samedi 12 mai 2018

Prions pour l'Eglise


Le Cardinal Willem Jacobus Eijk, archevêque d’Utrecht aux Pays-Bas, a publié cette tribune. Prions pour l’Eglise et la fidélité du peuple chrétien à la veille de la fête de Notre-Dame de Fatima

Unanimité à propos de quoi ? En supposant que tous les membres de la Conférence des évêques allemands, après en avoir discuté à nouveau, décident unanimement que la Communion peut être administrée aux protestants mariés à un catholique, cela va-t-il être contraire à ce que le Code de Droit canon et le Catéchisme de l’Eglise Catholique disent à cet égard et devenir ainsi la nouvelle pratique dans l’Eglise catholique en Allemagne ? La pratique de l’Eglise catholique, basée sur sa Foi, n’est pas déterminée ni ne change pas statistiquement même quand la majorité d’une Conférence épiscopale vote en faveur d’une nouvelle pratique, même de façon unanime.

Ce que dit le Code de Droit canonique et le Catéchisme de l’Eglise Catholique aurait dû être la réaction du Saint-Père qui est, en tant que Successeur de Saint Pierre, le principe perpétuel et visible ainsi que le fondement de l’unité des évêques et des fidèles. (Lumen Gentium n° 23 ). Le Saint-Père aurait dû donner à la délégation de la Conférence épiscopale allemande des directives claires, fondées sur la doctrine et la pratique claire de l’Eglise. Il aurait également dû répondre sur cette même base à la femme luthérienne qui lui avait demandé, le 15 novembre 2015, si elle pouvait recevoir la Communion avec son époux catholique, en lui disant que ce n'était pas acceptable au lieu de lui suggérer qu’elle pouvait recevoir la Communion sur la base de son baptême et si c’était en accord avec sa conscience. 


En omettant de créer de la clarté, une grande confusion est créée parmi les fidèles et l'unité de l’Eglise est en danger. C’est également le cas des cardinaux qui proposent publiquement de bénir les relations homosexuelles, ce qui est diamétralement opposé à la doctrine de l’Eglise, fondée sur la Sainte Ecriture, selon laquelle le mariage, selon l’ordre de la création, n’existe qu’entre un homme et une femme.


Observant que les évêques et, surtout, le Successeur de Pierre qui ne parviennent pas à maintenir et à transmettre fidèlement et dans l’unité le Dépôt de la Foi contenu dans la Tradition Sacrée et la Sainte Ecriture, je ne peux m’empêcher de penser à l’article 675 du Catéchisme de l’Eglise catholique : 

"Avant l’avènement du Christ, l’Eglise doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants.
La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre dévoilera le “mystère d’iniquité” sous la forme d’une imposture religieuse apportant aux hommes une solution apparente à leurs problèmes au prix de l’apostasie de la Vérité".
 
+ Willem Jacobus Cardinal Eijk 
Archevêque d'Utrecht, Pays-Bas 
Utrecht, 5 mai 2018



Miserere ! Kyrie eleison !

jeudi 10 mai 2018

Ascension du Seigneur au plus haut des Cieux

L'Ascension. Orationes encomiasticae
in SS. Virginem Dei Param. Constantinople

Hymne de la liturgie arménienne :

Les Puissances du ciel ont été émues en vous voyant monter, ô Christ ! Elles se disaient l’une à l’autre dans leur tremblement : « Quel est ce Roi de gloire ? »
— C’est le Dieu Verbe incarné, qui a anéanti le péché sur la croix, et qui, s’étant envolé avec gloire, vient au ciel, Seigneur qu’il est, dans sa force et sa vertu.
— C’est celui qui s’est levé du sépulcre et a détruit la mort ; aujourd’hui il monte avec gloire, et vient au Père : il est le Seigneur puissant dans les combats.
— C’est lui qui, par un pouvoir divin, est monté aujourd’hui sur le char de son Père, servi par les chœurs des Anges, qui chantaient et s’écriaient : « Princes, ouvrez vos portes, et le Roi de gloire entrera. »

Les Puissances célestes étaient dans l’étonnement, et se demandaient d’une voix tremblante : « Quel est ce Roi de gloire qui vient dans la chair et revêtu d’un si merveilleux pouvoir ? Princes, ouvrez vos portes, et le Roi de gloire entrera. »

Les Hiérarchies supérieures faisaient entendre un concert harmonieux ; elles chantaient un cantique nouveau, et disaient : « C’est le Roi de gloire, le sauveur du monde et le libérateur du genre humain. Princes, ouvrez vos portes, et le Roi de gloire entrera. »

Ascension copte.
Et nous, qui avons été entés sur toi par la ressemblance de ta mort, ô Fils de Dieu, rends-nous dignes d’obtenir aussi cette autre ressemblance, ô Roi de gloire ! Toutes les Églises des saints célèbrent ton triomphe par des cantiques spirituels.

Tu as crucifié avec toi le vieil homme, tu as brisé l’aiguillon du péché, tu nous as délivrés par ce bois vivifiant auquel tu fus attaché, et les gouttes de ton sang ont enivré le monde : toutes les Églises des saints célèbrent ton triomphe par des cantiques spirituels.

Dans ta compassion pour nous, ta nature divine a daigné s’incarner, et tu nous as fait participer à ton corps et à ton sang dans le Sacrifice d’agréable odeur que tu as offert à ton Père, en lui immolant ton corps, emprunté à notre nature. Ensuite tu es monté sur un nuage éclatant, à la vue des Puissances et des Principautés qui, dans leur admiration, se demandaient : « Quel est celui qui arrive d’Édom d’un pas si rapide ? » Et les membres de ton Église ont appris à connaître les ressources de ton infinie sagesse. Que toutes les Églises des saints célèbrent ton triomphe par des cantiques spirituels.



mardi 8 mai 2018

8 mai - Saint Michel du Mont Gargan et anniversaire de la fin de la guerre


Extraits du discours admirable que le cardinal Joseph Ratzinger a prononcé au cimetière allemand de La Combe, à Caen, le 5 juin 2004, alors qu’il représentait le saint Pape Jean-Paul II aux cérémonies commémoratives du 6 juin 1944.

« C’est le moment de nous mettre à genoux, pleins de respect, devant les morts de la Deuxième Guerre mondiale, nous rappelant les innombrables jeunes gens de notre patrie, leur avenir, leurs espérances détruits au cours de ce sanglant massacre de la guerre. En tant qu’Allemands, nous sommes douloureusement frappés à la pensée que leur élan, leur idéal, leur loyauté envers l’État aient été instrumentalisés par un régime sans justice.

Mais cela n’entache pas l’honneur de ces jeunes hommes, dans les consciences desquels Dieu a pu regarder. Chacun d’eux se tient, personnellement, en sa présence, avec tout son trajet de vie, avec sa mort violente; chacun se tient devant ce Dieu dont la bonté miséricordieuse, nous le savons, garde tous nos morts. Ils n’ont désiré faire que leur devoir, non sans de nombreux doutes et de nombreuses interrogations. Mais ils nous regardent et nous interpellent : «Et vous? Oui, vous, qu’allez-vous entreprendre pour que les jeunes ne soient plus contraints à la guerre? Qu’allez-vous faire pour que le monde ne soit pas, une fois encore, dévasté par la haine, la violence, le mensonge?»

~ Les morts de La Combe nous interpellent : ils sont dans la paix de Dieu, mais ils ne cessent de nous demander : « Et vous, que faites-vous pour la paix? » Ils nous mettent en garde devant un État susceptible de perdre les fondements du droit et d’en couper les racines. Le souvenir de la souffrance et des maux de la Seconde Guerre mondiale uni au souvenir de la grande aventure de la réconciliation qui, grâce à Dieu, s’est accomplie en Europe, nous indiquent où se trouvent ces forces capables de guérir l’Europe et le monde. La terre peut devenir lumineuse, et le monde peut être humain à une seule condition : laisser Dieu entrer dans notre monde. »



lundi 7 mai 2018

7 - 8 - 9 mai, célébrons dans la joie et la piété les Rogations

Le pressoir mystique


Les Rogations - du latin rogare, prier, demander - sont une très ancienne forme de prière que notre monde moderne oublie.

La litanie des Saints avec toutes ses demandes et supplications - dites litanies majeures - est chantée lors d'une procession à travers les champs. Les champs et jardins sont bénis. 

Tout cela nous enseigne que la terre est un don de Dieu et que ces produits ne viennent pas d'abord de notre travail mais qu'ils sont avant toute chose un don, un cadeau du Ciel.

Ainsi, nous devons supplier Dieu de prendre toujours soin de nous en nous offrant ses dons.
Nous devons aussi remercier pour l'abondance de ses grâces.
Nous devons, enfin, intercéder pour tous ceux qui souffrent d'inondations, de sécheresses ou d'autres calamités. 

Tout cela nous invite à vivre d'un plus grand amour, dans une plus grande communion avec notre Dieu - Trinité, dans une plus grande charité à l'égard des uns des autres.


Saint Grégoire Palamas, Homélie 26

Il existe une moisson pour les épis de blé matériels et une autre pour les épis doués de raison, c'est-à-dire le genre humain. Celle-ci s'effectue chez les infidèles et rassemble dans la foi ceux qui accueillent l'annonce de l'Evangile. Les ouvriers de cette moisson sont les apôtres du Christ, puis leurs successeurs, puis, au cours du temps, les docteurs de l'Eglise. Le Christ a dit à leur sujet ces paroles : « Le moissonneur reçoit son salaire ; il récolte du fruit pour la vie éternelle. » (Jn 4,36) ~

Mais il y a encore une autre moisson : c'est le passage de cette vie à la vie future qui, pour chacun de nous, se fait par la mort. Les ouvriers de cette moisson-là ne sont pas les apôtres, mais les anges. Ils ont une plus grande responsabilité que les apôtres, car ils font le tri qui suit la moisson et ils séparent les méchants des bons, comme on le fait avec l'ivraie et le bon grain.~

Nous sommes dès aujourd'hui « le peuple choisi de Dieu, la race sainte » (1P 2,9), l'Eglise du Dieu vivant, choisis parmi les impies et infidèles. Puissions-nous être séparés de l'ivraie de ce monde de la même manière dans le monde à venir, et agrégés à la foule de ceux qui sont sauvés dans le Christ, notre Seigneur, qui est béni dans les siècles.


dimanche 6 mai 2018

Saint François de Montmorency Laval, Evêque de Québec, grand ami et bienfaiteur de Monsieur Boudon

Saint François de Montmorency Laval,
1er Évêque de Québec, ancien grand archidiacre
d'Evreux et ami du vénérable M. Boudon.

Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, Lettre 359

Il faudra, s’il vous plaît, garder les ordres de Mgr. l’évêque de Québec.

Je vous supplie, je dis dans l’occasion quand vous le reverrez, de lui témoigner de ma part que je suis l’une des personnes du monde qui l’honore davantage et, en vérité, j’en suis tout à fait édifié.

Je continue à vous le dire : Dieu tout bon et tout miséricordieux, sous la protection de son immaculée Mère Vierge, des bons anges et des saints, se sert de vous et ce vous est une grâce singulière pour plus faire par la distribution des livres et des matières de piété que plusieurs missionnaires, pour faire des biens qui ne passent pas mais qui sont pour durer, autant que les livres dureront et encore après par ce qu’ils auront établi.

Armoiries de Québec. On remarquera au centre de l'écu le léopard d'or sur champ de gueules
rappelant les grandes armoiries du duché de Normandie.

jeudi 3 mai 2018

Voici le mois de Mai, le mois le plus beau, le mois de Marie

L'arbre de Jessé, par Harley, 1892



Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « La dévotion à la Très Sainte Trinité », 1er traité


Allons donc à Dieu par la bienheureuse Vierge notre avocate, notre protectrice, notre dame, notre reine, notre très douce et très fidèle mère.

Allons à Dieu par les bienheureux anges et par les saints, ce sont des moyens dont il se sert dans l’ordre de son aimable Providence pour se glorifier ; considérons que tous ces moyens sont établis pour nous faire arriver heureusement la glorieuse Trinité qui est notre fin.


mardi 1 mai 2018

1er mai - Saint Joseph artisan



Ce jour est, en quelque sorte, un autre jour de naissance du Sauveur. Car sous les mêmes signes et avec les mêmes miracles que nous l’avons vu naître, nous le voyons maintenant baptisé, mais dans un plus grand mystère. Dieu dit en effet : Celui-ci est mon Fils bien aimé en qui je me suis complu.

Saint Joseph, père de la terre de Notre Seigneur
Dieu et Maître, Jésus-Christ.
Plus éclatante est assurément la seconde naissance que la première. Car celle-là a mis au monde le Christ sans témoin et dans le silence ; celle-ci, dans le baptême du Seigneur, proclame sa divinité. Dans celle-là, Joseph qui passait pour le père se récuse ; dans celle-ci, celui qu’on ne croyait pas Père s’affirme comme tel. Dans celle-là, un doute pèse sur la Mère, parce que le père ne se déclarait pas ; ici la Mère est honorée, parce que la Divinité rend témoignage au Fils. Plus honorée, dis-je, est la seconde que la première naissance, puisque là le Dieu de majesté se donne comme Père, tandis qu’ici, c’est Joseph, simple artisan, qui passe pour le père. Et bien que, dans les deux cas, ce soit par l’Esprit Saint que le Seigneur est né et a été baptisé, plus honorable est celui qui se proclame du haut des cieux que celui qui travaille sur la terre.

Joseph donc, artisan sur la terre, passait pour être le père du Seigneur et Sauveur ; mais il n’est pas tout à fait étranger au travail de l’artisan, le Dieu qui est vraiment le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ ; car lui-même aussi est artisan. Car il est artisan aussi, celui qui a fabriqué la machine de ce monde, avec une puissance non seulement admirable, mais encore ineffable ; qui, comme un sage architecte a élevé le ciel dans sa sublimité, a fondé la terre dans sa masse, et limité la mer par les cailloux de ses rivages.

Il est bien artisan, celui qui, pour obtenir une certaine mesure, abaisse les exaltations de l’orgueil et élève les profondeurs de l’humilité.
Il est artisan, celui qui, dans notre activité morale, retranche les œuvres superflues et ne conserve que l’utile.
Il est artisan, celui dont Jean Baptiste nous montre la hache posée comme une menace à notre racine, pour que tout arbre qui dépassera la règle d’une juste direction soit coupé à la racine et livré au feu, tandis que celui qui aura gardé la mesure de la vérité sera destiné aux célestes constructions.


Saint Michel du Mont Gargan vient à Paris, au Centre Saint-Paul


dimanche 29 avril 2018

Sainte Catherine de Sienne, vous qui avez tant fait pour la paix de l'Eglise et pour le Successeur de Pierre, priez pour nous !

Sainte Catherine de Sienne, épouse mystique du Christ, par Giovanni di Paolo

De Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, extraits de l’homélie donnée lors de sa prise de possession de la “cathedra romana” comme Evêque de Rome, le 7 mai 2005


~ L’Evêque de Rome siège sur sa Chaire pour témoigner du Christ. Ainsi la Chaire est le symbole de la “potestas docendi”, cette autorité d’enseignement qui est la partie essentielle du mandat de lier et de délier conféré par le Seigneur à Pierre et, après lui, aux Douze. ~ Cette autorité d’enseignement effraie un grand nombre d’hommes à l’intérieur et à l’extérieur de l’Eglise. Ils se demandent si celle-ci ne menace pas la liberté de conscience, si elle n’est pas une présomption s’opposant à la liberté de pensée.

Il n’en est pas ainsi. Le pouvoir conféré par le Christ à Pierre et à ses successeurs est, au sens absolu, un mandat pour servir. L’autorité d’enseigner, dans l'Eglise, comporte un engagement au service de l’obéissance à la foi.

Le Pape n’est pas un souverain absolu, dont la pensée et la volonté font loi. Au contraire : le ministère du Pape est la garantie de l’obéissance envers le Christ et envers Sa Parole. Il ne doit pas proclamer ses propres idées, mais se soumettre constamment, ainsi que l’Eglise, à l’obéissance envers la Parole de Dieu, face à toutes les tentatives d’adaptation et d’appauvrissement, ainsi que face à tout opportunisme.
La cathèdre du Pape à Saint-Jean de Latran

~ Le Pape est conscient d’être, dans ses grandes décisions, lié à la grande communauté de foi de tous les temps, aux interprétations faisant autorité qui sont apparues le long du chemin du pèlerinage de l’Eglise. Ainsi son pouvoir ne se trouve pas “au-dessus”, mais il est au service de la Parole de Dieu, et c’est sur lui que repose la responsabilité de faire en sorte que cette Parole continue à rester présente dans sa grandeur et à retentir dans sa pureté, de façon à ce qu’elle ne soit pas rendue vaine par les changements continuels des modes.

La Chaire [de Pierre] est - disons-le encore une fois - le symbole de l’autorité d’enseignement, qui est une autorité d’obéissance et de service, afin que la Parole de Dieu - la vérité ! - puisse resplendir parmi nous, en nous indiquant la route de la vie. Mais, en parlant de la Chaire de l’Evêque de Rome, comment ne pas rappeler les paroles que saint Ignace d’Antioche écrivit aux Romains ?
Pierre, venant d’Antioche, son premier siège, se dirigea vers Rome, son siège définitif. Un siège rendu définitif à travers le martyre par lequel il lia pour toujours sa succession à Rome. Ignace, quant à lui, restant Evêque d’Antioche, se dirigeait vers le martyre qu’il allait devoir subir à Rome. Dans sa lettre aux Romains, il se réfère à l’Eglise de Rome comme à “Celle qui préside dans l’amour”, une expression très significative. Nous ne savons pas avec certitude ce qu’Ignace avait véritablement à l’esprit en utilisant ces mots. Mais pour l’antique Eglise, le mot “amour/agapè”, faisait allusion au mystère de l’Eucharistie. Dans ce Mystère, l’amour du Christ se fait toujours tangible parmi nous. Là, Il se donne toujours à nouveau. Là, Il laisse son cœur être toujours transpercé à nouveau ; là, Il tient sa promesse, la promesse qui, de la Croix, devait tout attirer à lui. Dans l'Eucharistie, nous apprenons nous-mêmes l’amour du Christ. Cela a été grâce à ce centre et à ce cœur, grâce à l’Eucharistie, que les saints ont vécu, en apportant l’amour de Dieu dans le monde sous des formes et des manières toujours nouvelles.
Messe de Saint Grégoire le Grand, par Gregor Claeissens Pieter

Grâce à l’Eucharistie, l’Eglise renaît toujours de nouveau ! L’Eglise n’est autre que ce réseau - la communauté eucharistique ! - dans laquelle nous tous, en recevant le même Seigneur, nous devenons un seul corps et nous embrassons le monde entier.
Présider dans la doctrine et présider dans l’amour, à la fin, ne doivent être qu’une seule chose : toute la doctrine de l’Eglise, à la fin, conduit à l’amour. Et l’Eucharistie, cet amour présent de Jésus Christ, est le critère de toute doctrine. De l'amour dépendent toute la Loi et les Prophètes, dit le Seigneur (Mt 22, 40). L’amour est l’accomplissement de la loi, écrivait saint Paul aux Romains (13, 10). ~



vendredi 27 avril 2018

L'habit religieux, revêtir le Christ

Vœux religieux, par Bacon


« Science et pratique du Chrétien », par le vénérable abbé Henri Marie Boudon

Si vous ne portez pas l’habit des personnes renfermées dans le cloître, toujours est-il vrai, comme nous venons de le prouver par l’autorité infaillible du Saint Esprit, que vous portez l’habit de Jésus Christ, ce qui est commun aux personnes qui vivent dans le mariage, dans les charges, dans tous les différents emplois et embarras du siècle, avec les Prêtres, les Religieux qui vivent dans les cloîtres puisque tous ceux qui sont baptisés sont revêtus de Jésus Christ.

Moines de Tibhirine
Or nous en sommes revêtus, non seulement comme d’une robe qui couvre l’extérieur mais comme le corps est revêtu de l’âme, comme le fer chaud l’est du feu, comme nous étions revêtus du vieil Adam et de nous-mêmes, c’est à dire que nous sommes pleins de Jésus Christ ; que c’est son divin Esprit qui nous anime et qui doit agir en nous.

Moniales en procession
Nous devons donc être assujettis à ses lois, à ses maximes, à sa morale. C’est une obligation qui regarde tous les fidèles. N’êtes-vous pas persuadé et ne dites-vous pas que les Religieux doivent garder les règles de leur Institut ? Mais pourquoi n’êtes-vous pas convaincu et ne dites-vous pas, qu’étant Chrétien, vous devez garder les règles que Jésus Christ, votre adorable Fondateur, vous a laissées dans son saint Evangile ? Or, cet Evangile est la règle générale pour tous les fidèles, pour les rois, pour les princes, les capitaines, les soldats, les marchands, les artisans, les laboureurs, les riches, les pauvres, les savants, les ignorants et enfin pour tous les Chrétiens sans aucune réserve.


mardi 24 avril 2018

De l'habit sacerdotal et religieux


Mgr Pascal N'Koué, archevêque de Parakou (Bénin) : "Prêtres et consacrés, portez votre habit" (Editorial du bulletin du diocèse - mars 2015)

"On ressent aujourd’hui particulièrement la nécessité que le prêtre homme de Dieu, dispensateur de ses mystères, soit reconnaissable par la communauté, également grâce à l’habit qu’il porte, signe sans équivoque de son dévouement et de son identité de détenteur d’un ministère public" 
(Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, n°66).

S.Exc.R. Mgr N'Koué, le jour de la prise de possession de sa cathèdre.
Nous abordons un sujet délicat. C’est que notre vocation est comme une épée à double tranchant. Nous sommes dans le monde mais nous ne sommes plus du monde. Bien sûr que nous sommes créés libres et Dieu qui nous donne cette liberté tient à nous respecter. Avant de continuer, écoutons saint Paul : « Frères, votre vocation, c’est la liberté. Non pas cette liberté qui sert à justifier les appels de la chair, mais celle qui nous met au service les uns des autres par amour…» (Ga 5, 13). La liberté n’est pas synonyme du laisser- aller.

Que de vocations sont nées attirées par le vêtement d’un clerc ou d’un religieux. Que de servants de messe ont voulu devenir prêtres à cause de la soutane de "mon Père" ! Certains en sourient peut-être. Et pourtant pour se manifester, Dieu passe souvent par des impondérables, ce qui n’a pas de poids aux yeux des grands, des savants, des rationalistes. 

Sainte Catherine de Sienne, 25e enfant de sa mère, née un dimanche des rameaux de 1347 sera fascinée très tôt par les Frères prêcheurs vêtus de noir et de blanc. Elle veut leur ressembler, elle veut même se déguiser en homme pour pouvoir devenir aussi "dominicain". Plus tard, elle sera appelée par les gens de Sienne "mantellata" à cause du manteau noir des tertiaires dominicaines qu’elle portait sur ses épaules comme une vieille dame, alors qu’elle était encore une adolescente de quinze ans. Un feu mystique l’habitait. Elle voulait tout donner au Christ et rien à l’Ennemi. L’habit des dominicains n’a pas été neutre dans sa vocation. Je nous rappelle que c’est elle qui a fait revenir à Rome le Pape d’Avignon.

Au Bénin, les séminaristes prennent en général la soutane avec le rite du lectorat. Cela a lieu publiquement au cours d’une grand-messe. A Parakou, l’Evêque bénit la soutane en ces termes :
« Seigneur Jésus, Toi qui, revêtu de Ta tunique sans couture, parcourais les rues de la Galilée en faisant le bien, Daigne bénir les soutanes + dont se revêtiront N N., comme signe distinctif de leur appartenance au groupe des candidats en marche vers ton Autel sacré, pour le salut des âmes. Qu’au milieu des hommes où ils passeront, et soutenus par la force de ton Esprit, ils puissent témoigner sans honte des valeurs du Royaume des cieux par la sainteté de leur vie. Nous te le demandons à Toi, Pasteur éternel, Unique Sauveur et Grand-Prêtre par excellence, qui règnes avec le Père et le Saint Esprit pour les siècles des siècles. Amen ».

Séminariste de la Communauté Saint Martin
La soutane n’est pas un vêtement neutre. Cet habit exprime deux choses : la mort à soi-même et au péché d’une part, la vie joyeuse soumise à Dieu, notre part d’héritage, d’autre part. Ces deux réalités (mort et résurrection) sont les deux faces d’un unique mystère auquel le prêtre est configuré dans le Christ. La mort et la résurrection sont exprimées de façon inséparable dans cet habit-symbole. Aussi, la soutane est comme un suaire qui tient le clerc enseveli dans le Christ. Elle exprime son état de mort et de sépulture qui manifeste que nous sommes dans le monde sans être du monde. En revêtant la soutane chaque matin, le clerc devrait prononcer cette phrase du psalmiste :  "Dominus pars hereditatis meae", « Seigneur, tu es ma part d’héritage. Je n’ai pas d’autre bonheur que Toi ». (Ps 15, 5).

Comme vous l’avez déjà saisi, le vêtement ecclésiastique parle de lui-même. Le directoire pour le ministère des prêtres le confirme : « Sauf des situations totalement exceptionnelles, ne pas utiliser l’habit ecclésiastique peut manifester chez le clerc un faible sens de son identité de pasteur entièrement disponible au service de l’Eglise » (Directoire pour le ministère… n°66).

On pourrait aller jusqu’à dire qu’au commencement était la soutane. En effet, l’habit des divers ordres religieux a souvent été imité à partir de la soutane des clercs. Les Carmes, les Augustins, les Dominicains etc. ont partagé leur habit entre le noir et le blanc pour exprimer la mortification de la chair et la vie dans l’Esprit dont les fruits sont amour, joie, paix, ouverture d’esprit, générosité, bonté, foi etc.

En cette année de la vie consacrée, il convient de rappeler qu’en 1996, le Pape saint Jean-Paul II dans "Vita Consecrata" recommandait aux religieux de porter leur habit en ces termes :
"L'Eglise doit toujours avoir le souci de se rendre visiblement présente dans la vie quotidienne, spécialement dans la culture contemporaine, si souvent sécularisée et cependant sensible au langage des signes. Pour cela, elle peut à bon droit attendre une contribution particulière de la part des personnes consacrées, appelées à rendre un témoignage concret de leur appartenance au Christ dans toutes les situations. Parce que l'habit est un signe de consécration, de pauvreté et d'appartenance à une famille religieuse déterminée. Avec les Pères du Synode, je recommande vivement aux religieux et aux religieuses de porter leur habit, convenablement adapté en fonction des circonstances des temps et des lieux" (Vita Consecrata 25).

Vêture monastique
Ce langage est clair et ne souffre d’aucune ambiguïté. En plus, c’est la suprême Autorité dans l’Eglise qui s’exprime. Porter une petite croix au cou, c’est bien, mais tout bébé ou tout baptisé peut le faire, depuis qu’il a reçu ce signe du Christ à la porte de l’Eglise. D’ailleurs, on constate que les artistes non chrétiens la portent souvent plus fièrement et plus visiblement que nous. Evidemment pour eux, la croix n’est qu’une parure. Mais porter l’habit religieux ou ecclésiastique est un signe sans équivoque, celui de la consécration ou de l’oblation au Seigneur. Et ce signe est réservé à une certaine catégorie de personnes mises à part pour Dieu.

Portons donc l’habit ! A défaut de la soutane ou d’un vêtement religieux spécifique de l’Institut, que les prêtres et consacrés portent correctement le clergyman ou tout au moins le col romain. 
Ne cédons pas au relativisme moral et spirituel qui pousse à la confusion et au laisser-aller. Le pape François nous exhorte : « N’ayez pas peur d’aller à contre-courant lorsqu’on vous propose des valeurs avariées» (Angelus du 23 juin 2013). Notre monde, nous le savons, est l’enjeu d’une lutte entre le bien et le mal. Dieu merci, le Christ ressuscité, Roi de l’univers, est au centre de l’histoire. L’humanité n’avance pas toute seule. Dieu est présent au cœur du monde. Mais Satan désire nous tenir constamment enchaînés dans des demi-vérités, dans des protestations et désobéissances puériles contre l’Eglise et cela conduit à l’affadissement du sel de l’évangile.

L’aphorisme populaire dit que « l’habit ne fait pas le moine ». D’accord, mais comment reconnaître le moine dans la foulée s’il ne porte pas son habit distinctif ? Donc l’habit fait aussi le moine, même si la sainteté n’est pas d’abord dans les apparences mais dans le comportement. « Le prêtre doit être reconnu avant tout par son comportement mais aussi par sa façon de se vêtir, pour rendre immédiatement perceptible à tout fidèle et même à tout homme son identité et son appartenance à Dieu et à l’Eglise » (Directoire pour le ministère… n°66). Cela signifie que, lorsque l’habit n’est pas la soutane, il doit être différent de celui des laïcs, et conforme à la dignité et à la sacralité du ministère. 

Soeurs Annonciades, de Thiais
Alors pourquoi continuer à rejeter l’habit ? Pourquoi vouloir s’en tenir uniquement au témoignage? Modestie oui, camouflage non! Nous sommes à la fois "sel de la terre" et "lumière du monde". Sel de la terre égale discrétion, lumière du monde égale visibilité. L’un n’exclut pas l’autre. La prière individuelle dans la chambre n’exclut pas la prière communautaire à l’église. D’ailleurs, le but de l’habit n’est pas de "canoniser" le moine, mais de signifier son appartenance à la famille des moines ! Nous avons besoin de signes démonstratifs comme l’incarnation de Dieu sur terre et les langues de feu le jour de la Pentecôte. En cette matière comme en bien d’autres, évitons les idéologies ou les querelles d’opinions qui consistent à lire à moitié l’évangile, et à absolutiser ce qui ne doit pas l’être. Faisons très attention à l’esprit du monde. Sous le prétexte fallacieux de cultiver la vertu de simplicité, on se "mondanise" et on scandalise sans le savoir les petites gens. Il y a eu, et il y a encore, ceux qui ne comprennent pas que le prêtre d’aujourd’hui ne porte pas "semper et ubique" sa soutane ! Pour eux l’habit est un signe qui rappelle la présence de Dieu. Et cela va au-delà de la personne qui le porte. Ce signe est peut-être relatif, mais s’il disparaît, la réalité qu’il signifie risque aussi de disparaître aux yeux des hommes. N’aidons pas Satan à éliminer les signes de Dieu et de l’Eglise dans le monde.

Soyons fiers de notre état clérical et de notre tenue ecclésiastique dans la milice du Christ. Un clerc en habit offre, dans la rue, une prédication sans paroles, c’est un témoignage galant, élégant et éloquent. Il annonce Jésus-Christ qui a fait la plus grande révolution de tous les temps : mourir par amour pour le salut de l’humanité. Et Jésus lui-même, semblable en tout aux hommes, excepté le péché, portait une tunique spéciale, une tunique sans couture. Il ne s’habillait donc pas comme tout le monde, encore moins n’importe comment. Les soldats n’ont pas déchiré cette tunique, ils l’ont tirée au sort (Jn 19,24). Quel respect pour le vêtement ! Ils ont continué à respecter la tunique alors que Jésus était tout nu, humilié et méprisé ! Qui n’a pas fait l’expérience, même dans les sociétés sécularisées de l’Occident, de constater combien l’habit religieux interpelle encore le passant et lui permet de le mettre en contact avec Dieu et avec l’Eglise ? C’est un instrument tout simple d’évangélisation à ne pas banaliser. 

Arrêtons de nous plaindre des musulmanes en voiles et des musulmans barbus. Ils ont des convictions. Si nous n’en avons pas, c’est notre faute. Qui a prescrit aux prêtres d’abandonner la soutane et à certaines religieuses d’enlever leur voile et de se balader tête nue, cheveux au vent ? Qui a interdit aux missionnaires de garder leur belle barbe ? Qui a imposé aux religieux de se raser le menton tous les matins ? Qui donc oblige les prêtres et les consacrés à se promener en vêtements civils ? On me dira : "une soutane blanche est plus difficile à entretenir et plus coûteux". Je réponds : ce n’est pas si sûr que ça et puis, je ne suis pas obligé de porter toujours le blanc. Enfin, quand je considère tout le bien spirituel que ma "tenue correcte" produit, de grand cœur j’accepte ce sacrifice pour le Christ et son Eglise.

Ornements prêts pour la Messe et célébrer la gloire de Dieu
Tenez ce bel exemple de Sœur Alice Munet, fondatrice des Sœurs Missionnaires Catéchistes du Sacré-Cœur. Elle tombe malade. On lui donne le sacrement correspondant. Elle sent venir sa dernière heure. Elle s’efforce de se lever une dernière fois. Elle s’habille en costume de Petite Servante juste pour qu’on puisse la photographier en vêtement de consacrée, non pas pour elle, mais pour la postérité, pour les autres. Consentir un sacrifice pour les autres, quelle grandeur d’âme ! Pour les autres ! Même si nous n’avons plus de conviction pour le port de l’habit, il y a les autres. Pour eux c’est important. Ne leur refusons pas cette charité. Et si elle nous coûte, c’est tant mieux, c’est qu’elle a beaucoup de prix aux yeux du Seigneur. Entrons dans la logique de l’Eglise : « Heureux ceux qui reposent en Dieu, ils ne fatiguent pas les autres » (Jacques Gauthier).

Enfin, encourageons-nous mutuellement à bien porter notre habit distinctif en voyage, dans la vie de chaque jour, sur les lieux d’apostolat, les lieux de culte, lors des visites à domicile, les lieux de rendez-vous, dans les écoles et autres lieux d’enseignement, dans les endroits les plus divers. C’est une manière silencieuse de donner Dieu au monde, de témoigner que sans la référence au Créateur, ce que nous faisons n’a pas beaucoup de poids. C’est peut-être une croix que l’Eglise nous demande d’assumer dans la joie. Accueillons-la de bon cœur, pour la gloire de Dieu, pour notre salut et celui de l’humanité.

+Pascal N’KOUE
Omnium servus