mardi 8 septembre 2015

Nativité de la Très Sainte Vierge Marie

Nativité de la Vierge Marie, par Philippe de Champaigne, église Notre-Dame d'Arras
Du Protévangile de Saint Jacques (Ve siècle)


I.1. Les histoires des douze tribus racontent qu’un homme fort riche, Joachim, apportait au Seigneur double offrande, se disant : "Le supplément sera pour tout le peuple et la part que je dois pour la remise de mes fautes ira au Seigneur, afin qu’il me soit propice."
2. Vint le grand jour du Seigneur, et les fils d’Israël apportaient leurs présents. Or Ruben se dresse devant lui et dit : " Tu n’as pas le droit de déposer le premier tes offrandes, puisque tu n’as pas eu de postérité en Israël. "
3. Joachim eut grand chagrin, et il s’en alla consulter les registres des douze tribus du peuple, se disant : " Je verrai bien dans leurs archives si je suis le seul à n’avoir pas engendré en Israël ! " Il chercha, et découvrit que tous les justes avaient suscité une postérité en Israël. Et il se souvint du patriarche Abraham ; sur ses vieux jours, le Seigneur Dieu lui avait donné un fils, Isaac.
4. Alors, accablé de tristesse, Joachim ne reparut pas devant sa femme, et il se rendit dans le désert ; il y planta sa tente et, quarante jours et quarante nuits, il jeûna, se disant : " Je ne descendrai plus manger ni boire, avant que le Seigneur mon Dieu m’ait visité. La prière sera ma nourriture et ma boisson. "

II. 1. Et sa femme Anne avait deux sujets de se lamenter et de se marteler la poitrine. "J’ai à pleurer, disait-elle, sur mon veuvage et sur ma stérilité !"
Sainte Anne, statue de la Basilique d'Auray
2. Vint le grand jour du Seigneur. Judith, sa servante, lui dit : " Jusqu’à quand te désespéreras-tu ? C’est aujourd’hui le grand jour du Seigneur. Tu n’as pas le droit de te livrer aux lamentations. Prends donc ce bandeau que m’a donné la maîtresse de l’atelier. Je ne puis m’en orner, car je ne suis qu’une servante, et il porte un insigne royal. "
3. Anne lui dit : " Arrière, toi ! Je n’en ferai rien, car le Seigneur m’a accablée d’humiliations. Et peut-être ce présent te vient-il d’un voleur et tu cherches à me faire complice de ta faute. " Et Judith la servante dit : " Quel mal dois-je te souhaiter encore, de rester sourde à ma voix ? Le Seigneur Dieu a clos ton sein et ne te donne point de fruit en Israël ! "
4. Alors Anne, malgré son désespoir, ôta ses habits de deuil, se lava la tête et revêtit la robe de ses noces. Et vers la neuvième heure, elle descendit se promener dans son jardin. Elle vit un laurier et s’assit à son ombre. Après un moment de repos, elle invoqua le Maître : " Dieu de mes pères, dit-elle, bénis-moi, exauce ma prière, ainsi que tu as béni Sarah, notre mère, et lui as donné son fils Isaac. "
                   
III. 1. Levant les yeux au ciel, elle aperçut un nid de passereaux dans le laurier. Aussitôt elle se remit à gémir : " Las, disait-elle, qui m’a engendrée et de quel sein suis-je sortie ? Je suis née, maudite devant les fils d’Israël. On m’a insultée, raillée et chassée du temple du Seigneur mon Dieu.
2. Las, à qui se compare mon sort ? Pas même aux oiseaux du ciel, car les oiseaux du ciel sont féconds devant ta face, Seigneur. Las, à qui se compare mon sort ? Pas même aux animaux stupides, car les animaux stupides sont eux aussi féconds devant toi, Seigneur. Las, à quoi se compare mon sort ? Non plus aux bêtes sauvages de la terre, car les bêtes sauvages de la terre sont fécondes devant ta face, Seigneur.
Bartolo di Fredi, l'annonciation à S. Joachim, Pinacotheque vaticane
3. Las, à quoi se compare mon sort ? A ces eaux non plus, car ces eaux sont tantôt calmes tantôt bondissantes, et leurs poissons te bénissent, Seigneur. Las, à qui se compare mon sort ? Pas même à cette terre, car la terre produit des fruits en leur saison et te rend gloire, Seigneur. "

IV. 1. Et voici qu’un ange du Seigneur parut, disant : " Anne, Anne, le Seigneur Dieu a entendu ta prière. Tu concevras, tu enfanteras et l’on parlera de ta postérité dans la terre entière. " Anne répondit : " Aussi vrai que vit le Seigneur Dieu, je ferai don de mon enfant, garçon ou fille, au Seigneur mon Dieu et il le servira tous les jours de sa vie. "
2. Et voici, deux messagers survinrent, qui lui dirent : " Joachim, ton mari, arrive avec ses troupeaux. Un ange du Seigneur est descendu auprès de lui, disant : "Joachim, Joachim, le Seigneur Dieu a exaucé ta prière. Descends d’ici. Voici que Anne ta femme a conçu en son sein".
3. Aussitôt Joachim est descendu, il a convoqué ses bergers, leur disant : " Apportez-moi ici dix agneaux sans tache ni défaut. Ces dix agneaux seront pour le Seigneur Dieu. Apportez-moi aussi douze veaux bien tendres et les douze veaux seront pour les prêtres et le Conseil des Anciens. Aussi cent chevreaux, et les cent chevreaux seront pour tout le peuple. "
4. Joachim arriva avec ses troupeaux. Anne l’attendait, aux portes de la ville. Dès qu’elle le vit paraître avec ses bêtes, elle courut vers lui, se suspendit à son cou et s’écria : " Maintenant je sais que le Seigneur Dieu m’a comblée de bénédictions ! Voici : la veuve n’est plus veuve et la stérile a conçue ! " Et Joachim, ce premier jour, resta chez lui à se reposer.

V.1. Le lendemain, il apportait ses offrandes : " Si le Seigneur Dieu m’a été favorable, pensait-il, la lame d’or du prêtre me le révélera. " Il présenta ses offrandes, et scruta la tiare du prêtre quand celui-ci monta à l’autel du Seigneur ; et il sut qu’il n’y avait pas de faute en lui. " Maintenant, dit-il, je sais que le Seigneur Dieu m’a fait grâce et m’a remis tous mes péchés. " Et il descendit du temple du Seigneur, justifié, et rentra chez lui.
Le baiser à la Porte Dorée, icône
2. Six mois environ s’écoulèrent ; le septième, Anne enfanta. "Qu’ai-je mis au monde ?" demanda-t-elle à la sage-femme. Et celle-ci répondit : " Une fille. " Et Anne dit : " Mon âme a été exaltée en ce jour ! " Et elle coucha l’enfant. Quand les jours furent accomplis, Anne se purifia, donna le sein à l’enfant et l’appela du nom de Marie.

VI. 1. De jour en jour, l’enfant se fortifiait. Quand elle eut six mois, sa mère la mit par terre, pour voir si elle tenait debout. Or l’enfant fit sept pas, puis revint se blottir auprès de sa mère. Celle-ci la souleva, disant : " Aussi vrai que vit le Seigneur mon Dieu, tu ne marcheras pas sur cette terre, que je ne t’ai menée au temple du Seigneur. " Et elle apprêta un sanctuaire dans sa chambre et elle ne laissait jamais sa fille toucher à rien de profane ou d’impur. Et elle invita les filles des Hébreux, qui étaient sans tache, et celles-ci la divertissaient.
2. Quand l’enfant eut un an, Joachim donna un grand festin où il convia les grands prêtres, les prêtres, les scribes, les Anciens et tout le peuple d’Israël. Il présenta l’enfant aux prêtres qui la bénirent : " Dieu de nos pères disaient-ils, bénis cette enfant, et donne-lui un nom illustre à jamais, dans toutes les générations. " Et tout le peuple s’écria : " Qu’il en soit ainsi ! Amen ! " Et ils la présentèrent aux grands-prêtres, et ceux-ci la bénirent, disant : " Dieu des hauteurs, abaisse ton regard sur cette petite fille et bénis-la d’une bénédiction suprême, qui surpasse toute bénédiction. "
3. Et sa mère l’emporta dans le sanctuaire de sa chambre et elle lui donna le sein. Anne éleva un chant au Seigneur Dieu : " Je chanterai un cantique sacré au Seigneur mon Dieu, parce qu’il m’a visitée et m’a enlevé l’outrage de mes ennemis. Et le Seigneur mon Dieu m’a donné un fruit de sa justice, unique et considérable devant sa face. Qui annoncera aux fils de Ruben qu’Anne donne le sein ? Écoutez, écoutez, ô les douze tribus d’Israël : Anne donne le sein ! " Et elle reposa l’enfant dans le sanctuaire de sa chambre, sortit et servit ses hôtes. Quand le banquet fut achevé, ils descendirent joyeux et ils glorifièrent le Dieu d’Israël.

VII. 1. Les mois se succédèrent : l’enfant atteignit deux ans. Joachim dit : "Menons-la au temple du Seigneur, pour accomplir la promesse que nous avons faite. Sinon le Maître s’irriterait contre nous et rejetterait notre offrande." Mais Anne répondit : "Attendons sa troisième année, de peur qu’elle ne réclame son père ou sa mère. " Joachim opina : " Attendons."
2. L’enfant eut trois ans. Joachim dit : " Appelons les filles des Hébreux, celles qui sont sans tache. Que chacune prenne un flambeau et le tienne allumé : ainsi, Marie ne se retournera pas et son cœur ne sera pas retenu captif hors du temple du Seigneur. " L’ordre fut suivi, et elles montèrent au temple du Seigneur. Et le prêtre accueillit l’enfant et l’ayant embrassée, il la bénit et dit : " Le Seigneur Dieu a exalté ton nom parmi toutes les générations. En toi, au dernier des jours, le Seigneur manifestera la rédemption aux fils d’Israël. "
3. Et il la fit asseoir sur le troisième degré de l’autel. Et le Seigneur Dieu répandit sa grâce sur elle. Et ses pieds esquissèrent une danse et toute la maison d’Israël l’aima.

Présentation de la Vierge Marie au Temple, l'accueil du Grand Prêtre

VIII. 1. Ses parents descendirent, émerveillés, louant et glorifiant le Dieu souverain qui ne les avait pas dédaignés. Et Marie demeurait dans le temple du Seigneur, telle une colombe, et elle recevait sa nourriture de la main d’un ange.
2. Quand elle eut douze ans, les prêtres se consultèrent et dirent : "Voici que Marie a douze ans, dans le temple du Seigneur. Que ferons-nous d’elle, pour éviter qu’elle ne rende impur le sanctuaire du Seigneur notre Dieu ?" Et ils dirent au grand-prêtre : "Toi qui gardes l’autel du Seigneur, entre et prie au sujet de cette enfant. Ce que le Seigneur te dira, nous le ferons."
3. Et le prêtre revêtit l’habit aux douze clochettes, pénétra dans le Saint des Saints et se mit en prière. Et voici qu’un ange du Seigneur apparut, disant : " Zacharie, Zacharie, sors et convoque les veufs du peuple. Qu’ils apportent chacun une baguette. Et celui à qui le Seigneur montrera un signe en fera sa femme. " Des hérauts s’égaillèrent dans tout le pays de Judée et la trompette du Seigneur retentit, et voici qu’ils accoururent tous.

IX.1. Joseph jeta sa hache et lui aussi alla se joindre à la troupe. Ils se rendirent ensemble chez le prêtre avec leurs baguettes. Le prêtre prit ces baguettes, pénétra dans le temple et pria. Sa prière achevée, il reprit les baguettes, sortit et les leur rendit. Aucune ne portait de signe. Or Joseph reçut la sienne le dernier. Et voici qu’une colombe s’envola de sa baguette et vint se percher sur sa tête. Alors le prêtre : " Joseph, Joseph, dit-il, tu es l’élu : c’est toi qui prendras en garde la vierge du Seigneur. "
2. Mais Joseph protesta : " J’ai des fils, je suis un vieillard et elle est une toute jeune fille. Ne vais-je pas devenir la risée des fils d’Israël ? " " Joseph, répondit le prêtre, crains le Seigneur ton Dieu, et souviens-toi du sort que Dieu a réservé à Dathan, Abiron et Corê. La terre s’entrouvrit et les engloutit tous à la fois, parce qu’ils lui avaient résisté. Et maintenant, Joseph, crains de semblables fléaux sur ta maison ! "
3. Très ému, Joseph prit la jeune fille sous sa protection et lui dit : " Marie, le temple du Seigneur t’a confiée à moi. Maintenant je te laisse en ma maison. Car je pars construire mes bâtiments. Je reviendrai auprès de toi. Le Seigneur te gardera. "
 
Mariage de Marie et de Joseph
X. 1. Cependant, les prêtres s’étaient réunis et avaient décidé de faire tisser un voile pour le temple du Seigneur. Et le grand-prêtre dit : " Appelez-moi les jeunes filles de la tribu de David, qui sont sans tache. " Ses serviteurs partirent, cherchèrent et en trouvèrent sept. Mais le prêtre se souvint que la jeune Marie était de la tribu de David et qu’elle était sans tache devant Dieu. Et les serviteurs partirent et l’amenèrent.
2. Et l’on fit entrer ces jeunes filles dans le temple du Seigneur. Et le prêtre leur dit : "Tirez au sort laquelle filera l’or, l’amiante, le lin, la soie, le bleu, l’écarlate et la pourpre véritable." La pourpre véritable et l’écarlate échurent à Marie. Elle les prit et rentra chez elle. C’est à ce moment-là que Zacharie devint muet et que Samuel le remplaça jusqu’à ce qu’il eût retrouvé la parole. Et Marie saisit l’écarlate et se mit à filer.

XI. 1. Or elle prit sa cruche et sortit pour puiser de l’eau. Alors une voix retentit : "Réjouis-toi, pleine de grâce. Le Seigneur est avec toi. Tu es bénie parmi les femmes." Marie regardait à droite et à gauche : d’où venait donc cette voix ? Pleine de frayeur, elle rentra chez elle, posa sa cruche, reprit la pourpre, s’assit sur sa chaise et se remit à filer.
2. Et voici qu’un ange debout devant elle disait : " Ne crains pas, Marie, tu as trouvé grâce devant le Maître de toute chose. Tu concevras de son Verbe. " Ces paroles jetèrent Marie dans le désarroi. " Concevrai-je, moi, du Seigneur, dit-elle, du Dieu vivant, et enfanterai-je comme toute femme? "
3. Et voici que l’ange, toujours devant elle, lui répondit : " Non, Marie. Car la puissance de Dieu te prendra sous son ombre. Aussi le saint enfant qui naîtra sera-t-il appelé le fils du Très-Haut. Tu lui donneras le nom de Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés. " Et Marie dit alors : " Me voici devant lui sa servante ! Qu’il m’advienne selon ta parole. "

L'Annonciation à Marie
XII.1. Et elle reprit son travail de pourpre et d’écarlate puis l’apporta au prêtre. Et quand le prêtre le reçut, il la bénit et dit : " Marie, le Seigneur Dieu a exalté ton nom et tu seras bénie parmi toutes les générations de la terre. "
2. Pleine de joie, Marie se rendit chez sa parente Elisabeth et frappa à la porte. En l’entendant Elisabeth jeta l’écarlate, courut à la porte, ouvrit, et la bénit en ces termes : " Comment se fait-il que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car vois-tu, l’enfant a tressailli et t’a bénie. "
Or Marie avait oublié les mystères dont avait parlé l’ange Gabriel. Elle leva les yeux au ciel et dit : " Qui suis-je, pour que toutes les femmes de la terre me proclament bienheureuse? "
3. Et elle demeura trois mois chez Elisabeth. Et de jour en jour son sein s’arrondissait. Inquiète, elle regagna sa maison et elle se cachait des fils d’Israël. Elle avait seize ans, quand s’accomplirent ces mystères.

XIII.1. Son sixième mois arriva, et voici que Joseph revint des chantiers ; il entra dans la maison et s’aperçut qu’elle était enceinte. Et il se frappa le visage et se jeta à terre sur son sac et il pleura amèrement, disant : " Quel front lèverai-je devant le Seigneur Dieu ? Quelle prière lui adresserai-je ? Je l’ai reçue vierge du temple du Seigneur et je ne l’ai pas gardée. Qui m’a trahi ? Qui a commis ce crime sous mon toit ? Qui m’a ravi la vierge et l’a souillée? L’histoire d’Adam se répète-t-elle à mon sujet ? Car tandis qu’Adam faisait sa prière de louange, le serpent s’approcha et surprit Eve seule ; il la séduisit et la souilla. La même disgrâce me frappe. "
2. Et Joseph se releva de son sac et appela Marie : " Toi la choyée de Dieu, qu’as-tu fait là ? As-tu oublié le Seigneur ton Dieu ? Pourquoi t’es-tu déshonorée, toi qui as été élevée dans le Saint des Saints et as reçu nourriture de la main d’un ange ? "
3. Et elle pleura amèrement, disant : " Je suis pure et je ne connais pas d’homme. " Et Joseph lui dit : " D’où vient le fruit de ton sein ? " Et elle répondit : " Aussi vrai que vit le Seigneur mon Dieu, j’ignore d’où il vient."

XIV.1. Et Joseph, rempli de frayeur, se tint coi, et il se demandait ce qu’il devait faire d’elle. " Si je garde le secret sur sa faute, se disait-il, je contreviendrai à la loi du Seigneur. Mais si je la dénonce aux fils d’Israël, et que son enfant vienne d’un ange, ce dont j’ai bien peur, alors je livre à la peine capitale un sang innocent. Que ferai-je d’elle ? Je la répudierai en secret. " La nuit le surprit dans ces réflexions.
L'Annonciation à Joseph
2. Et voici qu’un ange du Seigneur lui apparut en songe, disant : " Ne t’inquiète pas à propos de cette enfant. Ce qui est en elle vient de l’Esprit saint. Elle t’enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus. Car il sauvera son peuple de ses péchés. " Joseph se réveilla et glorifia le Dieu d’Israël qui lui avait donné sa grâce. Et il garda la jeune fille.

XV. 1. Or le scribe Anne vint le voir et lui dit : " Joseph, pourquoi n’as-tu point paru à notre réunion? - Mon voyage m’avait fatigué, répondit-il, et j’ai passé le premier jour à me reposer. " Mais Anne se retourna et vit Marie enceinte.
2. Et il partit en courant chez le prêtre et lui dit : " Eh bien, ce Joseph dont tu te portes garant, a commis une faute ignoble. - Quoi donc ? " demanda le grand-prêtre. L’autre reprit : " Il a déshonoré la jeune fille que le temple du Seigneur lui avait confiée et il l’a épousée secrètement, sans avertir les fils d’Israël ! " Et le grand-prêtre lui dit : " Joseph a-t-il fait cela ? " Et l’autre répondit : " Envoie tes gens et tu verras que la jeune fille est enceinte. " Des serviteurs partirent et la trouvèrent dans l’état qu’il avait dit. Ils la ramenèrent au temple et elle comparut au tribunal.
3. Le grand-prêtre lui dit : " Marie, qu’as-tu fait là? Pourquoi as-tu perdu ton honneur ? As-tu oublié le Seigneur ton Dieu, toi qui fus élevée dans le Saint des Saints et qui reçus nourriture de la main des anges ? Toi qui entendis leurs hymnes et dansas devant eux ? Qu’as-tu fait là ? " Et elle pleura amèrement et dit : " Aussi vrai que vit le Seigneur Dieu, je suis pure devant sa face et ne connais pas d’homme. "
4. Et le grand-prêtre dit : " Et toi, Joseph, qu’as-tu fait? " Et Joseph répondit : " Aussi vrai que vit le Seigneur et que vivent son Christ et le témoin de sa vérité je suis pur vis-à-vis d’elle. " Le grand-prêtre insista. " Ne rends pas de faux témoignage ! Dis la vérité ! Tu l’as épousée en cachette, tu n’as rien dit aux fils d’Israël et tu n’as pas incliné ta tête sous la puissante main qui eût béni ta postérité ! " Et Joseph garda le silence.

Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous,
pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen.
XVI.1. Le grand-prêtre reprit : " Rends-nous la jeune fille que tu avais reçue du temple du Seigneur. " Joseph fondit en larmes. Le grand-prêtre ajouta : " Je vous ferai boire l’eau de l’épreuve rituelle et votre faute éclatera à vos yeux."
2. Le grand-prêtre prit de l’eau, en fit boire à Joseph puis il l’envoya au désert, Or celui-ci revint indemne. Et il fit boire aussi la jeune fille et l’envoya au désert. Et elle redescendit, indemne. Et tout le peuple s’étonna que leur faute n’eût pas été manifestée.
3. Alors le grand-prêtre dit : " Puisque le Seigneur Dieu n’a pas révélé de péché en vous, moi non plus je ne vous condamne pas. " Et il les laissa partir. Et Joseph prit Marie et rentra chez lui, heureux et louant le Dieu d’Israël.



dimanche 6 septembre 2015

Saints Anges de Dieu, venez au secours du peuple de Dieu

Du vénérable abbé Henri Marie Boudon,
« La science et la pratique du Chrétien »


Ange gardien, école espagnole
O Anges de Jésus ! O Saints de Jésus !

Venez, venez à nôtre secours ; hâtez-vous de nous aider dans les désirs, dans les desseins que la grâce vous inspire pour le rétablissement du règne du pur amour de vôtre Roi et du nôtre.

Combattez pour nous ; combattez avec nous ; mais combattez pour l’empire de l’amour de nôtre commun Souverain dans tous les cœurs ! Chassez en en sa source son ennemi : l’amour propre ; détruisez, ruinez, anéantissez tout ce qui s’y oppose ; que le grand Roi, Jésus, en soit le Maître absolu ; que tout lui soit soumis, que tout y reconnaisse son divin pouvoir.

C’est dans cette vue que je vous présente ce petit ouvrage après l’avoir dédié à nôtre grande Reine, afin qu’il serve à l’avènement du règne du pur amour de Jésus.

Ah ! qu’il soit aimé, qu’il soit aimé ce tout aimable Jésus !

Quiconque n’aime pas notre Seigneur Jésus Christ, qu’il soit anathème !



jeudi 3 septembre 2015

Indulgence plénière

Voici que je me tiens à la porte, et je frappe.
Si quelqu'un entend ma voix...
Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, Lettre 347, à Monsieur Thomas

Hier, j’offris le très-divin sacrifice en l’honneur de la sainte famille de Notre Seigneur Jésus-Christ faisant réflexion sur un trésor infini que nous avons entre les mains par l’application des indulgences qui sont l’application des satisfactions infinies d’un Homme – Dieu, et que les négliger est quelque chose de plus cruel que de laisser dans des coffres des millions d’or pour les pauvres, sans les distribuer dans un temps de famine.
Je parle à ceux à qui j’écris, de faire l’application de ces indulgences quand on peut le faire.





LETTRE DU PAPE FRANÇOIS 
ACCORDANT L'INDULGENCE 
À L'OCCASION DU JUBILÉ EXTRAORDINAIRE DE LA MISÉRICORDE

A mon vénéré frère 
Mgr Rino Fisichella
président du Conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation

L’approche du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde me permet de me concentrer sur certains points sur lesquels je considère qu’il est important d’intervenir afin de permettre que la célébration de l’Année Sainte soit pour tous les croyants un véritable moment de rencontre avec la miséricorde de Dieu. Je désire en effet que le Jubilé soit une expérience vivante de la proximité du Père, permettant presque de toucher du doigt sa tendresse, afin que la foi de chaque croyant se renforce et que le témoignage devienne ainsi toujours plus efficace.

Ma pensée va, en premier lieu, à tous les fidèles qui, dans chaque diocèse ou comme pèlerins à Rome, vivront la grâce du Jubilé. Je désire que l’indulgence jubilaire soit pour chacun une expérience authentique de la miséricorde de Dieu, qui va à la rencontre de tous avec le visage du Père qui accueille et pardonne, oubliant entièrement le péché commis. Pour vivre et obtenir l’indulgence, les fidèles sont appelés à accomplir un bref pèlerinage vers la Porte Sainte, ouverte dans chaque Cathédrale ou dans les églises établies par l’évêque diocésain, ainsi que dans les quatre basiliques papales à Rome, comme signe du désir profond de véritable conversion. De même, j’établis que l’on puisse obtenir l’indulgence  dans les sanctuaires où est ouverte la Porte de la Miséricorde et dans les églises qui sont traditionnellement identifiées comme jubilaires. Il est important que ce moment soit uni, avant tout, au Sacrement de la Réconciliation et à la célébration de la sainte Eucharistie par une réflexion sur la miséricorde. Il sera nécessaire d’accompagner ces célébrations par la profession de foi et par la prière pour ma personne et pour les intentions que je porte dans mon cœur pour le bien de l’Eglise et du monde entier.

Le fils prodigue débauché, par Gerrit van Honthorst, 1622
Je pense, en outre, à ceux qui, pour divers motifs, n’auront pas la possibilité de se rendre à la Porte Sainte, en premier lieu les malades et les personnes âgées et seules, que leurs conditions empêchent souvent de sortir de chez eux. Pour ces personnes, il sera d’une grande aide de vivre la maladie et la souffrance comme expérience de proximité au Seigneur qui, dans le mystère de sa passion, mort et résurrection, indique la voie maîtresse pour donner un sens à la douleur et à la solitude. Vivre avec foi et espérance joyeuse ce moment d’épreuve, en recevant la communion ou en participant à la Messe et à la prière communautaire, également à travers les divers moyens de communication, sera pour elles la façon d’obtenir l’indulgence jubilaire. Ma pensée va aussi aux détenus, qui font l’expérience de la restriction de leur liberté. Le Jubilé a toujours constitué l’opportunité d’une grande amnistie, destinée à toucher de nombreuses personnes qui, bien que méritant une peine, ont toutefois pris conscience de l’injustice qu’elles ont commise, et désirent sincèrement s’insérer à nouveau dans la société  en apportant leur contribution honnête. Qu’à toutes ces personnes parvienne de façon concrète la miséricorde du Père qui désire être proche de ceux qui ont le plus besoin de son pardon. Dans les chapelles des prisons, elles pourront obtenir l’indulgence et, chaque fois qu’elles passeront par la porte de leur cellule, en adressant leur pensée et leur prière au Père, puisse ce geste signifier pour elles le passage de la Porte Sainte, car la miséricorde de Dieu, capable de transformer les cœurs, est également en mesure de transformer les barreaux en expérience de liberté.

Détail, le retour du fils prodigue, Rembrandt
J’ai demandé que l’Eglise redécouvre en ce temps jubilaire la richesse contenue dans les œuvres de miséricorde corporelle et spirituelle. L’expérience  de la miséricorde, en effet, devient visible dans le témoignage de signes concrets comme Jésus lui-même nous l’a enseigné. Chaque fois qu’un fidèle vivra l’une ou plusieurs de ces œuvres en première personne, il obtiendra certainement l’indulgence jubilaire. D’où l’engagement à vivre de la miséricorde pour obtenir la grâce du pardon complet et total en vertu de la force de l’amour du Père qui n’exclut personne. Il s’agira donc d’une indulgence jubilaire plénière, fruit de l’événement lui-même qui est célébré et vécu avec foi, espérance et charité.

Enfin, l’indulgence jubilaire peut être obtenue également pour les défunts. Nous sommes liés à eux par le témoignage de foi et de charité qu’ils nous ont laissé. De même que nous les rappelons dans la célébration eucharistique, ainsi, nous pouvons, dans le grand mystère de la communion des Saints, prier pour eux afin que le visage miséricordieux du Père les libère de tout résidu de faute et puisse les accueillir dans ses bras, dans la béatitude qui n’a pas de fin.

L’un des graves problèmes de notre temps est sans aucun doute le changement du rapport à la vie. Une mentalité très répandue a désormais fait perdre la sensibilité personnelle et sociale adéquate à l’égard de l’accueil d’une vie nouvelle. Le drame de l’avortement est vécu par certains avec une conscience superficielle, qui semble ne pas se rendre compte du mal très grave qu’un tel acte comporte. Beaucoup d’autres, en revanche, bien que vivant ce moment comme un échec, considèrent ne pas avoir d’autres voies à parcourir. Je pense, en particulier, à toutes les femmes qui ont eu recours à l’avortement. Je connais bien les conditionnements qui les ont conduites à cette décision. Je sais qu’il s’agit d’un drame existentiel et moral. J’ai rencontré de nombreuses femmes qui portaient dans leur cœur la cicatrice de ce choix difficile et douloureux. Ce qui a eu lieu est profondément injuste; pourtant, seule sa compréhension dans sa vérité peut permettre de ne pas perdre l’espérance. Le pardon de Dieu à quiconque s’est repenti ne peut être nié, en particulier lorsqu’avec un cœur sincère, cette personne s’approche du Sacrement de la Confession pour obtenir la réconciliation avec le Père. C’est également pour cette raison que j’ai décidé, nonobstant toute chose contraire, d’accorder à tous les prêtres, pour l’Année jubilaire, la faculté d’absoudre du péché d’avortement tous ceux qui l’ont provoqué et qui, le cœur repenti, en demandent pardon. Que les prêtres se préparent à cette tâche importante en sachant unir des paroles d’authentique accueil à une réflexion qui aide à comprendre le péché commis, et indiquer un itinéraire de conversion authentique pour pouvoir obtenir le pardon véritable et généreux du Père qui renouvelle tout par sa présence.

Le retour du fils prodigue par Batoni
Une dernière considération s’adresse aux fidèles qui, pour diverses raisons, désirent fréquenter les églises où les offices sont célébrés par les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X. Cette Année jubilaire de la Miséricorde n’exclut personne. Certains confrères évêques m’ont fait part en plusieurs occasions de leur bonne foi et pratique sacramentelle, unie toutefois à la difficulté de vivre une situation pastorale difficile. J’espère que dans un proche avenir, l’on pourra trouver les solutions pour retrouver une pleine communion avec les prêtres et les supérieurs de la Fraternité. Entre temps, animé par l’exigence de répondre au bien de ces frères, j’établis, par ma propre disposition, que ceux qui, au cours de l’Année Sainte de la Miséricorde, s’approcheront, pour célébrer le Sacrement de la Réconciliation, des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X recevront une absolution valide et licite de leurs péchés.

M’en remettant à l’intercession de la Mère de la Miséricorde, je confie à sa protection la préparation de ce Jubilé extraordinaire.

Du Vatican, le 1er septembre 2015.

François Ier, pp.


mardi 1 septembre 2015

1er mardi du mois de Saint Michel et des 9 chœurs des Esprits bienheureux

La hiérarchie céleste d’après le Pseudo-Denys l’Aréopagite

[205] Des séraphins, des chérubins et des trônes, et de la première hiérarchie qu’ils constituent.

Ces noms nous révèlent la façon constante dont ils se conforment à Dieu (la propriété durablement acquise - habitus - de la «déiformité») 

Chœur des Séraphins
La sainte appellation de séraphins signifie pour qui sait l’hébreu «ceux qui brûlent», c’est-à-dire «ceux qui échauffent ~ Le mouvement perpétuel tout autour des secrets divins, la chaleur, la profondeur, l’ardeur bouillonnante d’une constante révolution qui ne connaît ni relâche ni déclinaison, le pouvoir d’élever efficacement à leur ressemblance leurs inférieurs en les animant de la même ardeur, de la même flamme et de la même chaleur, le pouvoir de purifier par la foudre et par le feu, l’évidente et indestructible aptitude à conserver identiques et leur propre lumière et leur pouvoir d’illumination, la faculté de rejeter et d’abolir toute ténèbre obscurcissante ~

Chœur des Chréubins
L’appellation de chérubins signifie «masse de connaissance», c’est-à-dire «effusion de sagesse ~ l’aptitude à connaître et à contempler Dieu, à recevoir les plus hauts dons de sa lumière, à contempler dans sa puissance primordiale la splendeur théarchique, à accueillir en soi la plénitude des dons qui rendent sages et à les communiquer ensuite aux essences inférieures grâce à l’effusion de cette Sagesse même qui les a comblés de ses bienfaits.

Chœur des Trônes
Quant au nom de trônes très sublimes et très lumineux, il indique l’absence totale en eux de toute concession aux biens inférieurs, cette tendance continue vers les sommets ~, leur indéfectible aversion à l’égard de toute bassesse, la tension de toutes leurs puissances pour se maintenir de façon ferme et constante auprès de Celui qui est véritablement le Très Haut, leur aptitude à recevoir dans une totale impassibilité, loin de toute souillure matérielle, toutes les visitations de la théarchie, le privilège qu’ils ont de servir de sièges à Dieu et leur zèle vigilant à s’ouvrir aux dons divins.

[208] On doit penser qu’elles [les premières essences] sont pures, non point parce qu’elles sont libres de tout péché et de toute souillure profane, mais parce qu’elles ignorent toute imagination matérielle, parce qu’elles demeurent sans mélange au-dessus de toute faiblesse, au-dessus de tous les degrés inférieurs de sainteté, parce que leur sublime pureté dépasse toute autre puissance apte à assurer la conformité avec Dieu, parce qu’elles conservent inébranlablement, grâce à leur indéfectible amour de Dieu, l’ordre de leur mouvement propre, spontané et immuable, parce qu’elles ne sauraient d’aucune façon ni se pervertir ni subir aucune perte mais qu’elles gardent au contraire sans déchéance ni corruption l’indéfectible et perpétuelle stabilité du pouvoir qui leur appartient en propre de se conformer à Dieu.

Elles sont également contemplatrices, non parce qu’elles contemplent intellectuellement des symboles sensibles ni qu’elles s’élèvent spirituellement vers le divin à travers une variété de saintes allégories, mais bien parce qu’elles reçoivent en toute plénitude le savoir immatériel d’une lumière supérieure, qu’elles se repaissent, autant qu’elles le peuvent faire sans sacrilège, de la contemplation de cet Etre suressentiel et triplement lumineux qui est l’origine et le principe de toute beauté ; parce qu’elles ont également mérité d’entrer en communion avec Jésus, non par de saintes allégories où s’imprime figurativement la ressemblance de l’opération divine, mais par une véritable proximité, parce qu’elles ont part de façon primordiale à la connaissance de ses opérations lumineuses et divines, parce qu’il leur a été donné au plus haut point d’imiter Dieu et qu’elles entrent en communion, autant qu’elles le peuvent, au sein de sa puissance fondamentale avec les vertus par quoi il exerce à l’égard des hommes son opération divine et manifeste son amour pour eux.

Elles sont enfin parfaites, non par l’illumination d’un savoir qui leur permettrait d’analyser la variété des saints mystères, mais bien par la plénitude d’une déification primordiale et excellente, par la science suprême qu’elles possèdent, en qualité de messagères angéliques, des opérations divines. ~ elles conservent constamment une parfaite et indéfectible pureté, et leur noblesse immatérielle et intellectuelle les élève, autant qu’il leur est permis sans sacrilège, à la contemplation, leur permettant de s’initier au principe rationnel des opérations divines, à titre d’essences premières et proches de Dieu qui reçoivent leur perfection de façon éminente de Celui qui est le principe même de toute perfection. 

[212] Tel est ~ le premier ordre des essences célestes, celui qui fait cercle autour de Dieu et dans son immédiat voisinage, qui entoure sa perpétuelle connaissance d’une ronde simple et continue, celui qui, grâce à cette stabilité perpétuellement mouvante qui convient à des anges et qu’il possède au plus haut degré, peut non seulement contempler d’un regard pur une foule de spectacles bienheureux, mais encore recevoir l’illumination des splendeurs simples et immédiates et se repaître de la manne divine. ~ Digne au plus haut point d’entrer avec Dieu en communion et en coopération, ce premier ordre imite autant qu’il le peut la beauté des pouvoirs et des opérations propres à Dieu. ... la théologie a transmis aux habitants de la terre les hymnes que chantent ces anges du premier ordre et où apparaît saintement le caractère transcendant de leur sublime illumination. Certains ~ ressemblent à la voix d’un torrent impétueux, lorsqu’ils s’écrient : «Bénie soit en son lieu la gloire du Seigneur !» (Ezech. III, 12) D’autres entonnent l’hymne théologique célèbre et très vénérable : «Saint, Saint, Saint, le Seigneur des armées, toute la terre est pleine de sa gloire» (Isaïe IV, 3)
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[237] Des seigneuries, des puissances et des pouvoirs et de la hiérarchie moyenne qu’ils constituent (dominations, vertus et puissances) 

~ la seconde hiérarchie des intelligences célestes manifeste sa conformité à Dieu ~ ainsi elle se purifie, elle s’illumine, elle se parfait ~ grâce aux illuminations que lui transmet le premier ordre de la hiérarchie ~ 

Chœur des Dominations
~ le nom révélateur de saintes seigneuries signifie, je crois, une élévation spirituelle libre et exempte de toute compromission terrestre, sans aucune inclination d’aucune sorte vers aucune de ces tyrannies qui naissent d’une insuffisante assimilation, comme il convient à une seigneurie incorruptible et vraiment libre, supérieure à toute servitude amoindrissante, ignorant toute compromission et séparée de toute dissemblance, tendant avec une ferme vigueur vers la véritable Seigneurie et vers le principe de toute seigneurie, recevant, elle et ses subordonnés, de façon excellente et à la mesure de leurs forces l’empreinte et la ressemblance du Seigneur lui-même, dédaignant les vaines apparences, mais tournée tout entière vers le véritable Seigneur et participant selon ses forces au Principe constant et divin de toute seigneurie.

Chœur des Puissances
En ce qui concerne les saintes puissances, leur nom indique une certaine virilité courageuse et inébranlable dans tous les actes par lesquels elles se conforment à Dieu, virilité qui exclut toute lâcheté et toute mollesse dans la réception des illumination théarchiques qui leurs sont octroyées, qui s’élève courageusement vers l’imitation de Dieu, qui ne se laisse jamais aller à abandonner l’ascension vers la forme divine, mais dont le regard au contraire demeure inflexiblement tourné vers cette Puissance suressentielle qui est la source de toute puissance, car cette virilité même, autant qu’elle le peut, devient l’image de la Puissance dont elle assume la forme, s’attachant à elle de toutes ses forces comme au Principe de toute puissance, sans cesser pour autant de faire descendre sur les essences inférieures son procès [action, existence, état, devenir, etc.] dynamisant et déifiant.

Chœur des Vertus
Le nom des saints pouvoirs indique qu’ils sont de rang égal à celui des seigneuries et des puissances, qu’ils sont disposés harmonieusement et sans confusion pour revoir les dons divins ; que le pouvoir intellectuel [entendement] qui leur appartient et qui n’est pas de ce monde est parfaitement ordonné ; que loin d’abuser tyranniquement de leurs puissants pouvoirs pour faire le mal ils s’élèvent harmonieusement et sans défaillance vers les réalités divines, entraînant avec eux dans leur bonté les essences inférieures, imitant autant qu’ils le peuvent sans sacrilège le Pouvoir fondamental qui est la source de tout pouvoir, sans cesser de faire rayonner ce Pouvoir, dans la mesure où le peuvent des anges, grâce aux ordonnances harmonieuses de son impérieuse puissance. 

[241] C’est une loi universelle divinement instituée par le Principe divin de tout ordre que les essences du second rang participent par l’entremise de celles du premier rang aux illuminations théarchiques. ~ selon la vision d’un des théologiens, Zacharie, c’est, semble-t-il, un des anges du premier ordre ~ (~ le nom d’ange s’applique indistinctement à toutes les essences célestes) qui reçut de Dieu lui-même, comme le dit l’Ecriture, les paroles consolatrices et c’est un autre ange, appartenant aux rangs inférieurs, qui fut envoyé à la rencontre du premier pour recevoir et pour transmettre son illumination, et qui, une fois initié comme par un grand prêtre à la volonté divine, confia à son tour au théologien la sainte nouvelle que Jérusalem refleurirait et que des multitudes d’hommes la peupleraient (Zach. I, 8-17).
~ c’est le premier des chérubins qui (dans le récit sacré) reçoit la sainte ordonnance, celui-là qui porte autour des reins une ceinture de saphir et qui a revêtu, en signe de sa fonction sacrée, un manteau tombant jusqu’aux pieds. Ensuite, seulement, le Principe divin de tout ordre prescrit que le secret de la décision divine soit transmis par le premier des anges aux autres, à ceux qui portent des haches. A lui, ~ il prescrit de traverser toute la ville de Jérusalem et de marquer au front les innocents. Aux autres, il commande : «Allez à sa suite dans la ville, frappez et que vos yeux ne se laissent point fléchir [...] mais n’approchez d’aucun de ceux qui furent marqués» (Ezech. IX, 5-6)

Et que dire encore de cet ange qui annonça à Daniel : «La parole est sortie dès le commencement de tes supplications» (Dn IX, 23) ou de celui qui, le premier, reçut le feu du milieu des chérubins (Ezech. X, 2) ? Ou encore ceci qui démontre plus clairement le bon ordre qui préside aux anges : le chérubin qui transmet le feu entre les mains de celui qui a revêtu l’étole sainte (Ezech. X, 7) ? Que dire également de celui qui appela le très divin Gabriel et qui lui dit : «Fais-lui entendre la vision» (Dn VIII, 16), ou enfin de tous les autres exemples fournis par les saints théologiens de cette divine et harmonieuse disposition qui est propre aux hiérarchies célestes ?"
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[257] Des principautés, des archanges et des anges, et de la dernière hiérarchie qu’ils constituent.

Chœur des Principautés
Le nom de principautés célestes signifie qu’elles possèdent dans l’ordre sacré un principat et une hégémonie [suprématie] de forme divine, des puissances de commandement de la plus haute convenance, le pouvoir de se convertir entièrement au Principe qui est au-dessus de tout principe et de conduire les autres vers lui avec une autorité primordiale, de recevoir de lui-même au maximum l’empreinte de ce Principe qui est source de tout principe, de révéler enfin le Principe suressentiel de tout ordre par l’harmonie de leurs puissances de commandement.
                                                        
Chœur des Archanges
Les saints archanges ont le même rang que les principautés célestes. ~ il [l’ordre sacré des archanges] entre tout ensemble en communion avec les très saintes principautés et avec les saints anges ; il se convertit de façon primordiale au Principe suressentiel, qu’il reçoit autant qu’il le peut sans sacrilège, l’empreinte de ce Principe et il confère l’unité aux anges grâce aux pouvoirs invisibles d’ordination et d’harmonisation qu’il tient du Principe même ; ~ il [l’ordre sacré des archanges] appartient lui aussi au rang des interprètes, recevant hiérarchiquement les illuminations théarchiques par l’entremise des puissances du premier rang, les transmettant dans sa bonté aux anges, et, par l’entremise des anges, nous les révélant à nous-mêmes dans la mesure où chacun de nous peut recevoir la sainte illumination des secrets divins.


Chœur des Anges
Les anges, ~ terminent et complètent le dispositif entier des intelligences célestes ; ~ par leur entremise la hiérachie se manifeste plus clairement à nos yeux et d’une façon qui touche davantage à notre monde. ~ l’ordre supérieur, plus proche, par sa dignité même, du sanctuaire secret, initie mystérieusement le second ordre ~ des seigneuries, des puissances et des pouvoirs, qui commande d’autre part aux principautés, aux archanges et aux anges, révèle les mystères moins secrètement que la première hiérarchie, mais moins ouvertement que la dernière. Ainsi c’est à l’ordre des principautés, des archanges et des anges qu’appartient la fonction révélatrice ; c’est lui qui, ~ préside aux hiérarchies humaines afin que se produisent de façon ordonnée l’élévation spirituelle vers Dieu, la conversion, la communion, l’union et ~ le mouvement processif [procédant] de Dieu lui-même ~ la théologie réserve aux anges le soin de notre hiérarchie, appelant Michel l’archonte [archange] du peuple juif [Dn X, 21], et d’autres anges les archontes [archanges] des autres nations, car «le Très Haut a établi les frontières des nations selon le nombre des anges de Dieu» (Septante, Deut. XXXII, 8).