mercredi 24 mars 2010

L'Archiconfrérie pour la Vie

25 mars : Journée mondiale de la Vie


S.S. Benoît XVI, aujourd´hui à l´Audience générale.
"Le mystère de l'Incarnation révèle tout particulièrement la dignité de la vie humaine. Dieu nous en a fait don et l'a sanctifiée lorsque le Fils s'est fait chair en Marie. Ce don doit être protégé de sa conception à la mort naturelle. Je m'unis de tout coeur à tous ceux qui animent des initiatives en faveur du respect de la vie et d'une nouvelle sensibilité sociale".

Constitution pastorale Gaudium et Spes du concile Vatican II (1965):
"… tout ce qui s'oppose à la vie elle-même, comme toute espèce d'homicide, le génocide, l'avortement, l'euthanasie et même le suicide délibéré … toutes ces pratiques et d'autres analogues sont, en vérité, infâmes. Tandis qu'elles corrompent la civilisation, elles déshonorent ceux qui s'y livrent plus encore que ceux qui les subissent et insultent gravement à l'honneur du Créateur." (27, 3)
"Dieu, maître de la vie, a confié aux hommes le noble ministère de la vie, et l'homme doit s'en acquitter d'une manière digne de lui. La vie doit donc être sauvegardée avec un soin extrême dès la conception : l'avortement et l'infanticide sont des crimes abominables." (51, 3)

Après la Messe de S. Gabriel, dite pour tous les membres vivants & défunts de l'Archiconfrérie du Très-Saint-Sacrement de l'Autel et des saints Anges, a eu lieu au nom de ladite confrérie une Adoration eucharistique pour la reconnaissance du caractère sacré de la dignité de toute personne humaine, et en réparation pour le crime de l'avortement.
La Messe de l'Annonciation, jeudi 25 mars, sera dite à l'intention de tous les martyrs du nouveau Massacre des Innocents, ainsi que pour la conversion de tous ses acteurs.

Angelus Domini nuntiavit Mariæ…

Fête de S. Gabriel Archange
En cette Fête de l’Archiconfrérie des saints Anges, nous nous rappelons ce que notre Fondateur, M. Boudon, disait de ce Prince céleste qu’est saint Gabriel, en sa Dévotion aux neuf chœurs des saints Anges (2nd traité, 4e pratique).

Saint Gabriel est aussi l'un des premiers séraphins ; et quand on l'appelle archange, comme l'on fait aussi saint Michel, il faut savoir que ce n'est pas que l'on entende qu'il soit simplement du huitième chœur des archanges ; mais ce nom d'archange est commun à ceux qui sont les plus considérables entre les princes du ciel, de même que l'est le nom d'ange à tous ces esprits bienheureux, de quelque ordre qu'ils soient, aussi bien aux séraphins qu'aux anges du neuvième et dernier chœur. C'est saint Gabriel qui a été choisi de Dieu pour traiter du mystère de l'Incarnation ; et ceux qui donnent à la reine du ciel un ange gardien estiment que ç'a été ce glorieux prince qui en a eu soin. Et même dans l'opinion de ces savants, qui pensent que la Mère de Dieu n'avait pas d'ange gardien, mais des troupes d'anges servants, c'est saint Gabriel qui était l'un des premiers de ces troupes bienheureuses à servir celle à qui un Dieu n'a pas fait de difficulté de s'assujettir.

Et voici ce que le vénérable Boudon dit de l'auguste Marie, que nous invoquons en ce Temps liturgique comme "Reine des Cieux et Souveraine des Anges" (Ave Regina coelorum, Ave Domina Angelorum), et qui dans quelques heures va concevoir en son sein le Verbe de Dieu.
1er traité, 11e motif : La gloire de la très sainte Vierge

Ce n'est pas un motif peu puissant à un cœur qui aime comme il faut la très sainte Mère de Dieu, que la vue de sa gloire. Nous lisons en des auteurs irréprochables, qu'il s'est trouvé même des pécheurs, et des pécheurs bien criminels, qui dans leur état déplorable ne laissaient pas d'en être si touchés qu'ils protestaient qu'ils auraient bien voulu donner leur vie pour la gloire de cette reine des bontés et des douceurs du paradis ; et ces désirs ont été suivis de tant de bénédictions, qu'enfin ils ont obtenu par les soins de la mère de miséricorde une mort chrétienne, par une entière conversion et un changement notable de leur vie. Si des âmes rebelles aux ordres de Dieu sont capables d'être touchées de l'honneur de l'auguste Reine du ciel, à plus forte raison des âmes pures et innocentes, et qui, d'autre part, lui ont une dévotion spéciale, se laisseront aller facilement au zèle d'un honneur si saint, et qui mérite d'être rendu avec tant de justice à celle que nous ne pourrons jamais assez dignement honorer.

Les anges, selon le témoignage de sainte Brigitte, dès le commencement du monde, conçurent un zèle si pur des intérêts de cette reine du paradis, qu'ils eurent plus de joie de ce qu'elle devait être que de ce qu'ils avaient été créés. Combien de personnes dans la suite des temps, à l'imitation de ces bienheureux esprits et par leurs puissants secours, ont préféré les intérêts de la Mère de Dieu à leurs propres intérêts, son honneur à leur honneur, son être à leur être ? J'en ai connu qui voudraient avoir un million de vies pour les sacrifier à Dieu pour la gloire de cette incomparable Vierge ; qui seraient contents de rester jusqu'au jour du jugement dans les feux épouvantables du purgatoire, s'il y allait de la moindre chose de son honneur ; qui voudraient de tout leur cœur être un million de fois anéantis, si Dieu en était plus glorifié. En vérité, un bon cœur ne dit jamais : C'est assez, quand il s'agit de la très pure Vierge, pourvu que l'on demeure dans l'ordre de Dieu. Hélas ! On voudrait tout quitter, tout faire, tout souffrir pour son amour, et après tout l'on voit bien que ce serait encore bien peu pour celle qui a mérité d'être Mère d'un Dieu. Ces vérités m'ôtent tout lieu de douter que le motif de sa gloire ne soit pas l'un des plus puissants dont l'on se puisse servir pour établir plus fortement l'amour et la dévotion des saints anges. C'est ici, ô âmes qui avez de la dévotion pour la glorieuse Vierge, que je vous invite à celle des saints anges. Il y va de sa gloire : c'est tout vous dire, si vous l'aimez en vérité.

La divine Marie est la générale des armées de Dieu, et les anges en sont les troupes glorieuses ; ce sont donc les soldats de celle qui seule paraît terrible comme une armée tout entière rangée en bataille ; et ils ont fortement combattu pour sa gloire dès la création du monde, s'opposant à Lucifer et aux anges apostats qui n'ont pas voulu se soumettre à son empire, Dieu leur ayant révélé qu'elle devait être quelque jour leur souveraine. Elle est l'auguste et triomphante reine du paradis ; les anges sont les fidèles et généreux sujets qui l'ont honorée, comme nous venons de le dire, auparavant qu'elle fût, et qui tiennent à grande gloire d'être assujettis aux lois de son royaume. Elle est dame* des anges, et souvent elle est invoquée sous cette qualité de Notre-Dame des Anges** ; ils sont donc ses serviteurs, mais des serviteurs si zélés, qu'ils ne font qu'attendre la manifestation de ses volontés, pour les exécuter au moindre signe, avec une promptitude inénarrable. Elle est même leur amie ; c'est pourquoi dans les Cantiques (VIII, 13) le divin époux la prie de parler et de faire entendre sa voix, parce que, dit-il, les amis écoutent. Or, ces amis sont les saints anges. L'on peut dire de plus, qu'elle est leur mère en quelque manière, et c'est le sentiment de plusieurs graves théologiens.
Tous ces titres font assez voir qu'il y va de la gloire de cette reine, de cette générale, d'une si glorieuse et si puissante dame, que ses sujets, ses soldats, ses serviteurs soient considérés. L'amour qu'elle a pour eux, les traitant comme ses fidèles amis, et même comme ses enfants, demande par toutes sortes de raisons que nous aimions ce qu'elle aime, que nous ayons de profonds respects pour ceux qu'elle désire d'être honorés. Louons donc et bénissons les saints anges, parce que la très pure Vierge, l'auguste reine et dame des anges en est louée et bénie : mais louons et bénissons le Seigneur, qui a fait tout ce qu'il y a de grand et de louable, et en la dame des anges et dans les saints anges ; et c'est Dieu seul, Dieu seul, Dieu seul.
* Nous avons peine à comprendre aujourd'hui ce que signifiait vraiment cette expression, si chère à saint Bernard : il nous faudrait le bel esprit médiéval pour la bien entendre. La dame est l'épouse du seigneur, pour laquelle le chevalier est prêt à tout donner. Le latin rend bien cela : domina (dame) est bien le féminin de dominus (seigneur).
** Rappelons que la fête de Notre-Dame-des-Anges est la fête patronale de l'Archiconfrérie des saints Anges. Elle se célèbre le 2 août.

Saint Gabriel Archange, priez pour nous !

lundi 22 mars 2010

Temps de la Passion

CHAPITRE V : Que le bonheur du Chrétien consiste à souffrir en ce monde - Réponse à quelques difficultés que l'on objecte sur ce sujet
Suite des Saintes Voies de la Croix.

Si la voie de la croix est nécessaire au salut, quel plus grand bonheur que d'y être ! Et au contraire, y a-t-il malheur comparable à celui de n'y pas être ? Mais si c'est le grand chemin royal, comme il a été montré, n'est-ce pas un grand bonheur que d'y marcher en assurance ? C'est pourquoi, comme nous le dirons, la croix est la véritable marque de la prédestination ; et de vrai, les membres sont sauvés par la conformité qu'ils ont avec leur chef. Disons de plus, n'est-ce pas un bien tout extraordinaire de se voir dans la souffrance, puisque dans le sentiment des saints, il n'y a pas de gloire comparable à celle des croix ? La voie de la croix est le grand et véritable moyen qui, dans la séparation qu'il porte à des créatures, nous unit à Dieu, et n’est-ce pas dans cette union que se trouve le bien des biens, et le souverain bien ? Ô mon âme, quel bonheur que celui des souffrances ! Elles sont, disait une sainte âme, nos pères et nos mères, qui nous ont engendrés sur le Calvaire. Ceux qui ne les reçoivent pas ressemblent à ceux qui chassent leur père et mère de la maison. Sainte Thérèse assure que c'est une rêverie de penser que Notre-Seigneur reçoive qui que ce soit en son amitié, sans le mettre à l'épreuve par des peines ; et son grand directeur, le vénérable père Balthazar Alvarez, parlant sur ce sujet, disait : « Si le supérieur d'une maison était le premier à l'oraison du matin, et aux autres exercices, et que les autres demeurassent au lit, sans doute que cela le fâcherait ; à plus forte raison, Notre-Seigneur, étant ce qu'il est, et se voyant le premier à la croix, ne sera pas content, si on ne veut pas lui tenir compagnie. »
Disons encore que le bonheur des souffrances est extrême ; puisque celui qui a la croix a tout. Elle purifie, et satisfait ; elle délivre, et sauve ; elle embellit, et orne ; elle enrichit, et ennoblit. Elle est utile aux bons et aux vicieux, parce qu'elle fait avancer à la vertu les uns, et qu'elle purifie les autres de leurs fautes, et leur en obtient le pardon. Il faut encore dire, ce que l'on ne peut assez répéter, que ceux qui sont sauvés ne sont sanctifiés que par la même grâce qui est en Jésus ; autrement l'esprit de Jésus serait contraire à lui-même, et tout autre dans le chef que dans les membres. Or, la grâce de Jésus est une grâce qui cloue et qui attache à la croix. L'esprit de la croix est l'esprit de notre esprit ; il est la vie de notre vie. Ceux qui souffrent davantage, dit un serviteur de Dieu, accomplissent plus ce qui manque à la passion du Fils de Dieu, car il lui manque que le fruit en soit appliqué : l'application d'une grâce qui prend sa source dans les souffrances, se fait beaucoup mieux par les croix, que par une autre voie.

Sainte Thérèse assurait que Notre-Seigneur envoyait plus de croix à ceux qu'il aimait plus spécialement ; elle avait appris cette doctrine de la bouche du même Fils de Dieu, qui lui avait dit : mon Père envoie de plus grands travaux à ceux qu’il aime davantage. Il ne faut que savoir ce qui s'est passé dans la religion chrétienne, pour être entièrement persuadé de cette vérité. Jamais personne n'a été plus aimé du Père éternel, que le divin Jésus ; et, jamais personne n'a tant souffert. Après Jésus, la très sainte Vierge surpasse toutes les créatures en grâces, et en même temps elle les surpasse en peines. La mesure donc de notre bonheur se doit prendre de la mesure de nos croix. Heureux celui qui souffre, plus heureux celui qui souffre davantage, très heureux celui qui est accablé de toutes sortes de peines, qui ne vit que de croix, qui y passe toute sa vie à l'imitation de notre bon Sauveur et de sa sainte mère, et enfin qui y expire !

Mais c'est une vérité de foi, que la béatitude de cette vie consiste dans les larmes. Bienheureux ceux qui pleurent (Matth. V, 5) dit la Vérité même. Or, par les larmes, sont entendus tous les sujets d'affliction qui nous peuvent arriver, qui sont capables de toucher et de tirer des larmes : et notre divin Maître voulant en expliquer quelque chose plus en particulier, déclare à ses apôtres, qu'ils seront bienheureux lorsqu'ils seront maudits, et même que l'on en dira faussement toute sorte de mal, lorsqu’ils seront haïs, rebutés, chassés, et que leur réputation sera perdue. C'est pourquoi le Saint-Esprit prononce cet oracle dans les Écritures : Voici que nous béatifions ceux qui ont été dans les souffrances (Jac. V, 11), et il apporte le témoignage des deux Testaments de la loi ancienne et de la nouvelle, par les exemples de Job et de l'adorable Jésus, pour ôter tous les doutes que l'on pourrait se former sur ce sujet. De là vient que le grand Apôtre, instruisant les fidèles leur apprend qu'outre le don de la foi, le don des croix leur a été de plus accordé. Ce qui mérite bien d'être pesé avec beaucoup d'attention, pour en concevoir l'estime que l'on doit en avoir : car enfin, c'est un grand don de Dieu que celui des peines. Aussi la très sainte vierge a révélé à une sainte âme, qui a souffert des peines dont l'on ne trouve point de semblables dans toutes les vies des saints, qu'elle avait employé tout son crédit pour les lui obtenir ; et pour ce sujet elle lui fait faire beaucoup de pèlerinages très pénibles, des jeûnes extraordinaires et quantité d'autres mortifications. On rapporte de la même sainte personne, que, priant Notre-Seigneur pour un pauvre marchand fort tourmenté de soldats qui étaient logés chez lui, ce bon Sauveur lui dit que ce marchand était bien obligé à ses soldats, c'était parce qu'ils servaient d'instrument à la divine Providence pour le faire souffrir. Mais l'esprit humain, poussé d'un secret amour-propre, ne manque pas de raisonnements pour opposer à cette doctrine de la croix. Quel plaisir, dira-t-il, Dieu peut-il prendre dans ces voies de souffrances ? Quel bien en tire-t-il pour les âmes, ou quelle gloire pour son saint nom ? Certainement, Dieu, de soi-même, est toute bonté : son plaisir est d'en faire, et de combler de biens ses chères créatures. Son dessein, quand il a créé l'homme, n'a pas été de lui faire porter des peines, mais de lui faire mener une vie bienheureuse en ce monde et en l'autre. Cela est vrai, à ne regarder que le premier état de choses ; mais l'homme s'étant dépravé et, corrompu par le péché, il s'est de lui-même engagé à la peine qui lui est nécessaire pour le tirer de sa corruption, et le rétablir dans un état de salut. C'est pourquoi Dieu lui envoie des souffrances, comme un bon père qui fait prendre des médecines amères à son enfant malade, qui lui est bien cher ! Hélas, son plaisir serait de ne pas donner cette peine à son enfant : mais supposez sa maladie, il y est obligé ; et c'est son amour qui le presse d'en user de la sorte. Il est aisé de voir ensuite le bien qu'il en arrive aux âmes, et la gloire que Dieu tout bon en tire, puisque le salut éternel s'y opère. Ô quel bonheur ! Ô le bonheur ! Ô le souverain bonheur ! Plusieurs des chapitres de ce petit ouvrage, donneront assez de lumière sur cette vérité.

Cela est difficile à comprendre, dira quelqu'un. Voici ce que le grand prélat répond à cette difficulté au chapitre 16 de la Lutte spirituelle : Ceci vous semblera difficile à croire, dit ce grand homme ; mais si vous vous souvenez que les rameurs en leur assiette, tournent leurs épaules au lieu où ils conduisent leur barque, vous ne trouverez pas étrange que Dieu, par l'eau et le feu de la tribulation, vous fasse tendre au rafraîchissement. Et au chapitre 6 du même livre : Qui ne sait que les arbres, plus battus des vents, jettent de plus profondes racines ; que l'encens ne jette son odeur que quand il est brûlé ; que la vigne ne profite que quand elle est taillée ? Pourquoi tant de fléaux, tant de pauvretés, de pestes, de famines, de guerres, et d'autres misères, si ce n'est pour le bien des élus ? Le Fils de Dieu n'a-t-il pas mis la consommation de notre salut dans la consommation de ses souffrances, et le délaissement même du Père éternel ?

Mais les souffrances, répliquera-t-on, ne sont pas la fin des états spirituels. Il est bien vrai ; mais ce sont les moyens qui y conduisent. Voulez-vous, sous prétexte que ce ne sont que des moyens, ne vous en pas servir ? Rome est le terme qu'un homme se propose dans le dessein qu'il prend d'aller en cette première ville du monde ; tous les villages, bourgs et villes qui y mènent, ne sont que des moyens par où il faut passer : cependant il est nécessaire de passer par ces moyens, autrement on n'y arrivera jamais. Or, pendant que nous sommes en cette vie, nous sommes toujours dans la voie ; nous n'arriverons parfaitement et entièrement à notre fin, qu'après la mort ; et en ce monde il y a toujours à combattre : ce qui ne se fait pas sans peine. De là vient que l'Écriture nous enseigne que la vie de l'homme sur la terre, est un combat ou milice (Job VII, 1) : et le Fils de Dieu donne pour partage, en cette vie présente, les pleurs et les larmes à ses disciples.

On répartira encore que, dès cette vie même, les états les plus crucifiants conduisent à la jouissance de Dieu. J'en demeure d'accord ; mais cette jouissance, comme l'enseigne très bien saint Augustin, n'est pas sur la terre en sa totale perfection : c’est pourquoi elle n'est pas exempte de croix, qui sont données toujours en ce monde, ou pour purifier l'âme de plus en plus, ou pour l'embellir, l'orner et l'enrichir davantage. De quelque côté que vous preniez la chose, vous verrez le besoin des croix, puisqu'il y a toujours à purifier ou à perfectionner de plus en plus. Cela est clair, quant à ce qui touche la perfection dans les peines de la très sainte Vierge. J'avoue qu'il y a de certains états de croix qui ne durent pas toujours, de certaines peines qui ne sont que pour de certains temps, et de certaines dispositions de quelques états intérieurs. Dieu est le maitre, il sait les appliquer, selon sa très grande sagesse, aux uns plus, aux autres moins. J'avoue qu'il y a de certaines âmes qui souffrent, par la divine grâce, avec tant de vigueur qu'elles semblent ne pas souffrir en souffrant. Nous dirons dans la suite de cet ouvrage que les voies des croix sont différentes : cependant ce sont des croix.

mercredi 17 mars 2010

Fête de S. Joseph d'Arimathie

A l'école de ce fidèle entre les fidèles, faisons nôtre l'enseignement évangélique de M. Boudon dans ses Saintes Voies de la Croix, afin d'offrir à Notre-Seigneur avec saint Joseph notre propre tombeau (notre corps) afin qu'Il y repose jusqu'au jour où Il ressuscitera, nous transformant alors en Lui.

CHAPITRE IV
Qu'il faut nécessairement marcher par la voie de la croix

Il n'y a point à hésiter sur ce que la divine parole nous assure ; c'est pourquoi il faut croire la voie de la croix nécessaire, puisqu'elle nous l'apprend. Tant de sentiers qu'il vous plaira, où l'on goûte des plaisirs innocents, s'ils mènent au ciel, les roses qui y croissent auront toujours leurs épines. Que les dures et pesantes croix fassent le grand chemin royal du paradis, il s'en rencontrera toujours de médiocres ou de petites dans toutes les voies qui y peuvent conduire ; car enfin, c'est un oracle prononcé par le Saint-Esprit même : Qu'il nous faut par beaucoup de tribulations entrer dans le royaume de Dieu (Act. XIV, 21). Remarquez que le Saint-Esprit ne nous enseigne pas qu'il est de la bienséance, qu'il est utile, ou qu’il vaut mieux souffrir ; mais il dit très clairement, qu'il le faut. Il faut donc le faire : il n’y a point à délibérer.

De vrai, la qualité de pécheur demande de soi des souffrances ; car Dieu, qui est très juste, ne peut pas laisser le crime impuni : sa justice le châtie, soit en cette vie, soit en l'autre. Mais, comme la béatitude est réservée pour l'autre vie à ses bons serviteurs, il est donc nécessaire que leurs fautes soient châtiées en ce monde ; et d'autre part, à la réserve de la Vierge, toujours immaculée, même dans le premier instant de sa toute sainte conception, tous les hommes ont péché : donc tous les hommes doivent porter des croix.

Mais la qualité de Chrétien ne permet pas que l'on soit exempt des souffrances ; car s'il a fallu que l'adorable Jésus, le chef de tous les fidèles, qui ne font qu'un corps mystique avec lui, ait souffert pour entrer dans la gloire, comme la divine parole nous l'assure, à plus forte raison les membres doivent être affligés. Dans le corps naturel, si la tête fait mal, ou le cœur, tout le reste des membres est dans la peine. L'on n'est point à son aise, quand ces principales parties sont dans la douleur. Mais quelle apparence que le roi n'entre dans son royaume, qui lui appartient de droit, qu'à force de plaies ; et que l'esclave des démons à qui l'enfer est dû, le possède sans qu'il lui en coûte rien ! Retenez bien les paroles de l'Écriture, disait notre bon Sauveur à sainte Thérèse : Le serviteur n'est pas au-dessus du maître (Matth. X, 24). C'est une vérité tout à fait sensible : mais, hélas ! pourquoi n'en faisons-nous pas l'application ? Ou je suis, disait encore notre maitre, mon serviteur y sera (Joan XIV, 3). Il est bien juste : et quel moyen de faire autrement, puisque nous avons encore le très grand honneur, honneur inconcevable, d'être ses membres ? Comment le chef ira-t-il d'un côté, et les membres de l'autre ? Vous voyez bien, vous qui lisez ceci, que cela est impossible, à moins que les membres ne se séparent de leur chef : en ce cas, ce seront des membres sans vie, morts et pourris, qui ne seront plus propres qu'à être jetés dans les feux de l'enfer. Disons ici, faisant réflexion sur cette vérité : Hélas ! À quoi pensons-nous, quand nous pensons à ne pas souffrir ? C’est vouloir l'impossible, et voilà la plus haute folie du monde. Oh ! Que c'est donc avec grande justice que notre maître s'écrie en saint Luc : Celui qui ne porte pas sa croix après moi ne peut pas être mon disciple (Luc. XIV, 27). Pesez bien ces paroles : Ne peut pas être. Il ne dit pas : Il aura de la difficulté à l'être, mais il ne le peut.
Voilà donc le grand sujet de la doctrine de la croix, que Notre-Seigneur prêchait à tous les peuples, Il ne leur découvrait pas tous les mystères du règne de Dieu, et quoiqu'il en donnât la connaissance à ses disciples, comme il le témoigne, il y avait cependant plusieurs choses, comme il assure, qu'il ne leur disait pas, parce qu'ils n'y étaient pas encore disposés. Mais, pour la doctrine de la croix, il la prêchait autrement, sans aucune remise et sans aucun retardement. Ô prudence humaine, que deviens-tu ici ? Ne semblait-il pas qu'il fallait attendre que ce peuple grossier, à qui notre bon Sauveur parlait, fût plus disposé ? Si ce divin maître réservait de certaines choses à dire, même à ses disciples, après la venue du Saint-Esprit, y avait-il rien en apparence qui ne méritât plus qu'une doctrine si sévère, et en ce temps presque inouïe, et à l'égard d'un peuple tout charnel ? D’autant plus que ce peuple, au lieu d'en faire un bon usage, s'en scandalisait, en murmurait jusque-là que quelques-uns voulurent précipiter du haut d’une montagne ce divin Maître qui l'enseignait, et ses proches le voulurent garrotter, disant que c’était un furieux. Pourquoi prêcher une doctrine qui a de telles suites ? Cependant il en parlait tout haut publiquement et à découvert, et il disait à tous : Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il porte sa croix (Matth. XVI, 24). Il le disait à tous, à ses disciples et aux peuples les plus grossiers ; et il en parle si généralement qu'il n'y met aucune exception. Si quelqu'un veut venir après moi, c'est-à-dire qui que vous soyez, riche ou pauvre, savant ou ignorant, grand ou petit ; fussiez-vous général d'armée, prince, roi ou empereur ; de quelque qualité et condition que vous puissiez être, de quelque âge, soit jeune on vieux ; de quelque sexe, soit homme ou femme ; de quelque état, soit dans le siècle, soit hors du siècle ; si quelqu'un d'entre vous veut venir après moi, qu'il porte sa croix, il faut se résoudre à la souffrance. C'est pour cela que l'Évangile nous apprend que ses miracles faisant un grand éclat, et remplissant d'étonnement et d'admiration ceux qui les voyaient, il en désoccupait ses disciples, et leur recommandait de mettre bien avant dans leurs cœurs les discours qu'il leur faisait de sa mort et passion, dont il les entretenait dans le temps de ses actions les plus miraculeuses ; pour leur marquer que ce n'étaient pas les consolations qui nous doivent arrêter en cette vie, mais bien les peines et les travaux.

Que dites-vous donc, ô Chrétien, quand vous vous plaignez de vos peines ? Faites-vous bien réflexion à la qualité que vous prenez ? Être Chrétien, et être crucifié, c'est une même chose. Si vous renoncez aux souffrances, il faut renoncer au christianisme. En vérité, encore une fois, savez-vous bien ce que vous faites, quand vous parlez de ne point souffrir ? Est-ce que vous voulez quitter la religion chrétienne, renier votre baptême, et n'être plus des disciples de Jésus-Christ ? Or, si vous voulez en être, attendez-vous à des peines, soit d'esprit, soit de corps ; soit de la part des hommes, dont les contradictions ne manquent pas ; soit de la part de l'enfer, qui vous combattra toujours ; soit de la part de la nature corrompue, de vos inclinations, de vos passions et de vos humeurs. Souvenez-vous bien de ce que l'Église chante, que la croix est notre unique espérance. Il n'y a rien à espérer que par cette voie.

lundi 15 mars 2010

Fête de S. Longin

« Le centurion, qui se tenait en face de lui, s'écria : Vraiment cet homme était fils de Dieu ! » (Mc XV 39).

Suite des Saintes Voies de la Croix de M. Boudon, en cette fête de S. Longin, le soldat qui perça de sa lance le côté de Notre-Seigneur, ouvrant ainsi Son Coeur Très Sacré, et faisant jaillir le Sang et l'eau (Jn XIX 31-37).

Chapitre 3 - La voie de la croix est le grand chemin royal de la bienheureuse éternité

Il y a plusieurs voies, ô mon Dieu ! qui conduisent à votre bienheureuse jouissance ; il y a plusieurs sentiers qui mènent à votre glorieuse éternité. Mais, ô mon Dieu ! vous avez fait un grand chemin qui y conduit, dans la dernière sûreté. Or, mon âme, ce grand chemin n'est autre que la voie de la sainte croix. Cette voie est le grand chemin royal de tous les élus, parce qu'elle mène à la cité du Roi des rois. Elle est le grand chemin royal, parce que c'est par cette voie que marche la grande troupe des saints, la Reine de tous les saints, et le grand Roi du paradis. Elle est le grand chemin royal du salut ; car c'est par elle que les courriers de la bienheureuse éternité portent les douces dépêches de la grâce ; c'est par elle que marchent les grands convois de vivres nécessaires ; c'est par elle que l'on mène toutes les précieuses marchandises du beau paradis. Allons mon âme, jusqu'à l'origine du monde ; descendons ensuite de siècle en siècle jusqu'à nos derniers jours. Considérons avec attention ce qui s'est passé dans la loi de nature, dans la loi écrite, et dans la loi de grâce ; et nous verrons bien clairement que la voie de la croix a toujours été le grand chemin royal des élus.

Si je vois un Abel qui est agréable à Dieu, je vois en même temps un Caïn qui le persécute. Il faut qu'un Abraham soit dans la dernière épreuve par l'ordre qu'on lui donne de sacrifier son fils unique. Job sera réduit sur un fumier, dans un délaissement extrême, méprisé de ses amis, moqué de sa propre femme, et dépouillé de tous ses biens et de ses enfants. Moïse a un Pharaon pour l'exercer. David a un Absalon son enfant. Elie a une Jésabel. Tobie perd la vue, et est dans le danger de perdre la vie. Saint Jean-Baptiste a un Hérode qui le fera mourir. Tous les apôtres et disciples sont des gens de croix. S'il se rencontre même de petits innocents, la faiblesse de leur âge ne les exemptera pas de ce chemin rigoureux. Parce qu'ils appartiennent particulièrement à Dieu, ils seront tous baignés dans leur sang, et il leur en coûtera la vie, qu'ils ne font presque que de recevoir. En un mot, l'Église chante que tous les saints ont bien souffert. Enfin, mon âme, regarde comme le roi de tous les saints celui qui est la voie, la vie et le modèle de toutes les âmes qui seront sauvées, marche à pas de géant, ou pour mieux dire, cours dans cette voie, depuis le premier moment de sa divine conception, jusqu'au dernier moment de sa vie. Considérez comme la très sainte Vierge, sa bénie mère, lui tient compagnie ; saint Jean l'Évangéliste, son cher favori : sainte Madeleine, sa fidèle amante ; et pour le dire en peu de paroles, tous ceux qu'il a le plus favorisés de son amour. Souvenez-vous, comme l'Écriture l'enseigne (Apoc. VII, 14), que ceux qui ont été agréables à Dieu, ont passé par beaucoup de tribulations, qu'ils ont été faits ses amis par ses épreuves.

Grande sûreté donc pour tous ceux qui vont par ce chemin, puisque c'est le grand chemin royal du salut : celui qui y marche, est bien en assurance. Ô âme, qui que tu sois, pourquoi t'affliges-tu dans cette voie de la croix ? Il me semble que j'entends tous les bienheureux, qui savent si bien les routes certaines de la glorieuse éternité, te crier : Ne craignez point, vous êtes bien, vous allez bien, vous tenez le grand chemin royal du ciel. Les voleurs et les homicides n'y sont pas à craindre, car ils fuient devant la croix, avec plus de frayeur et de vitesse, que les hommes ne font devant les canons de la terre et les foudres du ciel.


Il n'en est pas de même dans les voies des consolations temporelles et spirituelles ; nos ennemis invisibles s'y mêlent facilement, s'y cachent, et y sont à couvert ; la chair s'y fortifie, la nature y prend sa vie, l'amour-propre s'y nourrit, l'esprit du monde s'y introduit.


Ces routes de goût même spirituelles, sont bien dangereuses ; car l'on y prend facilement le change. Quoiqu'on y puisse aller à Dieu, et qu'on y aille, on est souvent tout surpris de voir que, sans y penser, on se trouve dans le chemin de la nature, au lieu de la voie de la grâce. Les douceurs sensibles provenant de la grâce, les consolations qui arrivent par les satisfactions que l'on a en cette vie, et qui sont innocentes, sont de petits chemins écartés qui peuvent mener au ciel, mais ces petits sentiers vont à travers les terres ; de temps en temps on a de la peine à les découvrir, quelquefois ils manquent, et on ne sait où l'on en est. On se trouve toujours embarrassé par mille détours qu'ils obligent de faire. Il faut souvent frapper aux portes, et crier pour demander le chemin, et pour savoir si l'on n'est pas égaré ; sans cesse il faut avoir de l'attention, autrement on s'égare. Mais dans le grand chemin royal de la croix, il ne faut que marcher, il n'y a qu'à suivre ; un aveugle le tiendrait sans s'égarer, y allant au bruit de ceux qui y marchent. C'est une chose inutile que d'y demander des adresses : il n'y a personne de ceux qui en sont instruits qui ne réponde : Vous n'avez que faire de vous mettre en peine, il n'y a qu'à aller tout droit ; vous ne sauriez jamais manquer, à moins que de plein gré vous ne vouliez quitter ce grand chemin de la croix, pour prendre des sentiers de goûts et de consolations.


Au reste il ne faut pas se troubler, si cette voie paraît fâcheuse à la vue ; il est vrai qu'il y a quantité d'eau à passer, mais le fond en est bon, l'on y marche à pied ferme, il n'y a rien à craindre. Celui qui voudrait s'en détourner pour aller plus à l'aise parmi les prairies couvertes de fleurs où tout est riant, n'irait pas loin sans trouver des fossés qu'il ne pourrait franchir, ou sans enfoncer tout à coup bien avant dans les terres molles, dont il ne se tirerait pas sans grande difficulté. Le plus assuré est de tenir le grand chemin frayé par tous les saints du paradis. Il n'y a point de péril à aller par la voie du Fils de Dieu et de sa très sainte Mère. Ô mon Sauveur, je vois vos vestiges empreints dans ce chemin, j'y remarque très clairement vos traces ; tirez-nous après vous, et ne permettez jamais que nous nous égarions dans les voies du siècle. Nous vous demandons cette grâce et miséricorde par votre amour et charité excessive, et par le cœur très aimant de votre aimable Mère, par tous vos anges et vos saints. Oh ! Que l'aveuglement du monde, qui ne recherche que des voies aisées, est à déplorer ! Mais que le bonheur est grand de ceux qui portent leur croix à la suite d'un Dieu incarné et de sa virginale Mère.

jeudi 11 mars 2010

Mi-Carême

Suite des Saintes Voies de la Croix (1671) du vénérable Boudon.


CHAPITRE II - S’il est à propos d’écrire des voies de la croix


On ne demande pas ici s'il est à propos de parler ou d'écrire en général des voies de la croix, puisqu'il suffit d'être chrétien pour ne pas ignorer que non seulement il est à propos, mais encore qu'il est nécessaire de parler, de penser et de repenser à des voies par lesquelles tous les disciples du Fils de Dieu doivent marcher indispensablement. La difficulté est de savoir s'il est bon de traiter en particulier de certaines voies intérieures crucifiantes, à raison des suites qui en peuvent arriver. Il y a des personnes qui disent qu'on ne doit pas écrire de ces peines, parce que les faibles se les impriment facilement dans l’imagination, par la lecture qu'ils en font ; qu’ils s'en forment des états imaginaires, et se persuadent être dans des sentiers fort élevés ; et que les autres s'en choquent et les méprisent. Cependant la pratique des docteurs et des maîtres de la vie spirituelle est toute contraire au sentiment de ces personnes. Les livres qu'ils ont donnés au public ne laissent aucun lieu de douter de cette vérité. S'il fallait les citer en particulier, il faudrait citer presque tous les grands personnages qui ont écrit des voies mystiques. Nous nous contenterons de rapporter ce que saint Bonaventure en a écrit. Ce saint docteur (De process. relig., cap, 4, 5), écrivant des voies intérieures crucifiantes, dit que, premièrement il arrive une soustraction de dévotion, ensuite un ennui de prier, d'entendre de bonnes choses, d'en parler ou d'en faire, et d'assister aux choses divines. De plus, l'on est tenté d'impatience contre Dieu ; on va jusqu'à se demander pourquoi il est si dur et cette tentation est si violente, que l'homme est presque hors de soi-même. Enfin, dit-il, les plus âpres tentations sont d'hésiter en la foi catholique, de désespérer de la miséricorde de Dieu, de blasphémer, contre lui et ses saints, de vivre dans une certaine perplexité d'une conscience craintive et plaintive, et enfin de n'admettre point de conseil salutaire. Jusqu'ici sont les paroles de ce saint docteur. Je ne dis rien de saint Jérôme et de saint Bernard, qui ont cru glorifier Dieu en laissant à la postérité la connaissance des tentations qu'ils ont portées contre la pureté, et dont ils ont spécifié plusieurs circonstances particulières. Je ne parle point du grand Apôtre, qui a voulu que toute l'Église sût ses peines sur le même sujet. Il n'a pu manquer de conduite en les laissant par écrit, puisque le Saint-Esprit le conduisait en écrivant de la sorte. On ne peut pas blâmer avec justice les Pères de l'Église qui ont traité des peines intérieures, puisque la lumière, la prudence, la charité et l'expérience ne leur ont pas manqué. Les saintes femmes mêmes, et les bienheureuses vierges, qui ont donné des écrits an public, ont traité de ces voies de souffrances ; comme, entre plusieurs, sainte Catherine de Gênes, la bienheureuse Angèle de Foligny, dont les peines extrêmes donnent de grands sentiments de compassion, selon le jugement qu'en fait saint François de Sales. Mais sainte Thérèse, en plusieurs lieux de ses livres, n'a-t-elle pas parlé des peines intérieures ? Le lecteur en pourra voir des témoignages bien forts, que nous rapporterons en plusieurs endroits de ce petit ouvrage. Les auteurs des Vies des saints n'ont pas fait des difficultés de rapporter leurs sentiments et leurs souffrances. Il ne faut que lire les Vies de ces âmes éminentes en sainteté, tant de celles qui ont vécu dans les premiers temps de l'Église et dans la continuation des siècles, que de celles qui ont paru dans les derniers temps. Ne lisons-nous pas qu'un saint Benoît s'est jeté dans les épines, par la violence d'une tentation contre la pureté ; un saint François dans la neige, pressé par la même peine ? Un saint Pierre Célestin s'est trouvé réduit en de grandes angoisses, au sujet de la même tentation. Il y en a eu qui en ont été affligés toute leur vie. L'histoire de saint François de Sales marque ses peines au sujet de son salut ; celle de la vénérable mère de Chantal en fait voir d’extrêmes, qu'elle a portées durant tout le cours de sa vie. L'histoire de saint Ignace nous apprend les tourments que les scrupules lui ont donnés, jusque-là que ce grand saint fut tenté du désespoir. La Vie de la bienheureuse Madeleine de Pazzi montre des croix intérieures qui sont terribles. Enfin, les livres des Pères de la vie spirituelle, et les histoires des saints, sont remplies de voies de souffrances.

S'il n'était donc pas à propos d'en écrire, il faudrait condamner les Pères de l'Église, supprimer les livres des docteurs mystiques, et nous ôter l'histoire des Vies des Saints. Mais, dit-on, plusieurs en abusent. Je réponds que les directeurs doivent veiller à ne pas permettre la lecture des livres qui ne sont pas utiles aux âmes qu'ils conduisent, et qu'un chacun doit prendre garde à ne pas se servir de ce qui ne l'aide pas, ou lui sert d'empêchement dans le chemin de la perfection ; et qu'ainsi il faut faire un choix des livres qui nous sont propres, ne se servant pas indifféremment de toutes sortes de livres spirituels. Mais s'il arrive que quelques-uns n'en fassent pas un bon usage, il ne faut pas, pour l'abus que l'on fait des choses, les condamner ; autrement il faudrait blâmer l'Écriture sainte, dont tant d'hérétiques ont abusé, les livres des pères de l’Église, enfin tout ce qu'il y a de plus saint dans la religion.

Mais pourquoi écrire de ces matières ! Les saints docteurs l'ayant fait, cela suffit pour persuader un esprit raisonnable qu'il est utile et nécessaire d'en écrire et d'en parler. Mais nous pouvons encore dire qu'il est nécessaire d’en traiter pour le besoin de quantité d'âmes qui marchent par ces voies de souffrances, et qui, demeurant dans les petites villes ou dans les villages de la campagne, sont dépourvues de personnes qui leur puissent donner des lumières sur ces états. Il faudrait avoir passé par ces voies de peines pour savoir dans quelles angoisses la pauvre âme qui les souffre est réduite. Mais, avec toutes ces peines extrêmes, que deviendra-t-elle, ne sachant que faire, et souvent étant tentée de désespoir, et s'imaginant déjà être damnée ; et qui pis est, trouvant quelquefois des confesseurs peu éclairés, qui prendront ses tentations pour des péchés, et ne lui serviront qu'à se perdre d'une manière incroyable à ceux qui n'ont pas d'expérience de ces sortes de tourments et de souffrances ! Si on considère bien la qualité de ces peines, qui surpassent tout ce que l'on peut souffrir au dehors, et les suites qui vont jusqu'à l'éternité, et la grande privation de secours, qui est assez ordinaire à ceux qui sont dans ces tristes situations, on demeurera d'accord qu'il y a une nécessité extrême de donner quelque assistance à ces personnes. Un pauvre, qui mourrait de faim, serait dans un état où il y aurait la dernière obligation de le secourir. Mais cet état dont nous parlons, emporte quelque chose de bien plus pressant. Il ne s'agit pas de la vie d'un corps, qu'il faut tôt ou tard perdre ; il est question du salut d'une âme, qui est d'une conséquence infinie. Or l'éclaircissement que l'on donne, par les livres qui traitent des croix intérieures aux personnes qui les portent, les instruit de la bonté de ces états, de l'amour et douceur de la divine Providence qui les envoie, quoiqu'elle paraisse très rigoureuse, leur apprend comment il faut s'y comporter, les fortifie et les encourage ; les soutient au milieu de leurs abattements et des tentations de découragement et de désespoir, et leur fait faire usage de leurs épreuves, ou des châtiments que l'amour et la justice divine exercent sur elles. Plusieurs confesseurs et directeurs, qui ne sont pas assez expérimentés dans ces sentiers, reçoivent beaucoup de lumières par la lecture de ces traités ; et enfin, l'adorable Jésus en est beaucoup glorifié dans ses membres, qui ne lui sont jamais plus unis que lorsqu'ils lui sont plus conformes dans ses croix. La charité donc de Jésus-Christ nous presse de donner ce petit ouvrage pour l'établissement de sa gloire et de celle de sa très sainte Mère, dans les âmes crucifiées. Le peu d'expérience que j'ai me fait voir très clairement que ces âmes sont entièrement dignes de compassion, et que parmi les personnes qui souffrent ce sont elles qui sont les plus affligées. Que ceux qui ne font pas état de leurs croix me pardonnent ; mais je ne puis douter que ce sont des croix terribles. Qu'ils pardonnent à quelque peu de zèle qu'il plaît à Notre-Seigneur et à la sainte Vierge de me donner pour leur assistance. Quand on est un peu pénétré de la longueur de l'éternité, des tourments de l'enfer, du bonheur du paradis, et surtout de la charité excessive, répétons-le, de la charité excessive d'un Dieu-Homme, mourant sur un gibet, au milieu d'une immensité de douleurs, que l'esprit humain ne peut comprendre, pour l'assistance des âmes, on ne passe pas si légèrement sur leurs besoins ; mais qu'y a-t-il qu'on ne doive faire ? Ô cœur adorable de Jésus, ouvrez-vous ; ô fournaise d'amour, paraissez à vos créatures ; ô charité ineffable, ô miséricorde excessive, faites-vous connaître. C'est à vous, c'est pour vous que j'écris cet ouvrage ; bénissez-le, et en tirez votre gloire et celle de la divine Marie.

mardi 9 mars 2010

Fête de Sainte Françoise Romaine

Nous célébrons aujourd'hui la fête de sainte Françoise Romaine (+ 1440), dont voici l'oraison-collecte du Missel Romain : "O Dieu Qui entre autres dons de Votre grâce avez accordé à sainte François la faveur de vivre familièrement en la compagnie d'un Ange, accordez-nous par son intercession de pouvoir être admis un jour en la société des Anges". L'occasion pour nous, sans attendre le 2 octobre, de saluer notre fidèle gardien, qui depuis notre conception veille à nous guider sur la voie du salut.

Litanies aux Anges gardiens (à usage privé)

Seigneur, ayez pitié de nous
Jésus-Christ, ayez pitié de nous
Seigneur, ayez pitié de nous
Jésus-Christ, écoutez-nous
Jésus-Christ, exaucez-nous

Père céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous
Dieu, le Fils Rédempteur du monde, ayez pitié de nous
Esprit Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous
Trinité sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous

Sainte Marie, priez pour nous
Sainte Mère de Dieu, priez pour nous
O Marie, Reine des Anges, priez pour nous
Saint Michel Archange, priez pour nous
Saint Gabriel Archange, priez pour nous
Saint Raphaël Archange, priez pour nous
Saints anges et archanges, priez pour nous

Nos saints anges gardiens, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, qui contemplez la Face du Père céleste, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, qui ne vous écartez jamais de nous, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, qui nous êtes attachés par une céleste amitié, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, qui nous exhortez fidèlement, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, nos sages conseillers, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, qui nous préservez de nombreux maux du corps et de l'âme, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, nos puissants défenseurs contre les assauts de l'Ennemi, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, qui nous soutenez dans la tentation, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, qui nous aidez quand nous chancelons et tombons, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, qui nous consolez dans la misère et la souffrance, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, qui portez nos prières devant le Trône de Dieu, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, qui nous aidez à progresser vers le bien par vos inspirations et vos suggestions, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, qui malgré nos fautes ne vous éloignez jamais de nous, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, qui vous réjouissez de nos progrès, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, qui veillez sur nous et priez quand nous dormons, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, qui ne nous quittez pas au moment de l'agonie, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, qui consolez les âmes du Purgatoire, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, qui conduisez les justes au Ciel, priez pour nous
Nos saints anges gardiens, avec qui un jour nous verrons Dieu et le louerons éternellement, priez pour nous

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous Seigneur
Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous Seigneur
Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous Seigneur

V/ Dieu a donné mission à Ses anges. R/ De te garder sur tous tes chemins.
Prions.
Dieu éternel et tout-puissant qui dans Votre ineffable bonté, avez envoyé à tous les hommes, dès le sein maternel, un ange particulier pour la protection du corps et de l'âme, accordez-nous de l'aimer et de le suivre fidèlement afin que nous parvenions avec lui à l'éternelle félicité. Par Jésus-Christ Notre-Seigneur. Amen.

In L'Ange gardien, tome 2, 1997, © Editions Bénédictines, Rue E. Guinnepain - 36170 Saint-Benoît-du-Sault - France.

mercredi 3 mars 2010

1er jeudi du mois : Méditons avec M. Boudon sur la grandeur du Sacerdoce catholique

En ce 1er jeudi du mois de mars - Année du Sacerdoce oblige - la Sainte Eglise accorde une indulgence plénière aux fidèles qui, contrits, confessés et communiés, prieront pour la sanctification du Clergé. Ce jour est l'occasion de relire ce que dit le vénérable Boudon des prêtres de Jésus-Christ, dans son ouvrage De la sainteté de l'état ecclésiastique, tant d'actualité cette année.


« Ce sont des hommes de l’autre monde : car si l’entrée dans l’état ecclésiastique par la seule tonsure en sépare saintement, les Ordres qu’on appelle sacrés, parce qu’ils lient à Dieu par une consécration toute spéciale, les tirent d’une manière plus parfaite de la vie commune des enfants d’Adam ; en sorte qu’ils n’appartiennent plus qu’à Dieu seul. Ils ne sont pas du monde, disait notre bon Sauveur en parlant des premiers prêtres les saints Apôtres, comme Je ne suis pas du monde. Ils sont encore appelés par les saints Pères les habitants du Paradis, et des personnes angéliques. La religion de l’éternité, dit excellemment le P. Amelotte, leur est communiquée dans le temps ; les trésors du Saint des Saints sont accordés par avance, l’autel destiné pour ne fumer que devant le trône de Dieu est allumé ici-bas. Qui peut douter que les ministres d’un si divin autel et d’un si grand mystère, ne doivent être les plus séparés du commerce et de l’esprit du monde , de tous les enfants de Dieu, et les plus retirés de cœur et d’esprit dans les cieux. C’est dans les cieux qu’ils doivent avoir leur conversation comme le grand Apôtre, et leur vie doit être toute cachée avec Jésus-Christ en Dieu. Ce sont des hommes angéliques, qui regardent toujours la face du Père céleste, qui mettent toute leur affection dans la loi du Seigneur, et qui la méditent le jour et la nuit. C’est pourquoi les mêmes Pères assurent que leur état les élève autant au-dessus du reste des hommes que l’âme surpasse le corps en excellence.
Ils sont appelés les Pères des âmes, les pasteurs de l’Église, les enfants des Prophètes, les oracles du Saint-Esprit, et enfin les éponges des péchés des peuples. Aussi est-ce à eux qu’il appartient d’être les médiateurs entre Dieu et le reste des hommes : ce sont eux qui doivent apaiser sa juste colère lorsqu’Il est le plus irrité par leurs péchés. Ces principes font connaître dans un grand jour que l’innocence et la sainteté sont inséparables de leur condition : car si par leurs offenses ils devenaient eux-mêmes les ennemis de Dieu, comment pourraient-ils Lui réconcilier les autres ? […]
Le Sacerdoce n’a pas pour instituteur quelque ange des plus sublimes hiérarchies, ou l’un de ces premiers esprits les plus proches du trône de Dieu ; il n’a pas quelqu’un des plus grands saints, comme les Ordres réguliers : mais il a Jésus-Christ Dieu-Homme. Les prêtres sont consacrés par Son opération qui porte communication du Saint-Esprit, Qui n’y donne pas seulement Ses Dons, mais Sa Personne. Ils agissent en Sa puissance, ils dispensent Ses mystères, ils communiquent Son esprit, ils donnent Son Corps. À qui des anges l’adorable Jésus peut-Il dire comme aux prêtres : Vous M’avez produit par rapport à Mon Père, et Me produisez encore tous les jours sur les autels. Ceci bien considéré jette dans des admirations inexplicables. Les prêtres sont ces hommes de Dieu qui lient et délient les âmes, qui ouvrent et ferment les cieux ».

mardi 2 mars 2010

1er mardi du mois

L'Archiconfrérie vous propose aujourd'hui de rejoindre ses membres à 16h à la cathédrale d'Evreux afin d'y prier Notre-Dame, de faire réparation au Saint-Sacrement, de saluer le vénérable Boudon puis d'entamer le petit pèlerinage jusqu'au "petit Mont Saint-Michel" en récitant la Couronne angélique... et de terminer par la sainte Messe en l'honneur de saint Michel pour la prospérité et le salut de l'Eglise et de la France.

Oraison du vénérable Henri-Marie Boudon aux neuf Choeurs des saints Anges

Esprits bienheureux de la cour céleste, défenseurs invincibles de l'intérêt de Dieu, après avoir adoré, loué, béni et remercié ce Dieu de toute bonté, des grâces incomparables qu'il vous a faites, après vous avoir fait une protestation sincère du meilleur de nos cœurs que nous y prenons toute la part possible, nous réjouissant de vos joies et de la gloire inénarrable que vous possédez ; après vous avoir conjurés de recevoir bénignement la résolution inviolable que nous prenons de vous avoir le reste de nos jours une dévotion très spéciale, et d'en procurer par toutes les voies qui seront en notre pouvoir l'établissement et l'augmentation partout où nous le pourrons ; nous implorons le secours de toutes vos troupes glorieuses, pour l'avancement du règne de l'adorable Jésus et de l'aimable Marie, sur tous les infidèles, hérétiques, schismatiques, sur toutes les personnes véritablement soumises à la sainte religion catholique, apostolique et romaine, et particulièrement sur le Souverain Pontife, qui en est l'unique chef visible en terre, et sur tous les autres prélats ; afin que tous les peuples faisant profession d'une même foi, s'attachant à la pureté de ses maximes, menant une vie conforme à ses règles, les sacrés intérêts de Dieu seul vivent et règnent de siècle en siècle dans tous les cœurs.

C'est la grâce, ô redoutables princes de la milice céleste, que nous demandons au Père des miséricordes par vos puissantes intercessions ; c'est la consolation que nous demandons au Dieu de toute consolation, que son nom soit sanctifié, que son règne arrive, que sa volonté se fasse en la terre comme au ciel, que l'empire du péché et des démons soit détruit, que l'Évangile soit annoncé à toutes les nations, qu'il soit reçu par toute la terre, que le saint nom de Dieu y soit honoré et glorifié, que tous les esprits y louent le Seigneur, l'y adorent, l'y aiment et soient dans une entière et parfaite soumission à ses divines volontés. Venez donc, anges, archanges, accourez à l'établissement des intérêts de Dieu dans les royaumes et provinces, dans les villes et campagnes, dans toutes les personnes qui y habitent ; sacrées principautés, gouvernez les cœurs, soyez-en les maîtres, pour les assujettir à l'empire de Jésus et de Marie : admirables puissances, confondez les démons qui s'y opposent ; ruinez les desseins de l'enfer et la malice de tous les sorciers et magiciens, et autres ennemis de Dieu ; divines vertus, faites marcher les âmes dans les solides voies du divin amour ; glorieuses dominations, découvrez, pour ce sujet, aux hommes la volonté divine sur eux : aimables trônes, établissez dans le plus intime de leurs cœurs la paix que Notre-Seigneur nous a laissée ; chérubins, princes de la science du ciel, communiquez-en les belles lumières en notre terre ; et vous, séraphins, princes du pur amour, faites que les hommes ne vivent que de ses flammes, afin que Dieu seul soit le digne souverain et le maître absolu de tout ce que nous sommes, et de tout ce que nous faisons. Ainsi soit-il, ainsi soit-il. Dieu seul, Dieu seul. Dieu seul.

lundi 1 mars 2010

Lecture de Carême : La science de la Croix (1)



En ce Temps de Carême, commençons la lecture des Saintes voies de la Croix de notre cher Archidiacre. Livre Ier, Chapitre Ier.

La science de la Croix est un mystère caché

Il n'y a point à douter que la science de la croix ne soit un mystère caché, puisque la divine parole nous l'apprend. C'est ce mystère caché, dont parle l'Apôtre aux Éphésiens (VI, 19), et qu'il nous assure, écrivant au peuple de Corinthe (I Cor. I, 23), avoir été un scandale aux Juifs et une folie aux Gentils. Chose étrange que ce mystère, le grand chef-d'œuvre de la sagesse d'un Dieu, ait passé pour une folie parmi les nations, et que les plus forts génies et les plus beaux esprits du monde s'en soient moqués. C'est de la sorte que l'esprit humain, demeurant en soi-même, et ne se servant que de ses propres lumières, comprend les choses divines. Faites-y réflexion, vous qui lisez ces écrits, et apprenez par la faiblesse de la lumière de l'esprit humain, à ne faire état que des clartés de la foi. Mais ce qui est encore bien plus étonnant, c'est de voir que les Juifs n'ont pas connu ce mystère, quoi qu'il se soit accompli devant leurs yeux, et eussent entre leurs mains les Écritures et les prophéties qui l'avaient prédit en tant d'endroits. Bien plus, la Sagesse même incarnée, le révélant à ses disciples, il était toujours pour eux une parole cachée ; ils n'en avaient aucun sentiment ; ils avaient même peur d'en avoir plus de connaissance. Le Fils de Dieu leur découvrait ce secret, et il ne laissait pas de leur être voilé par leur peu de disposition, en sorte que leur divin Maître, leur parlant des humiliations de ce mystère profond, l'Évangile nous enseigne que leurs esprits étaient occupés du point d'honneur, et qu'en ce temps-là ils voulaient savoir lequel d'entre eux serait le plus grand. Ô mon Dieu ! Comment ne point voir, étant si proche de la lumière, et d'une lumière infinie ? Comment ne point apprendre sous un tel Maître. Oh ! Quels sujets d'humiliation, ou, pour mieux dire, d'anéantissement à la créature ! Après cela, cessons de nous étonner, si nous voyons encore tous les jours les disciples du même Maître, tant de Chrétiens, être dans l'ignorance de ce mystère, quoiqu'ils fassent profession de l'honorer : la raison est qu'ils sont bien éloignés de l'esprit de mort et d'anéantissement, qui rend l'âme disposée à l'intelligence de ce divin secret.

Cette sagesse de l'Évangile n'est point entendue par les sages du siècle, dont la prudence est une mort, selon le témoignage du grand Apôtre, qui déclare nettement qu'elle est ennemie de Dieu, parce qu'elle n'est, ni ne peut être sujette à la Loi. (Rom. VIII, 7) Paroles qui, bien méditées, doivent donner une grande frayeur et une horreur épouvantable de cette maudite sagesse de la chair, qui n'est qu'une folie aux yeux de Dieu et des saints anges. Grands génies, beaux esprits, qui trouvez parmi les créatures de la terre tant d'estime et d'admiration, apprenez donc que toute votre sagesse n'est qu'une véritable folie : apprenez, ô hommes ! le jugement que vous devez faire, et tâchez, avec la grâce, de vous tirer de l'illusion du monde, dont le jugement est directement opposé et entièrement contraire à celui de Dieu. Oh ! quel malheur, et quelle source de malheurs, qui ne finiront jamais ! Mépriser ce que Dieu estime, estimer ce que Dieu méprise ; voilà la maxime des sages du monde. N'est-ce pas pour cela que le grand Apôtre s'écrie : Que personne ne se trompe : si quelqu'un d'entre vous parait sage, qu'il devienne fou. (1 Cor. III, 18) Pour être sage aux yeux de Dieu, il faut être comme un insensé aux yeux du monde, dont les pensées ne sont que pure vanité, dont la prudence est réprouvée de Dieu. Disons donc ensuite avec le même Apôtre : Que personne ne se glorifie dans les hommes (1 Cor. III, 21) ; dans leurs sentiments, qui ne sont qu'illusion ; dans leur estime, qui n'est que tromperie ; dans le jugement qu'ils font des choses, qui n'est qu'erreur. Dans un état si déplorable, comment entendraient-ils le mystère caché de la croix ? Non, les mondains n'y comprendront jamais rien, quelque lecture qu'ils fassent, quelque sermon qu'ils entendent.

Les superbes et les suffisants ne l'entendent jamais ; car il est écrit que Dieu leur résiste, qu'il s'éloigne d'eux. Hélas ! Si ceux qui ont approché de plus près la lumière même, la Sagesse incarnée, ne l'entendaient pas avant la venue du Saint-Esprit, comment pourront l'entendre ceux qui sont plongés dans les ténèbres ? L'on a donc beau faire de grandes et longues études, prendre des degrés dans les écoles de philosophie et de théologie, se rendre habile dans les plus hautes sciences, et les enseigner même, si la superbe et la suffisance s'y rencontrent, ces gens seront toujours ignorants de la science de la croix ; et avec toute leur doctrine, ils n'arriveront jamais à en savoir l'ABC. Ils sont même entièrement inhabiles pour l'étude de cette science, et tout à fait incapables d'être admis en son école.

Le désir de l'honneur est une opposition formelle à la connaissance de ce mystère, qui ne se donne pas à ceux qui mettent leur joie dans l'estime et l'applaudissement des hommes, et dans l'amitié des créatures, dont ils craignent les rebuts et les contradictions. Les amateurs d'eux-mêmes, qui travaillent à donner de la satisfaction à leur esprit et à leur corps, et qui se recherchent, n'en auront pas l'intelligence. Les mépris et les abaissements de la croix peuvent être très difficilement aperçus parmi l'éclat des honneurs. Comment pourrait-on connaître ses douleurs, et goûter ses souffrances parmi les aises de la vie ! La délicatesse des habits et des lits, la somptuosité des meubles, la bonne chère des tables, sont comme autant de voiles épais qui nous dérobent la vue de la croix. Hélas ! quel rapport de la douceur vaine et trompeuse de la vie du siècle, avec la dureté de ce bois salutaire ! L'empereur Héraclius voulant porter la sainte croix sur laquelle le Fils de Dieu a été crucifié, ne put jamais avancer d'un pas, pendant qu'il demeura vêtu de ses habits royaux ; il fut obligé de prendre un habit simple et pauvre pour avoir cet honneur.

Mais ce qui est bien déplorable, est de voir plusieurs personnes qui font profession de dévotion, qui en parlent, qui la prêchent, et qui cependant sont très peu instruites dans la connaissance de ce mystère. Le grand secret, pour en avoir une véritable lumière, est la pratique, qui est une pratique de pauvreté, de douleur, de mépris, de contradictions, de délaissements, de rebuts, d'ignominies, et comme cette pratique est plus ordinaire aux gens simples, qui sont dans la souffrance et dans la privation de ce que le monde estime, souvent de pauvres idiots, de simples femmelettes, sont bien savants dans cette doctrine, pendant que les doctes n'y connaissent rien. C'est donc de la sorte, ô Père éternel, qu'il vous a plu d'en ordonner. Vous cachez ces choses aux sages et aux prudents, et vous les révélez aux petits. (Matth. XI, 25) Prenons donc bien garde à marcher toujours dans la simplicité chrétienne, et pour me servir de la comparaison de l'Apôtre, en la IIe Épître aux Corinthiens, craignons que nos sens ne soient corrompus, comme Ève a été séduite par la finesse du serpent. Prenez garde, dit l’Écriture (Eccli. XIII, 16) à votre ouïe. Ah ! Qu’il est difficile, n'entendant parler des honneurs, des plaisirs et des biens, qu'avec une grande estime, de ne pas se laisser corrompre par les sentiments du siècle, en prenant ses maximes !

mardi 23 février 2010

356e anniversaire du grand-archidiaconat du vénérable abbé Henri-Marie Boudon

Le diocèse d'Evreux (en rose) sous M. Boudon.

Le 28 février de l'an de grâce 1654, Mgr Gilles Boutault (1594-1661), 76e évêque d’Évreux (1649-1661) sous le gouvernement du cardinal Mazarin, signait la nomination du vénérable Henri-Marie Boudon comme grand-archidiacre de son diocèse, lui confiant ainsi la responsabilité de 155 paroisses. L'abbé Boudon était encore à Paris et ne viendra prendre solennellement possession de son titre que le 27 juillet suivant, lors d'un chapitre extraordinaire des chanoines de la cathédrale. De l'ordre des acolytes, il sera ordonné sous-diacre le 19 septembre, et prêtre au tout début de l'an 1655.

lundi 22 février 2010

La dévotion aux saints Anges (1)

Objet propre de la spiritualité de l'Archiconfrérie, avec la dévotion eucharistique, les piété, gratitude et amitié envers les saints Anges furent excellement présentées par le vénérable Henri-Marie Boudon en sa Dévotion aux neuf choeurs des saints Anges, heureusement rééditée en maniable livre de poche par les éditions Clovis en 1998. A l'instar du Bulletin des saints Anges, profitons de ce saint Temps de Carême pour nous plonger dans l'amoureuse étude de l'angélologie, loin des bizarreries hétérodoxes de moults publications contemporaines sur ce sujet (notamment sur la "Toile"), mais bien à l'école de notre sainte Mère l'Eglise.

À Notre-Dame des Anges.

Grande Reine du paradis, Souveraine des bienheureux esprits qui jouissent d’un repos éternel et d’une félicité incompréhensible, prosterné à vos pieds, le lieu de tout secours, où les plus grands pécheurs trouvent leur refuge, les plus persécutés leur asile, les plus affligés leur consolation, les plus faibles leur appui, les plus abandonnés une puissante protection ; pieds sacrés, où l’infidèle rencontre la foi, l’hérétique la soumission à la sainte Église catholique, le pécheur sa conversion, le tiède la ferveur, l’aveugle la clarté, et l’impuissant la vertu et la force, le juste la véritable sainteté ; pieds glorieux, où les âmes les plus éminentes puisent les plus belles lumières du paradis, apprennent les plus pures maximes de Jésus-Christ, Dieu, votre Fils, s’instruisent des plus solides vérités de la religion, sont embrasées des plus vives flammes du pur amour et se trouvent revêtues d’une justice consommée ; aimables pieds, où je veux vivre et mourir comme aux pieds de ma bonne et fidèle maîtresse ; prosterné, dis-je, à vos pieds, ô ma puissante protectrice ! Je vous offre et vous y donne, je vous y dédie et consacre ce petit ouvrage, tout dédié et consacré en l’honneur de tous les neuf chœurs des anges, vos fidèles sujets, et les illustres princes de votre divine cour. Comme vous êtes leur aimable princesse, leur auguste impératrice et glorieuse dame, c’est avec justice que je dédie à vos grandeurs ce qui regarde leurs intérêts et ce qui touche leur gloire. Et puis, ma sainte dame, vous savez que je n’ai rien qui ne soit à vous ; c’est une vérité qu’il m’est doux de répéter et de publier hautement en toutes sortes d’occasions, tenant à un honneur incomparable la qualité de votre serviteur, que je veux conserver inviolablement, et que je préfère de toute l’étendue de mon cœur à tout ce qu’il y a de plus grand et de plus glorieux sur la terre. Bénissez, ô la toute sainte, ce petit ouvrage de vos plus saintes bénédictions, y étant intéressée comme à une chose qui vous appartient et qui est toute à vous. Obtenez une onction de grâces pour ceux qui le liront ; faites, en vertu de Jésus, votre fils bien-aimé, qu’il serve à établir et accroître la dévotion à tous les chœurs des anges ; pour l’honneur et la gloire de Dieu seul, notre principe et notre unique fin en toutes choses. Dieu seul, Dieu seul, Dieu seul.


A mon bon ange gardien.

Mon seigneur et fidèle guide de ma vie, quand je pense à ce que vous êtes, à ce que je suis, à mes ingratitudes, à vos incroyables bontés, mon esprit se trouve comme dans un abîme : je ne sais que devenir et je ne puis que dire. Vous êtes une belle intelligence de la bienheureuse éternité, un pur esprit, un esprit tout de lumière et de clarté, un esprit du pur amour, un grand prince de l’empyrée et l’un des grands rois du paradis ; et je ne suis que poussière et que cendre, qu’un chétif morceau de boue, qu’un misérable aveugle, qu’un très grand pécheur et le dernier de tous les pécheurs. Je reconnais en votre sainte présence, et je le veux dire devant tous les hommes et le donner au public, que je me vois non-seulement mériter la dernière place de la terre, mais la dernière place de l’enfer ; je me vois au-dessous de tous les démons et me reconnais pour la dernière créature de tout le monde.

Cependant vous voulez bien aimer une telle créature, vous voulez bien vous appliquer avec soin à tout ce qui la regarde, vous voulez bien l’assister dans tous ses besoins intérieurs et extérieurs, vous voulez bien la défendre contre tout ce qui lui est opposé, vous voulez bien la soutenir contre la puissance de l’enfer ; vous voulez bien, le conçoive qui pourra, l’accompagner inséparablement, lui tenir compagnie sans la quitter, et vous prenez plaisir à l’accabler de vos bienfaits, nonobstant tous ses mépris, toutes ses infidélités et toutes ses ingratitudes. Après l’amour de Jésus et Marie, qui a jamais ouï parler d’un tel amour ? Il faut bien dire que c’est l’amour incomparable en sa constance, en sa fidélité ; que c’est l’amour le plus désintéressé qui fut jamais ; l’amour le plus doux, le plus patient et le plus charitable ; l’amour le plus miséricordieux, le plus libéral, le plus fort et le plus généreux.

Grand prince, pourquoi m’aimez-vous de la sorte ? Pourquoi n’y a-t-il pas un seul moment de ma vie qui ne soit marqué de quelqu’un de vos bienfaits ? Ô mon âme ! Il t’est bien doux de penser à ces coups de miséricorde qu’a faits pour toi ce cher prince de ta vie ! Il t’est bien doux de te souvenir comme il t’a délivré de l’enfer, des grâces qu’il t’a obtenues, des secours indicibles qu’il t’a donnés en toutes sortes de choses, des soins amoureux qu’il a pris de tout ce qui regarde le temporel et le spirituel. Mon seigneur, que vous rendrai-je pour tous ces biens ? Ah ! Je vois bien qu’il m’est impossible de dignement reconnaître vos excessives faveurs. Quand je vous remercierais autant de fois que je respire, ce ne serait pas grand’chose ! Ô mon âme, que devenir donc ici ? Entrons dans les puissances du Seigneur, et prenons dans le cœur sacré de Jésus et de Marie une digne reconnaissance de tant de bontés. Quand nous aurions tout pensé et tout dit, ce ne serait pas assez ; quand nous aurions donné notre vie pour un prince si obligeant, nous ne pourrions pas lui satisfaire, ayant été remplis de toutes sortes de biens par sa faveur et délivrés de toutes sortes de maux.

Mais, aimable prince, les paroles donc me manquant et les forces, je veux vous parler par le précieux cœur de l’adorable Jésus et de sa très digne Mère. Hélas ! Je sais bien que je ne puis pas entendre les paroles ineffables de ces divins chœurs, mais au moins tout ce qu’ils vous diront à mon sujet, c’est tout ce que je veux vous dire. (à suivre... et à méditer)

Le Sacerdoce, par sainte Edith Stein

Bienheureuse la tête du prêtre
qui porte le signe de Dieu,
que le Seigneur a consacrée
par l’imposition des mains.

Bienheureuse la main du prêtre
qui dans la force du Dieu trine
transforme en citoyen du Ciel
un enfant de cette terre.

Bienheureuse la main du prêtre
qui consacre soldat du Christ
un enfant rené de l’Esprit
en traçant la croix sur son front.

Trois fois bienheureuse la main
qui touche le Corps du Seigneur,
délie le pécheur de ses chaînes,
et le mène au repas du Seigneur.

Bienheureux est le cœur du prêtre
que s’unit le cœur du Sauveur
et qui se choisit comme épouse
très pure la Sagesse éternelle.

Bienheureux est le pied du prêtre
qui suit les chemins du Sauveur
et guide vers l’éternelle paix
toutes les âmes fatiguées.

Une auréole de sept flammes
est la couronne de lumière
que le serviteur fidèle
reçoit dans la gloire éternelle.

Poème de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix pour les Noces d’or sacerdotales (19 août 1926), extrait de « Malgré la nuit », Poésies complètes, édition bilingue, Ad Solem.

Demandez le dernier 'P'tit Quis' !

Le dernier bulletin de la Société Henri-Marie Boudon vient de paraître. Voici une petite sélection de textes de ce 20e numéro (hiver 2010).

Prière aux saints Anges

Les anges dans le ciel, et les hommes sur terre
De la création occupent le sommet :
Car la raison divine en eux mit sa lumière
De la splendeur d’en-haut ils portent le reflet.

Les anges, purs esprits, sont de plus noble essence,
Plus semblables à Dieu, car ils n’ont point de corps.
Ils furent tous créés dans l’état d’innocence :
Dieu les avait comblés des plus riches trésors.

Mais tous n’ont pas gardé l’innocence première :
Fidèles au Seigneur, les uns sont restés bons ;
Les autres, pleins d’orgueil et d’insolence altière
Révoltés contre Dieu, devinrent les démons.

Comme un lion rôdant autour de nous, le diable
Cherche à prendre notre âme, à lui ravir les cieux,
Parce qu’il est jaloux du bonheur ineffable
Promis par le Seigneur à l’homme vertueux.

Mais du Dieu tout-puissant la bonté maternelle
Près de chacun de nous a mis l’ange gardien
Qui dirige nos pas, nous couvre de son aile,
Nous garde de tout mal, nous porte vers le bien.


Florilège boudonien

Pieux sentiments sur la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ

Ô mon âme ! Donnons toute notre attention à l’adorable Jésus. Contemplons-le dans cet état douloureux où il souffre une extrême privation de toutes créatures, pour nous apprendre qu’il n’y a que Dieu seul à qui nous devions nous arrêter. Jésus est si peu aimé des hommes qu’on voit un peuple nombreux demander sa mort, et crier à haute voix : qu’il soit crucifié ! Les magistrats et le gouverneur le condamnent. Un roi le méprise avec dédain et le traite d’insensé. Le grand prêtre le déclare digne de mort. Ses propres disciples prennent la fuite et l’abandonnent. Le plus zélé d’entre eux le désavoue avec imprécation devant une malheureuse servante.

Ô mon aimable Sauveur ! Quelle part aviez-vous pour lors dans l’esprit et dans l’estime des créatures ? Après un exemple si touchant, oserions-nous encore désirer l’estime et l’affection des hommes ?

Allons, mon âme, quoi qu’il puisse nous en coûter, santé, vie, réputation, amis, allons sur le Calvaire avec notre adorable roi ; tenons-lui compagnie avec sa très-sainte Mère et le disciple bien-aimé. Allons et mourons avec lui. Mourons au point d’honneur, au désir des biens temporels, aux plaisirs des sens, à nos amis, à nos plus proches ; mourons à tout, afin que, ne vivant plus à nous même, ni pour eux-mêmes, nous ne vivions plus que de la vie de Jésus, vie cachée en Dieu et en Dieu seul.

In la SEMAINE RELIGIEUSE DU DIOCESE D’EVREUX

(samedi 24 mars 1888).

vendredi 5 février 2010

Anniversaire de la Libération d'Evreux

La cathédrale d'Evreux et le défenseur de la cité, le duc d'Aumale.

La cité d'Evreux célèbre aujourd'hui le 448e anniversaire de sa libération face au siège des Protestants. En effet, le 5 février 1562, le défenseur de la ville, Claude II de Lorraine-Guise, duc d'Aumale, sauvait les Ebroïciens de l'attaque des Huguenots, dirigés par le sinistre amiral de Coligny. Ceux-ci, ne pouvant faire fléchir la résistance ébroïcienne, s'en prirent aux faubourgs qu'ils ravagèrent, et 3 religieux reçurent ainsi la palme du martyre.

Le sanguinaire Gaspard de Coligny (1519-1572), qui assièga Evreux et martyrisa 3 de nos religieux.

Les Cordeliers Denis Dupont et Louis Le Grip, octogénaires, furent enterrés dans leur cloître après avoir respectivement eu les yeux crevés, la tête fendue et le corps roué de coup, et pour le second après qu'une balle lui eut traversé le cou. Un autre martyr, Robert Culvan, Jacobin cette fois, fut fusillé dans le cloître de son monastère.

Pour remercier Dieu de la libération de la cité, fut instituée une procession générale (la première des trois qui existent, avec celle du 12 août pour la Réduction de la Normandie, et celle du 15 août pour la fête nationale), qui traversait, après l'office de Tierce, les rues de la ville, "quae hac die liberata fuit ab obsidione haereticorum" (qui fut en ce jour libérée du siège des hérétiques). Cette procession existait toujours sous M. Boudon, et le Calendrier spirituel de l'abbé Delamare la décrit.
Sainte Agathe.

Un office solennel, celui de sainte Agathe (que l'on célèbre en ce même jour), fut fondé à la cathédrale par le chanoine Guillaume Foucault. Rappelons que sainte Agathe, vierge qui préserva toujours sa pureté, mourut martyre après s'être fait arraché les seins, et le Chef des Apôtres lui apparut pour les lui rendre miraculeusement. Elle avait ainsi invectivé son bourreau Quintien, préteur de Sicile : "Cruel tyran, n'as-tu pas honte d'enlever ainsi à une femme ce dont tu fus toi-même nourri chez ta mère ?". La couleur rouge de l'office de sainte Agathe rappelait à nos concitoyens le martyre de 3 de nos religieux par les hérétiques protestants, sang qui nous obtint sans nul doute de nombreuses grâces, ne serait-ce que celle d'être fidèle à la foi catholique et au roi de France.

Les armes du duc d'Aumale.

L'occasion pour nous de prier en remerciement pour l'âme de Claude d'Aumale, duc de Guise et baron d'Elbeuf, gendre de Louis de Brézé, grand-sénéchal de Normandie. Demandons également l'intercession de nos 3 martyrs pour la conversion de notre cité et son retour à la foi.

lundi 1 février 2010

Florilège boudonien

Nous commençons notre petit recueil de pensées boudoniennes... par la partie la plus importante de la vie du grand-archidiacre : sa persécution (1665-1674). Fervent opposant aux Jansénistes, l'abbé Boudon va souffrir à cause d'eux une dure persécution dès le retour de Rome de son évêque, Mgr de Maupas du Tour.



« Notre bon Prélat me décrie ici à Paris de tous côtés ; il faut le laisser faire, le bien honorer, en dire du bien, et demeurer en repos. Notre paix sera solide si nous la mettons dans la Croix, puisque c’est par le mystère de la Croix que toutes choses ont été pacifiées ; elle est, ma chère fille, notre unique espérance, comme le chante l’Église : il est doux d’y vivre, il est encore plus doux d’y mourir, et nous n’avons plus que faire au monde quand nous cessons de souffrir. Le Prélat fait ce qu’il peut pour m’obliger à quitter mon Bénéfice ; mais jamais je n’ai ressenti plus d’ardeur pour le conserver. La Croix ne nous doit pas faire quitter les lieux où nous la portons ; c’est bien au contraire : s’il y a quelque chose qui nous y doive arrêter, c’est la souffrance. J’espère de la très-sainte Mère de Dieu, et des saints Anges, et de nos Patrons, qu’on en verra en temps et lieu les fruits précieux. Je vous prie de faire dire 9 Messes à S. Michel, à commencer le 1er jour de Mars qui sera, à ce que je pense, le 1er Mardi de Carême, en l’honneur des saints Anges du Diocèse, et de celui qui garde le Prélat, et du mien. Je vous prie aussi d’aller, une fois la semaine, à saint Taurin, pour lui recommander l’affaire de mon Bénéfice ».

Lettre de M. Boudon (17 février 1666, au plus fort des persécutions) à Anne Lefèvre.

« O Dieu ! Quelle proposition me fait-on ! L’on me parle d’une pension, et l’on ne dit rien de l’intérêt de Dieu. Que je quitte le bénéfice, à la bonne heure, s’il y va de Sa gloire : mais qu’on le donne au plus digne, et quand il n’y aurait rien du tout à me donner pour pension. Si c’est un bénéfice où il y ait plus de coups de bâton à avoir, ou d’autres croix à souffrir, on y pourrait penser ».
M. Boudon, De la sainteté de l'état ecclésiastique

« M. de Maupas, après avoir consulté un grand nombre de savants, et ceux surtout qui étaient le plus au fait des matières bénéficiales, vit clairement qu’on le jetait dans un labyrinthe dont il aurait peine à sortir. Ainsi, malgré qu’il en eût, il laissa Boudon en place, bien résolu de le pousser si vivement qu’il l’obligerait enfin de lâcher le pied de lui-même et à quitter son poste. C’est ce qu’il fit avec tant de chaleur, que ceux qui surprirent sa confiance, mériteront à jamais l’indignation de tous les siècles ».
P. Pierre Collet, Vie de H.-M. Boudon