dimanche 16 mars 2014

2e Dimanche de Carême

Les 14 stations du Chemin de Croix, Avranches

Extraits de la première homélie de Saint Jean Chrysostome sur la Croix et le bon Larron

I. La joie et la Croix

Aujourd'hui Notre-Seigneur Jésus-Christ est sur la croix, et nous sommes en fête pour vous apprendre que la croix est un sujet de fête et de réjouissance spirituelle. Autrefois, la croix était le symbole de la condamnation maintenant elle est devenue un signe d'honneur. Auparavant c'était un instrument de mort, aujourd'hui c'est la cause du salut. 

Notre Seigneur fut compté parmi les pécheurs, crucifié entre deux bandits,
voleurs et meurtriers
En effet, elle a été pour nous la source de biens innombrables : c'est elle qui nous a délivrés de l'erreur, qui nous a éclairés alors que nous étions dans les ténèbres ; vaincus par le démon, elle nous a réconciliés avec Dieu ; ennemis, elle nous a rendus amis ; éloignés, elle nous a rapprochés.
Elle est la destruction de l'inimitié, la garantie de la paix, et le trésor de tous les biens. Grâce à elle, nous n'errons plus dans les déserts, car nous connaissons la véritable voie ; nous n'habitons plus hors du royaume, nous avons trouvé la porte, nous ne craignons plus les traits enflammés du démon, nous avons aperçu une source rafraîchissante.

Par la croix, nous ne sommes plus dans le veuvage, nous avons reçu l'Epoux, nous ne redoutons pas le loup, nous avons le bon Pasteur : Je suis le bon Pasteur, dit-il. (Jean, X, 11.) Par elle nous ne craignons pas le tyran, nous sommes à côté du roi, et voilà pourquoi nous sommes en fête en célébrant la mémoire de la croix. 

De même autrefois saint Paul ordonna de solenniser la fête de la croix : Célébrons celte fête, dit-il, non avec le vieux levain, mais avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité. (I Cor. V, 8.) Et pour donner les motifs de son exhortation il ajoute : Parce que le Christ, notre pâque, a été immolé pour nous. Voyez-vous pourquoi il ordonne de célébrer une fête à cause de la croix ? C'est parce que le Christ a été immolé sur la croix ; parce que là où est le sacrifice, là aussi se trouve l'abolition des péchés, là aussi la réconciliation avec le Seigneur, là enfin la fête et la joie : Le Christ, notre Pâque, a été immolé pour nous. 


II. La Croix, source du Salut universel

(…) Où, je vous le demande, a-t-il été immolé ? sur un gibet élevé. L'autel de ce sacrifice est nouveau, parce que le sacrifice lui-même est nouveau et prodigieux. Le même Christ était prêtre et victime : victime selon la chair, prêtre selon l'esprit. Il offrait et il était offert selon la chair. 

Apprenez comment saint Paul annonce ces deux choses : Tout pontife, dit-il, est pris d'entre les hommes et est établi pour les hommes ; c'est pourquoi il est nécessaire qu'il ait quelque chose qu'il puisse offrir. Notre-Seigneur s'offre lui-même. (Héb. VI, 1 ;  VIII, 3.) Ailleurs encore il dit : Jésus-Christ a été offert une fois pour effacer les péchés de plusieurs, et la seconde fois il apparaîtra pour le salut de ceux qui l'attendent. (Héb. IX, 28.)

Agneau de Dieu, Basilique Saint-Pierre du Vatican
Il a été offert d'abord, puis il s'est offert. Voyez-vous comment il a été victime et prêtre, et comment la croix a été son autel ? Et pourquoi, direz-vous, la victime est-elle offerte hors de la ville et des murailles et non dans le temple ? C'était pour l'accomplissement de cette parole : Il a été mis au nombre des scélérats. (Isaïe, LIII, 12.) 

Pourquoi est-elle immolée sur un gibet élevé et non sous un toit ? Pour purifier l'air : c'est la raison par laquelle il choisit un lieu élevé d'où il ne soit pas dominé par un toit, mais par le ciel seul. L'air était purifié, puisque l'agneau était immolé en haut lieu, la terre l'était également, car elle était arrosée par le sang qui coulait de son côté. Il ne voulut pas être sous un toit ni dans le temple des Juifs, dans la crainte que ces derniers ne s'appropriassent exclusivement cette victime, et qu'on ne crût qu'elle était offerte seulement pour leur nation. 

Ce fut en dehors de la ville et des murailles, pour nous apprendre que c'était un sacrifice universel, une oblation pour la terre entière; enfin, une purification générale et non particulière comme celle qui avait lieu chez les Juifs. Dieu ordonna aux Juifs de venir de tous les points de la terre pour lui offrir des victimes et des prières dans un seul lieu, parce que toute la terre était souillée par la fumée, l'odeur et toutes les autres impuretés des sacrifices des païens répandus à sa surface. Nous, au contraire, nous pouvons prier en tout lieu depuis que le Christ par sa venue a purifié l'univers.

C'est pourquoi saint Paul exhortait en ces termes les fidèles à prier partout sans crainte : Je veux que les hommes prient en tout lieu, levant des mains pures. (I Tim. II, 8.) Comprenez-vous que l'univers a été purifié, puisqu'en tout lieu on peut lever des mains pures ? que toute la terre a été sanctifiée, et rendue plus sainte que n'était l'intérieur des temples, puisqu'on n'y offrait qu'un animal, saris intelligence, tandis que nous avons une victime spirituelle. Or, la sanctification est d'autant plus complète que le sacrifice est d'un plus grand prix. 


III. La Croix ouvre le Paradis, même aux larrons que nous sommes

Voulez-vous connaître un autre effet remarquable de la Croix ? Elle nous a ouvert en ce jour le paradis fermé depuis cinq mille ans et plus : car c'est en ce jour, à cette heure, que Dieu y a introduit le bon larron, nous apprenant ainsi deux choses bien importantes, savoir, que le ciel était ouvert et qu'un larron y avait été reçu.

Jésus, crucifié pour nos péchés.
Aujourd'hui le Seigneur nous a rendu notre antique patrie, aujourd'hui, il nous a ramenés dans la cité de nos pères et il a ouvert un asile à toute la nature humaine. Aujourd'hui, dit-il, tu seras avec moi en paradis. (Luc, XXIII, 43.)

Que dites-vous, ô mon Sauveur ? Vous êtes crucifié, attaché avec des clous, et vous promettez le paradis ? Sans doute, nous répond-il, car je veux vous apprendre quelle puissance j'ai sur la croix. Pour vous distraire du triste spectacle de la croix par la puissance du Crucifié, il opère sur la croix même ce miracle qui manifeste le plus sa vertu surnaturelle. Ce n'est pas en ressuscitant les morts, en commandant aux vents et à la mer, en mettant en fuite les démons, mais sur la croix, alors qu'il était percé de clous, couvert d'outrages, de crachats, d'insultes, accablé d'opprobres, qu'il peut changer l'âme perverse du larron ; et afin que de toutes parts éclatât sa puissance, il ébranlait en même temps la nature entière, il brisait les rochers, il attirait et glorifiait l'âme du bon larron plus dure que la pierre, car il lui dit : Aujourd'hui tu seras avec moi en paradis. 

Sans doute les chérubins gardaient le paradis, mais il est le maître des chérubins ; ils étaient armés d'un glaive de feu, mais il a tout pouvoir sur le feu et sur l'enfer, sur la vie et sur la mort. 

A-t-on jamais vu un roi permettre à un voleur ou à tout autre de ses serviteurs de s'asseoir à ses côtés pour entrer dans sa ville ? Le Christ l'a fait et en entrant dans la Patrie sainte, il introduit un voleur à ses côtés. N'allez pas croire que par cet acte il ait méprisé le paradis, il l'ait déshonoré par les pas de ce voleur; au contraire, il l'a honoré, car c'est une gloire de plus pour le ciel d'appartenir à un Maître qui puisse rendre un voleur digne du bonheur qu'on y goûte. Et lorsqu'il introduisait les publicains et les femmes pécheresses dans le royaume des cieux, ce n'était point un déshonneur mais bien une gloire pour ce royaume, car il montrait ainsi que le Maître de ce royaume était si puissant qu'il pouvait changer les publicains et les femmes pécheresses au point de les rendre dignes d'une telle gloire et d'une telle récompense. 

Car, de même que nous admirons surtout un médecin lorsque nous le voyons rendre la santé à des hommes atteints de maladies incurables, ainsi est-il juste d'admirer Notre-Seigneur quand il guérit des blessures désespérées, quand il ramène le publicain et la femme pécheresse à un tel état de santé spirituelle qu'ils sont trouvés dignes du ciel.

Eglise de Bercy, Saint Dysmas, le bon larron

jeudi 13 mars 2014

Vénération de la Sainte Couronne d'épines

Présentée par les Chanoines de la Cathédrale et les Chapelains de l'Ordre du Saint-Sépulcre,
gardée par les Chevaliers de l'Ordre du Saint Sépulcre, voici le plus précieux des trésors de Paris.


Et à la Cathédrale Notre-Dame de Paris :

  • tous les 1ers vendredis du mois à 15h ;
  • tous les vendredis de Carême à 15h ;
  • le Vendredi Saint, toute la journée.




Prions pour la France avec la Vierge Marie

Statue de Notre Dame de France, Le Puy
Hozana (vous pouvez cliquer sur le mot pour accéder au site), le réseau social qui permet de créer des chaînes de prière, continue sa progression, avec plus de 1000 membres et presque une centaine d'intentions de prière, dont 15 publiques.
Parmi celles-ci, une intention de prière pour la France, qui en a toujours besoin, mais qui s'avère importante à l'approche des élections municipales qui verront le renouvellement des 36000 maires de France. Avec en corollaire, le renouvellement du tiers des sénateurs, en septembre prochain. 310 personnes se sont engagées à prier à cette intention. Vous pouvez les rejoindre.

"Il faut prier ensemble pour la France ! Pour que notre pays retrouve foi en son Dieu et qu'il soit fidèle aux promesses de son baptême ; pour qu'il retrouve l'amour des petits et des faibles ; pour qu'il respecte pleinement la dignité de chaque personne humaine ; pour que la vie soit respectée de son principe à son terme, particulièrement quand elle est handicapée ou menacée ; pour que la famille soit respectée et que les valeurs humaines les plus fondamentales soient bien davantage partagées et défendues ; pour que les parents puissent éduquer librement leurs enfants, selon leurs convictions ; pour les 200 000 petits tués chaque année dans le ventre de leur maman dans l'indifférence générale ; pour ceux qui souffrent spirituellement, humainement ou matériellement ; pour que nos dirigeants soient éclairés et puissent conduire notre pays selon la justice et la vérité ; pour que notre pays redevienne missionnaire selon sa vocation et qu'il contribue puissamment à l'annonce de l'Evangile au monde".

mercredi 12 mars 2014

Soyons attentifs à la présence de Dieu

Songe de Jacob, fresque de la Bibliothèque vaticane.
Dieu était là, et je ne le savais pas !

Vénérable abbé Henri Marie Boudon, "Dieu partout présent", Chapitre VIII, Exercice de la présence de Dieu


Comme cette Majesté suprême (la présence de Dieu) est présente à toutes sortes de personnes sans aucune exception, il n’y en à point sans réserve qui ne doivent s’y appliquer, et les plus grands pécheurs même. Ce serait le grand moyen de se retirer de l’abîme de leurs vices, et d’obtenir des grâces singulières pour faire de dignes fruits de pénitence.

Il faut pour ce sujet ménager quelque temps de retraite. Ceux qui vivent dans la campagne loin des embarras des villes en ont une heureuse occasion. O qu’il serait doux se promenant dans quelques allée d’un jardin, d’un bois, où en quelque autre lieu à l’écart, et éloigné des compagnies de la terre, de se souvenir de celle que l’on a des trois Personnes divines de la suradorable Trinité, et d’en faire un divin usage, se mettant à genoux lorsqu’on est seul pour les adorer, et s’anéantir devant leur grandeur infinie.





dimanche 9 mars 2014

1er dimanche de Carême

Saint Alphonse-Marie de Liguori, « Considérations sur la Passion de Jésus-Christ »,
Sainte Trinité, retable, Tarbes.

Chap.1, III, La Mort de Jésus-Christ est notre salut ; elle est un enseignement et un exemple, un motif de confiance et d'amour.

Tâchons donc, âmes fidèles, d'imiter l'Épouse des Cantiques, qui goûtait, disait-elle un doux repos aux pieds de son Bien-Aimé (Ct 2, 3). Mettons-nous fréquemment devant les yeux, surtout le vendredi, Jésus mourant sur la croix ; arrêtons-nous quelque temps aux pieds de ce divin Sauveur et contemplons avec attendrissement les souffrances qu'il endure et l'amour qu'il nous témoigne dans son agonie sur ce lit de douleur. 

Puissions-nous dire aussi que nous nous sommes reposés à l'ombre de la croix. Oh ! quel heureux repos pour les âmes qui aiment Dieu, au milieu du tumulte de ce monde, des tentations de l'enfer et des craintes qu'on éprouve à la pensée des jugements de Dieu, que de considérer, dans la solitude et le silence, notre tendre Rédempteur agonisant sur la croix, où l'on voit son sang divin couler de tous ses membres percés et déchirés par les fouets, les épines et les clous ! Comme, à l'aspect de Jésus crucifié, notre esprit se dégage de tout désir des honneurs mondains, des biens terrestres et des plaisirs sensuels ! Alors émane de la croix un souffle céleste, qui nous détache doucement des choses de la terre. Ce souffle allume en nous un saint désir de souffrir et de mourir pour l'amour de celui qui a voulu souffrir et mourir pour l'amour de nous.


Si Jésus-Christ, au lieu d'être ce qu'il est, Fils de Dieu et vrai Dieu, notre Créateur et notre souverain Maître, n'était simplement qu'un homme, ah! qui serait insensible à la vue de ce jeune homme de sang noble, innocent et saint, expirant dans les tourments sur un gibet infâme, pour expier, non ses propres fautes, mais les crimes de ses ennemis eux-mêmes, et pour les délivrer par ce moyen de la mort qu'ils ont méritée ? Comment donc un Dieu n'obtient-il pas les affections de tous les cœurs, en mourant dans un abîme d'humiliation et de douleur pour l'amour de ses créatures ? Comment, après cela, ces créatures peuvent-elles encore aimer autre chose que ce Dieu ? Comment peuvent-elles penser à autre chose qu'à se montrer reconnaissantes envers ce tendre bienfaiteur ?

Que ne connais-tu le mystère de la croix ! disait saint André au tyran qui voulait lui faire renier Jésus-Christ parce que Jésus a été crucifié comme un malfaiteur. Oh ! si tu comprenais l'amour que Jésus-Christ t'a porté en daignant mourir sur la croix pour expier tes péchés et t'obtenir une félicité éternelle, sans doute, loin de chercher à me persuader de le renier, tu renoncerais toi-même à tout ce que tu possèdes et espères ici-bas, pour obéir et plaire à un Dieu qui t'a tant aimé ! Telle fut en effet la conduite d'un si grand nombre de Martyrs et d'autres Saints qui ont tout quitté pour Jésus-Christ. Ô honte pour nous ! combien de jeunes vierges ont refusé la main des grands, des princes, avec les richesses et tous les délices de la terre, et se sont empressées de sacrifier leur vie pour répondre par quelque marque de retour à l'amour que leur a témoigné ce Dieu crucifié ! D'où vient donc qu'il y a tant de chrétiens sur qui la passion de Jésus-Christ fait peu d'impression ? Cela provient de ce qu'ils ne s'appliquent point à considérer combien Jésus-Christ a souffert pour l'amour de nous.

Ah ! mon doux Rédempteur, j'ai été moi-même du nombre de ces ingrats ! Vous avez sacrifié votre vie sur une croix pour ne pas me voir perdu ; et moi, j'ai tant de fois consenti à vous perdre, vous qui êtes un bien infini, en perdant votre grâce ! Maintenant le démon, en m'offrant le tableau de mes péchés, voudrait me faire croire que mon salut est devenu trop difficile ; mais, en vous voyant crucifié pour moi, mon Jésus, j'ai la confiance que vous ne me rejetterez pas de votre présence, si je me repens de vous avoir offensé et si je veux vous aimer. Oui, je m'en repens, Seigneur, et je désire vous aimer de tout mon cœur. Je déteste ces plaisirs maudits qui m'ont fait perdre votre grâce. Je vous aime, ô Amabilité infinie, et je suis résolu de vous aimer toujours ! Le souvenir de mes péchés ne servira qu'à m'enflammer d'un plus grand amour pour vous, qui avez daigné me chercher quand je vous fuyais. Non, mon Jésus, je ne veux plus me séparer de vous ni cesser jamais de vous aimer !

Ô Refuge des pécheurs, tendre Marie, vous qui avez eu tant de part aux douleurs votre divin Fils dans sa passion, priez-le qu'il me pardonne et qu'il m'accorde la grâce de l'aimer !



vendredi 7 mars 2014

Vendredi des Cendres - Entrons dans le temps du Carême et de la Passion du Sauveur, le temps du plus grand amour de Dieu seul

Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, "L’homme de Dieu", partie II, chap X : 

De son amour admirable pour les souffrances
dans l’union avec Notre Seigneur Jésus-Christ

Quand une personne parlerait la langue des hommes et des anges, il ne lui serait pas possible d’exprimer les grandes et continuelles inclinations de l’adorable Jésus pour les souffrances.

Vitrail de l'Agonie du Sauveur
Saint-Vincent-Saint-Remy de Pussay
Saint Paul, parlant de Dieu Sauveur dans Epitre aux Romains dit qu’il n’a pris aucune complaisance en soi-même, comme nous l’avons déjà remarqué, et comme cette proposition est universelle elle s’étend généralement sur toutes les choses qui pouvaient lui donner de la satisfaction. Mais comme le même apôtre l’enseigne aux Hébreux, au lieu de la joie qu’il pouvait goûter, il a souffert la Croix en méprisant l’ignominie. En vérité, il faut avouer que voilà une étrange et surprenante pente pour les souffrances ! Refuser la joie qui lui devait arriver de la vue béatifique dans sa partie inférieure (NB. de son âme) aussi bien que dans la supérieure pour donner la préférence à la vue et au souvenir de toutes les peines qui lui devaient arriver.

Le Thabor nous donne un merveilleux témoignage de cette vérité où, s’étant transfiguré, et son corps étant tout inondé de joies ineffables qui partaient de sa gloire essentielle, il en divertit sa pensée de s’appliquer aux tourments qu’il devait souffrir dans son ignominieuse passion, et au travers de tant de beautés et de douceurs, il ne soupire qu’après les horreurs la Croix.
La voix du Père éternel se fait entendre sur cette sainte montagne à son Fils bien-aimé et, au lieu de s’entretenir des grandeurs que cette qualité lui donne, s’il fait entendre sa voix, c’est pour parler des tourments de sa mort.

La voix du Père éternel déclare qu’il l’a glorifié et qu’il le glorifiera, et en présence de tout le peuple qui est venu au-devant de lui, sur le bruit de la résurrection de Lazare, Jésus commence un discours où il parle de sa mort. Nous lisons en saint Luc qu’une grande foule de peuple, s’étant assemblée autour de lui en sorte qu’ils marchaient les uns sur les autres, ayant commencé un long discours, tout à coup il s’écrie en interrompant la suite : "Il y a un baptême duquel je dois être baptisé. Oh ! qu’il me tarde qu’il ne s’accomplisse".

C’est qu’en ne soupirant et ne respirant qu’après les souffrances, il ne pensait, ne s’entretenait d’autre chose ; et il en était si fortement occupé et avec l’excès d’un amour si ravissant que ses transports étaient admirables ; c’est une chose étonnante, mais qui fait toujours bien voir la pente incompréhensible qu’il avait pour la Croix.

Jérôme Bosh, Jésus devant Pilate.
L'Agneau de Dieu, l'Innocent, face à la cruauté,
au mensonge et au mal qui défigurent les hommes.
Cet aimable Sauveur, parlant à ses disciples selon ses inclinations ordinaires des tourments du Calvaire, et saint Pierre par un amour de tendresse lui ayant dit : "A Dieu ne plaise, Seigneur, cela ne vous arrivera point", il s’en fâcha de telle manière qu’il appela scandaleux et Satan, parce qu’il n’entrait pas dans sa plus pressante inclination. Il traite de la sorte son cher disciple parce qu’il résiste à sa passion et il ne laisse pas de l’aimer lorsqu’il blasphème et qu’il le renie.

O mon âme, il n’est pas possible de passer outre sans nous laisser aller à un amour si touchant.
Arrêtons-nous ici par un amour capable d’arrêter tous les cœurs et de les enlever entièrement.
O mon Sauveur, c’est de la sorte que vous aimez les croix ? mais c’est pour moi, c’est pour le reste des hommes que vous aimez à souffrir en cette manière.
O Chrétien ! pourras-tu après cela te persuader que tu es uni à Jésus sans être uni à ses plus fortes inclinations, sans avoir de l’amour pour ses souffrances ?


Gravure de Jésus crucifié.

jeudi 6 mars 2014

Jeudi des Cendres

Le val des tentations, proche de la ville de Jéricho, où Jésus institua le saint temps du Carême.
Vue sur le monastère Saint-Georges, dit aussi "du bon Samaritain"

Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, "Dieu partout présent", Chapitre V : Dieu qui est partout demande le respect intérieur

La présence de Dieu sanctifie encore les actions les plus indifférentes, comme celle du boire, du manger, du dormir, les récréations nécessaires. Elle fait agir le Chrétien en Chrétien en toute choses, par des principes surnaturels, à la différence des honnêtes infidèles qui en plusieurs choses agissent moralement bien : comme lorsqu’ils assistent les misérables, qu’ils honorent leurs pères et mères, que les pères aiment leurs enfants, les maris leurs femmes : mais que ne sont ces choses que par nature, et non pas par grâces ?

Mais le respect qui est dû à la préférence de Dieu demande particulièrement que l’on évite le péché. O combien cette vérité est efficace pour nous empêcher d’offenser la Majesté infinie de cet Être suradorable. Dieu nous regarde.

Ce Solitaire s’en servit saintement à l’égard d’une malheureuse qui le sollicitait au péché. Allons, lui dit-il, dans la place publique ; ce qui ayant comblé de confusion cette infâme créature qui s’écria qu’il n’était possible de commettre des actions pareilles devant tout le monde : Hélas ! lui répondit le Solitaire : comment donc peut-on les faire devant Dieu ?

(…) Si Saint Bernard s’étonnait si fortement de ce que l’on osait pécher en la présence de son Ange gardien, dans quels étonnements devons-nous être de ce que l’on est assez hardis d’offenser Dieu devant Dieu ?

Le Seigneur Jésus portant sa Croix, couronné d'épines.
Venez ! Suivons-Le !



mercredi 5 mars 2014

Mercredi des Cendres

François-Marius Granet, la célébration des Cendres

Comme chaque année, nous ramènerons nos rameaux bénis de l’an passé à l’église.
Le Prêtre les déposera dans une vasque et y mettra le feu. En quelques secondes, à peine, ils seront réduits en cendres tout en exhalant une fumée épaisse, acre, sentant terriblement mauvais. Belle parabole imagée sur ce qu’est la vie humaine loin de Dieu !

Les rameaux, comme les sarments de la Vigne (cf. Jn XV), ne sont vivants, verts et flexibles que s’ils reçoivent la vie de la sève.
Loin de Dieu, ils se dessèchent, meurent et deviennent cassants.
Dieu, nous dit l’Ecriture, est un feu dévorant. Un feu qui illumine et purifie, c’est le feu de l’Esprit Saint. Le pécheur, loin de Dieu, s’y consume et s’y détruit, comme ces rameaux dans la vasque qui ne seront plus que cendres. "Tu es poussière et tu retourneras à la poussière…"

Telle est notre destinée, mortelle et périssable, si nous demeurons loin de Dieu. Mais si nous laissons la vie de l’Evangile, de la Pénitence et de la Conversion nous rendre la vie, alors nous demeurerons vivants de la vie-même de Dieu. "Convertissez-vous et croyez en l’Evangile !"

Recevoir les cendres bénies, c’est se rendre compte, courageusement et remplis d’espérance, que nos vies ne valent rien si Dieu n’y est pas présent. Alors recevons-les dans la foi et retournons au Seigneur par une humble confession comme le Saint Père nous y invite.


Détail, la tentation d'Adam et Eve


Cité du Vatican, 19 février 2014 (VIS). Le Pape François Ier a consacré la catéchèse de l'audience générale tenue Place Saint-Pierre au Sacrement de la Pénitence et de la Réconciliation.

Nous ne pouvons pas, a-t-il dit :
"nous administrer le pardon de nos propres péchés. Le pardon ne peut être le fruit de nos efforts car il ne peut venir que de l'Esprit, qui nous enveloppe de la miséricorde et de la grâce qui sourdent perpétuellement des blessures du Crucifié. C'est seulement en nous laissant réconcilier avec Dieu et nos frères dans le Seigneur que nous pouvons trouver la paix véritable".
Ce sacrement, a ensuite rappelé le Pape :
Vitrail du Sacrement
de Pénitence et de Réconciliation
"est passé d'une forme publique à celle, privée, que nous connaissons. La confession auriculaire ne saurait toutefois faire perdre la valeur ecclésiale du sacrement, qui demeure vitale. En effet la communauté chrétienne est l'espace dans lequel l'Esprit rénove les cœurs dans l'amour de Dieu et des frères, dans lequel il fait de nous tous une seule chose en Jésus-Christ. C'est pourquoi il ne suffit pas de demander pardon au Seigneur par nous-mêmes, et qu'il est nécessaire de recourir humblement à la confession de nos péchés devant un ministre de l'Eglise". 
Par ailleurs :
"le sacerdoce représente Dieu et la communauté à la fois. Si quelqu'un pense pouvoir se confesseur directement à Dieu, il devrait savoir que ses péchés ont été commis contre ses frères et contre l'Eglise, auxquels il est nécessaire de demander le pardon, même si on a honte.
La honte est bienvenue car elle porte à l'humilité... Le prêtre reçoit la confession avec amour et il pardonne au nom de Dieu. Humainement il est bon de parler avec le frère qu'est le prêtre et lui confier ce qu'on a sur le cœur. Se confesser devant Dieu, avec l'Eglise, avec un frère, qu'y a-t-il de meilleur ?".
Puis le Pape a interpellé l'assemblée en demandant à chacun quand il s'était confessé pour la dernière fois :
"Ne perdez plus de temps et vous verrez que Jésus, qui est encore meilleur que les prêtres, vous accueillera avec un grand amour. Soyez courageux et allez-vous confesser !... Recourir au sacrement de la réconciliation signifie recevoir une chaleureuse accolade, celle de l'infinie miséricorde du Père... Allons donc tous de l'avant dans cette direction".



Que Marie, Mère immaculée de Notre Seigneur Jésus-Christ, nous accompagne durant ces 40 jours de Carême.
Qu'elle nous soutienne, avec le secours des saints Anges et du vénérable abbé Henri-Marie Boudon, pour devenir des saints !



mardi 4 mars 2014

Mardi gras

Le carnaval de Venise, par Tiepolo
Comme son nom l’indique, le mardi gras est le dernier jour où nous pouvons manger toutes sortes de bonnes choses que le bon Dieu nous a données. Certes, le manque de modération est un péché (la gourmandise, l’ivrognerie ou la beuverie) mais nous pouvons profiter de ce jour car, demain, Mercredi des Cendres, nous ferons maigre et même, très maigre. Nous jeûnerons car l’Epoux va nous être enlevé. En effet, le Seigneur monte à Jérusalem pour s’y offrir sur l’autel de la Croix.

Un Turc, qui était passé à Paris le temps du carnaval, racontait au sultan, à son retour à Constantinople, que les Français devenaient fous en certains jours, mais qu'un peu de cendre, qu'on leur appliquait sur le front, les faisait rentrer dans leur bon sens ! (d'après Louis-Julien Larcher, 1808-1865).

Monsieur Boudon, dans l’extrait de cette lettre, nous raconte comment, même à un jour gras, il fit plus que maigre. Cherchons toujours, en tout lieu et en tout temps, le seul Consolateur de nos âmes, Celui qui, seul, peut remplir nos vies de son Amour : Notre Sauveur et Seigneur Jésus-Christ.


Vénérable abbé Henri Marie Boudon, Lettre 46,

M’étant trouvé engagé dans une forêt, au milieu des grandes neiges qui couvraient tous les chemins, et proche de la nuit au milieu des loups que l’on voyait courir près de nous, nous nous en allions nous perdre dans cette forêt la nuit lorsque la divine Providence - ma bonne mère - me donna le mouvement de retourner sur nos pas et de reprendre le chemin que nous avions frayé, personne n’y étant passé.

Nous trouvâmes dans cette forêt, à l’entrée, un pauvre cabaret où l’on nous dit de prime abord qu’il y avait peu de bois pour nous chauffer, nous que la neige avait tout mouillé, nos habits étant même percés.

Ensuite on nous met dans un petit lieu où il n’y avait point de porte, point de draps pour nous coucher, pas un pauvre oignon pour nous faire du potage, à un jour gras cependant ! point de vin pour boire, point de chandelle pour nous éclairer. Il n’y avait ni foin, ni avoine pour le cheval, mais un meunier qui était proche en donna.

Nous passâmes ainsi la nuit avec bien de la miséricorde de notre bon Sauveur qui voulait bien nous faire cet honneur de nous donner ce petit rapport à sa naissance dans l’étable de Bethléem.


Le Carnaval des animaux, de Saint-Saëns, pochette de disque.

dimanche 2 mars 2014

Pastor Angelicus : Pie XII, un Pape angélique

Le 2 mars 1939, le Cardinal Eugenio Pacelli devenait le Pape Pie XII.

Aussitôt élu, Pie XII se trouve plongé dans la Seconde Guerre mondiale. Après l'invasion de la Tchécoslovaquie, la diplomatie vaticane intervient pour empêcher la guerre, sans succès. Après le pacte Ribbentrop-Molotov, le Vatican tente au moins de garder l'Italie hors du conflit. Pie XII choisit de maintenir l'Église hors du conflit des belligérants. Cherchant à mener une politique de compromis, Pie XII ouvre les institutions du Vatican aux victimes du nazisme dans la Rome occupée, mais n'intervient pas publiquement contre les persécutions. Par son action directe et indirecte il permet de sauver entre 700.000 et 860.000 juifs. Il est considéré à l'époque comme le plus farouche opposant du nazisme, et les institutions juives l'ont remercié à de nombreuses reprises pour ses actes.
S'inscrivant dans le cheminement en vue d'aboutir à la béatification de Pie XII, le Saint-Père Benoît XVI a célébré une Messe dans la Basilique Saint Pierre, 50 ans après la mort du pape Pie XII, au matin du 9 octobre 1958. Dans son homélie Benoît XVI a souligné le rôle et la mission et l'enseignement de Pie XII, dans une période particulièrement difficile de l'Histoire. Le chant d’entrée qui accompagnait les rites d’introduction de la Célébration eucharistique était: “In pace factus est locus eius, et in Sion habitatio eius” (Son repos est dans la paix et son habitation en Sion).

Tombeau de Sa Sainteté le Pape Pie XII, crypte vaticane, face à la chapelle
Clémentine. Dans ce lieu excentré, il a demandé à être inhumé face au tombeau de
Saint Pierre, caché aux yeux du grand public.

 HOMÉLIE DE SA SAINTETE LE PAPE BENOÎT XVI

Messieurs les Cardinaux, Vénérés Frères dans l’Épiscopat et le Sacerdoce, 
Chers frères et sœurs,

Le passage du livre du Siracide et le prologue de la Première Lettre de saint Pierre, proclamés comme première et deuxième lecture, nous offrent de significatives occasions de réflexion dans le cadre de cette célébration eucharistique, au cours de laquelle nous faisons mémoire de mon vénéré prédécesseur, le Serviteur de Dieu Pie XII. Cinquante ans se sont exactement écoulés depuis sa mort, survenue aux premières heures du 9 octobre 1958.
Le Siracide, comme nous l’avons écouté, a rappelé à ceux qui veulent suivre le Seigneur qu’ils doivent se préparer à affronter des épreuves, des difficultés et des souffrances. Pour ne pas succomber à ces dernières – exhorte-t-il – il faut un cœur qui soit droit et constant, une fidélité à Dieu et une patience qui soient unies à une inflexible détermination à avancer sur le chemin du bien. La souffrance affine le cœur du disciple du Seigneur, comme l’or est purifié dans la fournaise. “Tout ce qui t’advient, accepte-le et, dans les vicissitudes de ta pauvre condition, montre-toi patient, car l’or est éprouvé dans le feu, et les élus dans la fournaise de l’humiliation.” (2,4-5).

Saint Pierre, de son côté, dans la péricope qui a été proposée, en s’adressant aux chrétiens des communautés d’Asie mineure qui étaient “affligés par diverses épreuves”, va encore plus loin: malgré tout, leur demande-t-il, “Vous en tressaillez de joie” (1P 1, 6). L’épreuve est en effet nécessaire, observe-t-il, “afin que, bien éprouvée, votre foi, plus précieuse que l’or périssable que l’on vérifie par le feu, devienne un sujet de louange, de gloire et d’honneur, lors de la Révélation de Jésus Christ” (1P 1, 7). Ensuite, pour la deuxième fois, il les exhorte à être joyeux, et même à exulter “d’une joie indicible et pleine de gloire”(v 8). La raison profonde de cette joie spirituelle réside dans l’amour envers Jésus et dans la certitude de sa présence invisible. C’est Lui qui rend inébranlable la foi et l’espérance des croyants, même au cours des phases les plus complexes et les plus dures de l’existence.

Pie XII bénissant. Cette image est bien connue,
les bras en croix, comme le divin Crucifié, le Père
commun bénissait les hommes.
À la lumière de ces textes bibliques, nous pouvons lire le parcours terrestre du Pape Pacelli et son long service envers l’Église, commencé sous Léon XIII et poursuivit sous Pie X, Benoît XV et Pie XI. Ces textes bibliques nous aident surtout à comprendre la source à laquelle il a puisé son courage et sa patience au cours de son ministère pontifical qui s’est déroulé durant les douloureuses années du second conflit mondial et la période suivante, non moins complexe, de la reconstruction et des difficiles rapports internationaux, passés à l’histoire sous la significative appellation de “guerre froide”.

“Miserere mei Deus, secundum magnam misericordiam tuam”: c’est avec cette invocation extraite du Psaume 50/51 que Pie XII débutait son testament. Et il poursuivait: “Ces mots que je prononçai, conscient d’être sans mérites et non à la hauteur, au moment où je donnai, en tremblant, mon acceptation à l’élection comme Souverain Pontife, je les répète maintenant avec plus de raison”. Deux années manquaient alors à sa mort. S’abandonner dans les mains miséricordieuses de Dieu : telle fut l’attitude que cultiva constamment mon Prédécesseur vénéré, le dernier des Papes nés à Rome, appartenant à une famille en relation avec le Saint-Siège depuis de nombreuses années.

En Allemagne, où il exerça les fonctions de Nonce Apostolique, d’abord à Munich puis à Berlin jusqu’en 1929, il laissa derrière lui un souvenir emplit de gratitude, surtout pour avoir collaboré avec Benoît XV à la tentative de mettre fin à l’“inutile massacre” de la Grande Guerre, et pour avoir décelé, dès son avènement, le danger constitué par la monstrueuse idéologie nationale-socialiste, avec ses pernicieuses racines antisémite et anti-catholique. Créé Cardinal en décembre 1929, et devenu peu après Secrétaire d’État, il fut un fidèle collaborateur de Pie XI pendant neuf ans, à une époque caractérisée par les totalitarismes : le fascisme, le nazisme et le communisme soviétique, condamnés respectivement par les Encycliques Non abbiamo bisogno, Mit Brennender Sorge et  Divini Redemptoris.

“Celui qui écoute ma parole et croit (...) a la vie éternelle” (Jn 5, 24). Cette assurance de Jésus, que nous avons écoutée dans l’Évangile, nous fait penser aux moments les plus durs du pontificat de Pie XII lorsque, sentant s’évanouir toute sécurité humaine, il ressentait fortement le besoin d’adhérer au Christ, unique certitude qui ne passe pas, et ce aussi au travers d’un constant effort ascétique. La Parole de Dieu devenait ainsi lumière sur son chemin, un chemin sur lequel le Pape Pacelli dut consoler les réfugiés et les persécutés, essuyer les larmes de douleur et pleurer les innombrables victimes de la guerre. 

Le Pasteur angélique, tel était le surnom du vénérable
Pape Pie XII de son vivant. Que de mal n'a-t-on pas dit
lui ? Le bien ne fait pas de bruit, le bruit ne fait pas de
bien... Saint Pape, priez pour nous.
Seul le Christ est la véritable espérance de l’homme; seulement en se confiant en Lui, le cœur humain peut s’ouvrir à l’amour qui gagne sur la haine. Cette conscience accompagna Pie XII au cours de son ministère de Successeur de Pierre, ministère commencé justement alors que s’accumulaient sur l’Europe et sur le reste du monde les nuages menaçants d’un nouveau conflit mondial qu’il tenta d’éviter par tous les moyens: “Le péril est imminent, mais il est encore temps. Rien n’est perdu avec la paix. Tout peut l’être avec la guerre”, s’était-il écrié dans son radio-message du 24 août 1939 (AAS, XXXI, 1939, p. 334).

La guerre mit en évidence l’amour qu’il nourrissait pour sa “Rome bien-aimée”, un amour témoigné par son intense oeuvre de charité qu’il accomplissait en faveur des persécutés, sans tenir compte d’aucune distinction de religion, d’ethnie, de nationalité, d’appartenance politique. Lorsqu’à maintes reprises, on lui conseilla de laisser le Vatican pour se mettre à l’abri, la ville étant occupée, sa réponse fut toujours la même, identique et décisive, poursuit Benoît XVI : “Je ne laisserai pas Rome et mon poste, même si je devais en mourir” (cf. Summarium, p. 186). 

Ses familiers et autres témoins firent, en outre, part de ses privations de nourriture, de chauffage, de vêtements, de commodités, qu’il s’imposait volontairement pour partager la condition de la population durement éprouvée par les bombardements et par les conséquences de la guerre (cf. A.Tornielli, Pie XII, Un uomo sul trono di Pietro). Et comment oublier son message radio-message pour Noël, en décembre 1942 ? Avec une voix brisée par l’émotion, il déplora la situation des “centaines de milliers de personnes qui, sans aucune culpabilité de leur part, mais seulement pour des raisons de nationalité ou de race, sont destinées à la mort ou à un progressif dépérissement” (AAS, XXXV, 1943, p.23), se référant très clairement à la déportation et à l’extermination perpétrée contre les juifs. Souvent, c’est dans le secret et le silence qu’il a agi parce que, justement, à la lumière des situations concrètes de la complexité de ce moment historique, il avait eu l’intuition que c’est seulement de cette manière que l’on pouvait éviter le pire et sauver le plus grand nombre possible de juifs. Pour ses interventions, de nombreuses et unanimes attestations de reconnaissances lui furent adressées à la fin de la guerre, ainsi qu’au moment de sa mort, par les plus importantes autorités du monde juif, comme par exemple, par le Ministre des Affaires Extérieures d’Israël Golda Meir, qui lui écrivit: “Quand le martyre le plus épouvantable a frappé notre peuple, durant les dix années de terreur du nazisme, la voix du Souverain Pontife s’est élevée en faveur des victimes”, concluant avec émotion: “Nous pleurons la perte d’un grand serviteur de la paix”.

Malheureusement, le débat historique, qui n’a pas toujours été serein, sur la figure du Serviteur de Dieu, Pie XII, a oublié de mettre en lumière tous les aspects de son polyédrique pontificat. Très nombreux ont été les discours, les allocutions et les messages qu’il a adressés aux scientifiques, aux médecins, aux responsables des plus diverses catégories de travailleurs, dont certains d’entre eux sont, encore aujourd’hui, d’une extraordinaire actualité et qui continuent d’être un point ferme de référence. Paul VI, qui fut son fidèle collaborateur pendant de nombreuses années, le décrivit comme un érudit, un chercheur attentif, ouvert aux voies modernes de la recherche et de la culture, restant fermement, et avec cohérence, fidèle tant aux principes de la rationalité humaine, qu’à l’intangible dépôt des vérités de la foi. Il le considérait comme un précurseur du Concile Vatican II (cf. Angelus du 10 mars 1974). Dans cette perspective, un grand nombre de ses documents mériteraient d’être rappelés, mais je me limiterai à n’en citer que quelques-uns. Avec l’Encyclique Mystici Corporis, publiée le 29 juin 1943 alors que la guerre faisait encore rage, il décrivait les rapports spirituels et visibles qui unissent les hommes au Verbe incarné, et proposait d’intégrer, dans cette perspective, tous les principaux thèmes de l’ecclésiologie, offrant pour la première fois une synthèse dogmatique et théologique sur laquelle se baserait la Constitution dogmatique conciliaire Lumen Gentium.


Quelques mois après, le 20 septembre 1943, avec l’Encyclique Divino Afflante Spiritu, il fixait les normes doctrinales pour l’étude des Saintes Écritures, en mettant en relief son importance et son rôle dans la vie chrétienne. Il s’agit d’un document qui témoigne d’une grande ouverture à la recherche scientifique sur les textes bibliques. Comment ne pas rappeler cette Encyclique, alors que se déroulent les travaux du Synode qui a justement pour thème “La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église”? C’est à l’intuition prophétique de Pie XII que nous devons la première étude sérieuse des caractéristiques de l’historiographie antique, pour mieux comprendre la nature des livres sacrés, sans en affaiblir ou en nier leur valeur historique. L’approfondissement des “genres littéraires”, pour mieux comprendre ce que l’auteur sacré avait voulu dire, avait été, jusqu’en 1943, considéré comme suspect, du fait aussi des abus qui y avaient été commis. L’Encyclique ne reconnaissait pas sa juste application, déclarant illégitime son usage pour l’étude non seulement de l’Ancien mais aussi du Nouveau Testament. “Aujourd’hui, cet art - explique le Pape - que l’on a l’habitude d’appeler critique textuelle et qui est, valablement et fructueusement, utilisée dans les éditions des auteurs profanes, s’applique de plein droit aux Livres Sacrés en fonction justement du respect qui est dû à la Parole de Dieu”. Et, il ajoute: “Son objectif est, en effet, de restituer, avec toute la précision possible, sa première teneur au texte sacré, le débarrassant des déformations introduites par les fautes des copistes et le libérant des gloses et des lacunes, des transpositions de mots, des répétitions et des défauts similaires de tout ordre, qui dans les écrits transmis à la main pendant de nombreux siècles, s’infiltraient couramment.” (AAS, XXXV, 1943, p. 336).

Messe papale à l'autel majeur,
Basilique Saint-Pierre du Vatican
La troisième Encyclique que je voudrais mentionner est Mediator Dei, consacrée à la liturgie, publiée le 20 novembre 1947. Avec ce Document, le Serviteur de Dieu donna l’impulsion au mouvement liturgique, insistant sur l’”élément essentiel du culte”, qui “doit être celui interne: il est, en effet, nécessaire – écrit-il – de vivre toujours en Christ, de se dédier à Lui, afin qu’en Lui, avec Lui et pour Lui on glorifie le Père. La sainte Liturgie exige que ces deux éléments soient intimement liés... Autrement, la religion devient un formalisme sans fondement et sans contenu”. Ensuite, nous ne pouvons pas, non plus, ne pas évoquer l’importante impulsion que ce Souverain Pontife donna à l’activité missionnaire de l’Église avec les Encycliques Evangelii praecones (1951) et Fidei Donum (1957), mettant en relief le devoir pour chaque communauté d’annoncer l’Évangile aux personnes, comme le fera, avec une courageuse vigueur, le Concile Vatican II. L’amour pour les missions, le Pape Pacelli l’avait, du reste, manifesté dès le début de son pontificat quand, au mois d’octobre 1939, il avait voulu consacrer personnellement douze Évêques provenant de pays de mission, dont un indien, un chinois, un japonais, le premier Évêque africain et le premier Évêque de Madagascar. Enfin, l’une des ses constantes préoccupations pastorales fut la promotion du rôle des laïcs, pour que la communauté ecclésiale puisse compter sur toutes les énergies et les ressources disponibles. Pour cela aussi, l’Église et le monde lui sont reconnaissants.

Chers frères et soeurs, alors que nous prions pour que la cause de béatification du Serviteur de Dieu, Pie XII, se poursuive normalement, il est bon de rappeler que la sainteté fut son idéal, un idéal qu’il ne manqua pas de proposer à tous. Pour cela, il donna une forte impulsion aux causes de béatification et de canonisation de personnes appartenant à des populations diverses, de représentants de tous les états de vie, fonctions et professions, réservant une vaste place aux femmes. C’est Marie justement, la Femme du salut, qu’il montre à l’humanité comme signe de ferme espérance, en proclamant le dogme de l’Assomption durant l’Année Sainte de 1950. À notre époque qui est, comme alors, assaillie de préoccupations et d’angoisse pour son avenir; en ce monde où, peut-être encore plus qu’alors, l’éloignement de tant de personnes de la vérité et de la vertu laisse entrevoir des scénarios privés d’espérance, Pie XII nous invite à tourner notre regard vers Marie qui est montée dans la gloire céleste. Il nous invite à l’invoquer avec confiance, pour qu’elle nous fasse apprécier toujours plus la valeur de la vie sur la terre et nous aide à diriger notre regard vers le vrai but auquel nous sommes tous destinés: cette vie éternelle qui, comme Jésus nous l’assure, est déjà possédée par celui qui écoute et suit sa parole.