise, servante des hommes et des femmes de notre temps.
Je suis également assuré d'apporter un soutien concret à la pastorale des Eglises particulières. Elles peuvent parfois être tentées comme Marthe, de considérer la mission surtout dans les nombreuses choses à faire et qui doivent être faites, bien sûr. Mais cette journée rappelle à tous que c'est en choisissant la part de Marie, qu'on peut porter des fruits abondants dans la vigne du Seigneur.
Que la Vierge Marie qui eut le très grand privilège de présenter au Père, Jésus Christ, son Fils Unique, comme une offrande pure et sainte, nous garde dans l'action de grâce envers le Seigneur pour le don de la vie consacrée et pour les merveilles qu'elle a accomplies pour le bien de toute l'humanité.
Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « Le
triomphe de la Croix », chap. 3
C’est cet amour si
déréglé, et qui dans la vérité est une grande haine, qui porte à des extrémités
que l’on aurait de la peine à croire. Car qui pourrait s’imaginer que ce fantôme
d’amour allait jusqu’à procurer un malheur éternel comme nous le lisons de
saint Thomas d’Aquin à qui l’on envoya une courtisane pour le corrompre afin de
l’empêcher d’être religieux. Mais, ô mon Sauveur, qu’il est vrai que le monde
ne connait point ; qu’il est vrai que vous n’êtes point du monde !
Je
ne peux m'étonner assez de la folie de certains hommes, de l'impiété de leur
compréhension aveugle, de la convoitise de l'erreur, telle que, ne se
contentant pas de la règle de foi donnée une fois pour toutes, et reçue depuis
les temps anciens, ils cherchent chaque jour une nouveauté après l'autre, et
désirent constamment ajouter, changer, enlever, en religion, comme si la
doctrine, "Que ce qui a été révélé une fois pour toutes" ne suffise plus
et soit une règle terrestre et non une règle divine.
A quoi conduit le faux oecuménisme : la négation de l'Ecriture Sainte, de la Tradition apostolique, des Pères de l'Eglise et des saints.
Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « L’homme
de Dieu », partie III
Le grand remède
aux tentations contre la foi, disait saint François de Sales, est de s’enfuir
par la porte de la volonté et nullement par celle de l’entendement. C’est une
grande tromperie que de vouloir raisonner sous prétexte de trouver quelque
appui. Si l’on en demeure là, il sera facile au démon de vaincre ; mais la
pure soumission d’esprit sans réflexions et sans raisonnements rendra l’âme victorieuse
des diables et de toutes leurs tentations.
Saint Pie X, à Mgr Touchet, évêque
d'Orléans, lors de la lecture du décret de béatification de Jeanne d'Arc, 13
décembre 1908
Vous direz aux français qu'ils fassent trésor des
testaments de saint Remy, de Charlemagne et de saint Louis, ces testaments qui se résument dans les mots si
souvent répétés par l'héroïne d'Orléans : « Vive le Christ qui est Roi des Francs ! »
A ce titre seulement,
la France est grande parmi les nations ; à cette clause, Dieu la protégera et la fera libre et glorieuse ;
à cette condition, on pourra lui appliquer ce qui, dans les Livres Saints, est
dit d'Israël : que personne ne s'est rencontré qui insultât ce peuple,
sinon quand il s'est éloigné de Dieu.
Ce n'est pas un rêve, mais une réalité ; je n'ai pas
seulement l'espérance, j'ai la certitude du plein triomphe.
Vendredi 14 du
mois (de janvier), fête du saint Nom
de Jésus, est le jour de ma naissance & de ma renaissance par le saint
Baptême car la divine Providence qui m’a fait différer les cérémonies sacrées jusqu’au
16 ou 26 de Mai (je ne saurais distinguer dans mon Baptistère lequel des deux
chiffres cette divine Providence, dis-je) a voulu que je ne fusse pas un jour
sans être à Jésus-Christ.
Ainsi, du côté de
la divine Providence, toujours un accablement pour ainsi dire de grâces &,
de mon côté, des infidélités & des ingratitudes inouïes sans que cependant
elle se soit jamais lassée de me les continuer & augmenter, ce qui est
étonnant & ce qui me doit confondre infiniment. En vérité, je mériterais
que toutes les créatures s’élevassent contre moi, pour venger mes ingratitudes
& mes rebellions envers notre commun Créateur ~ J’entre donc vendredi dans
la 78e année de mon âge & de ma vie misérable. Oh
Monsieur ! que ce ne soit plus pour vivre, mais pour continuer la vie de
Jésus-Christ ~ Vivat, vivat, vivat !
Jésus
est venu vers Jean et a été baptisé par lui dans le Jourdain. Quels événements
incroyables : le fleuve sans limites qui réjouit la
Cité de Dieu, comment est-il lavé dans un peu d'eau ? La source incompréhensible qui fait jaillir la vie pour tous les hommes
et qui n'a pas de fin a été recouverte par des eaux misérables et passagères
! Celui qui est présent partout, qui n'est absent de nulle part, celui qui est
incompréhensible aux anges et invisible aux hommes, vient au baptême parce
qu'il l'a bien voulu. ~
Et
voilà que les cieux s'ouvrirent et qu'une voix se fit entendre : Celui-ci est
mon Fils bien-aimé, en lui j'ai mis tout mon amour. Le
bien-aimé engendre l'amour et la Lumière immatérielle engendre la
lumière inaccessible. ~
Cet homme est celui qu'on appelle le fils
de Joseph, et il est « mon fils unique » selon l'essence divine : Celui-ci
est mon Fils bien-aimé.
Il a faim, et il nourrit des milliers hommes ; il peine, et il donne le repos à
ceux qui peinent ; il n'a pas où reposer la tête, et il porte tout dans sa main
; il souffre, et il remédie aux souffrances ; il est souffleté, et il donne la
liberté au monde ; son côté est transpercé, et il restaure le côté d'Adam.
Mais,
je vous en prie, écoutez-moi attentivement : je veux remonter à la source de la
vie et contempler la source d'où surgissent les guérisons. Le Père de
l'immortalité a envoyé dans le monde son Fils immortel, son Verbe. Celui-ci est viens vers l'homme pour le
laver dans l'eau et l'Esprit. Il le fait renaître pour rendre incorruptibles
son âme et son corps ; il a éveillé en nous son souffle de vie, il nous a
couvert d'une armure incorruptible. Si donc l'homme est devenu immortel, il
deviendra Dieu aussi. Et s'il devient par l'eau et l'Esprit Saint après avoir
reçu la nouvelle naissance par le baptême, il sera aussi cohéritier du Christ dans
la résurrection des morts.
Proclame
donc : « Venez, toutes les tribus des nations vers le bain de l'immortalité ! »
~ Cette eau, unie à l'Esprit, qui arrose
le Paradis, qui féconde la terre, qui fait pousser les plantes et engendre les
vivants. Pour tout dire en un mot, elle engendre l'homme à la vie en le
faisant renaître, elle en qui le Christ a été baptisé, elle sur qui l'Esprit
est descendu sous la forme d'une colombe. ~
Celui qui se plonge avec foi dans ce bain
de la nouvelle naissance se sépare du démon et s'unit au Christ. Il renonce à
l'ennemi et confesse que le Christ est Dieu. Il rejette l'esclavage et revêt la
condition de fils adoptif.
Il sort du bain, brillant comme le soleil, rayonnant de justice. Mais surtout
il en remonte fils de Dieu et cohéritier du Christ.
À
celui-ci, gloire et puissance, en même temps qu'à l'Esprit très saint, bon et vivifiant, maintenant et toujours, et
pour les siècles des siècles. Amen.
Prière de la famille
chrétienne, du vénérable Pape Pie XII
O
Sainte Famille, Trinité de la terre, ô
Jésus, Marie et Joseph, sublimes modèles et tuteurs des familles
chrétiennes, nous recourons à vous, non seulement pour nous fortifier dans la
suave contemplation de vos aimables exemples, mais aussi pour implorer votre protection et vous promettre une constante
fidélité dans la voie que vous nous montrez.
Votre paix, votre inaltérable sérénité
réconfortent nos esprits tourmentés
parmi les angoisses d'une vie toujours plus compliquée et difficile, en nous
montrant avec éloquence que c'est seulement dans les foyers ornés et enrichis des vertus domestiques que vous nous
enseignez, que nos cœurs pourront trouver le repos et la félicité auxquels nous
aspirons tant.
Mais
comment cette tendre plante qu'est la famille pourra-t-elle se défendre de l'ardeur des passions sans frein, des
mouvements insidieux de révolte qui, pour ainsi dire, se glissent en tout
lieu, de l'ouragan de la vie moderne,
qui, dirait-on, veut tout bouleverser? Comment, sinon en faisant nous-mêmes
pénétrer profondément ses racines dans la terre généreuse de la piété chrétienne;
en implorant pour elle la rosée
abondante de la grâce divine, spécialement par la participation commune aux
sacrements; en l'animant d'un véritable esprit de foi, qui nous amène à
dominer la conception matérialiste de la vie; en unissant tous ses rameaux par
l'étroit lien d'un amour qui, s'il n'était encore surnaturel, passerait comme
tout ici-bas; en la consolidant dans son être même, par la ferme résolution
d'accomplir chacun nos devoirs en tout ce que nous impose le bon ordre de la
famille, en la soutenant dans les difficultés de cet exil terrestre, où parfois
manque jusqu'à une honnête demeure, ou bien font défaut les moyens suffisants
de subsistance. Dans le désordre des idées qui souvent trouble les esprits, nous proclamons hautement la sainteté,
l'unité et la mission divine de la famille chrétienne, cellule de la société et
de l'Eglise; et, chacun à sa place, - parents et enfants, - avec modestie
mais avec fermeté, nous nous engageons à
faire tout ce qui est en notre pouvoir, afin qu'un idéal aussi saint soit dans
le monde une réalité.
Aidez-nous,
ô JOSEPH, miroir de la plus admirable
paternité dans le soin assidu dont vous avez su entourer le Sauveur et la
Vierge, vous conformant fidèlement aux inspirations divines; venez à notre
secours, ô MARIE, la plus aimante, la
plus fidèle et la plus pure de toutes les épouses et de toutes les mères;
assistez-nous, ô JESUS, qui pour
nous être en tout un éclatant modèle, vous êtes fait le plus soumis des fils.
Soyez toujours tous trois auprès de nous, dans les heures de joie et dans les
heures de tristesse, dans notre travail et dans notre repos, dans nos
inquiétudes et dans nos espoirs, auprès de ceux qui naissent et de ceux qui
meurent.
Et
obtenez-nous que tous les foyers, saints à l'exemple du vôtre, soient pour tous
leurs membres des écoles de vertu, des
asiles de sainteté; un chemin assuré vers cette éternelle béatitude que,
par votre intercession, nous espérons avec confiance. Amen.
Du vénérable abbé Henri Marie Boudon
« L’amour de Jésus-Christ au Très Saint Sacrement de l’autel »
Nous regardons
quelquefois avec des yeux d’envie et nous
parlons du bonheur des Mages qui vinrent adorer le divin Sauveur de nos âmes
dans une crèche, mais nous ne réfléchissons pas sur les travaux les peines et
les fatigues que durent leur couter un voyage de si longue haleine et entrepris
au milieu de la saison la plus rigoureuse.
Nous n’avons pas,
comme eux un trône ou des royaumes à quitter, ni de si longs voyages à
entreprendre, pour rendre nos respects à
nôtre adorable Maître dans le très saint Sacrement de l’Autel. Mais sommes-nous
sensibles à cette différence et profitons-nous
comme les Mages d’un honneur qui ne nous coûterait pas tant qu’à eux ?
Saint Bède le Vénérable, Homélies pour la Vigile de
Noël, 5
«Tu lui donneras le nom de Jésus
(c'est-à-dire : ‘le Seigneur sauve’)»
«Voici,
dit le prophète Isaïe, la Vierge portera et enfantera un fils, et on
l'appellera Emmanuel, nom qui se traduit : Dieu avec nous»
(7,14).
Le nom de
Sauveur «Dieu-avec-nous», donné par le prophète, signifie les deux natures de son unique personne.
En effet, celui qui est Dieu, né du Père
avant tous les siècles, c'est lui-même qui est Emmanuel à la fin des temps, c'est-à-dire
Dieu avec nous. Il l'est devenu dans le sein de sa mère, parce qu'il a daigné
accepter la fragilité de notre nature dans l'unité de sa personne, quand
«le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous» (Jn
1,14). C'est-à-dire qu'il a commencé d'une manière admirable à être ce que nous
sommes, sans cesser d'être ce qu'il
était, en assumant notre nature, de façon à ne pas perdre ce qu'il était en
lui-même. (...)
«Marie mit donc au monde son fils premier-né
(...) et elle lui donna le nom de Jésus» (Lc 2,7.21). Donc, le
nom de Jésus est celui du fils né de la Vierge, et signifie selon l'explication
de l'ange qu'il sauvera son peuple de ses péchés. (...) C'est évidemment lui aussi qui sauvera de la destruction de l'âme et du
corps, les suites du péchés.
Quant au nom de
Christ, c'est le titre d'une dignité sacerdotale et royale. Car les prêtres et
les rois, sous la Loi ancienne, étaient appelés christs à cause de la
chrismation. Cette onction d'huile sainte préfigurait celui qui, en venant dans
le monde comme vrai roi et prêtre,
«a été consacré d'une onction de joie, comme aucun de ses semblables»
(Ps 44,8). À cause de cette onction ou chrismation, le Christ en personne et
ceux qui participent à la même onction, c'est-à-dire à la grâce spirituelle, sont
appelés ‘chrétiens’. Du fait qu'il est
Sauveur, le Christ peut nous sauver de nos péchés ; du fait qu'il est
prêtre, il peut nous réconcilier avec Dieu le Père ; du fait qu'il est
roi, qu'il daigne nous donner le Royaume éternel de son Père.
En ce 1er janvier, l'Eglise offre la grâce de l'indulgence plénière à tous ceux qui consacreront cette nouvelle année au Saint Esprit.
Chantons le "Veni Creator".
Malgré l'incertitude des temps, Dieu veille sur chacun d'entre nous.
Saint Nectaire d’Egine
La paix est un don
divin, richement distribué à tous ceux qui sont réconciliés avec Dieu. La paix ressemble à la lumière, à l'opposé
du péché qui est ténèbres : un pécheur ne peut jamais être artisan de paix.
Luttez contre le péché et ne soyez pas troublés par le
réveil de vos propres passions. Si tu sors vainqueur, cet éveil de passions se
transformera en joie et paix. Si tu succombes (et fasse qu'il n'en soit pas ainsi),
ce sont la tristesse et le trouble qui prennent le dessus. Et si encore, après
avoir mené un rude combat, il advient
que le péché l'emporte momentanément sur toi, toi au contraire persiste dans ta
lutte et au bout du compte tu en sortiras et vainqueur et pacifié. "Cherchez à être en paix avec tout le monde ;
cherchez la sanctification, sans laquelle personne ne verra le Seigneur"
(Hébreux 12, 14).
La paix et la sanctification sont deux conditions
nécessaires pour celui qui recherche avec zèle le visage de Dieu. La paix est
le fondement sur lequel se construit la sanctification. Point de sainteté dans
un cœur troublé et coléreux. La colère, lorsqu'elle perdure dans notre âme,
devient cause de haine et d'inimitié. Voilà
pourquoi il convient de vite se réconcilier avec son prochain. Pour ne pas être
privé de la grâce divine qui sanctifie nos cœurs ! Celui qui est en paix avec
lui-même, celui-là pacifie aussi les autres et il demeure dans la paix de Dieu.
Bien que l'année fut encore bien difficile, ce dernier jour de l'année est consacré à l'action de grâce, chantons le "Te Deum" et supplions la miséricorde divine de nous venir en aide.
Recevons la grâce de l'indulgence pour nous-même ou nos frères défunts.
Du Cardinal Joseph Ratzinger
Saint
François voulut qu’un bœuf et un âne soient présents dans la grotte de Greccio
(village de 1 600 habitants, où en 1223, saint François d’Assise a imaginé la
première crèche vivante de la nativité) dans la nuit de Noël.
Saint François avait dit à Jean, le noble : “Je voudrais réveiller en pleine
réalité le souvenir de l’enfant tel qu’il est né à Bethléem, et toutes les
difficultés qu’il eut à endurer dans son enfance. Je souhaite voir de mes yeux
corporels ce que c’est que de coucher dans une mangeoire et de dormir sur le
foin, entre un bœuf et un âne”.
Depuis lors, le bœuf et l'âne ont eu leur place dans toutes les crèches.
Mais d’où proviennent-ils réellement ? Il est bien connu que les récits de Noël
du Nouveau Testament ne les mentionnent pas. Lorsque nous étudions cette
question, nous découvrons un facteur important dans toutes les coutumes de Noël
et, en fait, dans toute la piété de Noël et de Pâques de l’Eglise, à la fois
dans la liturgie et dans les coutumes populaires.
Le bœuf et l’âne ne sont pas simplement des produits de l’imagination pieuse :
la foi de l’Eglise dans l’unité de l’Ancien et du Nouveau Testament leur a
donné leur rôle comme un accompagnement de l’événement de Noël. Nous lisons
dans Isaïe : “Le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne la maison de son
maître, mais Israël ne la connaît pas, mon peuple ne comprend pas” (1,
3). Les Pères de l’Eglise ont vu dans ces paroles une prophétie qui anticipait le
nouveau peuple de Dieu, l’Eglise composée de Juifs et de païens. Devant Dieu,
tous les hommes, Juifs et Gentils, étaient, comme le bœuf et l’âne, sans raison
ni connaissance. Mais l’enfant de la crèche a ouvert leurs yeux afin qu’ils
reconnaissent maintenant la voix de leur Maître, la voix de leur
Seigneur.
Il est frappant de constater, dans les images médiévales de Noël, combien les
artistes donnent aux deux animaux des visages presque humains et comment ils se
tiennent devant le mystère de l’enfant et se prosternent dans la conscience et
la révérence. Mais après tout, ce n’était que logique, puisque les deux animaux
ont été considérés comme le symbole prophétique du mystère de l’Eglise : de
notre propre mystère, puisque nous ne sommes que des bœufs et des ânes
vis-à-vis du Dieu éternel, des bœufs et des ânes dont les yeux sont ouverts le
soir de Noël, afin qu’ils puissent reconnaître leur Seigneur dans la
crèche.
Qui l’a reconnu, et qui n’est pas parvenu à le reconnaître ?
L’avons-nous vraiment reconnu ? Lorsque nous plaçons le bœuf et l’âne à côté de
la crèche, nous devons nous rappeler tout le passage d’Isaïe, qui n’est pas
seulement une bonne nouvelle - dans le sens de la promesse d’une connaissance à
venir - mais aussi un jugement prononcé sur la cécité contemporaine. Le bœuf et
l’âne savent, “mais Israël ne sait pas, mon peuple ne comprend pas”.
Qui sont le bœuf et l’âne d’aujourd'hui, et qui est “mon peuple” qui ne
comprend pas ? Comment pouvons-nous reconnaître le bœuf et l’âne ? Comment
pouvons-nous reconnaître “mon peuple” ? Et pourquoi l’absence de raison reconnaît-elle,
alors que la raison est aveugle ?
Afin de découvrir la réponse, il nous faut revenir avec les Pères de l’Eglise
au premier Noël. Qui l’a reconnu ? Et qui n’a pas su le reconnaître ? Et
pourquoi en a-t-il été ainsi ?
Celui qui a échoué à le reconnaître, c’est Hérode, qui n’a pas compris quand on
lui a parlé de l'enfant : au contraire, il a été aveuglé d’autant plus
profondément par sa soif de pouvoir et la paranoïa qui l’accompagne (Mt 2,
3).
Ceux qui ont échoué à le reconnaître, c’est “tout Jérusalem avec lui”
(ibid.)
Ceux qui ont échoué à le reconnaître, ce sont les gens “vêtus de vêtements
moelleux”, ceux qui ont une position sociale élevée (Mt 11, 8).
Ceux qui ont échoué à le reconnaître, ce sont les maîtres savants, ceux qui
étaient experts de la Bible, les spécialistes de l’interprétation biblique qui,
certes, connaissaient le passage correct de l’Ecriture, mais n’ont pas réussi à
en comprendre quelque chose (Mt 2, 6).
Ceux qui l’ont reconnu, ce sont “le bœuf et l’âne” (en comparaison à ces hommes
de prestige) : les bergers, les Rois Mages, Marie et Joseph. Mais les choses auraient-elles pu être autrement ? Ceux qui ont une haute
position sociale ne sont pas dans l’écurie où se trouve l'enfant Jésus : c’est
là que le bœuf et l'âne ont leur demeure.
Et nous ? Sommes-nous si loin de l’étable, parce que nos vêtements sont bien
trop moelleux et que nous sommes bien trop intelligents ? Sommes-nous si
empêtrés dans l’exégèse savante des Ecritures, dans les démonstrations de
l’inauthenticité ou de l’exactitude historique de passages individuels, que
nous devenons aveugles à l’enfant lui-même et ne percevons rien de lui ?
Sommes-nous tellement “à Jérusalem”, dans le palais, enfermés en nous-mêmes et
dans notre arrogance et notre paranoïa, que nous ne pouvons entendre dans la
nuit la voix des anges et puis nous mettre en route pour aller adorer l’enfant
?
En cette nuit, donc, le visage du bœuf et de l’âne nous regardent avec une
question : mon peuple ne comprend pas, mais entendez-vous la voix de votre
Seigneur ?
Quand nous plaçons les figurines familières dans la crèche, nous devrions
demander à Dieu de donner à nos cœurs la simplicité qui découvre le Seigneur
dans l’enfant, tout comme Saint François autrefois à Greccio. Car alors, nous
aussi, nous pourrions faire l’expérience de ce que Celano - le premier
biographe de Saint François - rapporte au sujet de ceux qui ont pris part à la
Messe de minuit à Greccio. Et ses paroles font écho aux paroles de Saint Luc au
sujet des bergers dans la première nuit de Noël : tous sont rentrés chez eux
remplis de joie.
Du
saint Pape Jean Paul II, « Evangelium
vitæ », n.4
Malheureusement, ce panorama inquiétant,
loin de se rétrécir, va plutôt en s'élargissant: avec les nouvelles
perspectives ouvertes par le progrès
scientifique et technique, on voit naître de nouvelles formes d'attentats à la dignité de l'être humain.
En même temps, se dessine et se met en
place une nouvelle situation culturelle qui donne aux crimes contre la
vie un aspect inédit et — si cela se peut — encore plus injuste, ce
qui suscite d'autres graves préoccupations: de larges couches de l'opinion publique justifient
certains crimes contre la vie au nom des droits de la liberté individuelle, et,
à partir de ce présupposé, elles prétendent avoir non seulement l'impunité,
mais même l'autorisation de la part de l'Etat, afin de les pratiquer dans une
liberté absolue et, plus encore, avec l'intervention gratuite des services de
santé.
Tout cela provoque un profond changement
dans la façon de considérer la vie et
les relations entre les hommes. Le fait que les législations de nombreux
pays, s'éloignant le cas échéant des principes mêmes qui fondent leurs
Constitutions, aient accepté de ne pas punir ou, plus encore, de reconnaître la légitimité totale de ces pratiques
contre la vie est tout à la fois un symptôme préoccupant et une cause non
négligeable d'un grave effondrement moral: des choix considérés jadis par tous
comme criminels et refusés par le sens moral commun deviennent peu à peu
socialement respectables.
La
médecine elle-même, qui a pour vocation de défendre et de soigner la vie
humaine, se prête toujours plus largement dans certains secteurs à la
réalisation de ces actes contre la personne; ce faisant, elle défigure son visage, se met en
contradiction avec elle-même et blesse
la dignité de ceux qui l'exercent.
Dans un tel contexte culturel et légal,
même les graves problèmes démographiques, sociaux ou familiaux, qui pèsent sur
de nombreux peuples du monde et qui exigent une attention responsable et active
des communautés nationales et internationales, risquent d'être résolus de
manière fausse et illusoire, en
contradiction avec la vérité et avec le bien des personnes et des nations.
Le
résultat auquel on parvient est dramatique: s'il est particulièrement grave et inquiétant de voir le phénomène de l'élimination de tant de vies humaines naissantes ou sur le chemin de
leur déclin, il n'est pas moins grave et inquiétant que la conscience elle-même, comme obscurcie
par d'aussi profonds conditionnements, ait toujours plus de difficulté à
percevoir la distinction entre le bien et le mal sur les points qui
concernent la valeur fondamentale de la vie humaine.
Le massacre des saints Innocents, d'hier et d'aujourd'hui
Homélie sur la Nativité du Christ de
S. Jean de Cronstadt
« C'est sans
contredit un grand mystère que celui de la piété : Dieu a été manifesté
dans la chair »(1 Tim 3,16)
C'est en ce jour que, dans
l'entièreté du monde habité, la sainte Église Orthodoxe ramène à notre souvenir
et célèbre ce suprêmement majestueux et
sublime mystère : l'Incarnation de Dieu le Verbe par une vierge très pure,
après une effusion du Saint Esprit de Dieu qui l'avait recouverte de Son ombre.
Ineffable, inexprimable et terrible est ce mystère, à la fois pour les esprits célestes
tout exaltés et contemplatifs de ceux qui demeurent dans les cieux: les rangs
des Anges; et pour les esprits des hommes, illuminés par le Saint Esprit.
Imaginez un peu : le Dieu sans
origine, de Qui tout a reçu le commencement de son existence : les Anges, l'humanité, et l'univers tout
entier, tant visible qu'invisible, voilà ce Dieu Qui vient recevoir un
commencement en Son humanité. Celui-là que les cieux ne sauraient contenir,
Le voilà contenu dans un sein virginal. Dieu devient un Enfant et est porté
dans les bras d'une mère. Lui Qui nourrit tout souffle, est à présent nourrit
par Sa création.
La science de l'astronomie a
découvert et affirme que dans l'ordre de la création, notre terre n'est rien
d'autre qu'un minuscule point; que des millions de planètes tournant tout
autour remplissent l'immensité de l'espace. Et pourtant! C'est ce petit point à peine visible dans l'univers, ce minuscule globe
créé par Dieu, habité par des hommes, notre terre, qui a été trouvée digne de
l'ineffable honneur de porter sur elle Dieu-dans-la-chair.
Il est le Dieu-Homme Qui a daigné demeurer parmi les hommes, pour apprendre à
l'humanité en déroute la connaissance de Dieu, pour accomplir d'innombrables
miracles de bienfaits, pour prêcher la repentance et le pardon complet des
péchés; pour souffrir et pour mourir comme un saint Sacrifice pour les péchés
du monde, pour être ressuscité d'entre les morts par la puissance de la
Divinité, ayant vaincu la mort, qui est le sort naturel de tous les hommes, et
pour offrir ce don de la résurrection à toute l'humanité.
Aucun des mondes visibles, si ce
n'est la planète terre, n'a été trouvé digne de ce plus grand d'entre tous les
honneurs: car ce n'est que sur cette planète-ci que Jésus-Christ, le Fils
unique engendré du Père céleste, eu une Vierge-mère, et Lui seul fut son Fils
selon la voie humaine. Pourquoi donc la terre a-t-elle reçu une telle
préférence? Pourquoi donc n'est-ce que sur la planète Terre que Dieu est apparu
dans la chair? C'est un grand et divin mystère,
un mystère d'incommensurable amour et bonté de la miséricorde de Dieu envers
l'humanité périssante.
Voilà, Dieu est apparu dans la chair
: réjouis-toi, sois dans l'allégresse, ô
Terre; réjouissez-vous et célébrez, vous tous qui y êtes nés! Le Créateur
Lui-même est venu à vous, afin de vous recréer; afin de vous restaurer, vous
qui étiez corrompu par les transgressions. C'est à vous qu'Il est venu : le
tout puissant Médecin en Personne, omnipotent pour guérir toutes les
afflictions invétérées du péché, afin qu'Il puisse guérir toutes les passions
de l'âme et toutes les infirmités du corps, toutes choses qu'Il a vraiment
accomplies ici, comme nous le savons par l'Évangile et l'histoire de l'Église.
Aussi, acclamez-Le avec joie, d'un cœur et
d'un esprit pur, avec des corps chastes et domptés par le jeûne et l'abstinence,
deux choses que la sainte Église a instaurées avec prévenance en vue de cette
grande fête, afin que nous nous préparions dignement à rencontrer le Roi
céleste, Qui vient à nous afin de demeurer en nous.
Il est venu à nous avec la
miséricorde et la bienveillance de Son Père céleste, et de nous, Il nous
demande d'être miséricordieux envers notre prochain; Il est le Roi de justice, et Il demande à chacun d'entre nous d'être
justes; car Lui aussi, comme homme, a accompli toute justice (Mt 3,15),
nous donnant ainsi un exemple, et nous donna la grâce et la force pour
l'imiter. Lui-même a souffert pour nous, ayant porté la Croix; et Il nous a enseigné
de renoncer à nous-mêmes, à nos péchés et à nos passions, et à Le suivre,
faisant toutes choses qui sont saintes par respectueux amour pour Dieu (2 Co 7,1).
Il vient pour guérir nos âmes, souffrantes à cause du péché, et a commandé
à tous de se repentir; alors soyons tous profondément contrits, nous corrigeant
nous-mêmes et nous efforçant d'aller vers la sainteté et la perfection. Les
saints Anges, lors de la Nativité du Dieu-homme, ont annoncé la paix au monde; et parmi les hommes, la
bienveillance du Père céleste. Dès lors, ayons en nous une conscience paisible,
et soyons si possible en paix avec tout un chacun. Soyez en paix et soyez
saints envers tous, disait l'Apôtre, car sans cela, nul ne verra le Seigneur.
Amen.