dimanche 8 avril 2012

Dimanche de Pâques

XB
Le Christ aux enfers, vainqueur de la mort, Sauveur du genre humain. Icône contemporaine.
Solennité de la Résurrection de 

Notre Sauveur et Seigneur Jésus-Christ


Très chers frères et sœurs ;

            Mais que s’est-il passé ? Tout, ces derniers jours, est allé si vite. Nous sommes passés de la joie à l’horreur innommable, aux acclamations des Rameaux aux cris de haine. Et maintenant, après 40 jours de deuil, nous chantons « Alléluia ».
Que s’est-il passé ? Vendredi, tous étaient dans les préparatifs de la Pâque à s’affairer. Nous avons trouvé le plus bel agneau, l’Agneau de Dieu, et nous L’avons préparé, passionnément. Apprêté, crucifié, mêlé aux herbes amères de nos péchés et de nos souffrances, le Sang sauveur du Fils unique et Bien-Aimé a été versé et Il a lavé, mystérieusement mais bien réellement, le monde et cette terre de tous ses crimes.

Le corps sans vie du Seigneur, le plus beau des enfants des hommes, est lacéré et défiguré, couvert des baisers de sa sainte Mère comme de ceux de Judas et des crachats de la foule arrogante et vociférante. Nicodème, non plus de nuit, mais au grand jour, avec Joseph d’Arimathie, L’ont réclamé. Et les saintes femmes, dernière fidèles, l’ont embaumé très rapidement, trop rapidement. On L’a déposé dans ce sépulcre, ce Saint Sépulcre, tout neuf, comme un ultime témoignage de respect des derniers disciples dont le cœur était, jusque-là, partagé.

Tous hurlaient, et la voici maintenant, cette foule, ce peuple élu, en train de fêter le grand passage, la première Pâque, le passage de la servitude de l’Egypte à la Terre promise. Et cela, sous le joug romain et la menace des armées de César qui détruiront le Temple dont, première préfiguration, le voile cachant la Présence du Saint des Saints, s’est déchiré en deux au moment où un homme, l’Homme parfait, nouvel Adam, poussait un grand cri et expirait doucement.

            Que se passe-t-il ?
L’âme du Christ-Dieu est descendue, doucement, paisiblement, dans les enfers, dans ces ténèbres où le Prince de ce monde, le menteur et l’homicide originel, entreposait, comme un butin volé, les saintes âmes d’Adam et Eve et de leurs enfants. Voici leur fils et souverain, l’Alpha et l’Oméga, qui vient à eux. Quelle stupeur chez les justes, chez les saints de tous les âges et de tous les temps ! Leur Créateur descend, vaincu par la mort, enchaîné et brisé.
Comme Satan et ses anges déchus ont dû exulté et crié de joie, de cette joie malsaine et criminelle qui animait les foules !

            Mais que se passe-t-il vraiment ?
En cette âme qui descend aux tréfonds des enfers, c’est Dieu qui visite son peuple. Comme nous l’entendions la nuit de Noël : Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre, une lumière a resplendi (Is IX,1).
C’est la Lumière incréée, divine, née de la Lumière qui dissipe ces ténèbres. La Vie est venue détruire la mort. La Grâce résorbe les blessures pour leur porter le pardon véritable et l’amour visibles sur la sainte Face du divin Crucifié. Le Pardon, en Personne, fait face aux enfants prodigues pour les enlacer de sa miséricorde et de sa tendresse infinies. C’est l’Amour qui dissipe les haines. C’est le Chemin qui vient montrer à ses enfants le retour vers la véritable Terre Promise, le Paradis. C’est la Vérité qui détruit le père du mensonge. C'est la Vie qui vient visiter les morts et leur rendre force et courage.  

            Chers frères et sœurs, aujourd’hui, nous célébrons la victoire du Christ Seigneur sur le péché et la mort, la haine et tout ce qui nous séparait de Dieu. Les verrous et les portes des enfers, jalousement gardés par ces hordes sataniques, sont brisés et les âmes des saints entrent dans le Paradis qui leur était interdit.
Aujourd’hui, la Vie est manifestée et l’Enfer est vaincu. Il est brisé et est aussi dérisoire qu’une coquille d’œuf vide et brisée. La Vie a éclos pour ne plus jamais s’éteindre et le tombeau est vide. C’est la victoire de la Vie, c’est notre victoire que nous chantons et que nous célébrons.
Le triple Alléluia pascal a retenti et ne cessera de retentir pendant 40 jours car il nous faudra bien cela pour comprendre ce qui paraît incroyable.

            Et pourtant, les femmes viennent achever ce qu’elles avaient fait trop rapidement, comme un dernier hommage à leur Maître et Seigneur qui a tant fait pour nous, les pauvres et les malades que nous étions. Mais qui nous roulera la pierre, se demandent-elles ? Même les Apôtres ne sont pas venus pour les aider, et c’est à leur honte, eux qui tremblent de peur alors qu’ils sont appelés et choisis pour témoigner.
Donc, voici ces femmes. Mais la pierre est déjà roulée ! Comme dans la nuit très sainte de Bethléem, il y a 33 ans, des Anges parés de lumière, joyeux, exultant, chantant, annoncent la seule véritable Bonne Nouvelle : Pourquoi chercher parmi les morts Celui qui est vivant : Il est ressuscité !

Mais “Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ?”. “J’ai vu le Sépulcre du Christ vivant, j’ai vu la gloire du Ressuscité. J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements. Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! Il vous précédera en Galilée.” 
Très chers frères et sœurs, de tout cela, nous aussi, nous sommes témoins. Forts du témoignage de celles qui ont vus, de ceux qui ont vus et qui ne croyaient pas jusqu’au moment où ils ont pu toucher les mains et le côté transpercés du divin Crucifié – Ressuscité, Il nous a chargés d'annoncer au peuple et de témoigner que Dieu L'a choisi comme Juge des vivants et des morts. C'est à Lui que tous les prophètes rendent ce témoignage : Tout homme qui croit en Lui reçoit, par Lui, le pardon de ses péchés.

Cette Bonne nouvelle, croyons-y de tout notre cœur, de toute notre âme, et répandons-la. Que cette joie divine, que cette paix infinie transforment nos cœurs, qu’elles renouvellent notre espérance et nous rendent débordants de charité. Que nos vies soient transformées par le Sauveur et que rien en nous n’échappe à sa Lumière bienheureuse et béatifiante. Qu’elle nous renouvelle et nous recrée, nous apaise, nous réconforte et nous fasse porter la paix à la multitude.

Ce Carême, ce beau temps de la pénitence, nous avait préparé à cette joie. Et bien quittons-le maintenant. Ils sont terminés les jours de la Passion : le jeûne, la cendre du deuil et nos larmes se changent en joie. La joie du Seigneur est notre rempart, dit saint Paul.

Aujourd’hui, le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! Amen. Alléluia. 

abbé Nicolas Van der Maelen
Saint-François, Paris

Bénédiction apostolique Urbi et Orbi, à la Ville et au monde

            Sancti Apostoli Petrus et Paulus, de quorum auctoritate et potestate confidimus, ipsi intercedant pro nobis ad Dominum. R./ Amen.

            Precibus et meritis beatæ Mariæ semper Virginis, beati Michaelis Archangeli, beati Ioannis Baptistæ et sanctorum Apostolorum Petri et Pauli et omnium Sanctorum misereatur vestri omnipotens Deus et dimissis omnibus peccatis vestris, perducat vos Iesus Christus ad vitam æternam. R./ Amen.

            Indulgentiam, absolutionem et remissionem omnium peccatorum vestrorum, spatium verae et fructuosae pænitentiæ, cor semper pænitens et emendationem vitæ, gratiam et consultationem sancti Spiritus et finalem perseverantiam in bonis operibus, tribuat vobis omnipotens et misericors Dominus. R./ Amen.

            Et benedictio Dei omnipotentis : Patris † et Filii † et Spiritus Sancti † descendat super vos et maneat semper. R./ Amen.
             Que les saints Apôtres Pierre et Paul, dont la puissance et l'autorité nous a été confiée, intercèdent personnellement pour nous auprès du Seigneur ! R./ Amen.

            Que par les prières et les mérites de la bienheureuse Marie toujours Vierge, de Saint Michel archange, de Saint Jean Baptiste et des Saints apôtres Pierre et Paul, et de tous les Saints, le Dieu tout-puissant, ait pitié de vous, et qu'ayant remis tous vos péchés, Jésus Christ vous conduise à la vie éternelle ! R./ Amen.

            L'indulgence, l'absolution et le pardon de tous vos péchés, un espace d'une pénitence authentique et fructueuse, un cœur toujours pénitent et une correction de votre vie, la grâce et le conseil de l'Esprit Saint et la persévérance jusqu'à la fin dans les bonnes œuvres : que vous l'accorde le Seigneur tout-puissant et miséricordieux ! 
R./ Amen.

            Et que la bénédiction du Dieu tout-puissant, le Père †, le Fils † et le Saint-Esprit † descende sur vous et y demeure à jamais. R./ Amen. 

(indulgence plénière aux conditions habituelles)




Très saintes fêtes de Pâques à tous. 
Le Christ est ressuscité ; Il est vraiment ressuscité. 
Par sa mort, Il a vaincu la mort. 
Alléluia. Alléluia. Alléluia. 




Pourquoi offre-t-on des  œufs à Pâques ? 


Christ ressuscité entouré des saints Anges
par Lorenzo Lotto
   Tout d'abord, parce que pendant le jeûne du Carême on ne mangeait pas d'œufs (encore aujourd'hui dans les Eglises de rites orientaux). Voilà pourquoi on s'offre des  œufs. Dans le monde orthodoxe, on les colore en rouge, signe du Sang sauveur versé sur la Croix et de la Passion rédemptrice du Christ. 


   Les  œufs sont un symbole de vie. Cachés dans les jardins, ils nous rappellent que le tombeau du Seigneur se trouvait dans un jardin, proche du Golgotha. 


   Leur forme rappelle la pierre ronde qui fermait l'entrée du saint Sépulcre. Et, comme le poussin enclos dans cet espace trop étroit, le Christ - Seigneur qui est la VIE ne pouvait demeurer enclos dans les ténèbres et la mort. 



samedi 7 avril 2012

Samedi Saint

Giotto, détail, Notre Dame des douleurs

Vénérable Henri Marie Boudon, « Dieu partout présent », Acte à la très sainte Vierge

            O Vierge toujours Vierge, immaculée en votre sainte Conception, vraie Mère de Dieu, s’il était en mon pouvoir je voudrais vous honorer par tous les honneurs, et par toute la gloire qui vous ont été rendus, que l’on vous rend, et que l’on vous rendra éternellement. Mais je m’unis particulièrement aux Saints qui ont excellé en la dévotion de votre immaculée Conception, de votre perpétuelle Virginité, et de votre divine Maternité. Obtenez-moi quelque part à leur amour, à leur dévotion, et à leur zèle pour ces privilèges. Je vous offre de plus toute la gloire de la suradorable Trinité. Ainsi soit-il.


vendredi 6 avril 2012

Vendredi Saint : Passion et Mort du Sauveur

Roger Van der Weyden, Crucifixion
Du marché conclu par Judas avec les Juifs pour vendre le Fils de Dieu

Considérez l’injure faîte à Notre-Seigneur d’être mis en vente comme une chose commune. Il est Dieu, par conséquent inappréciable, et d’une valeur infinie ; néanmoins on parle de le vendre à prix taxé. C’est ainsi que l’on traite un Dieu et Il le souffre !
Et vous vous irritez de ce qu’on ne vous apprécie pas assez ! Combien donc pensez-vous valoir ?
Considérez que Judas, ce mauvais marchand, s’en rapporte aux acheteurs pour ce qui est du prix de ce qu’il veut vendre. Il leur dit : «  Que voulez-vous me donner ? » estimant si peu son maître, qu’il l’eût vendu pour si peu qu’on lui eût offert.
Quand, pour un petit divertissement, vous quittez les choses de Dieu, pour une futilité vous laissez la sainte communion, vous imitez Judas : pour la moindre bagatelle, vous abandonnez ce qui n’a pas de prix. Quel échange !
Considérez que ce marché est tout au désavantage de celui qui est vendu : car on n’achète le divin Jésus que pour le faire mourir ; en sorte que l’action de Judas fut la cause prochaine de la Passion du Fils de Dieu.
Quoique ce malheureux soit bien détestable, tournez toute votre indignation contre vous-même : car ç’a été au nom de tous les pécheurs que Judas a conclu son infâme marché. Ainsi soit-il. 

R. P. Joseph de Dreux
capucin du XVIIe s.
Mort du Sauveur et mise au tombeau
Vénérable Henri Marie Boudon, « Dieu partout présent », prière

            O Père éternel qui êtes ici très présent avec votre Fils adorable, et le Saint Esprit, je déteste tous mes péchés plus que tous les maux ensemble, et j’en ai regret du plus intime de mon cœur, dans la seule vue que les intérêts de votre divine Majesté en sont blessés, sans considérer les miens ni du côté de la peine, ou de la récompense, ni de la part du temps, ni de l’éternité, ni en la vue du Paradis, ou de l’Enfer, ha ! je m’unis à toute la douleur que l’adorable Jésus votre Fils bien-aimé en a eue. 
Je vous offre pour y satisfaire toute la Passion douloureuse, et la précieuse Mort. Ainsi soit-il. 


jeudi 5 avril 2012

Jeudi Saint : Institution de la divine Eucharistie et du saint Sacerdoce

Joos van Gent, Institution de l'Eucharistie et communion des Apôtres


Vénérable Henri Marie Boudon, « L’amour de Jésus au Très Saint Sacrement de l’Autel », Oraison pour adorer le Très Saint Sacrement

            Mon Dieu et mon Sauveur, Jésus vrai Dieu et vrai homme, digne victime du Très-Haut, pain vivant, et source de la vie éternelle, je vous adore de tout mon cœur dans votre divin Sacrement, avec dessein de réparer toutes les irrévérences, les profanations et les impiétés qui ont été commises contre vous dans ce redoutable mystère.

            Je me prosterne devant votre sainte majesté, pour vous y adorer présentement au nom de tous ceux qui ne vous y ont jamais rendu aucuns devoirs, et qui peut-être seront si malheureux que de ne vous y en rendre jamais, comme les hérétiques, les athées, les blasphémateurs, les magiciens, les Juifs, les idolâtres et tous les infidèles.

            Je souhaiterais, mon Dieu, vous pouvoir autant donner de gloire qu'ils vous en donneraient tous ensemble, s'ils vous y rendaient fidèlement leur respect et leur reconnaissance ; et je voudrais pouvoir recueillir dans ma foi, dans mon amour, et dans le sacrifice de mon cœur, tous ce qu'ils auraient été capables de vous rendre d'honneur, d'amour et de gloire dans l'étendue de tous les siècles.

            Je désire même de toute l'ardeur de mon âme vous donner autant de bénédictions et de louanges, que les damnés vomiront d'injures contre vous dans toute la durée de leurs supplices ; et pour sanctifier cette adoration, et vous la rendre plus agréable, je l'unis, ô mon Sauveur, à toutes celles de votre Eglise universelle du Ciel et de la terre. Regardez les sentiments de mon cœur plutôt que les paroles de ma bouche : j'ai dessein de vous dire tout ce que votre Esprit inspire pour vous honorer, à votre sainte Mère, à vos saints, et tout ce que vous direz vous-même à Dieu votre Père, dans ce glorieux et auguste Sacrement où vous êtes son holocauste perpétuel, et dans le bienheureux sein où il vous engendre à toute éternité, où vous le louez infiniment par la divine essence.

Loué soit et adoré le Très Saint Sacrement !


dimanche 1 avril 2012

Dimanche des Rameaux et de la Passion du Sauveur : N'aimer que Dieu seul


Dimanche des Rameaux : L'entrée de Jésus à Jérusalem, par Giotto

Vénérable Henri Marie Boudon, « Dieu partout présent », Chap. IV, Dieu qui est partout, demande que l’on se souvienne de sa divine présence
                                                
            C’est le propre des grandes choses, de celles qui sont extraordinairement belles et rares, d’attirer les yeux, et d’occuper l’esprit. Ainsi vous verrez des gens qui y sont attachés avec plaisir, et qui ont de la peine à en retirer les yeux. Ah si cela est, comment ne point en avoir d’application à la présence de Dieu, devant qui toutes les beautés les plus charmantes ne sont que de vilaines laideurs, devant qui tout ce qu’il y a de plus rare parmi les choses créées soit dans la terre, soit dans le Ciel même, ne mérite pas qu’on s’applique un moment à le regarder ? Est-il possible que ce Dieu qui sera toute l’occupation du Paradis, et dont l’occupation en sera la félicité, qui est un bonheur infini, sera ainsi dans l’oubli en ce monde ; et qu’étant partout, partout on ne le verra point ?

            Mais, dira-t-on, c’est qu’il est caché à nos yeux corporels. Réponse bien indigne qui n’a pas seulement un corps qui a des yeux, ce qui lui est commun avec les bêtes, mais une âme spirituelle douée d’intelligence, qui lui fait discerner ce que les sens n’aperçoivent pas. Nous avons dit que plusieurs Philosophes par la seule lumière naturelle avaient connu la présence de la Divinité en toutes choses. Mais réponse intolérable dans le Chrétien, qui a reçu le don de la foi, qui est un œil spirituel qui lui découvre certainement la présence de Dieu qui est partout, et avec plus d’assurance que les choses plus présentes à ses sens. Est-ce donc que ce bel œil qui est même éclairé par la lumière divine, lui sera inutile, et qu’il n’en fera point d’usage ?

            (…) Cependant on regarde, on s’applique à tout ce qui tombe sous les sens, en sorte, dit sont Augustin, qu’il semble que l’homme soit devenu tout chair ; car il ne pense qu’à ce que ses yeux de chair lui découvrent. Etrange et malheureuse corruption ! Infâme extase bestiale, par la domination de la partie animale !
Ainsi l’homme dépravé est tout occupé des choses sensibles, soit qu’il soit seul, soit qu’il soit en compagnie. Que l’on fasse réflexion sur l’occupation des hommes, leur pauvre esprit n’est rempli que de créatures, de terre, et des choses de la terre, de maisons, de jardins, de bois, de rivières, d’ameublement, de chevaux, d’équipages, d’habits, d’honneurs, de plaisirs, et de biens temporels. C’est à quoi ils pensent, c’est ce qu’ils aiment. Voilà le sujet de leurs entretiens, la matière de leurs conversations, pendant, hélas ! que l’on passe sa vie dans la désoccupation du Créateur !
           
détail, Jésus couronné d'épines, par Corregio
            (…Les personnes qui n’aiment que les bagatelles)  passent leur vie à s’entretenir avec d’autres créatures leurs semblables, et une demi heure que dure le Très Saint Sacrifice de la Messe leur paraît bien longue. On crie si un Prédicateur parle plus d’une heure des plus grandes vertus de la religion. On dit qu’on a de la peine à s’entretenir avec Dieu l’espace d’une demi-heure, ou d’une heure. Et cependant, où trouve-t-on ces créatures du monde parfaitement contentes, même de celles qui jouissent d’avantage de ceux que l’on y recherche le plus. Leurs jeux, leur bonne chaire, leurs récréations, leurs plaisirs, leurs plus belles conversations donnent-ils à leur cœur un repos entier ? C’est ce qu’ils ne peuvent faire, parce qu’ils n’ont rien de véritablement solide, ils ne sont que pure vanité.


lundi 26 mars 2012

Solennité de l’Annonciation

Les Dimanches de Carême priment sur tout, même sur les solennités. Voilà pourquoi, cette année, la solennité de l'Annonciation est repoussée au 26 mars. Puissions-nous imiter la foi de la Très Sainte Vierge Marie, l'Immaculée et toute sainte Mère de Dieu, devant qui même la Trinité Sainte s'extasie. 
Sainte fête à tous et poursuivons saintement notre chemin vers Jérusalem en ce temps de la Passion qui commence. 

Homélie "Missus est III" de saint Bernard

Dieu le Père, détail, par Raphaël
n.1.(…) L'Evangéliste dit donc : « Et l'Ange étant entré dans le lieu où elle était, elle, c'est-à-dire Marie, lui dit : Je vous salue pleine de grâce, le Seigneur est avec vous (Luc., I, 28). »
Où était-elle lorsque l'Ange vint la trouver ? Je pense qu'elle était retirée à l'écart dans sa chambre virginale, où peut-être, après avoir fermé la porte sur elle, elle priait le Père dans le secret.

            Les anges ont coutume, en effet, d'assister à nos prières, et se plaisent dans la société de ceux qu'ils voient lever des mains pures en priant, ils aiment à offrir à Dieu, comme un sacrifice de douce odeur, l'holocauste d'une sainte dévotion. Aussi l'Ange a-t-il montré, en saluant Marie, lorsqu'il fut arrivé près d'elle, combien ses prières étaient agréables au Très-Haut.

            Il ne fut pas difficile à l'Ange de pénétrer dans la retraite de la Vierge, quoiqu'elle en eût fermé la porte; car, par la vertu de sa substance, il jouit du privilège de ne jamais être arrêté par des serrures de fer en quelque lieu qu'il veuille pénétrer. Pour les esprits célestes, il n'y a point de murailles, tout est accessible à leurs regards, il n'est corps si durs et si épais qu'ils soient qu'ils ne puissent pénétrer et traverser. Il n'est donc point à présumer que l'Ange ait trouvé ouverte la petite porte du réduit où la Vierge se tenait, soit pour éviter le commerce des hommes et se soustraire à leurs entretiens, soit pour se livrer en silence à la prière et se trouver à l'abri des tentations qui pouvaient assaillir sa chasteté virginale. La Vierge très-prudente avait donc, en ce moment, fermé sa porte pour les hommes, mais elle ne l'avait point fermée pour les Anges. Aussi un Ange put-il pénétrer dans sa retraite, bien que tout accès fût interdit aux hommes jusqu'à elle.

Homélie "Missus est IV" de saint Bernard

Saint Gabriel, détail,
par Lorenzo Lotto
n.8. O vierge, vous avez entendu l'annonce de ce qui va se faire et l'Ange vous a dit comment cela se doit faire ; des deux côtés il y a de quoi vous étonner et vous réjouir. Réjouissez-vous donc, fille de Sion, fille de Jérusalem, livrez-vous à toute votre allégresse. Mais puisque vous avez entendu une nouvelle qui vous comble de joie et bonheur, dites donc à votre tour les paroles que nous appelons de tous nos vœux, afin que nos os humiliés tressaillent d'allégresse. Oui, vous avez entendu la merveille annoncée et vous y avez cru, croyez aussi à la manière dont elle doit s'accomplir.

            On vous a dit que vous allez concevoir et que vous enfanterez un fils; on vous a dit aussi que ce ne serait point par l'opération d'un homme mais par celle du Saint-Esprit; l'Ange maintenant n'attend plus que votre réponse, il faut qu'Il retourne à Dieu. O Notre Dame, nous attendons aussi cette réponse de miséricorde, nous pauvres malheureux qui gémissons sous le coup d'une parole de damnation. Le prix de notre salut est entre vos mains, nous sommes sauvés si vous daignez consentir. Créatures du Verbe éternel de Dieu, nous périssons tous, une parole de votre bouche nous rend à la vie et nous sauve.

            Adam et sa triste postérité condamnés à l'exil, Abraham, David, les autres Pères, je veux dire vos propres aïeux, qui sont aussi plongés eux-mêmes, dans les ombres de la mort, vous supplient de consentir. Le monde entier à vos genoux, attend votre consentement. De vous, en effet, dépend la consolation des affligés, la rédemption des captifs, la délivrance des coupables, le salut des enfants d'Adam, de votre race toute entière. Dites, ô Vierge dites cette parole si désirée, si attendue par la terre et par les Cieux, par les enfers eux-mêmes.

            (…) Oui, c'est vous qui êtes la femme promise, la femme attendue, la femme désirée, celle en qui un de vous ancêtres, le saint homme Jacob, à son lit de mort, mettait toutes ses espérances de salut quand il s'écriait: « Seigneur, j'attendrai votre Sauveur (Gen. XLIX, 18) » Oui, vous êtes la femme en qui et par qui Dieu même, notre Roi a résolu, avant tous les siècles, d'opérer notre salut sur la terre. 
(…) Répondez donc bien vite à l'Ange et par l'Ange au Seigneur. Dites une parole et recevez son Verbe ; que votre parole qui ne subsiste qu'un instant se fasse entendre et vous concevrez la Parole de Dieu, son Verbe éternel. Qui vous retient? Que craignez-vous ? 

Annonciation, par Nicolas Poussin :
L'Esprit Saint viendra sur toi et tu concevras. 
Croyez, consentez et concevez. Que votre humilité se rassure, que votre timidité ait confiance. Il ne faut pas que la simplicité de la vierge oublie la prudence. En cette circonstance, ô Vierge prudente, vous ne devez pas craindre de trop présumer de vous, si votre réserve a plu par son silence, maintenant il est nécessaire que votre charité parle. Ouvrez donc, ô Vierge bénie, votre cœur à la confiance, vos lèvres au consentement, et votre sein à son Créateur. Le Désiré des nations est là à votre porte, il frappe. S'il passe outre parce que vous le ferez attendre, vous gémirez de nouveau après Celui que votre cœur aime! Levez-vous donc, courrez au devant de lui, hâtez-vous de lui ouvrir. Levez-vous dis-je, par la foi, courrez par la prière, ouvrez par le consentement.

         n.9. 
« Voici, dit-elle, la servante du Seigneur, 
qu'il me soit fait selon votre parole »



dimanche 25 mars 2012

Confession pascale

Le saint Padre Pio au confessionnal
Il est toujours bon de faire un petit rappel au sujet de la confession pascale afin de bien se préparer, en esprit et en vérité dirait le Seigneur à la Samaritaine, aux grandes solennités qui approchent. 


Le Catéchisme de l'Eglise Catholique rappelle, à la suite du Droit Canonique et des Conciles : 


n.1389 : Pendant le Carême, l’Église nous demande de courber la tête devant Dieu. Lorsque nous relevons la tête, nous voyons le Christ, Rédempteur de l’homme, qui nous enseigne par toute sa vie et puis, d’une façon définitive, par sa passion et sa mort, ce que signifie « être libre », faire bon usage de la liberté qui appartient à l’homme, utiliser pleinement le don de la liberté.
C’est l’enseignement de l’Évangile, c’est l’enseignement particulier du Carême. Il faut que pendant le Carême nous prenions conscience devant le Christ de l’usage que nous faisons de notre liberté. En nous préparant à la confession pascale, nous devons examiner profondément notre conscience sur ce point. 

n.1457 : D'après le commandement de l'Eglise, "tout fidèle parvenu à l'âge de la discrétion doit confesser au moins une fois par an, les péchés graves dont il a conscience" (DS 1683 ; cf. DS 1708 ; CIC 989). Celui qui a conscience d'avoir commis un péché mortel ne doit pas recevoir la Sainte Communion, même s'il éprouve une grande contrition, sans avoir préalablement reçu l'absolution sacramentelle (cf. Cc. Trente: DS 1647 ; 1661), à moins qu'il n'ait un motif grave pour communier et qu'il ne lui soit possible d'accéder à un confesseur (cf.CIC 916 ; CIO 711). Les enfants doivent accéder au sacrement de la Pénitence avant de recevoir pour la première fois la Sainte Communion (cf.CIC 914).

n.2042 : Le premier commandement ( "Les Dimanches et les autres jours de fête de précepte, les fidèles sont tenus par l'obligation de participer à la Sainte Messe et de s'abstenir des œuvres serviles") demande aux fidèles de sanctifier le jour où l'on commémore la Résurrection du Seigneur, ainsi que les principales fêtes liturgiques où l'on honore les mystères du Seigneur, de la Bienheureuse Vierge Marie et des Saints, avant tout en participant à la célébration eucharistique qui rassemble la Communauté chrétienne, et de se libérer de tous ces travaux et de ces affaires qui sont de nature à empêcher la sanctification de ces jours (cf. CIC 1246-1248 ; CIO 881, p1-4). 


Le deuxième commandement ("Tout fidèle est tenu par l'obligation de confesser ses péchés au moins une fois par an") assure la préparation à l'Eucharistie par la réception du sacrement de la Réconciliation, qui continue l'oeuvre de conversion et de pardon du Baptême (cf. CIC 989 ; CIO 719).


Le troisième commandement ( "Tout fidèle est tenu par l'obligation de recevoir la Sainte Communion au moins chaque année à Pâques") garantit un minimum dans la réception du Corps et du Sang du Seigneur en liaison avec les fêtes Pascales, origine et centre de la liturgie chrétienne (cf.CIC 920 ; CIO 708 ; 881, p3).


samedi 24 mars 2012

24 mars - Fête de saint Gabriel, Archange

Homélie "Missus est I" de saint Bernard

Saint Gabriel annonce à Marie qu'elle sera la Mère de Dieu.
Annonciation par Eustache Le Sueur 
 « L'ange Gabriel fut envoyé de Dieu en une ville de Galilée appelée Nazareth, 
à une vierge qui avait épousé un homme du nom de Joseph, 
et cette vierge s'appelait Marie. »

n.2. Il dit donc: « L'ange Gabriel fut envoyé de Dieu. »
Je ne pense pas qu'il soit ici question d'un de ces anges de moindre dignité qui viennent souvent sur la terre y remplir des missions ordinaires; en effet, ce n'est pas ce que signifie son nom, qui veut dire la force de Dieu, d'ailleurs il ne vient pas, comme c'est l'habitude, sur l'ordre d'un esprit plus grand que lui, mais il est envoyé de Dieu même.

            Voilà, sans doute, pourquoi il est dit qu'il fut envoyé « de Dieu » mais l'Évangéliste se sert peut-être aussi de ces paroles « envoyé de Dieu » pour que nous ne croyions pas que Dieu, avant de communiquer son dessein à la Vierge, en fit part à d'autre esprit bienheureux que l'archange Gabriel qui fut seul trouvé digne parmi le reste des anges d'une telle grandeur, du nom qu'il a reçu et de la mission qui lui fut confiée.

            D'ailleurs, le nom qu'il a n'est point sans rapport avec le message dont il est chargé. En effet, à quel ange convenait-il mieux d'annoncer la venue du Christ qui est la vertu de Dieu, qu'à celui qui a l'honneur de s'appeler la force de Dieu ? Car qu'est-ce que la force, sinon la vertu. Mais n'allez pas croire qu'il n'était ni bien, ni convenable que le maître et l'envoyé portassent le même nom, car s'ils s'appellent de même, ce n'est pas pour la même raison.
En effet, si le Christ et l'ange Gabriel sont également nommés la force ou la vertu de Dieu, c'est en un sens bien différent l'un de l'autre. En effet, ce n'est que nuncupativement que l'Ange est appelé la force de Dieu, tandis que c'est substantivement que le Christ est nommé « la vertu de Dieu » (I Corinth., I, 24), il l'est effectivement; car c'est lui que désigne ce plus fort armé de l'Evangile qui survient et qui, de son bras puissant, terrasse le premier fort armé qui, jusque là, avait gardé sa maison en paix, et lui enlève ainsi toutes les richesses qu'il y avait amassées.

            Quant à l'Ange, s'il est appelé la force de Dieu c'est, ou parce qu'il a pour office d'annoncer la venue de cette force elle-même, ou bien parce qu'il devait rassurer une vierge naturellement timide, simple et pudique, que la nouvelle du miracle qui devait s'accomplir par elle allait troubler. En effet, il lui dit : « Ne craignez rien, ô Marie, car vous avez trouvé grâce auprès de Dieu. » Il y a même lieu de croire qu'il eut aussi à donner des forces et du courage au fiancé de cette vierge, homme d'une conscience humble et timorée, quoique notre Évangéliste ne le dise point alors. En effet, c'est lui qui lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre Marie pour épouse. » C'est donc un choix plein d'à-propos qui désigna Gabriel pour l'œuvre qu'il eut à remplir, ou plutôt c'est parce qu'il l'eut à remplir qu'il fut appelé Gabriel.

mercredi 21 mars 2012

La vanité ou l'essentiel ?

Vénérable Henri Marie Boudon, « Dieu partout présent », Chap. IV, Dieu qui est partout, demande que l’on se souvienne de sa divine présence 
                                          
            Au contraire, les divins solitaires dans une entière séparation des créatures, sans avoir de conversations avec elles, sans leurs jeux, leurs divertissements, n’ayant que Dieu seul dans leurs déserts pour compagnie, qui était toutes leurs richesses, tout leur plaisir, possédaient une tranquillité que le monde ne connait point. Une paix divine qui surpasse tout sentiment, demeurait dans leurs cœurs. Ils menaient une vie angélique, et ils commençaient à en goûter les joies célestes. O qui pourrait nous dire ce qui s’est passé dans l’intérieur du divin Paul ermite qui a vécu plus de 80 ans dans le désert, sans jamais y avoir vu, ni parlé à personne ; car il y avait plus de 80 ans qu’il s’y était retiré lorsqu’il y a fut visité par Saint Antoine. Certainement la vie a été une vie de Paradis, toujours dans la contemplation de la Divinité.

            Malheur à nous qui en sommes si peu occupés. Malheur à toi, ô monde, dans tes ténèbres, qui ayant Dieu partout présent, et qui partout ne le regarde pas, et qui t’ennuie sitôt dans le peu de temps que tu y penses, et que l’on te parle de la suprême Majesté.
O si tu savais quel honneur c’est que la permission qu’il nous donne de nous entretenir avec sa grandeur infinie, que ne ferais tu pas pour jouir d’un bien si divin ? Une âme éclairée voit bien que ce serait peu de choses : et voici que nous pouvons quand il nous plaît, et facilement avec le secours divin, jouir de cet honneur inestimable, et nous le négligeons !

            O vraiment, s’écrierait la Séraphique Thérèse, puisque mon Dieu est partout, je ne le laisserai pas sans avoir l’honneur de l’entretenir ! Certainement c’est une indignité insupportable à une chétive créature de traiter de la sorte son Créateur. Hélas ! voudrait-on en user de la manière avec une personne un peu considérable ? C’est ce qui paraîtrait insupportable à une créature, et il faut qu’un Dieu le souffre !

Icône de l'échelle des vertus.
Nous sommes tous appelés à devenir saints et nous sommes
tous protégés par les saints Anges. Mais nous sommes
aussi tentés. Si nous tombons, reprenons courage et montons
de nouveau par les degrés de la sainteté avec l'aide de Dieu.

Saint Jean Climaque, « L’échelle sainte », extraits

            Courons avec une joie mêlée de crainte au combat remarquable auquel Dieu nous appelle. C'est aux démons que nous devons faire la guerre; ne les redoutons pas, car, quoique nous ne puissions pas les voir, ils nous connaissent et ils pénètrent dans le fond de notre âme; mais s'ils la voient troublée et craintive, ne nous croiront-ils pas vaincus ? ne se précipiteront-ils pas sur nous avec un acharnement terrible, afin de nous rendre leurs misérables esclaves ? Or, puisque nous connaissons leurs ruses, armons-nous donc contre eux avec courage; car on hésite d'en venir aux mains, quand on voit une armée qui ne compte que des soldats vaillants et courageux, et qui brûle de se mesurer avec l'ennemi. 

            Si, lorsque nous avons quitté le monde, les démons nous troublent et nous tentent par le souvenir douloureux et tendre de nos pères et mères, de nos frères et sœurs, sachons recourir promptement aux saintes armes de la prière, à la pensée des flammes éternelles, afin que le souvenir de ces flammes effrayantes éteigne en nous les feux par lesquels les démons voudraient réduire en cendres nos généreuses résolutions.