mercredi 12 avril 2017

Mercredi Saint

De Sa Sainteté le Pape Benoît XVI,
audience générale du Mercredi 19 mars 2008

Chers frères et sœurs,

Nous sommes à la veille du Triduum pascal.
Le Jeudi Saint, la sainte Cène, XVIIe, Beaux-Arts de Nantes
Les trois prochains jours sont couramment appelés "saints" car ils nous font revivre l'événement central de notre Rédemption; ils nous renvoient en effet au noyau essentiel de la foi chrétienne: la passion, la mort et la résurrection de Jésus Christ. Ce sont des jours que nous pourrions considérer comme un jour unique: ils constituent le cœur et le point fondamental de toute l'année liturgique comme de la vie de l'Eglise. Au terme de l'itinéraire quadragésimal, nous nous apprêtons nous  aussi  à  entrer  dans  le  climat même dans lequel Jésus a vécu à Jérusalem. Nous voulons réveiller en nous la mémoire vivante des souffrances que le Seigneur a endurées pour nous et nous préparer à célébrer avec joie, dimanche prochain "la vraie Pâque, que le Sang du Christ a couverte de gloire, la Pâque lors de laquelle l'Eglise célèbre la Fête qui est à l'origine de toutes les fêtes", comme dit la préface pour le jour de Pâques dans le rite de saint Ambroise.

Demain, Jeudi Saint, l'Eglise fait mémoire de la dernière Cène au cours de laquelle le Seigneur, la veille de sa passion et de sa mort, a institué le sacrement de l'Eucharistie et celui du sacerdoce ministériel. Lors de cette même nuit, Jésus nous a laissé le commandement nouveau, "mandatum novum", le commandement de l'amour fraternel.
Le Christ, Agneau de Dieu, notre Pâque immolée
pour que nous ayons la Vie éternelle.
Avant d'entrer dans le Saint Triduum, mais déjà en lien étroit avec lui, dans chaque communauté diocésaine aura lieu, demain matin, la messe chrismale, au cours de laquelle l'évêque et les prêtres du presbyterium diocésain renouvellent les promesses de l'ordination. Sont également bénies les huiles pour la célébration des sacrements: l'huile des catéchumènes, l'huile des malades et le saint chrême. C'est un moment particulièrement important pour la vie de chaque communauté diocésaine qui, rassemblée autour de son pasteur, ressoude son unité et sa fidélité au Christ, unique Grand Prêtre Eternel. Le soir, au cours de la messe in Cena Domini, on fait mémoire de la dernière Cène, quand le Christ s'est donné à nous tous comme nourriture de salut, comme remède d'immortalité: c'est le mystère de l'Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne.

Dans ce sacrement de salut, le Seigneur a offert et réalisé pour tous ceux qui croient en Lui, l'union la plus profonde possible entre notre vie et la sienne. Avec le geste humble et combien expressif du lavement des pieds, nous sommes invités à rappeler ce que le Seigneur fit à ses apôtres: en leur lavant les pieds il proclama concrètement la primauté de l'amour, l'amour qui se fait service jusqu'au don de soi, anticipant ainsi également le sacrifice suprême de sa vie qui se consumera le lendemain sur le Calvaire.

Selon une belle tradition, les fidèles terminent le Jeudi Saint par une veillée de prière et d'adoration eucharistique pour vivre plus profondément l'agonie de Jésus à Gethsémani.

Le Vendredi Saint est la journée qui fait mémoire de la passion, de la crucifixion et de la mort de Jésus. Ce jour-là la liturgie de l'Eglise ne prévoit pas la célébration de la messe, mais l'assemblée chrétienne se recueille pour méditer sur le grand mystère du mal et du péché qui oppriment l'humanité, pour parcourir à nouveau, à la lumière de la Parole de Dieu et avec l'aide de gestes liturgiques émouvants, les souffrances du Seigneur qui expient ce mal.

Jérôme Bosh, XVe, le portement de la Croix
Après avoir écouté le récit de la passion du Christ, la communauté prie pour tous  les  besoins  de  l'Eglise  et  du monde, adore la Croix et communie, en consommant les hosties conservées lors de la messe in Cena Domini du jour précédent. Comme invitation supplémentaire pour méditer sur la passion et la mort du Rédempteur et pour exprimer l'amour et la participation des fidèles aux souffrances du Christ, la tradition chrétienne a institué diverses manifestations de piété populaire, processions et représentations sacrées, qui visent à imprimer toujours plus profondément  dans l'âme  des fidèles des sentiments de participation véritable au sacrifice rédempteur du Christ. Parmi elles figure la Via Crucis, exercice de piété qui, au fil des années, s'est enrichi de multiples expressions spirituelles et artistiques liées à la sensibilité des diverses cultures. Dans de nombreux pays, des sanctuaires portant le nom de "Calvaire" ont ainsi été fondés, vers lesquels on monte par un chemin escarpé qui rappelle le chemin douloureux de la Passion, pour permettre aux fidèles de participer à l'ascension du Seigneur vers le Mont de la Croix, le Mont de l'Amour poussé jusqu'à l'extrême.

Le Samedi Saint est marqué par un profond  silence.
Les  églises  sont dépouillées et aucune liturgie particulière n'est prévue. Attendant le grand événement de la Résurrection, les croyants persévèrent avec Marie dans l'attente, en priant et en méditant. Nous avons en effet besoin d'un jour de silence pour méditer sur la réalité de la vie humaine, sur les forces du mal et sur la grande force du bien issue de la Passion et de la Résurrection du Seigneur.

Une grande importance est accordée, en ce jour, à la participation au sacrement de la réconciliation, chemin indispensable pour purifier le cœur et se préparer à célébrer la Pâque, profondément renouvelés. Nous avons besoin, au moins une fois par an, de cette purification intérieure, de ce renouvellement de nous-mêmes.

Le Christ mort et déposé de la Croix, Vanves
Ce samedi de silence, de méditation, de pardon, de réconciliation, débouche sur la Veillée pascale, qui introduit dans le dimanche le plus important de l'histoire, le dimanche de la Pâque du Christ.

L'Eglise veille près du feu nouveau, béni, et médite la grande promesse, contenue dans l'Ancien et le Nouveau Testament, de la libération définitive de l'ancien esclavage du péché et de la mort.

Au cœur de la nuit, le cierge pascal, symbole du Christ qui ressuscite glorieux, est allumé à partir du feu nouveau. Le Christ, lumière de l'humanité, dissipe les ténèbres du cœur et de l'esprit et illumine tout homme qui vient dans le monde. Près du cierge pascal résonne dans l'Eglise la grande annonce pascale: le Christ est vraiment ressuscité, la mort n'a plus aucun pouvoir sur Lui. Par sa mort il a vaincu le mal pour toujours et a donné à tous les hommes la vie même de Dieu. Selon une ancienne tradition, au cours de la Veillée pascale, les catéchumènes reçoivent le baptême, pour souligner la participation des chrétiens au mystère de la mort et de la résurrection du Christ. A partir de la merveilleuse nuit de Pâques, la joie, la lumière et la paix du Christ se répandent dans la vie des fidèles de chaque communauté chrétienne atteignant tous les points de l'espace et du temps.

Chers frères et sœurs, en ces jours uniques, orientons résolument notre vie vers une adhésion généreuse et convaincue aux desseins du Père céleste; renouvelons notre "oui" à la volonté divine comme l'a fait Jésus avec le sacrifice de la croix. Les rites suggestifs du Jeudi Saint, du Vendredi Saint, le silence riche de prière du Samedi Saint et la Veillée pascale solennelle nous offrent l'opportunité d'approfondir le sens et la valeur de notre vocation chrétienne qui naît du Mystère pascal et de la concrétiser en nous mettant fidèlement à la suite du Christ en toute circonstance, comme Il l'a fait, jusqu'au don généreux de notre vie.

William Blake, le Christ au tombeau adoré
et veillé par les saints Anges.
Faire mémoire des mystères du Christ  signifie  aussi vivre dans une adhésion profonde et solidaire au moment présent de l'histoire, convaincus que ce que nous célébrons est une réalité vivante et actuelle. Portons donc dans notre prière les faits et les situations dramatiques qui, ces jours-ci, affectent un grand nombre de nos frères dans toutes les régions du monde. Nous savons que la haine, les divisions, la violence, n'ont jamais le dernier mot dans les événements de l'histoire.

Ces jours réaniment en nous la grande espérance: le Christ crucifié est ressuscité et a vaincu le monde. L'amour est plus fort que la haine, il a vaincu et nous devons nous associer à cette victoire de l'amour. Nous devons donc repartir du Christ et travailler en communion avec Lui pour un monde fondé sur la paix, sur la justice et sur l'amour. Dans cet engagement, qui nous concerne tous, laissons-nous guider par Marie qui a accompagné son divin Fils sur le chemin de la passion et de la croix et a participé, avec la force de la foi, à l'accomplissement de son dessein salvifique.

Avec ces sentiments, je vous présente d'ores et déjà mes vœux les plus cordiaux de joyeuse et sainte Pâque à vous tous, à ceux qui vous sont chers et à vos communautés.



dimanche 9 avril 2017

Entrons avec le Christ dans la Jérusalem terrestre pour y souffrir avec Lui et, ainsi, entrer un jour dans la Jérusalem céleste

Du Père orthodoxe Matthew Baker (+ 1er mars 2015)

Deux amours ont formé deux cités : l’amour de soi, atteignant jusqu’au mépris de Dieu, une cité terrestre; et l’amour de Dieu, basé sur le mépris de soi, une cité céleste. (Saint Augustin d’Hippone, La Cité de Dieu, XIV, 28)

"Caïn se retira de la présence de l’Éternel, et habita dans la terre de Nod, à l’est d’Eden. Caïn connut sa femme, et elle conçut et enfanta Enoch ; et il bâtit une ville, et donna comme nom à la ville, le nom de son fils, Enoch. D’Enoch naquit Irad ; Irad était le père de Mehujaël et Mehujaël le père de Metuchaël et Metuchaël le père de Lémec. Et Lamec prit deux femmes ; le nom de l’une était Ada, et le nom de l’autre Tsilla. Ada enfanta Jabal ; il était le père de ceux qui habitent sous des tentes et avaient du bétail. Le nom de son frère était Jubal ; il était le père de tous ceux qui jouent de la harpe et du chalumeau. Tsilla engendra Tubal-Caïn ; il fut le facteur de tous les instruments de bronze et de fer. La sœur de Tubal-Caïn était Naama. Lamec dit à ses femmes : "Ada et Tsilla, écoutez ma voix ; vous épouses de Lamec, écoutez ce que je dis : J’ai tué un homme pour ma blessure, un enfant pour ma contusion. Si Caïn est vengé sept fois, Lamec le sera septante-sept fois" (Genèse 4, 16-24).

L'entrée triomphale du Sauveur du monde dans sa ville sainte.
1. Caïn dans sa colère a tué son frère Abel. Il est loin de la Présence du Seigneur, vagabond et fugitif : " perdu dans la terre de Nod, terre d’errance." Il est à l’est d’Eden: fixé au point de départ, sans direction. Mais plutôt que d’accepter la promesse de protection du Seigneur  (Genèse 4,15), Caïn cherche un lieu de sécurité en dehors de Dieu. Il fonde une ville, et l’appelle "Enoch," ce qui signifie "la discipline", "l’utilisation."  Caïn, fils d’Adam, est le premier meurtrier ; fondateur de la première ville.
                                                 
Ceci est l’anti-Eden : une économie, un ordre social, tout cela fait par l’homme. Chassé du Royaume de Dieu, Caïn fonde son propre royaume - un royaume sans Dieu. Avec les descendants de Caïn, Jabal, Jubal, et de Tubal-Caïn, viennent les marques de la civilisation : l’agriculture, les beaux-arts, la technologie (Genèse 4,20-22). Mais, comme l’histoire de Lamec le montre, ces avantages sont accompagnés par un motif continu de vengeance et de sang (Genèse 4,23-24).

2. Cette histoire nous indique l’ambiguïté morale et spirituelle profonde - à tout le moins - qui entoure la ville et tout ce qu’elle représente. Toutes les communautés humaines, même celles avec les plus grandes réalisations de la culture humaine, sont défigurées par le péché. Il n’y a pas de civilisation dans l’histoire du monde qui n’ait pas en quelque sorte été construite et entretenue par une fuite loin de Dieu, par l’idolâtrie et la brutalité, l’exploitation et la mise à mort d’autres êtres humains. Cette tendance est confirmée par les deux villes  suivantes mentionnées dans le livre de la Genèse : Babel (Genèse 11) et Sodome (Genèse 13-14; 19).

Palmes et rameaux bénis sur un autel de l'église
Saint-Eugène - Sainte-Cécile, Paris
Même Jérusalem n’échappe pas à cette ambiguïté. Jérusalem est "belle" (Cantique des Cantiques 6,4), mais seulement dans le futur. Les prophètes prophétisent le grand jour où Jérusalem sera sainte (Joël 3,17), où Dieu habitera en elle et où elle sera appelée "une ville de vérité" (Zacharie 8,3). Mais en attendant, elle est remplie d’injustice, ayant "gravement péché" (Lamentations 1,8). Elle est appelée sœur de Sodome (Ezéchiel 16,46-47), même Sodome (Esther 1,10 ; Jérémie 23,14 ; Apocalypse 1,18), la ville "qui tue les prophètes" (Matthieu 23,37). Et quand le Seigneur vient finalement habiter en elle, Il est rejeté, conduit devant les portes comme un bouc émissaire (Hébreux 13,12) pour être crucifié.

3. Comme hommes mortels, nés hors du Paradis, nous connaissons bien la ville de Caïn : la ville de l’homme sans Dieu, la Sodome et la Babylone qui nous entourent (Apocalypse 17,15). Nous sommes familiers, aussi, du péché de Jérusalem, le "double sombre" de l’Eglise qui ombre son histoire : l’abus des choses saintes au préjudice du peuple de Dieu (Jérémie 23,1) ; le pourvoyeur de mensonges et de fausses visions au Nom de Dieu (Jérémie 2,8 ; 4,14 ; 6,14 ; 23,16-17).

En tant que disciples de Jésus-Christ, notre tâche, cependant, n’est pas de fuir cette ville sombre, mais d’être ses témoins en son sein. Pendant le Carême, nous nous préparons à ce moment-là lorsque nous allons suivre le Seigneur dans la ville, pour cette heure où il nous dira : "Voici que nous montons à Jérusalem ; et le Fils de l’homme sera livré aux chefs sacrificateurs et aux scribes, et ils Le condamneront à mort et Le livreront aux païens ; et ils vont se moquer de Lui, Le fouetter, et Le tuer ; et après trois jours Il ressuscitera" (Marc 10,33-34).

Et après trois jours, Il ressuscitera. Dans ces mots jaillit la substance de toute notre espérance, car en eux se dresse la promesse d’une fin à la ville de Caïn, voire à toute la tragédie de l’histoire. En cette saison de repentance, il nous est rappelé que "nous n’avons pas ici de cité permanente" (Hébreux 13,14). Nous luttons plus fortement pour répondre un "non" retentissant à cette offre alléchante pour laquelle Caïn est tombé : le pouvoir et l’autorité, les royaumes de ce monde, en échange du culte du Diable (Luc 4,5-7). Nous pouvons le faire parce que nous savons que, dans la Croix et la Résurrection de Jésus, la ville de Caïn a déjà eu son jugement: déjà le "prince de ce monde", qui était "meurtrier dès le commencement ", est "chassé" (Jean 12,31-32 ; Jean 8,44).

4. La ville de Caïn, le royaume de Satan, ne peut pas subsister (Matthieu 12,25-26). Mais notre fin se trouve pas dans une fuite de l’histoire, une évasion de la ville. Car si l’histoire de l’Écriture, qui est notre Histoire, a commencé par un jardin, nous savons que cela finira, non pas par un jardin, mais par une ville : la ville sainte elle-même, la nouvelle Jérusalem, "descendue du ciel d’auprès de Dieu, préparée comme une épouse parée pour son époux" (Apocalypse 21,2), et au milieu d’elle, l’Arbre de Vie (Apocalypse 22,2).

Et tout comme dans l’Exode dans la terre promise, le peuple d’Israël emporta avec lui les dépouilles de l’Egypte (Exode 3,21-22), l’argent et l’or se sont réunis à la terre de leur affliction, donc de même dans cette ville sainte "les rois de la terre apporteront leur gloire" (Ap 21,24) : "tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui est bon, tout ce qui est excellent, tout ce qui est digne de louange"(Philippiens 4,8) - toutes ces choses de beauté et de créativité authentiques qui ont été faites ou accomplies dans la ville de l’homme, se trouveront d’une certaine façon dans cette nouvelle Jérusalem, ville du Dieu vivant. La polis (ville, en grec) - ville humaine et tout ce qu’elle représente - l’histoire humaine, la culture humaine - n’est pas seulement jugée ; elle est également purifiée et sanctifiée, rachetée, maintenant "dans l’espérance" (Romains 8,24 ; cf. 8,25).

"Qu’est-ce qui passera de l’Histoire dans l’Eternité ?" Demanda le Père Georges Florovsky, de bienheureuse mémoire. "La personne humaine avec toutes ses relations, telles que l’amitié et l’amour. Et dans ce sens aussi la culture, car une personne sans face culturelle concrète, serait un simple fragment d’humanité ".

5. En vérité, "la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle, et c’est un prodige à nos yeux" (Matthieu 21,42). Par Sa souffrance et Sa mort aux mains de la ville, et par Sa résurrection, Jésus-Christ a non seulement défait la tentative de l’homme de fonder une ville sans Dieu ; Il est aussi devenu, en lui-même, le début d’une nouvelle polis [ville] - une nouvelle communauté.

Palmes tressées en forme de croix, à la manière orientale.
La ville de Caïn a été fondée sur le sang d’Abel, criant vengeance depuis la terre (Genèse 4,10). Mais la ville que nous attendons, la ville du Dieu vivant, est fondée sur un "Sang qui est plus éloquent que le sang d’Abel" (cf. Hébreux 12,22-24), disant une parole, non pas de vengeance, mais de pardon et de résurrection. Caïn est vengé sept fois ; la vengeance de sa ville est amplifiée par génération ; son descendant Lamec est vengé septante-sept fois (Genèse 4,24). L’entrée dans la ville de Dieu, nous dit Jésus-Christ, est rachetée par la miséricorde, le pardon des dettes "soixante-dix fois sept fois" (Matthieu 18,22 ; cf. 18,23-34).

De cette ville à venir, nous sommes des citoyens, ce Sang nous y participons quand nous nous réunissons ensemble dans l’Amour par l’Eucharistie. Et bien que le monde ne le sache pas, c’est cette ville qui maintient le monde, comme l’âme maintient le corps (Épître à Diognète, 6). Dans l’Eucharistie de l’Église, nous "goûtons et voyons" déjà - comme dans une icône, voilée sous les signes - le futur glorieux que le Seigneur a préparé pour Sa création (Psaume 34, 8). 


Aimons-nous donc les uns les autres, et cherchant "cette ville qui est à venir" (Hébreux 13,14), recevons-Le dans nos cœurs, avec la prière de l’Esprit et de l’Epouse : "Viens, Seigneur Jésus !" (Apocalypse 22,20).


vendredi 7 avril 2017

Coeur inconstant ! Il est grand temps que tu choisisses le Seigneur


Saint Jean de Cronstadt

Le cœur peut changer plusieurs fois en un instant,
et passer du bien au mal,
de la foi à l'incroyance,
de la simplicité à la duplicité,
de l'amour à la haine,
de la bienveillance à la jalousie,
de la générosité à l'avarice,
oh, quelle inconstance !

Oh, que de dangers !

Oh, combien nous devons être sérieux
et attentifs !





mardi 4 avril 2017

1er mardi du mois d'Avril - la constance dans l'épreuve

"Non, il ne dort pas, il ne sommeille pas ton gardien"
Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, Lettre 74, à Mme Anne Lefebvre, alors qu’il est calomnié par son propre Evêque

Dieu seul

Ma chère fille,
Ni je ne vous oublie, ni je ne veux vous oublier et j’espère de l’infinie miséricorde de Notre Seigneur et de sa très sainte Mère que je me souviendrai de vous en leur divine présence éternellement et cela, avec bien de la reconnaissance.

Christ aux outrages, Paroisse
Saint-Eustache, Paris
Notre bon prélat me décrie ici, à Paris, de tous côtés ; il faut le laisser faire le bien, honorer, en dire du bien et demeurer en repos. Notre paix sera solide si nous la mettons dans la croix, puisque c’est par le mystère de la croix que toutes choses ont été pacifiées ; elle est, ma chère fille, notre unique espérance, comme le chante l’Eglise : il est doux d’y vivre, il est encore plus doux d’y mourir et nous n’avons plus que faire au monde quand nous cessons d’y souffrir.

Le prélat fait ce qu’il peut pour m’obliger à quitter mon bénéfice mais jamais je n’ai ressenti plus d’ardeur pour le conserver.

La croix ne nous doit pas faire quitter les lieux où nous la portons ; c’est bien au contraire, s’il y a quelque chose qui nous y doive arrêter, c’est la souffrance.
J’espère de la très sainte Mère de Dieu et des saints anges et de nos patrons qu’on en verra, en temps et lieu, les fruits précieux.

Je vous prie de faire dire neuf messes à saint Michel, à commencer le premier jour de mars qui sera à ce que je pense le premier mardi de carême, en l’honneur des saints anges du diocèse, et de celui qui garde le prélat et du mien. Je vous prie aussi d’aller une fois à la semaine à Saint-Taurin pour lui recommander l’affaire de mon bénéfice.

Nous avons recours au ciel, ma chère fille, quand ceux qui nous sont opposés se servent des créatures de la terre de tous côtés. Une fois aussi la semaine vous irez à Notre-Dame (NB. Notre-Dame d’Evreux, la cathédrale où M. Boudon exerçait son ministère d’archidiacre) comme à la Dame et Protectrice du diocèse.

Tâchez de bien faire la neuvaine des Saints Anges du diocèse et leur recommandez l’affaire de mon bénéfice car, mes amis qui en cela se trompent - à ce que je crois - me persécutent pour le quitter ; mais je me sens dans une fermeté tout entière pour ne le pas faire. Je vous supplie d’envoyer par une voie bien sûre la lettre pour le Neubourg car elle m’est de conséquence.

Je salue très cordialement madame de Rouves et vos saints anges et suis, ma très chère fille, etc…

A Paris, ce 17 février, dans l’octave de Saint Aquilin, évêque d’Evreux.


dimanche 2 avril 2017

Dimanche de la Passion

Paroisse Saint-Eugène - Sainte Cécile, Paris
Ce dimanche est le premier dimanche de la Passion. L'Eglise se prépare à entrer dans les outrages infamants que nous, pauvres pécheurs, allons faire subir au Maître de la Vie, Jésus, notre Sauveur, doux et humble de cœur. 

Pour nous concentrer sur les saints Mystères de notre foi, pour concentrer notre attention et notre foi sur la Passion et sur la Croix, l'Eglise invite les paroisses à cacher et voiler les images des saints pour ne plus contempler et adorer que la Croix seule, l'instrument de notre Salut.

Que la Croix sainte soit notre instrument de victoire.
Que les épines de la Sainte Couronne nous débarrassent de toutes mauvais pensées.
Que les clous transpercent nos pieds et nos mains pour que notre corps et notre cœur soit tout à Dieu seul.

Oui, le temps de notre Salut approche. Rendons gloire à notre Dieu qui nous a tant aimés qu'Il nous offre son Fils Jésus.

Jérôme Bosh, les instruments de la Passion

Seigneur Jésus, Fils de Dieu, Sauveur,
Aie pitié de moi, pécheur !
Saint Isaac le Syrien

Seigneur Jésus-Christ notre Dieu, par Tes souffrances apaise mes souffrances, par Tes plaies guéris mes plaies.
Que Ton corps tendu sur l’arbre de la Croix déploie vers Toi mon esprit que les démons écrasent.
Que Tes mains saintes percées de clous m’arrachent au gouffre de la perdition.
Que Ton visage qui reçut gifles et crachats éclaire ma face souillée d’injustices.

Je n’ai ni cœur brisé pour partir à Ta recherche, ni repentir, ni tendresse. Je n’ai pas de larmes pour Te prier. Mon esprit est enténébré, mon cœur est froid, je ne sais pas le réchauffer par des larmes d’amour pour Toi. Je T’ai abandonné. Ne m’abandonne pas. Je me suis éloigné, Toi, sois à ma recherche. Conduis-moi dans Ton pâturage, parmi les brebis de Ton troupeau.


Sainte Marie Madeleine en adoration devant la Couronne d'épines,
par Léonard Belliveaux, détail

vendredi 31 mars 2017

Être ou Avoir ?

Loin des vieux livres de grammaire,
La charité chrétienne
Écoutez comment un beau soir,
Ma mère m'enseigna les mystères
Du verbe être et du verbe avoir.
Parmi mes meilleurs auxiliaires,
Il est deux verbes originaux.
Avoir et Être étaient deux frères
Que j'ai connus dès le berceau.
Bien qu'opposés de caractère,
On pouvait les croire jumeaux,
Tant leur histoire est singulière.
Mais ces deux frères étaient rivaux.
Ce qu'Avoir aurait voulu être
Être voulait toujours l'avoir.
À ne vouloir ni dieu ni maître,
Le verbe Être s'est fait avoir.
Son frère Avoir était en banque
Et faisait un grand numéro,
Alors qu'Être, toujours en manque.
Souffrait beaucoup dans son ego.
Pendant qu'Être apprenait à lire
Et faisait ses humanités,
L'avarice et l'esprit de possession. Chapelle Saint-Yves, Priziac
De son côté sans rien lui dire
Avoir apprenait à compter.
Et il amassait des fortunes
En avoirs, en liquidités,
Pendant qu'Être, un peu dans la lune
S'était laissé déposséder.
Avoir était ostentatoire
Lorsqu'il se montrait généreux,
Être en revanche, et c'est notoire,
Est bien souvent présomptueux.
Avoir voyage en classe Affaires.
Il met tous ses titres à l'abri.
Alors qu'Être est plus débonnaire,
Il ne gardera rien pour lui.
Sa richesse est tout intérieure,
Ce sont les choses de l'esprit.
Le verbe Être est tout en pudeur,
Et sa noblesse est à ce prix.
Un jour à force de chimères
Le démon en colère contre la Croix et la Parole
des saintes Ecritures qui nous aident à discerner
le juste, le vrai et le bien. Chapelle Saint-Yves,
Priziac
Pour parvenir à un accord,
Entre verbes ça peut se faire,
Ils conjuguèrent leurs efforts.
Et pour ne pas perdre la face
Au milieu des mots rassemblés,
Ils se sont répartis les tâches
Pour enfin se réconcilier.
Le verbe Avoir a besoin d'Être
Parce qu'être, c'est exister.
Le verbe Être a besoin d'avoirs
Pour enrichir ses bons côtés.
Et de palabres interminables
En arguties alambiquées,
Nos deux frères inséparables
Ont pu être et avoir été.

....Oublie ton passé, qu'il soit simple ou composé,
Participe à ton Présent pour que ton Futur soit Plus-que-parfait.....


mardi 28 mars 2017

Le doute et le scrupule. Le démon joue avec nous dans les tentations

Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat.
Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « Les saintes voies de la croix », chap.5 : Des doutes et scrupules

Toutes les peines, même les plus méchantes, ne nous peuvent rendre coupables, tandis qu’elles nous déplaisent, non plus que notre entendement ne s’infecte pas par la connaissance qu’il a des plus grands maux du monde. ~ Il en est ainsi de notre cœur. C’est une glace où le diable peut par ses artifices représenter tout ce qu’il y a de plus hideux, de plus infâme, de plus abominable dans l’enfer ; mais il n’y a que la seule volonté qui puisse ouvrir la porte, et y faire entrer ces exécrations.

Que le diable fasse donc tant de grimaces qu’il voudra, qu’il forme devant votre cœur les images les plus sales, qu’il profère aux oreilles de votre intérieur tous les blasphèmes et impiétés les plus détestables qui se puissent imaginer, toutes ces choses ne vous peuvent rendre coupables.
Le démon tentant Saine Victoire, XIVe
Quand même  ces tentations dureraient toute notre vie, dit notre bienheureux P. saint François de Sales, elles ne sauraient nous souiller d’aucun péché. Vous direz que vous ne redoutez que votre sentiment et moi je tiens avec toute la théologie, bien plus assurée que vos appréhensions, qu’il est autant possible de joindre le douter et le consentir, que le certain avec l’incertain ; parce que le consentement présuppose un acquiescement de l’âme si plein, et une détermination si absolue, qu’elle ne laisse après soi aucun doute.

La marque la plus expresse de ne pas consentir est quand on doute de consentir. Je ne voudrais mettre le péché capital que dans une détermination de la volonté qui ne laissât après soi aucun doute de la malice. Oui ; mais, répliquerez-vous, tant de tentations et de croix qu’il vous plaira, pourvu que je n’offense point Dieu. Mais est-il possible que vous ne voyiez pas que c’est la peine que vous fuyez. Et c’est là que l’amour-propre joue son rôle et vous donne subtilement le change. Humiliez-vous devant Dieu, et reconnaissez qu’il sait mieux ce qu’il vous faut que vous-même. Jusqu’ici ce sont les paroles de ce grand évêque.


"Quis ut Deus ?" - Qui est comme Dieu - Michel. Prions Saint Michel de nous donner l'amour de Dieu seul.

dimanche 26 mars 2017

4e Dimanche de Carême : Le bruit ou le silence

Moine, grand schème, méditant la Passion qu'il porte
sur son habit par la grâce d'une consécration particulière.
Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « Le Règne de Dieu en l’oraison mentale », livre II


On entend que bruits, tumulte, on ne voit qu’irrévérences, chacun parle et un Dieu mourant pour l’homme n’a pas tant de pouvoir sur cet homme, pour le tenir dans le respect et l’application de son amour, comme un misérable plaisir d’entendre une belle voix. Répétons-le encore : dureté du cœur ingrat de l’homme !


Idem, « Exhortation sur Saint Joseph »

L’amour n’a que faire de tant de paroles. S’il parle, c’est dans le silence et jamais l’amour qui aime ne crie si haut aux oreilles de son divin amant que quand son amour lui ferme la bouche et la tient si serrée qu’il ne lui reste plus rien à dire, sinon qu’il ne peut rien dire du tout.



samedi 25 mars 2017

Annonciation du Seigneur

Saint Germain Ier, patriarche de Constantinople de 715 à 730, homélie sur la Présentation de la Mère de Dieu (bréviaire, office des lectures pour le samedi, en l’honneur de la TS Vierge Marie)

Salut, Marie, pleine de grâce, plus sainte que les Saints, plus élevée que les cieux, plus glorieuse que les Chérubins, plus digne d’honneur que les Séraphins, et vénérable au-dessus de toute créature.

Salut, ô colombe qui nous apportez le fruit de l’olivier et nous annoncez Celui par qui nous sommes préservés du déluge spirituel, et qui est le port du salut ; vous dont les ailes ont la blancheur de l’argent et dont le dos brille de l’éclat de l’or et des rayons de l’Esprit très saint et illuminateur.

Salut, paradis de Dieu, jardin raisonnable et très agréable, planté aujourd’hui à l’Orient par la main toute bienveillante et toute puissante de ce même Dieu, exhalant pour lui l’odeur suave du lis, et produisant la rosée d’une inaltérable beauté pour la guérison de ceux qui avaient, du côté de l’Occident, bu jusqu’à la lie l’amertume d’une mort désastreuse et funeste à l’âme ; paradis, dans lequel l’arbre de vie fleurit pour la connaissance de la vérité, donnant l’immortalité à ceux qui goûtent de son fruit.

Salut, édifice sacro-saint, immaculé, palais très pur de Dieu le souverain Roi, orné tout autour par la magnificence de ce même Roi divin. Ce palais offre à tous l’hospitalité, et les réconforte par de mystérieuses délices ; dans son enceinte se trouve la couche nuptiale de l’Époux spirituel, elle n’a pas été faite à la main et elle brille d’ornements divers ; c’est là que le Verbe, voulant rappeler dans la voie droite l’humanité errante, s’est uni la chair, afin de réconcilier avec son Père ceux qui s’étaient exilés par l’effet de leur propre volonté.

Salut, montagne de Dieu très fertile et ombragée, sur laquelle a été nourri l’agneau plein de sagesse qui a porté nos péchés et nos infirmités ; montagne d’où a roulé, sans qu’aucune main la détachât, cette pierre qui a brisé les autels des idoles et qui est devenue le sommet de l’angle : fait admirable à nos yeux.

Couronnement de Marie,
par Jacopo di Mino, Montepulciano
Salut, trône sacré de Dieu, autel divin, maison de gloire, ornement d’une beauté incomparable, trésor choisi, propitiatoire de tout l’univers, ciel qui raconte la gloire de Dieu.

Salut, vase formé d’un or pur, contenant le plus suave attrait de nos âmes : le Christ, qui est la manne véritable.

O Vierge très pure et très digne de toute louange comme de tout respect, temple consacré à Dieu et surpassant en excellence toute créature, terre intacte, champ fécond sans culture, vigne entièrement fleurie, fontaine répandant des eaux abondantes, vierge féconde et mère sans union, trésor caché d’innocence et beauté toute sainte, intercédez pour nous auprès de celui qui est à la fois votre Fils né de vous, sans avoir de père terrestre, et le Seigneur notre Dieu, Créateur de toutes choses. Daignez, par vos prières toujours agréées et douées de la puissance que donne l’autorité maternelle, prendre en main le gouvernement de l’ordre ecclésiastique et nous conduire au port tranquille.