vendredi 25 décembre 2020

Joyeux et saint Noël à tous !



L'Archiconfrérie des Saints Anges et du Très Saint Sacrement de l'Autel est heureuse de vous souhaiter un saint, un beau, un joyeux Noël !

En ces temps difficiles que nous avons traversés nous avons pu mesurer combien la plus grande des grâces est d'être chrétien : disciples de Notre Seigneur Jésus-Christ, comblés des dons du Saint Esprit, enfants adoptifs de Dieu notre Père depuis le jour de notre baptême.

Rendons gloire à l'adorable et très sainte Trinité qui nous a élue pour vivre au milieu de l'assemblée céleste pour l'éternité. Accueillons le Fils de Dieu venu dans la chair pour nous sauver. Remercions Notre Dame et Saint Joseph pour le Don qu'ils font au monde entier en nous offrant le Roi des rois et Seigneur des seigneurs.

Saint et joyeux NOËL !

Carlo Maratta, Sainte Vierge Marie, Théotokos

Conseils de Saint Charles de Foucauld à sa sœur, dans une lettre de Terre Sainte, où il résidait alors, datée du 17 décembre 1898

Bon Noël, bonne année, ma chérie, à toi et à tous tes enfants.

Je prierai l’Enfant Jésus pour vous tous en cette belle nuit de Noël. Te rappelles-tu les Noëls de l’enfance ? J’espère que tu fais à tes enfants une crèche et un arbre. Ce sont des souvenirs, qui font du bien toute la vie.

Ann Macbeth, la Nativité aux Anges

Tout ce qui fait aimer Jésus, tout ce qui fait aimer le foyer paternel est si salutaire ! Ces joies de l’enfance, où s’unit la religion dans ce qu’elle a de plus doux à la vie de famille dans ce qu’elle a de plus attendrissant, font un bien qui dure jusqu’à la vieillesse. Mais, il y aura des Noëls plus beaux encore, ce seront ceux du Ciel.

Ma chérie, fais à tes enfants une belle crèche et un bel arbre et un beau Noël, et fais tout ton possible pour que leurs fêtes de Noël leur soient douces, douces, leur laissant ce souvenir ineffaçable d’une suavité infinie. Mais, surtout, prépare-leur un beau Noël au Ciel, en te sanctifiant le plus possible et en les élevant non pour être du monde, cela ne vaut pas la peine ; le monde passe trop vite et il n’est d’ailleurs pas digne de nous, il ne mérite pas notre estime, ni même nos regards.

Nous sommes faits pour mieux que cela ; notre cœur a soif de plus d’amour que le monde ne peut lui en donner ; notre esprit a soif de plus de vérité que le monde ne peut lui en montrer ; tout notre être a soif d’une vie plus longue que celle que la terre peut lui faire espérer ; n’élève pas tes enfants pour ce qui est méprisable.


Crèche vivante à Gaza


mercredi 23 décembre 2020

Montons à Bethléem !

 


Saint Grégoire de Nysse, Sermon sur la Nativité

« Aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David »

Frères, avertis du miracle, comme Moïse allons voir cette chose extraordinaire (Ex 3,3) : en Marie, le buisson embrasé ne se consume pas ; la Vierge enfante la Lumière sans subir d'atteinte. (...) Courons donc à Bethléem, le bourg de la Bonne Nouvelle !

Si nous sommes de vrais bergers, si nous demeurons éveillés en notre garde, c'est à nous que s'adresse la voix des anges qui annoncent une grande joie (...) : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, car la paix descend sur la terre ! » Là où, hier, il n'y avait plus que malédiction, théâtres de guerre et exil, voici que la terre reçoit la paix, car aujourd'hui « la vérité sort de la terre et la justice vient du ciel » (Ps 85,12). Voilà le fruit que la terre donne aux hommes, en récompense de la bonne volonté qui règne chez les hommes (Lc 2,14).

Dieu s'unit à l'homme pour élever l'homme jusqu'à la hauteur de Dieu. À cette nouvelle, frères, partons pour Bethléem afin de contempler (...) le mystère de la crèche : un petit enfant enveloppé de langes repose dans une mangeoire.

Vierge après son enfantement, la Mère incorruptible embrasse son fils. Avec les bergers répétons la parole du prophète : « Ce qu'on nous avait annoncé, nous l'avons vu dans la cité de notre Dieu » (Ps 47,9).

Mais pourquoi est-ce que le Seigneur cherche refuge dans cette grotte de Bethléem ? Pourquoi dormir dans une mangeoire ? Pourquoi se mêler au recensement d'Israël ? Frères, celui qui apporte au monde la libération vient naître dans notre esclavage à la mort. Il naît dans cette grotte pour se montrer aux hommes plongés dans les ténèbres et l'ombre de la mort. Il est couché dans une mangeoire parce que il est Celui qui fait croître l'herbe pour le bétail (Ps 103,14), c'est lui le Pain de Vie qui nourrit l'homme d'un aliment spirituel pour qu'il vive lui aussi dans l'Esprit. (...)

Quelle fête plus heureuse que celle d'aujourd'hui ? Christ, Soleil de justice (Ml 3,20), vient éclairer notre nuit. Ce qui était tombé se relève, ce qui était vaincu est libéré (...), ce qui était mort revient à la vie. (...) Aujourd'hui, chantons tous d'une seule voix, sur toute la terre : « Par un homme, Adam, était venu la mort ; par l'homme, aujourd'hui vient le salut » (cf Rm 5,17).

dimanche 20 décembre 2020

4e dimanche de l'Avent, confions-nous à Notre-Dame du Oui



Notre Dame, qui par votre « oui » avez changé la face du monde, prenez en pitié ceux qui veulent dire « oui » pour toujours.

Vous qui savez à quel prix ce mot s’achète et se tient, obtenez-nous de ne pas reculer devant ce qu’il exige de nous.

Apprenez-nous à le dire comme vous dans l’humilité, la pureté, la simplicité et l’abandon à la volonté du Père.

Faites que tout au long de notre vie les « oui » que nous dirons après celui-là ne soient pas autre chose qu’un moyen d’adhérer encore plus parfaitement à la volonté de Dieu pour notre salut et celui du monde entier. Amen.




vendredi 18 décembre 2020

Pour se préparer à Noël, demeurons humbles et petits pour accueillir le Roi des rois

 Messe avec les membres de la commission théologique internationale, Homélie de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, Chapelle Pauline, le mardi 1er décembre 2009

Chers frères et sœurs, 

Les paroles du Seigneur, que nous venons d’entendre dans le passage évangélique, constituent un défi pour nous théologiens, ou peut-être, pour mieux dire, une invitation à un examen de conscience: qu’est-ce que la théologie? Que sommes-nous, nous les théologiens? Comment bien faire de la théologie? Nous avons entendu que le Seigneur loue le Père, car il a caché le grand mystère du Fils, le mystère trinitaire, le mystère christologique, aux sages, aux savants — ceux-ci ne l’ont pas reconnu —, mais il l’a révélé aux petits, aux nèpioi, à ceux qui ne sont pas savants, qui n’ont pas une grande culture. C’est à eux qu’a été révélé ce grand mystère.

Avec ces mots, le Seigneur décrit simplement un fait de sa vie; un fait qui commence déjà au temps de sa naissance, lorsque les Rois mages d’Orient demandent à ceux qui sont compétents, aux scribes, aux exégètes le lieu de la naissance du Sauveur, du Roi d’Israël. Les scribes le savent, car ce sont de grands spécialistes; ils peuvent dire immédiatement où naît le Messie: à Bethléem! Mais ils ne se sentent pas invités à y aller: pour eux, cela reste une connaissance académique, qui ne touche pas leur vie; ils restent en dehors. Ils peuvent donner des informations, mais l’information ne devient pas formation de leur propre vie.

Ensuite, au cours de toute la vie publique du Seigneur, nous trouvons la même chose. Il est impossible aux savants de comprendre que cet homme qui n’est pas savant, galiléen, puisse être réellement le Fils de Dieu. Il reste inacceptable pour eux que Dieu, le grand, l’unique, le Dieu du ciel et de la terre, puisse être présent chez cet homme. Tous savent, connaissent également Isaïe 53, toutes les grandes prophéties, mais le mystère reste caché. Il est en revanche révélé aux petits, à commencer par la Vierge, jusqu’aux pêcheurs du lac de Galilée. Ils reconnaissent, de même que le capitaine romain sous la croix reconnaît: celui-ci est le Fils de Dieu!

Les faits essentiels de la vie de Jésus n’appartiennent pas seulement au passé, mais sont présents, de manière différente, dans toutes les générations. Et ainsi, à notre époque également, au cours des 200 dernières années, nous observons la même chose. Il y a de grands sages, de grands spécialistes, de grands théologiens, des maîtres de la foi, qui nous ont enseigné de nombreuses choses. Ils ont pénétré dans les détails de l’Ecriture Sainte, de l’histoire du salut, mais ils n’ont pas pu voir le mystère lui-même, le véritable noyau: que Jésus était réellement le Fils de Dieu, que le Dieu trinitaire entre dans notre histoire, à un moment historique déterminé, dans un homme comme nous. L’essentiel est resté caché! On pourrait facilement citer de grands noms de l’histoire de la théologie de ces deux cents ans, dont nous avons beaucoup appris, mais le mystère ne s’est pas ouvert aux yeux de leur cœur.

En revanche, il y a aussi à notre époque des petits qui ont connu ce mystère. Nous pensons à sainte Bernadette Soubirous; à sainte Thérèse de Lisieux, avec sa nouvelle lecture de la Bible « non scientifique », mais qui entre dans le cœur de l’Ecriture Sainte; jusqu’aux saints et bienheureux de notre époque: sainte Joséphine Bakhita, la bienheureuse Teresa de Calcutta, saint Damien de Veuster. Nous pourrions en citer tant!

Mais de tout cela naît la question: pourquoi en est-il ainsi? Le christianisme est-il la religion des sots, des personnes sans culture, non formées? La foi s’éteint-elle là où la raison se réveille? Comment cela s’explique-t-il? Peut-être devons-nous encore une fois regarder l’histoire. Ce que Jésus a dit, ce que l’on peut observer au cours de tous les siècles, reste vrai. Mais il y a toutefois une « espèce » de petits qui sont également savants. Sous la croix se trouve la Vierge, l’humble servante de Dieu et la grande femme illuminée par Dieu. Et il y a également Jean, pêcheur du lac de Galilée, mais c’est ce Jean qui sera justement appelé par l’Eglise « le théologien », car il a réellement su voir le mystère de Dieu et l’annoncer: avec un œil d’aigle, il est entré dans la lumière inaccessible du mystère divin. Ainsi, après sa résurrection également, le Seigneur, sur le chemin de Damas, touche le cœur de Saul, qui est l’un des savants qui ne voient pas. Lui-même, dans la première Lettre à Timothée, se définit « ignorant » à cette époque, malgré sa science. Mais le Ressuscité le touche: il devient aveugle et, dans le même temps, il devient réellement voyant, il commence à voir. Le grand sage devient un petit, et c’est précisément pour cela qu’il voit la folie de Dieu qui est sagesse, une sagesse plus grande que toutes les sagesses humaines.

Nous pourrions continuer à lire toute l’histoire de cette manière. Une dernière observation encore. Ces sages savants, sofòi et sinetòi, dans la première lecture, apparaissent d’une autre manière. Ici sofìa et sìnesis sont des dons de l’Esprit Saint qui reposent sur le Messie, sur le Christ. Qu’est-ce que cela signifie? Il apparaît qu’il existe un double usage de la raison et une double façon d’être sages ou petits. Il y a une manière d’utiliser la raison qui est autonome, qui se place au-dessus de Dieu, dans tout l’éventail des sciences, en commençant par les sciences naturelles, où une méthode adaptée pour la recherche de la matière est universalisée: Dieu n’a rien à voir dans cette méthode, donc Dieu y est absent. Et, enfin, il en est également de même en théologie: on pêche dans les eaux de l’Ecriture Sainte avec un filet qui ne permet de prendre que des poissons d’une certaine taille; tout ce qui dépasse cette taille ne peut pas entrer dans le filet et donc ne peut pas exister. Ainsi, le grand mystère de Jésus, du Fils qui s’est fait homme, se réduit à un Jésus historique: une figure tragique, un fantôme sans chair ni os, un homme qui est resté dans le sépulcre, qui s’est corrompu et qui est réellement mort. La méthode sait « attraper » certains poissons, mais exclut le grand mystère, car l’homme se fait lui-même la mesure: il a cette prétention, qui dans le même temps est une grande sottise, car elle rend absolues certaines méthodes qui ne sont pas adaptées aux grandes réalités; elle s’inscrit dans cet esprit académique que nous avons vu chez les scribes, qui répondent aux Rois mages: cela ne me concerne pas; je reste enfermé dans mon existence, qui n’est pas touchée. C’est la spécialisation qui voit tous les détails, mais qui ne voit plus la totalité.

Et il y a l’autre manière d’utiliser la raison, d’être sages, celle de l’homme qui reconnaît qui il est; et qui reconnaît sa propre mesure et la grandeur de Dieu, en s’ouvrant dans l’humilité à la nouveauté de l’action de Dieu. Ainsi, précisément en acceptant sa propre petitesse, en se faisant petit comme il l’est réellement, il arrive à la vérité. De cette manière, la raison aussi peut exprimer toutes ses possibilités, elle n’est pas éteinte, mais elle s’élargit, elle devient plus grande. Il s’agit d’une autre sofìa et sìnesis, qui n’exclut pas du mystère, mais qui est précisément communion avec le Seigneur dans lequel reposent savoir et sagesse, et leur vérité.

En ce moment, nous voulons prier pour que le Seigneur nous donne la véritable humilité. Qu’il nous donne la grâce d’être petits pour pouvoir être réellement sages; qu’il nous illumine, qu’il nous fasse voir son mystère de la joie de l’Esprit Saint, qu’il nous aide à être de véritables théologiens, qui puissent annoncer son mystère car ils ont été touchés dans la profondeur de leur cœur, de leur existence. Amen.



mardi 15 décembre 2020

Préparer tout autant son corps que son âme à Noël

Basilique du Saint-Sépulcre de Jérusalem sous la neige

Saint Jean de Shanghai, “Sermons et Homélies”

Vous ne pouvez pas préparer Noël et vous amuser en même temps.

Tout d'abord, nous devons nous rappeler quotidiennement le jour où le Fils de Dieu lui-même est apparu miraculeusement sur la terre en tant que bébé. En regardant Bethléem, nous devons nous rendre compte à quel point nos routines quotidiennes sont banales et risibles par rapport à la splendeur du festin à venir. Avant les vacances, nous devrions mettre de côté toutes les haines, toutes les malveillances et faire de notre mieux pour être aimables, même avec ceux avec qui nous avons rompu et dont nous nous opposons aux actes. Rappelons-nous que les gentils parents aiment leurs enfants désobéissants, même s'ils les punissent parfois. Nous sommes tous des enfants de notre Père céleste!

Nous devrions observer le jeûne établi par l'Église. C’est grâce à cette aide que nous pourrons garder nos passions à distance en évitant à la fois les aliments interdits et les divertissements. Nous ne devons absolument pas négliger le jeûne, même quand il y a des gens autour de nous qui célèbrent la fête de la Nativité à leur manière.

Jésus-Christ n'est pas né deux fois. Il est né de la Vierge Marie juste une fois. Vous ne pouvez pas vous préparer pour Noël et vous amuser en même temps, donc piétinez essentiellement les traditions et les règles établies par l'Église! Ce n'est pas une façon de célébrer la première venue du Christ sur cette terre. C'est une façon de gâter notre envie de nous amuser, ce qui ne nous profite pas du tout.

Préparons-nous pour le jour où la chorale chantera solennellement ‘‘Ta nativité, ô Christ notre Dieu, a montré au monde la lumière de la sagesse’’. C'est alors que nous ressentirons la joie de la Nativité. C'est à ce moment-là que nos âmes arriveront à Bethléem et que notre cœur accueillera Christ.


dimanche 13 décembre 2020

Gaudete - Soyez toujours dans la joie car le Seigneur vient !

Le Christ, la vraie lumière du monde.

Homélie d'Angélus de Benoît XVI, 11 décembre 2011 (14/12/2014)

 

Chers frères et sœurs ;

Les textes liturgiques de cette période de l'Avent nous renouvellent l'invitation à vivre dans l'attente de Jésus, à ne pas cesser d'attendre sa venue, afin de garder une attitude d'ouverture et de disponibilité à la rencontre avec Lui. La vigilance du cœur, que le chrétien est appelé à toujours exercer, dans la vie de tous les jours, caractérise particulièrement ce temps où nous nous préparons avec joie au mystère de Noël.

L'environnement extérieur offre les messages habituels de nature commerciale, peut-être à un degré moindre en raison de la crise économique. Le chrétien est appelé à vivre l'Avent sans se laisser distraire par les lumières, mais en sachant donner aux choses leur juste valeur, pour fixer le regard intérieur sur le Christ. En effet, si nous persévérons «vigilants dans la prière et exultants dans la louange» , nos yeux seront capables de reconnaître en Lui la vraie lumière du monde, qui vient éclairer nos ténèbres.
En particulier, la liturgie de ce dimanche, appelé « Gaudete », nous invite à la joie, à une vigilance non pas triste, mais joyeuse; « Gaudete in Domino semper »- écrit saint Paul: « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur » ( Phil. 4.4). 

La vraie joie n'est pas le résultat de se divertir, entendu au sens étymologique du mot di-vertere, c'est-à-dire s'extraire des devoirs de la vie et de ses responsabilités. La vraie joie est liée à quelque chose de plus profond. Bien sûr, dans les rythmes quotidiens, souvent frénétiques, il est important de trouver des espaces de temps pour le repos, la détente, mais la vraie joie est liée à la relation avec Dieu. Celui qui a rencontré le Christ dans sa propre vie, expérimente dans son cœur une sérénité et une joie que rien ni personne ne lui peut enlever. Saint Augustin l'avait très bien compris: dans sa recherche de la vérité, de la paix, de la joie, après avoir essayé en vain beaucoup de choses, conclut par l'expression célèbre que le cœur de l'homme est agité, ne peut pas trouver la sérénité et la paix jusqu'à ce qu'il repose en Dieu (cf. Confessions , I, 1.1).

La vraie joie n'est pas seulement une humeur passagère, ni quelque chose que l'on peut atteindre par ses propres efforts, mais c'est un don, elle naît de la rencontre avec la personne vivante de Jésus, de lui faire de la place en nous, d'accueillir l'Esprit Saint qui guide nos vies. C'est l'invitation de l'apôtre Paul, qui dit: « Que le Dieu de la paix vous sanctifie totalement, et que toute votre personne, esprit, âme et corps, soit conservée irrépréhensible, lors de l'avènement de notre Seigneur Jésus Christ» (1 Thessaloniciens 5.23).

En ce temps de l'Avent, renforçons la certitude que le Seigneur est venu parmi nous et renouvelle sans cesse sa présence d'encouragement, d'amour et de joie. Ayons foi en lui; comme le dit encore saint Augustin, à la lumière de son expérience: le Seigneur est plus proche de nous que nous ne le sommes de nous-mêmes - « “interior intimo meo et superior summo meo” »( Confessions , III, 6 , 11).

Confions notre chemin à la Vierge Immaculée, dont l'esprit a exulté en Dieu, le Sauveur. Qu'elle guide nos cœurs dans l'attente joyeuse de la venue de Jésus, une attente riche de prière et d'œuvres bonnes.




samedi 12 décembre 2020

Notre Dame de Guadalupe

 


PRIÈRE POUR LES ENFANTS À NAÎTRE ET LEURS DÉFENSEURS

Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit,

Par l'intercession de Notre-Dame,
de Saint Joseph
et de toute la cour céleste,
préservez les enfants à naître
et leurs défenseurs
de toutes les forces du mal.
Illuminez de Votre Lumière
les cœurs des femmes enceintes
et fortifiez-les de Votre Amour.
Obtenez la conversion
des ennemis de la vie,
nous vous en prions.
Ainsi soit-il.


Notre-Dame de Guadalupe, qui portez
en vous l'Enfant-Jésus, exaucez nous !



mercredi 9 décembre 2020

O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous

Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « Dieu seul ou le saint esclavage de

l’admirable Mère de Dieu », Chap. 2, Avoir une dévotion particulière à l'immaculée Conception de la très pure Vierge

Si sainte Brigitte, au livre VIe de ses Révélations, déclare que la bienheureuse Vierge lui a manifesté que Dieu avait permis que plusieurs personnes pieuses avaient douté de la vérité de son Immaculée Conception, afin de donner plus de lieu à ses dévots de faire paraître leur zèle en un sujet qui lui était si glorieux, quoique la vérité en fût cachée à quelques-uns qui le révoquaient en doute ; il n’y a point à délibérer pour ses esclaves en cette rencontre, qui doivent faire une haute profession de soutenir tout ce qui regarde la gloire de leur bonne maîtresse. Et c'est une maxime enseignée par les plus saints et plus braves théologiens que nous devons accorder à la Mère de Dieu tous les privilèges qui lui peuvent être donnés sans préjudice de la foi. Nous avons dit que le véritable esclave est autant que l'on peut être selon Dieu à la divine Marie : il faut donc qu'il soit pour sa Conception Immaculée, il doit en soutenir hautement la vérité en toutes sortes d'occasions, il doit se déclarer ouvertement et en public et dans le particulier pour ce mystère, qui doit être le sujet de sa dévotion particulière, en faisant la fête avec toute la solennité possible, en s'y préparant par des pratiques spéciales d'une vertu solide, et en l'honorant souvent le long de l'année par les dévotions que l'amour de sa chère mère lui inspirera. Ce n'est pas de merveille, si lorsque l'on considère une personne, on demeure d'accord touchant ses intérêts de toutes les choses où tout le monde ne trouve aucune difficulté ; mais c'est lui rendre des témoignages d'une amitié sincère, de prendre son parti dans une cause fâcheuse, où elle est puissamment combattue. Disons de même, qu'il ne faut pas s'étonner si des catholiques honorent la très sainte Vierge en des mystères qu'ils sont obligés de croire par la foi, s'ils célèbrent des fêtes qui sont reçues des schismatiques même, comme celles de l'Annonciation que les Moscovites solennisent avec des respects tout extraordinaires, quoiqu'ils ne reçoivent pas les autres fêtes des mystères de Notre-Seigneur. Les marques d'un zèle véritable que l'on peut donner, doivent paraître en une matière qui est contestée : et nous devons nous réjouir de la liberté qui nous est accordée, pour avoir lieu de témoigner à notre divine princesse notre bonne volonté. Comme c'est elle qui a détruit toutes les hérésies, selon que le chante l'Église ; c'est le propre des hérétiques de s'opposer aux honneurs qui lui sont rendus par les fidèles. Dans le dernier siècle, le misérable Luther osait bien dire que les fêtes de la très sainte Vierge lui déplaisaient beaucoup ; mais surtout la fête de sa très pure Conception. C'est ce qui doit animer le zèle de ses dévots, dont l'ardeur se doit redoubler par les contradictions de l'enfer et de ses suppôts : aussi voyons-nous que le Saint-Esprit inspire plus que jamais la dévotion de l'Immaculée Conception dans le cœur des fidèles.

Le roi catholique Philippe III obtint de Paul V par ses ambassadeurs, qu'il avait envoyés tout exprès, une bulle par laquelle il était défendu de soutenir dans les sermons, leçons, ou autres actes publics, l'opinion contraire à l'Immaculée Conception : mais il n'est pas possible d'exprimer la joie de tout le royaume d'Espagne à la nouvelle de la bulle : il fit une grande fête depuis le 6 d'octobre jusqu'au 8 de décembre, partout l'on faisait des processions solennelles en actions de grâces, ce n'était que feux de joie de tous côtés, c'était une réjouissance publique de toute sorte d'états et de conditions, qui tâchaient de faire paraître à l'envi l'un de l'autre leur amour pour les intérêts de la souveraine du ciel et de la terre. Grand nombre de princes, plusieurs universités, quantité de chapitres, de collèges et de confréries s'obligèrent par vœu de ne dire jamais rien de contraire à la vérité de ce privilège de la Mère de Dieu ; mais de le croire inviolablement jusqu'au dernier soupir de leur vie, autant que l'Église le permettait. L'on en institua la confrérie, que Charles-Quint avait déjà fait établir en d'autres lieux, où le roi, les princes et princesses, les ducs, marquis, comtes, et enfin les plus grands du royaume, plusieurs universités, collèges, cent quatre-vingt monastères, et plus de vingt mille hommes ayant donné leur nom, ils firent tous vœu de soutenir l'Immaculée Conception ; le roi catholique embrassant cette dévotion avec une telle ferveur qu'il serait allé volontiers à pied à Rome, s'il avait cru pouvoir obtenir quelque chose de plus du Saint-Siège en faveur de ce mystère. Philippe IV, digne héritier du zèle d'un roi si pieux, aussi bien que de ses États, impétra de Grégoire XV, l'an 1622, une bulle par laquelle il était défendu non-seulement, comme en la précédente, de soutenir l'opinion contraire dans les actes publics, mais encore dans les entretiens particuliers : et à présent cette dévotion s'est tellement augmentée en ce royaume catholique que la plupart des prédicateurs commencent leurs sermons par ces saintes paroles : Loué soit à jamais le très saint Sacrement de l'autel et l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu.

Il y a déjà longtemps que notre France s'est déclarée pour le glorieux privilège de celle qu'elle reconnaît pour sa puissante protectrice, étant plus que jamais en sa dépendance, à raison du vœu et de la donation que lui en a faite le feu roi Louis le Juste (XIII), de glorieuse mémoire, renouvelée et confirmée par le roi Louis Dieu-Donné (XIV), à présent régnant, et ratifiée et acceptée par tous ses sujets catholiques. Sa plus florissante université n'accorde la qualité de docteur qu'à condition de défendre un privilège si avantageux à la mère de toute la science des saints : et ces années dernières l'on a vu dans la capitale du royaume une maison de saintes religieuses établies par la piété de notre grande reine, qui sont toutes dédiées en l'honneur de la très pure Conception, après la solennité d'une grande fête, suivie d'octave, dans laquelle pendant tous les jours de ladite octave plusieurs princes de l'Église et autres fameux prédicateurs publiaient les grandeurs, aussi bien que la vérité du mystère.

Il est bien difficile d'en douter à celui qui considérera que la très sainte Vierge, si elle n'avait été exempte de péché originel, aurait été sujette du démon : car quelle apparence que celle qui devait briser la tête du serpent infernal en fût l'esclave ? Quelle apparence que celle qui devait triompher avec tant de gloire de enfer, y fût assujettie ? Non, dit un ancien Père, la justice ne permettait pas que ce vaisseau d'élite fût déshonoré par des misères qui sont communes au reste des hommes. Mais peut-on croire, que si dans la terre où il y a si peu d'ordre, les maitres cependant y sont préférés aux valets, les rois à leurs sujets ; que dans le ciel l'on considère davantage les serviteurs, que celle qui en est l'auguste reine ? Si Marie a été sujette au péché originel, il faut dire qu'en cela Adam a eu plus de privilège, et que les anges ont été plus heureux, leur pureté n'ayant jamais été souillée de la moindre tache d'aucun péché. Disons de plus, qu'il y allait de l'honneur de son Fils qu'elle en fût préservée ; parce que comme la gloire des pères descend jusqu'à leurs enfants, de même leur ignominie retourne en quelque manière sur eux. Saint Thomas se sert de cette raison pour prouver que la très sainte Vierge n'a jamais commis aucun péché véniel. Mais si cette preuve est forte à l'égard du péché véniel, elle l'est bien plus à l'égard du péché originel, puisque l'âme par le péché véniel ne sort pas de la grâce et de l'amitié de Dieu, et n'est pas sous la domination du démon : ce qui arrive par le péché originel. Si donc, l'Angélique docteur ne peut souffrir la pensée du plus petit péché véniel en l'âme de la très sainte Vierge, s'il estime que son Fils en aurait été déshonoré, qu'il y allait de ses divins intérêts de ne le pas permettre ; comment pourra-t-on se persuader que cette âme toute sainte ait tombé dans le péché d'origine, qui est un péché mortel, qui prive du paradis et de la grâce ? En vérité la seule idée en donne l'horreur : car serait-il bien possible que Marie, la plus aimée, aussi bien que la pus aimante des créatures, eût été le sujet de la haine de son Fils, eût été le sujet de l'aversion d'un Dieu qui l'avait destiné pour sa Mère ? Serait-il bien possible que le diable pût se vanter de l'avoir eue sous son empire, et de l'avoir détenue captive sous ses fers, et garrottée en ses chaînes ?

Il est vrai qu'il y a eu quelques saints dans des sentiments contraires ; mais c'était dans des temps où ce mystère n'était pas encore assez connu. Ils disaient que la fête qui en était célébrée, n'était pas approuvée des Souverains Pontifes ; ils disaient qu'il n'y avait que des églises particulières qui en faisaient la solennité. Mais ces raisons pourraient-elles aujourd'hui avoir quelque force, puisque la fête est reçue par le Saint-Siège, et de toute l'Église universelle ? De plus, il y a de graves auteurs, et des chroniques d'un grand ordre, qui rapportent que ces saints paraissant visiblement après leur mort, se sont rétractés de leurs opinions, et ont avoué la vérité de la Conception Immaculée. L'on peut encore remarquer que les oppositions de ces saints n'ont servi qu'à faire paraître avec plus d'éclat la pureté sans tache de la bienheureuse Vierge en sa conception toute sainte : car si l'on objecte que leur autorité est grande, c'est ce qui doit persuader davantage la vérité qu'ils ont impugnée, quoi qu'avec respect, puisque toutes les écoles de théologie ayant tant de déférence pour leur doctrine, si elles ne la suivent pas en quelque matière, c'est une des marques les plus fortes que l'on puisse avoir qu'elle n'est pas vraie.

Mais y a-t-il rien de plus puissant, pour nous convaincre les esprits, que l'inclination générale de l'Église universelle ? Si elle parle du péché originel dans le dernier concile œcuménique, elle déclare qu'elle n'y comprend pas l’Immaculée Mère de Dieu. Dès les premiers siècles, le grand saint Augustin a enseigné que lorsqu’il s'agit du péché il ne voulait en aucune façon parler de la bienheureuse Vierge. Et, de vrai, le Saint-Esprit ne lui dit-il pas, dans les Cantiques, qu'elle est toute belle et sans aucune tache ? Et ne pouvons-nous pas assurer avec justice que c'est ce même Esprit qui unit les esprits de presque tous les fidèles, pour conspirer unanimement à la pieuse croyance de cette vérité ? En sorte que, si l'on demande à tous les peuples qui viennent en foule louer le Seigneur en sa sainte Mère par toute la terre habitable, en autant de lieux qu'il y a des églises, le jour de la fête de sa Conception, ce qu'ils viennent honorer en la solennité de ce mystère, sans doute qu'ils répondront qu'ils ont dessein d'honorer la Conception Immaculée de la Mère de Dieu. Et en cette rencontre, toutes les chaires de nos temples retentissant de cette vérité, toute la terre fait comme un écho à toutes les voix qui s'y font entendre, répétant cette vérité, qui s'y publie par autant de bouches qu'il y a de personnes qui les écoutent. Ajoutons à ceci que les souverains pontifes ont approuvé l'office de l'immaculée Conception, qui se fait dans tout l'ordre de Saint François, non-seulement le jour de la fête, mais tous les samedis de l'année, hors le temps de carême, quand ils ne sont pas empêchés par quelque fête ; qu'il y a des ordres institués en l'honneur de ce mystère, de grandes indulgences accordées à ceux qui y ont une dévotion spéciale.

Davantage le ciel conspire avec la terre pour l'établissement d'une si sainte dévotion, qu'il ne peut autoriser plus efficacement que par le grand nombre de miracles qu'il fait en sa faveur. Le fameux Avila, prédicateur apostolique d'Espagne, qui vivait dans une extrême pauvreté, n'ayant rien et ne possédant rien, quoiqu'il ne fût pas religieux, mais prêtre dans le siècle, annonçant d'une force merveilleuse les vérités de l'Évangile, exhortait tous les fidèles à la dévotion de la toute sainte Conception, et assurait que c'était un singulier moyen pour être délivré de l'impureté, rapportant de grands miracles que Dieu, tout bon, faisait pour soutenir une dévotion si avantageuse à sa très-sainte Mère. Ces miracles continuent tous les jours, et il y a peu d'années qu'il s'en est fait d'admirables. La séraphique Thérèse avait une dévotion très spéciale à ce privilège de la glorieuse Vierge ; et c'est une des plus anciennes dévotions de l'ordre du mont Carmel, qui tient par tradition que la connaissance en avait été donnée par révélation au saint patriarche Elie. Elle le faisait honorer particulièrement tous les samedis par sa communauté ; et elle rapporte qu'un religieux ayant été délivré d'une attache déshonnête qu'il avait pour une malheureuse, qui s'était servie d'un petit portrait qu'elle lui avait donné, où était attaché un maléfice pour le gagner, s'étant défait de ce portrait, elle estime que cette grâce lui a été donnée à raison de la dévotion qu'il portait à l'Immaculée Conception. L'on doit ici remarquer que les maléfices, et tous les démons qui en sont les auteurs, ne peuvent pas forcer la volonté, et que la seule cause du consentement que les hommes donnent au péché par ces maléfices est le mauvais usage de la grâce de Dieu, qui est donnée pour y résister ; le peu de soin que nous avons de nous servir des moyens propres pour ne nous pas laisser vaincre, comme des sacrements, de l'oraison, des veilles, des jeûnes, du recours à la protection de la sainte Vierge et des saints anges ; et enfin notre faiblesse à nous laisser aller à nos inclinations et à ne pas éviter les occasions, et autres choses qui contribuent à notre perte. Le vénérable P. Jean de la Croix, premier Carme déchaussé, et singulièrement dévot à la très pure Conception, après avoir mené une vie toute cachée avec Jésus en Dieu, par l'amour des humiliations et mépris, et s'étant rendu une belle image vivante de l'adorable crucifié en sa vie et en sa mort, a participé à la gloire de sa résurrection, Dieu l'avant honoré de plusieurs miracles ; et il semble que le ciel ait pris plaisir à le faire paraître aux yeux des hommes, après sa mort, à proportion qu'il s'y était voulu caché pendant sa vie, faisant voir des images miraculeuses de différents mystères et de divers saints dans les moindres parcelles de sa chair très pure, pour marquer qu'il avait l'esprit de ces mystères et les grâces de ces saints. Mais ce qui est bien considérable, c'est que le mystère de l'Immaculée Conception y paraissait d'une manière tout extraordinaire, comme si cet homme, tout de croix en son nom et en ses actions, cet homme de vertus et de prodiges, n'eût pas été content de n'avoir qu'une bouche et qu'une langue, durant sa vie, pour en persuader la dévotion, et qu'il eût obtenu de Dieu, après sa mort, que les moindres parties de son corps fussent changées comme en autant de langues admirables, pour l'enseigner d'une manière toute-puissante aux âmes les moins zélées.

Disons donc que la raison nous porte à honorer ce mystère, et que l'autorité nous en persuade le respect. Disons que l'inclination de l'Église universelle, les approbations, indulgences et autres grâces du Saint-Siège, n'en doivent laisser aucun doute dans nos esprits, qui doivent être tout convaincus par les miracles. Mais disons encore que le ciel ayant parlé clairement sur ce sujet, il n'y a plus d'apparence de ne se pas rendre. Les Révélations de sainte Brigitte ont été approuvées de l'Église, et cette grande sainte assure qu'il lui a été révélé que la très pure Vierge a été conçue sans péché originel. Je sais que le cardinal Cajetan, répondant à cette objection, cite sainte Catherine de Sienne, qui a été dans un sentiment contraire. Mais ce n'est pas répondre à la difficulté de l'objection, dont la force n'est pas dans l'autorité seulement d'une sainte, mais dans la révélation qu'elle en a eue de Dieu. Sainte Brigitte dit nettement qu'elle en a eu révélation du ciel ; et sainte Catherine de Sienne ne parle que selon ses pensées, dont il ne faut pas s'étonner, puisqu'en cela elle suit l'opinion de la plupart des docteurs de son ordre. Davantage, plusieurs ont estimé que ce qui se lit de cette matière dans les écrits de cette grande sainte y a été ajouté, et n'est nullement d'elle. Mais supposons qu'il en soit ainsi, les prophètes ne parlent pas toujours en prophètes ; ils ont leurs lumières propres, dans lesquelles ils se peuvent tromper.

Enfin, l'on me dira que la foi ne nous oblige pas de croire ce privilège de la Mère de Dieu, et il est vrai : c'est pourquoi, comme nous l'avons déjà dit, étant en liberté de le croire, ou de ne nous y pas arrêter, c'est en cela que nous pouvons donner des marques de notre zèle. Un célèbre théologien, dans un gros volume qu'il a intitulé Theologia Mariana, qui est l'un des plus savants et des plus dévots ouvrages que l'on ait composés en l'honneur de notre incomparable maîtresse, dit que si l'on disputait la noblesse à une personne considérable en la présence d'un grand roi, et le roi ne décidant pas absolument la chose, déclarât cependant qu'on lui ferait plaisir de tenir cette personne pour noble, sans doute qu'elle aurait juste sujet de se plaindre de ceux qui combattrait sa noblesse, et elle pourrait dire qu'ils seraient ses ennemis : car pourquoi attaquer de gaieté de cœur une qualité qui lui est avantageuse ? Le roi même aurait lieu de s'en offenser, pour la résistance que l'on ferait à ses inclinations. Or de même, dit ce savant homme, ne semble-t-il pas que c'est se déclarer contre la sainte Vierge, que de lui disputer un de ses plus grands privilèges ? Pourquoi ne pas lui donner une faveur, et ne demeurer pas d'accord d'une grâce qui lui est si glorieuse, le pouvant faire en bonne conscience ? N'a-t-elle pas lieu de demander pourquoi on lui envie sa gloire ? Mais l'Église n'y oblige pas. Faut-il pour prendre des sentiments avantageux de la Mère de Dieu, y être obligé ? Quelle preuve serait-ce de l'amitié que nous aurions vouée à une personne que nous considérerions beaucoup, d'attendre à la servir quand nous y serions contraints ? Quelle apparence donc d'être au service de la reine du ciel à de telles conditions ? Pour peu de zèle que l'on puisse avoir pour ses intérêts, y a-t-il occasion que l'on n'embrasse quand il s'agit de les soutenir ? Mais disons plus, que si l'Église ne nous oblige pas à croire l'Immaculée Conception, elle nous le permet, et même elle nous y invite, et propose des faveurs, et n'a que des grâces pour ceux qui se rangent de cette pieuse croyance. Après cela, qui nous empêche d'entrer dans le parti de ses fidèles dévots ? Nous le pouvons, c'est ce qui est incontestable : pourquoi donc ne le pas faire ! L'Église nous y invite, pourquoi résister à ses mouvements ? Elle nous accorde de grandes grâces pour ce sujet : pourquoi nous priver de ces bénédictions ? Reprenons ces pensées, et nous mettant en présence de la divine Marie, considérons-les un peu avec attention. Ô très sainte Vierge, je puis vous obliger en prenant des sentiments très glorieux touchant vos privilèges : mais je n'en veux rien faire, n'y étant pas obligé par la foi : cependant il est entièrement en ma liberté de vous marquer en cette rencontre mon zèle : mais je n'en ferai rien : ce n'est pas que je ne connaisse assez que les inclinations de l'Église en vont là ; mais j'aime mieux suivre les mouvements de quelques particuliers et les lumières de mon esprit. Je vois, de plus, qu'il y a de grandes bénédictions et des faveurs et grâces non pareilles, mais je choisis plutôt de perdre toutes ces grâces, et de me priver de toutes ces bénédictions, que de vous accorder une faveur que soutiennent toutes les plus fameuses écoles de théologie, et qui fait le sentiment  presque universel de tout le monde : je veux faire bande à part, et m'attacher à une opinion que l'on n'oserait enseigner publiquement, que l'on ne peut plus prêcher, et dont même il n'est pas permis de disputer dans les entretiens particuliers. Voilà ce que font ceux qui tiennent l'opinion contraire de la toute sainte Conception, et en vérité c'est ce que je ne comprends pas : nous ne les condamnons pas, mais nous nous étonnons comme ils peuvent agir de la sorte envers la très sainte Mère de Dieu.

Il faut ici ajouter que les Turcs reconnaissent qu'entre les enfants d'Adam, Marie a été conçue sans péché. Après cela serait-il bien possible que nous voulussions lui dénier un privilège que les mahométans, ses plus cruels ennemis lui accordent ? Quoi ! Il serait vrai de dire qu'un malheureux Turc, qu'un misérable infidèle aurait des sentiments plus avantageux de la Conception de la toute aimable Marie ! C'est ce qu'un bon cœur aura toujours bien de la peine à supporter.

Le dévot Jean Berchmans, de la Compagnie de Jésus, avait signé de son sang qu'il défendrait toujours l'Immaculée Conception, et c'était un ange de la terre, aussi n'y est-il pas longtemps demeuré ; ces âmes innocentes sont plus propres pour l'empirée que pour le monde qui n'en est pas digne, étant tout rempli de corruption : et comme l'on rapportait au grand cardinal Bellarmin la dévotion de cette âme angélique, il s'écria fortement : « Ô sainte Vierge ! Vous l'avez voulu avoir de votre parti. » Il ne faut pas en être surpris, puisque le dévot Alphonse Rodriguez a eu révélation qu'une des raisons pour lesquelles Dieu a suscité la Compagnie de Jésus dans son Eglise, est de soutenir l'opinion de la Conception Immaculée ; et de vrai, l'effet qui en est suivi, en a bien fait voir la vérité, tant de savantes plumes de cette société s'étant employées pour la défendre, tant d'éloquents prédicateurs en ayant prêché avec des persuasions si vives la vérité, tant de célèbres docteurs l'ayant enseignée dans les écoles avec une force nonpareille , tant de congrégations de cette Compagnie en ayant établi la dévotion en toutes les contrées du monde.

mardi 8 décembre 2020

Solennité de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu

Concile Vatican et proclamation du dogme de l'Immaculée Conception
par le bienheureux pape Pie IX

Le bienheureux Pie IX projette l’institution de la solennité de l’Immaculée Conception, par le bienheureux Dom Guéranger, osb.

Nous ne devons pas omettre de rappeler ici que cette fête est le monument de l’une des plus éclatantes victoires de l’Église au dernier siècle. 

Marie immaculée, par Vittore
Crivelli, XIVe s.

Pie IX avait été chassé de Rome, en 1848, par la Révolution triomphante ; dans ces mêmes jours, l’année suivante, il voyait rétablir son pouvoir. Les 28, 29 et 30 juin, sous l’égide des Apôtres, la fille aînée de l’Église, fidèle à son glorieux passé, balayait les remparts de la Ville éternelle ; le 2 juillet, fête de Marie, s’achevait la conquête. Bientôt un double décret notifiait à la Ville et au monde la reconnaissance du Pontife, et la manière dont il entendait perpétuer par la sainte Liturgie le souvenir de ces événements. Le 10 août, de Gaète même, lieu de son refuge pendant la tourmente, Pie IX, avant d’aller reprendre le gouvernement de ses États, s’adressait au Chef invisible de l’Église et la lui confiait par l’établissement de la fête de ce jour, lui rappelant que, pour cette Église, il avait versé tout son Sang. 

Peu après, rentré dans sa capitale, il se tournait vers Marie, comme avaient fait en d’autres circonstances saint Pie V et Pie VII ; le Vicaire de l’Homme-Dieu renvoyait à celle qui est le Secours des chrétiens l’honneur de la victoire remportée au jour de sa glorieuse Visitation, et statuait que la fête du 2 juillet serait élevée du rite double-majeur à celui de seconde classe pour toutes les Églises : prélude à la définition du dogme de la Conception immaculée, que l’immortel Pontife projetait dès lors, et qui devait achever l’écrasement de la tête du serpent.


Mitre du pape Pie IX


dimanche 6 décembre 2020

2e dimanche de l'Avent

 

Bienheureux Guerric d'Igny, abbé cistercien, 4ème sermon d'Avent

« Que soient plein d'allégresse désert et terre aride ; que la steppe exulte et fleurisse » (Is 35,1)

Saint Jean Baptiste, Conques

« Au désert, une voix crie : Préparez la route au Seigneur ! » Frères, il nous faut avant tout réfléchir sur la grâce de la solitude, sur la béatitude du désert, qui dès le début de l'ère du salut a mérité d'être consacré au repos des saints. Certes, le désert a été sanctifié pour nous par « la voix de celui qui crie dans le désert », Jean Baptiste, qui y prêchait et y donnait un baptême de pénitence.

Déjà avant lui, les plus saints parmi les prophètes avaient toujours aimé la solitude, en tant que lieu favorable pour l'Esprit (cf 1R 17,2s; 19,3s). Mais ce lieu a reçu une grâce de sanctification incomparablement plus grande quand Jésus y a pris la place de Jean (Mt 4,1)... Il a demeuré dans le désert pendant quarante jours comme pour purifier et consacrer ce lieu à une vie nouvelle ; il a vaincu le despote qui le hantait..., moins pour lui-même que pour ceux qui y séjourneraient... Attends donc au désert celui qui te sauvera de la peur et de la tempête.

Quels que soient les combats qui y fondent sur toi, quelles que soient les privations dont tu souffriras, ne retourne pas en Égypte. Le désert te nourrira mieux avec la manne... Jésus a jeûné au désert, mais plusieurs fois il a nourri la foule qui l'y a suivi, et d'une façon merveilleuse... Au moment où tu croiras qu'il t'a abandonné depuis longtemps, c'est alors que, n'oubliant pas sa bonté, il viendra te consoler et dira : « Je me suis souvenu de toi, ému de pitié pour ta jeunesse et ton premier amour, quand tu m'as suivi au désert » (Jr 2,2).

Alors vraiment, il fera de ton désert un paradis de délices, et toi, tu proclameras comme le prophète que « la gloire du Liban lui a été donnée, la beauté du Carmel et de Saron » (Is 35,2)... Alors ton âme rassasiée fera jaillir une hymne de louange : « Que le Seigneur soit glorifié pour sa miséricorde et ses merveilles envers les hommes ! Car il a rassasié l'âme assoiffée et comblé l'âme affamée » (Ps 106,8-9).



vendredi 4 décembre 2020

Marie immaculée, nouvelle Eve, Mère des enfants de Dieu

Vierge enceinte, XVe s.

Extraits d'une homélie de S. Ephrem

Il est donc venu jusqu'à Ève, la mère de tous les vivants. Elle était la vigne dont la mort avait ouvert la clôture et il en goûta le fruit. Ainsi Ève, la mère de tous les vivants, était-elle devenue source de mort pour tous les vivants.

Mais un surgeon a levé : Marie, la vigne nouvelle, a remplacé Ève, la vigne antique. Le Christ, la Vie nouvelle, a fait en elle sa demeure. Ainsi, lorsque la mort conduisant son troupeau viendrait comme d'habitude, sans méfiance, avec ses fruits mortels, la Vie qui détruit la mort serait cachée dans la Vigne nouvelle. Et lui, lorsque la mort l'eut englouti, sans rien craindre, il délivra la vie, et avec elle la multitude des hommes.

Il est le glorieux fils du charpentier qui, sur le char de sa croix, vint au-dessus de la gueule vorace des enfers et transféra le genre humain dans la demeure de la vie. Et parce que, à cause de l'arbre du paradis, le genre humain était tombé dans les enfers, c'est par l'arbre de la croix qu'il est passé dans la demeure de la vie. Sur ce bois avait donc été greffée l'amertume ; mais sur celui-ci fut greffée la douceur, pour que nous reconnaissions en lui le chef auquel ne résiste nulle créature.

 

L'arbre de Jessé, ancêtres, rois et prophètes, tous attendaient la venue du Sauveur

mardi 1 décembre 2020

Faisons silence, veillons et prions en communion avec tous les Anges du Ciel car le Seigneur vient


Ripidion ou flabellum liturgique
à l'effigie d'un séraphin.

Extrait de la divine liturgie en rite byzantin

Que fasse silence toute chair mortelle,
qu’elle se tienne immobile, avec crainte et tremblement,
et que rien de terrestre n’occupe sa pensée,
car le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs
s’avance pour être immolé
et donné en nourriture aux fidèles
précédé des chœurs angéliques,
avec toutes les Principautés et les Puissances des cieux,
les Chérubins aux yeux innombrables et les Séraphins aux six ailes,
qui se couvrent la face et chantant l’hymne sainte :
Alléluia, Alléluia, Alléluia.