mardi 14 septembre 2021

Ave Crux sancta, spes unica


Chères communautés des Sœurs de Sion et du Chemin Neuf,

Chers frères et Sœurs,

1. Nous voici réunis au début du Carême, deux jours après le mercredi des Cendres comme il est de tradition à Jérusalem, dans la Basilique du couvent de l’Ecce Homo. Nous commémorons le couronnement d’épines de Jésus-Christ. Nous commençons cette période du Carême qui, en quarante jours, va nous conduire à Pâques. Dans un élan d’amour que nous ne saisirons jamais parfaitement, Jésus, le Fils de Dieu, a livré sa vie pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Aujourd’hui, nous pouvons partir de l’évangile pour contempler, méditer, rentrer à l’intérieur du troisième mystère douloureux, avec le treizième mystère du rosaire : le couronnement d’épines.

2. Jésus a été couronné d’épines, Jésus a été injurié, humilié, soumis à la dérision, à la moquerie générale, aux rires et à toutes les formes possibles d’humiliation publique et d’humiliation intime : voilà ce qui est stigmatisé dans ce troisième mystère. Jésus a souffert dans son corps, dans son cœur. C’est à Gethsémani d’ailleurs que le « trouble » pénètrera le plus son âme sainte.

Avec la couronne d’épines, avec ce qui la précède, et ce qui la suit, avec tout ce qui arrache au Christ des larmes et des cris, Dieu le Père souffre avec son fils. Ce sacrifice nous révèle l’amour du Père qui est prêt à donner jusqu’à la vie de son fils, pour sauver la vie de chacun de nous, qui sommes ce que nous sommes. A travers les souffrances de Jésus, il nous dit « Je vous aime ».  L’amour de Jésus-Christ est plus fort que la souffrance que lui inflige l’humanité. Cet amour lui confère sa vraie Royauté. Ces épines entourent le front du Rédempteur d’une couronne de gloire, parce que cette couronne, celle-là, et nulle autre, Jésus l’a acceptée par amour. Jésus a voulu la royauté de l’amour. Et elle n’est pas de ce monde.

3. En tant que chrétiens, nous sommes appelés à porter nous aussi notre couronne d’épines, c’est-à-dire accepter de souffrir à cause du Christ et de communier à ses souffrances (1 Pierre 1, 21). Jésus a dit que celui qui veut le suivre doit porter sa croix (Luc 9, 23). Devenir disciple de Jésus, non seulement en le suivant, mais en portant aussi dans sa chair « ce qui manque encore aux souffrances du Christ » (Col 1, 24).

Ici, en Terre Sainte et dans le Proche-Orient en général, nous sommes nous aussi étouffés par les épines de la guerre, des violences, de l’extrémisme, de l’instabilité, de l’émigration, de l’injustice. Ici en Terre Sainte, Jésus continue de souffrir lorsque les croyants sont divisés, lorsque l’injustice règne, lorsque les migrants sont maltraités et les réfugiés toujours plus nombreux.

Nous portons une couronne de barbelés, une tunique de béton et de graffitis. Et nous chrétiens, formons encore une Église du Calvaire dont la Via Crucis  ne s’est pas encore achevée.

Pour nous, essayer de vivre en disciples du Christ sur la Terre du Salut, c’est accepter de prendre sur nous, tel Simon de Cyrène, une part de la croix de Jésus. C’est accepter de prendre sur nous, descendants indignes de Véronique, une part des crachats qui salissaient la face du Seigneur. En chacun de nous vit encore un Simon de Cyrène et une belle Véronique qui osent encore tendre la main au prochain. Je suis fier de notre Eglise en Jordanie en constatant les miracles que  fait la Caritas-Jordanie, en faveur des centaines des milliers des réfugiés Syriens.

4.  Il ne nous est pas permis de perdre pas la foi et l’espérance. Notre vocation est entre le calvaire et l’espérance. Et « l’espérance ne déçoit jamais » (Romains 5, 5). Nous devons porter fièrement cette couronne qui est l’identité de notre vocation, et qui nous associe à la passion du  Christ. Elle implique la vocation de la conversion personnelle des cœurs, pour que le vieil homme meure. Elle implique de la souffrance qui purifie le cœur et les sentiments ; plus l’amour s’élargit, plus il accepte la douleur comme compagne. Mais le regard sur le crucifié donne la force, la patience, l’obéissance parfois jusqu’à l’humiliation, au mépris de la dignité humaine, ou jusqu’à la mort. N’oublions pas que le Maître est aussi passé par là et il a pardonné. Il a vaincu.

5. Nous savons que seul Jésus, étant passé par les tribulations et la mort pour ressusciter, peut apporter le salut et la paix à tous les habitants de cette région du monde (cf. Ac 2, 23-24. 32-33). C’est lui seul, le Christ, le Fils de Dieu, que nous proclamons! Repentons-nous donc et convertissons-nous «afin que les péchés soient effacés et quainsi le Seigneur fasse venir le temps du répit» (Ac 3, 19-20a).

6. Nous portons cette couronne, dans l’espoir d’avoir un jour la joie de vivre dans le Royaume des Cieux. La couronne d’épines se changera en couronne de gloire.

N’oublions pas que nous sommes co-héritiers avec Jésus et qu’il va partager sa gloire avec nous par l’entremise du Saint Esprit qui nous couronne de la grâce de Dieu, une couronne glorieuse offerte par un Dieu bon et miséricordieux, une couronne incorruptible qui durera éternellement (1Pi 5, 4 et Ja 1,12).

Dans ce carême, apprenons à nous unir en prière, en amour à la personne du Christ et à tous les êtres humains qui souffrent ; apprenons à méditer les signes de la Passion qu’il a subie pour nous. Marie qui a accompagné Jésus dans ce couronnement de la passion nous indique que le chapelet est aussi une couronne : une couronne de prières.

Chers Frères et Sœurs, que Marie nous guide et nous garde tout au long de ce Carême, jusqu’au saint Jour de Pâques.

Amen.


+ Fouad Twal, Patriarche (15 février 2013, couvent ND de Sion, Ecce Homo)

 


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