lundi 16 janvier 2012

16 janvier – Cœur immaculé de Marie – Notre Dame des Victoires, Refuge des pécheurs

Louis XIII, avec le Cardinal de Richelieu, fait le voeu, en 1629, d'ériger une église en l'honneur de Notre Dame des victoires, après la victoire sur les Protestants à la Rochelle. Cette Basilique sera consacrée au Coeur Immaculé de Marie - Refuge des pécheurs, par l'abbé Desgenettes en 1836.

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, Patronne secondaire de la France, « Histoire d’une âme », Manuscrit A, Folio 29 verso – 30 recto :

            Un jour je vis Papa entrer dans la chambre de Marie où j'étais couchée ; il lui donna plusieurs pièces d'or avec une expression de grande tristesse et lui dit d'écrire à Paris et de faire dire des messes à Notre-Dame des Victoires pour qu'elle guérisse sa pauvre petite fille. Ah ! que je fus touchée en voyant la Foi et l'Amour de mon Roi chéri

Statue de Notre Dame des Victoires,
couronnée par S.Em.R. le Cardinal Pacca,
légat  a latere de SS. Pie IX
            J'aurais voulu pouvoir lui dire que j'étais guérie mais je lui avais déjà fait assez de fausses joies, ce n'était pas mes désirs qui pouvaient faire un miracle, car il en fallait un pour me guérir... il fallait un miracle et ce fut Notre-Dame des Victoires qui le fit. Un Dimanche (pendant la neuvaine de messes), Marie sortit dans le jardin me laissant avec Léonie qui lisait auprès de ma fenêtre, au bout de quelques minutes je me mis à appeler presque tout bas : " Mama... Mama. " Léonie étant habituée à m'entendre toujours appeler ainsi, ne fit pas attention à moi. Ceci dura longtemps, alors j'appelai plus fort et enfin Marie revint, je la vis parfaitement entrer, mais je ne pouvais dire que je la reconnaissais et je continuais d'appeler toujours plus fort : " Mama... ". 
Je souffrais beaucoup de cette lutte forcée et inexplicable et Marie en souffrait peut-être encore plus que moi ; après de vains efforts pour me montrer qu'elle était auprès de moi, elle se mit à genoux auprès de mon lit avec Léonie et Céline puis se tournant vers la Sainte Vierge et la priant avec la ferveur d'une Mère qui demande la vie de son enfant, Marie obtint ce qu'elle désirait...

Chambre de sainte Thérèse et Notre-Dame du Sourire
           
      Ne trouvant aucun secours sur la terre, la pauvre petite Thérèse s'était aussi tournée vers sa Mère du Ciel, elle la priait de tout son cœur d'avoir enfin pitié d'elle... Tout à coup la Sainte Vierge me parut belle, si belle que jamais je n'avais vu rien de si beau, son visage respirait une bonté et une tendresse ineffable, mais ce qui me pénétra jusqu'au fond de l'âme ce fut le " ravissant sourire de la Sainte Vierge. " 



       Alors toutes mes peines s'évanouirent, deux grosses larmes jaillirent de mes paupières et coulèrent silencieusement sur mes joues, mais c'était des larmes d'une joie sans mélange... Ah ! pensai-je, la Sainte Vierge m'a souri, que je suis heureuse...




samedi 14 janvier 2012

Anniversaire du Baptême de Henri Marie Boudon

Aujourd'hui nous célébrons le jour de l'anniversaire de naissance et de Baptême de M. Boudon. Soyons dans la joie car c'est à cet instant que la sainteté commence. Et comme elle s'est épanouie chez son serviteur ! Demandons de devenir, nous aussi, de véritables serviteurs de Dieu.


Lettre LXXXIV

            Dieu seul, Dieu seul, Dieu seul.

            Demeurez dans la paix que cet aimable Sauveur a apportée en terre et que les saints Anges y ont publiée, vous exhortant à avoir grande dévotion à ces aimables Esprits, à vous entretenir avec eux, et à leur parler dans tous vos besoins avec confiance, à les voir souvent par la foi, particulièrement dans les lieux d’assemblée ; car il y a autant de bons anges que de personnes, à les saluer car c’est un moyen efficace de recevoir de grandes bénédictions du ciel.

            Je salue avec bien du respect celui qui vous garde, les anges tutélaires et les saints patrons des lieux où vous êtes, du diocèse de Paris, et des personnes qui y sont. Ces célestes Esprits sont appelés Anges de paix, je les prie de vous assister contre tout ce que les hommes et les démons voudraient vous susciter de troubles. Mettez toute votre confiance en Jésus seul, il ne vous manquera jamais. Je me confie en lui qu’il achèvera en vous ce qu’il a commencé. Ne craignez rien dans cette confiance.

(…)     Le 14 de ce mois (de janvier), c’est le jour de ma naissance et de ma renaissance (son Baptême), j’y ai été fait une nouvelle créature en Jésus-Christ. Ah ! Monsieur, le cerf ne soupire pas avec tant d’ardeur après les sources des eaux comme mon âme soupire après la nouvelle vie de la nouvelle créature. Il est grand temps, étant âgé de 75 ans !


Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, Angelus du dimanche 8 janvier 2012


     Sur quoi se fonde cette foi en Dieu Père ? Elle se fonde sur Jésus-Christ : sa personne et son histoire nous révèlent le Père, nous le font connaître, autant qu’il est possible en ce monde. La foi en Jésus le Christ, le Fils de Dieu, fait consentir de "renaître d’en haut", c’est-à-dire de Dieu, qui est Amour (Jn 3,3). Gardons à l’esprit également que personne ne se fait homme : nous sommes tous nés sans action de notre part. Le passif de la naissance précède l’actif de notre faire. 


    C’est la même chose au niveau de la vie chrétienne : personne ne peut se faire chrétien par sa seule volonté. Etre chrétien est un don qui précède notre action : nous devons renaître d’une nouvelle naissance. Saint Jean dit : "A ceux qui l’ont écouté il a donné pouvoir de devenir fils de Dieu" (Jn 1,12). 


   C’est le sens du sacrement du baptême, le baptême est cette nouvelle naissance, qui précède notre action. Par la foi, nous pouvons aller à la rencontre du Christ, mais lui seul peut faire de nous des chrétiens et donner à notre volonté, à notre désir, la réponse, la dignité, le pouvoir – que nous n’avons pas par nous-mêmes – de devenir enfants de Dieu.

vendredi 13 janvier 2012

Audience générale de Notre Saint Père le Pape Benoît XVI, le 11 janvier 2012


(...)    Dans le pain et dans le vin, Jésus s’offre et se communique lui-même. Mais comment tout cela peut-il se réaliser ? Comment Jésus peut-il se donner lui-même à ce moment ? Jésus sait que la vie va lui être ôtée à travers le supplice de la croix, la peine capitale des hommes non libres, celle que Cicéron définissait comme la mors turpissima crucis. Avec le don du pain et du vin qu’il offre lors de la Dernière Cène, Jésus anticipe sa mort et sa résurrection, en réalisant ce qu’il avait dit dans le discours du Bon Pasteur : « Je donne ma vie pour la reprendre ensuite. Personne n'a pu me l'enlever : je la donne de moi-même. J'ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre : voilà le commandement que j'ai reçu de mon Père » (Jn 10, 17-18). Il offre donc par avance la vie qui lui sera ôtée et transforme de cette façon sa mort violente en un acte libre de don de soi pour les autres et aux autres. La violence subie se transforme en un sacrifice actif, libre et rédempteur.

(...)    En contemplant les gestes et les paroles de Jésus cette nuit-là, nous voyons clairement que la relation intime et constante avec le Père est le lieu dans lequel Il réalise le geste de laisser aux siens, et à chacun de nous, le Sacrement de l’amour, le « Sacramentum caritatis ». Par deux fois, au cénacle, retentissent les paroles : « Faites cela en mémoire de moi » (1 Co 11, 24.25). A travers le don de Soi, Il célèbre sa Pâque, en devenant le véritable Agneau qui accomplit tout le culte antique. C’est pourquoi, en parlant aux chrétiens de Corinthe, il affirme : « Voici que le Christ, notre agneau pascal, a été immolé. Célébrons donc la Fête... avec du pain non fermenté : la droiture et la vérité » (1 Co 5, 7-8).

        L’évangéliste Luc a conservé un précieux élément supplémentaire des événements de la Dernière Cène, qui nous permet de voir la profondeur émouvante de la prière de Jésus pour les siens en cette nuit, l’attention pour chacun. En partant de la prière d’action de grâce et de bénédiction, Jésus parvient au don eucharistique, au don de Soi-même, et, alors qu’il donne la réalité sacramentelle décisive, il s’adresse à Pierre. A la fin de la Cène, il lui dit : « Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment. Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Lc 22, 31-32). La prière de Jésus, lorsque l’épreuve s’approche également pour ses disciples, soutient leur faiblesse, leur difficulté à comprendre que la voie de Dieu passe à travers le Mystère pascal de mort et de résurrection, anticipé dans l’offrande du pain et du vin. L’Eucharistie est la nourriture des pèlerins qui devient une force également pour celui qui est fatigué, épuisé et désorienté. Et la prière s’adresse particulièrement à Pierre, pour que, une fois converti, il confirme ses frères dans la foi. L’évangéliste Luc rappelle que ce fut précisément le regard de Jésus qui chercha le visage de Pierre, au moment où celui-ci venait de commettre son triple reniement, pour lui donner la force de reprendre le chemin derrière Lui : « Et à l'instant même, comme il parlait encore, un coq chanta. Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole que le Seigneur lui avait dite » (cf. Lc 22, 60-61).

        Chers frères et sœurs, en participant à l’Eucharistie, nous vivons de manière extraordinaire la prière que Jésus a faite et fait sans cesse pour chacun, afin que le mal, que nous rencontrons tous dans la vie, ne réussisse pas à vaincre et qu’agisse en nous la force transformatrice de la mort et de la résurrection du Christ. Dans l’Eucharistie, l’Eglise répond au commandement de Jésus : « Faites cela en mémoire de moi » (Lc 22, 19 ; cf. 1 Co 11, 24-26) ; il répète la prière de remerciement et de bénédiction et, avec celle-ci, les paroles de la transsubstantiation du pain et du vin dans le Corps et le Sang du Seigneur. Nos Eucharisties sont une manière d’être attirés dans ce moment de prière, une manière de nous unir toujours à nouveau à la prière de Jésus. Dès le début, l’Eglise a compris les paroles de consécration comme une partie de la prière faite avec Jésus ; comme la partie centrale de la louange pleine de gratitude, à travers laquelle le fruit de la terre et du travail de l’homme nous est à nouveau donné par Dieu comme corps et sang de Jésus, comme don de Dieu lui-même dans l’amour accueillant du Fils (cf. Jésus de Nazareth, ii). En participant à l’Eucharistie, en nous nourrissant de la Chair et du Sang du Fils de Dieu, nous unissons notre prière à celle de l’Agneau pascal dans sa nuit suprême, pour que notre vie ne soit pas perdue, malgré notre faiblesse et nos infidélités, mais soit transformée.


        Chers amis, demandons au Seigneur que, après nous être préparés comme il se doit, également avec le sacrement de la pénitence, notre participation à son Eucharistie, indispensable pour la vie chrétienne, soit toujours le point le plus élevé de toute notre prière. Nous demandons que, profondément unis dans sa même offrande au Père, nous puissions nous aussi transformer nos croix en sacrifice, libre et responsable, d’amour à Dieu et à nos frères. Merci.

        Je salue avec joie les pèlerins francophones (...) À la suite de Jésus, puissiez-vous transformer vos croix personnelles en sacrifice d’amour pour Dieu et pour les autres, et par le Sacrement de la Pénitence, vous préparer dignement à participer à l’Eucharistie, sommet de la prière chrétienne. Avec ma bénédiction !

détail, Ludovico Cigoli

lundi 9 janvier 2012

Baptême du Seigneur

Le Baptême de Notre Seigneur dans le Jourdain
Commencement de la vie publique
Baptême de Jésus par Francesco Albani
Angelus de Notre Saint Père le Pape Benoit XVI, le dimanche 9 janvier 2011, fête du Baptême du Seigneur :

Chers frères et sœurs.

            L'Eglise célèbre aujourd'hui le Baptême du Seigneur, fête qui conclut le temps liturgique de Noël. Ce mystère de la vie du Christ montre visiblement que sa venue dans la chair est l'acte sublime d'amour des Trois Personnes divines. Nous pouvons dire qu'à partir de cet événement solennel, l'action créatrice, rédemptrice et sanctificatrice de la Très Sainte Trinité, sera toujours plus manifeste dans la mission publique de Jésus, dans son enseignement, dans ses miracles, dans sa passion, sa mort et sa résurrection. Nous lisons en effet dans l'Evangile selon saint Matthieu que « dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l'eau ; voici que les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : “Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour” ». L'Esprit Saint «demeure» sur le Fils et témoigne de sa divinité, alors que la voix du Père, venant des cieux, exprime la communion d'amour. « Dans la conclusion de la scène du baptême, il nous est dit que Jésus a reçu la véritable “onction”, qu'Il est l'Oint attendu », ce qui confirme la prophétie d'Isaïe : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui j'ai mis toute ma joie ». C'est vraiment le Messie, le Fils du Très-Haut qui, en sortant des eaux du Jourdain, institue la régénération dans l'Esprit et ouvre à ceux qui le veulent la possibilité de devenir fils de Dieu.

            Ce n'est pas en effet par hasard que chaque baptisé acquiert le «caractère » de fils à partir du nom de chrétien, signe indubitable que l'Esprit Saint fait naître « de nouveau » l'homme du sein de l'Eglise. Le bienheureux Antonio Rosmini affirme que « le baptisé subit une opération secrète mais très puissante par laquelle il est élevé à l'ordre surnaturel, il est mis en communication avec Dieu ».

(…)     Chers amis, le baptême est le début de la vie spirituelle, qui trouve sa plénitude grâce à l'Eglise. A l'heure propice du sacrement, alors que la communauté ecclésiale prie et confie à Dieu un nouvel enfant, les parents et les parrains s'engagent à accueillir le nouveau-baptisé en le soutenant dans la formation et dans l'éducation chrétienne. Et c'est une grande responsabilité, qui découle d'un grand don ! C'est pourquoi je désire encourager tous les fidèles à redécouvrir la beauté d'être baptisés et à donner un joyeux témoignage de leur foi, afin qu'elle porte des fruits de bien et de concorde.


dimanche 8 janvier 2012

Epiphanie du Seigneur

Très riches heures des Ducs de Berry, l'Epiphanie

Sainte fête de l'Epiphanie


Epiphania, en grec, signifie la manifestation.
L’Epiphanie est la première manifestation de Jésus – vrai Dieu et vrai homme – aux païens. Tout l’Evangile sera une manifestation de la gloire divine. Et la Bonne Nouvelle va commencer à se répandre par la bouche de ces tout-petits, les bergers puis les Mages. Soyons, nous aussi, les témoins du Sauveur et allons L’adorer, Lui, Notre Roi, dans le Saint Sacrement, présent au tabernacle.


Vénérable abbé H.M. Boudon, 
« Jésus au Très Saint Sacrement », 5e motif : Jésus est au très saint Sacrement en toutes sortes de pays.

            Mais quelle bonté, hélas ! quel amour ! il est dans nos églises de la campagne : et il est seul pendant toutes les semaines, afin que ces pauvres gens, les dimanches et les jours de fêtes, n'aient pas la peine de l'aller chercher bien loin. O fous et insensés que nous sommes ! nos cœurs seraient-ils toujours insensibles aux attraits du divin amour ?

            L'on estime le bonheur des Mages qui sont venus adorer le divin Sauveur de nos âmes ; mais avec combien de peine et de difficultés ? Nous n'avons pas des royaumes comme eux pour les quitter ; il n'est pas nécessaire que nous fassions de si long voyages : et après tout, que faisons-nous pour rendre nos respects à notre Maître au très saint Sacrement ? Tendant qu'il prêchait, il était bien difficile de l'aborder, à cause de la foule des peuples qui l'environnait de toutes parts ; et ces pauvres gens étaient si zélés, eux qui ne le connaissaient pas comme nous, qu'ils se faisaient des ouvertures par le toit des maisons, pour y descendre leurs malades et les mettre en présence de celui qui est venu si miséricordieusement pour nous guérir de tous nos maux. Les portes de nos temples sont ouvertes, et les voies de Sion pleurent, parce qu'elles sont désertes, et que l'on n'y voit presque personne.

            Enfin, sera-t-il dit que la sainte Vierge, cette grande et cette aimable princesse des Anges du firmament n'a pas eu toujours l'accès qu'elle eût souhaité auprès du Fils le plus aimable qui fut jamais, ne pouvant pas quelquefois l'approcher, comme le saint Évangile nous l'enseigne ; pendant que nous, vermisseaux de la terre que nous sommes, nous aurons toute la liberté possible de l'aborder, de lui parler, d'être en sa divine présence, et cependant nous ne ferons pas un saint usage d'une faveur si précieuse ?

vendredi 6 janvier 2012

6 janvier 1412 - Naissance de Sainte Jeanne d'Arc

600e anniversaire de naissance de sainte Jeanne d'Arc

Mosaïques du choeur de la Basilique du Sacré-Coeur de  Montmartre,
saintes Jeanne d'Arc et Geneviève, à genoux devant le Seigneur et aux côtés de 

l'Archange saint Michel

Discours du Pape Benoît XVI, le 2 janvier 2011 :


Chers frères et sœurs,

            Je voudrais aujourd'hui vous parler de Jeanne d'Arc, une jeune sainte de la fin du Moyen-âge, morte à 19 ans, en 1431. Cette sainte française, citée à plusieurs reprises dans le Catéchisme de l'Eglise catholique, est particulièrement proche de sainte Catherine de Sienne, patronne d'Italie et de l'Europe, dont j'ai parlé dans une récente catéchèse. Ce sont en effet deux jeunes femmes du peuple, laïques et consacrées dans la virginité; deux mystiques engagées non dans le cloître, mais au milieu de la réalité la plus dramatique de l'Eglise et du monde de leur temps. Ce sont peut-être les figures les plus caractéristiques de ces «femmes fortes» qui, à la fin du Moyen-âge, portèrent sans peur la grande lumière de l'Evangile dans les complexes événements de l'histoire. Nous pourrions les rapprocher des saintes femmes qui restèrent sur le Calvaire, à côté de Jésus crucifié et de Marie sa Mère, tandis que les Apôtres avaient fui et que Pierre lui-même l'avait renié trois fois. L'Eglise, à cette époque, vivait la crise profonde du grand schisme d'Occident, qui dura près de 40 ans. Lorsque Catherine de Sienne meurt, en 1380, il y a un Pape et un Antipape; quand Jeanne naît en 1412, il y a un Pape et deux Antipapes. Avec ce déchirement à l’intérieur de l'Eglise, des guerres fratricides continuelles divisaient les peuples chrétiens d'Europe, la plus dramatique d'entre elles ayant été l'interminable «Guerre de cent ans» entre la France et l'Angleterre.

            Jeanne d'Arc ne savait ni lire ni écrire, mais elle peut être connue dans la profondeur de son âme grâce à deux sources d'une valeur historique exceptionnelle: les deux Procès qui la concernent. Le premier, le Procès de condamnation (PCon), contient la transcription des longs et nombreux interrogatoires de Jeanne durant les derniers mois de sa vie (février-mai 1431), et reporte les paroles mêmes de la sainte. Le second, le Procès en nullité de la condamnation, ou de «réhabilitation» (PNul), contient les dépositions d'environ 120 témoins oculaires de toutes les périodes de sa vie (cf. Procès de condamnation de Jeanne d'Arc, 3 vol. et Procès en nullité de la condamnation de Jeanne d'Arc, 5 vol., ed. Klincksieck, Paris 1960-1989).

            Jeanne naît à Domremy, un petit village à la frontière entre la France et la Lorraine. Ses parents sont des paysans aisés, connus de tous comme d'excellents chrétiens. Elle reçoit d'eux une bonne éducation religieuse, avec une influence importante de la spiritualité du Nom de Jésus, enseignée par saint Bernardin de Sienne et répandue en Europe par les franciscains. Au Nom de Jésus est toujours uni le Nom de Marie et ainsi, sur un fond de religiosité populaire, la spiritualité de Jeanne est profondément christocentrique et mariale. Depuis l'enfance, elle démontre une grande charité et compassion envers les plus pauvres, les malades et tous les souffrants, dans le contexte dramatique de la guerre.
                                                    
Ses voix
            De ses propres paroles nous apprenons que la vie religieuse de Jeanne mûrit comme expérience mystique à partir de l'âge de 13 ans (PCon, I, p. 47-48). A travers la «voix» de l'archange saint Michel, Jeanne se sent appelée par le Seigneur à intensifier sa vie chrétienne ainsi qu'à s'engager personnellement pour la libération de son peuple. Sa réponse immédiate, son «oui», est le vœu de virginité, avec un nouvel engagement dans la vie sacramentelle et dans la prière: participation quotidienne à la Messe, confession et communion fréquentes, longs temps de prière silencieuse devant le Crucifix ou l'image de la Vierge. La compassion et l'engagement de la jeune paysanne française face à la souffrance de son peuple sont encore renforcés par son rapport mystique avec Dieu. L'un des aspects les plus originaux de la sainteté de cette jeune fille est précisément ce lien entre l'expérience mystique et la mission politique. Après les années de vie cachée et de maturation intérieure s'ensuivent deux brèves, mais intenses années de sa vie publique: une année d'action et une année de passion.

            Au début de l'année 1429, Jeanne entame son œuvre de libération. Les nombreux témoignages nous montrent cette jeune femme de 17 ans seulement, comme une personne très forte et décidée, capable de convaincre des hommes incertains et découragés. Surmontant tous les obstacles, elle rencontre le Dauphin de France, le futur roi Charles VII, qui à Poitiers la soumet à un examen mené par plusieurs théologiens de l'université. Leur avis est positif: en elle, ils ne voient rien de mal, seulement une bonne chrétienne.

            Le 22 mars 1429, Jeanne dicte une importante lettre au roi d'Angleterre et à ses hommes qui assiègent la ville d'Orléans (ibid., p. 221-222). Sa proposition est une véritable paix dans la justice entre les deux peuples chrétiens, à la lumière des noms de Jésus et de Marie, mais elle est rejetée, et Jeanne doit s'engager dans la lutte pour la libération de la ville, qui advient le 8 mai. L'autre moment culminant de son action politique est le couronnement du roi Charles VII à Reims, le 17 juillet 1429. Pendant toute une année, Jeanne vit avec les soldats, accomplissant au milieu d'eux une vraie mission d'évangélisation. Nombreux sont leurs témoignages sur sa bonté, son courage et son extraordinaire pureté. Elle est appelée par tous et elle-même se définit comme «la pucelle», c’est-à-dire la vierge.

      La passion de Jeanne débute le 23 mai 1430, lorsqu'elle tombe prisonnière entre les mains de ses ennemis. Le 23 décembre, elle est conduite dans la ville de Rouen. C'est là que se déroule le long et dramatique Procès de condamnation, qui commence en février 1431 et finit le 30 mai avec le bûcher. C'est un grand procès solennel, présidé par deux juges ecclésiastiques, l'évêque Pierre Cauchon et l'inquisiteur Jean le Maistre, mais en réalité il est entièrement guidé par un groupe nombreux de théologiens de la célèbre université de Paris, qui participent au procès comme assesseurs. Ce sont des ecclésiastiques français qui, ayant fait un choix politique opposé à celui de Jeanne, ont a priori un jugement négatif sur sa personne et sur sa mission.


La dernière communion
     Ce procès est une page bouleversante de l’histoire de la sainteté et également une page éclairante sur le mystère de l’Eglise, qui, selon les paroles du Concile Vatican II, est «à la fois sainte et appelée à se purifier» (LG, n. 8). C’est la rencontre dramatique entre cette sainte et ses juges, qui sont des ecclésiastiques. Jeanne est accusée et jugée par eux, jusqu’à être condamnée comme hérétique et envoyée à la mort terrible sur le bûcher. A la différence des saints théologiens qui avaient illuminé l’université de Paris, comme saint Bonaventure, saint Thomas d’Aquin et le bienheureux Duns Scot, dont j’ai parlé dans plusieurs catéchèses, ces juges sont des théologiens auxquels manquent la charité et l’humilité pour voir chez cette jeune l’action de Dieu. 
Sur le bûcher c'est derniers mots furent : "Jésus, Jésus, Jésus"
Les paroles de Jésus viennent à l’esprit, selon lesquelles les mystères de Dieu sont révélés à qui possède le cœur des tout-petits, alors qu’ils restent cachés aux sages et aux savants qui n’ont pas d’humilité (cf. Lc 10, 21). Ainsi, les juges de Jeanne sont radicalement incapables de la comprendre, de voir la beauté de son âme: ils ne savaient pas qu’ils condamnaient une sainte.
                                                                                                                                           
            L’appel de Jeanne au jugement du Pape, le 24 mai, est rejeté par le tribunal. Le matin du 30 mai, elle reçoit pour la dernière fois la Communion en prison, et est immédiatement conduite au supplice sur la place du vieux marché. Elle demande à l’un de ses prêtres de tenir devant le bûcher une croix de procession. C’est ainsi qu’elle meurt en regardant Jésus Crucifié et en prononçant plusieurs fois et à haute voix le Nom de Jésus (PNul, I, p. 457; cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 435). Environ vingt-cinq ans plus tard, le Procès de nullité, ouvert sous l’autorité du Pape Calixte III, se conclut par une sentence solennelle qui déclare nulle sa condamnation (7 juillet 1456; PNul, II p. 604-610). Ce long procès, qui recueillit les dépositions des témoins et les jugements de nombreux théologiens, tous favorables à Jeanne, met en lumière son innocence et sa parfaite fidélité à l’Eglise. Jeanne d’Arc sera ensuite canonisée par Benoît XV en 1920.
           
            Chers frères et sœurs, le Nom de Jésus invoqué par notre sainte jusqu’aux derniers instants de sa vie terrestre, était comme le souffle incessant de son âme, comme le battement de son cœur, le centre de toute sa vie. Le «Mystère de la charité de Jeanne d’Arc», qui avait tant fasciné le poète Charles Péguy, est cet amour total pour Jésus, et pour son prochain en Jésus et pour Jésus. Cette sainte avait compris que l’Amour embrasse toute la réalité de Dieu et de l’homme, du ciel et de la terre, de l’Eglise et du monde. Jésus est toujours à la première place dans sa vie, selon sa belle expression: «Notre Seigneur premier servi» (PCon, I, p. 228; cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 223). L’aimer signifie toujours obéir à sa volonté. Elle affirme avec une totale confiance et abandon: «Je m’en remets à Dieu mon créateur, je l’aime de tout mon cœur» (ibid., p. 337). Avec le vœu de virginité, Jeanne consacre de manière exclusive toute sa personne à l’unique Amour de Jésus: c’est «la promesse qu’elle a faite à Notre Seigneur de bien garder sa virginité de corps et d’âme» (ibid., p. 149-150). La virginité de l’âme est l’état de grâce, valeur suprême, pour elle plus précieuse que la vie: c’est un don de Dieu qui doit être reçu et conservé avec humilité et confiance. L’un des textes les plus connus du premier Procès concerne précisément cela: «Interrogée si elle sait d’être en la grâce de Dieu, elle répond: “Si je n’y suis, Dieu m’y veuille mettre; et si j’y suis, Dieu m’y veuille tenir”» (ibid., p. 62; cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 2005).

Armoiries de sainte Jeanne d'Arc
            Notre sainte vit la prière sous la forme d’un dialogue permanent avec le Seigneur, qui illumine également son dialogue avec les juges et lui apporte la paix et la sécurité. Elle demande avec confiance: «Très doux Dieu, en l’honneur de votre sainte Passion, je vous requiers, si vous m’aimez, que vous me révélez comment je dois répondre à ces gens d’Eglise» (ibid., p. 252). Jésus est contemplé par Jeanne comme le «Roi du Ciel et de la Terre». Ainsi, sur son étendard, Jeanne fait peindre l’image de «Notre Seigneur tenant le monde» (ibid., p. 172): icône de sa mission politique. La libération de son peuple est une œuvre de justice humaine, que Jeanne accomplit dans la charité, par amour de Jésus. Elle est un bel exemple de sainteté pour les laïcs engagés dans la vie politique, en particulier dans les situations les plus difficiles. La foi est la lumière qui guide chaque choix, comme témoignera, un siècle plus tard, un autre grand saint, l’anglais Thomas More. En Jésus, Jeanne contemple également toute la réalité de l’Eglise, l’«Eglise triomphante» du Ciel, comme l’«Eglise militante» de la terre. Selon ses paroles, «c’est tout un de Notre Seigneur et de l’Eglise» (ibid., p. 166). Cette affirmation, citée dans le Catéchisme de l’Eglise catholique (n. 795), possède un caractère vraiment héroïque dans le contexte du Procès de condamnation, face à ses juges, hommes d’Eglise, qui la persécutèrent et la condamnèrent. Dans l’Amour de Jésus, Jeanne trouve la force d’aimer l’Eglise jusqu’à la fin, même au moment de sa condamnation. 

            J’ai plaisir à rappeler que sainte Jeanne d’Arc a eu une profonde influence sur une jeune sainte de l’époque moderne: sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Dans une vie complètement différente, passée dans la clôture, la carmélite de Lisieux se sentait très proche de Jeanne, vivant au cœur de l’Eglise et participant aux souffrances du Christ pour le salut du monde. L’Eglise les a réunies comme patronnes de la France, après la Vierge Marie. Sainte Thérèse avait exprimé son désir de mourir comme Jeanne, en prononçant le Nom de Jésus (Manuscrit B, 3r), et elle était animée par le même grand amour envers Jésus et son prochain, vécu dans la virginité consacrée.

            Chers frères et sœurs, avec son témoignage lumineux, sainte Jeanne d’Arc nous invite à un haut degré de la vie chrétienne: faire de la prière le fil conducteur de nos journées; avoir pleinement confiance en accomplissant la volonté de Dieu, quelle qu’elle soit; vivre la charité sans favoritismes, sans limite et en puisant, comme elle, dans l’Amour de Jésus un profond amour pour l’Eglise. Merci.


      Chers pèlerins francophones, que le témoignage lumineux de sainte Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France avec sainte Thérèse de Lisieux, soit un appel à aimer le Christ et à vous engager, avec foi et détermination, au service des autres dans la charité! Bon séjour à tous!
   

Prions.   O Dieu, qui avez merveilleusement appelé sainte Jeanne d’Arc pour défendre la foi et la patrie, daignez accorder à votre Église, par son intercession, de vaincre les ruses de l’ennemi pour jouir d’une paix durable. Par Jésus-Christ, Notre Seigneur. 




mardi 3 janvier 2012

1er mardi du mois et de l'année - Sainte Geneviève, patronne et protectrice de Paris

Aimez les Saints de vos Diocèses ! 

C'est l'une des rubriques du Bulletin des saints Anges d'Hiver. Aujourd'hui, l'Eglise de Paris célèbre la fête de sainte Geneviève, sa première patronne et protectrice, après Marie en son Immaculée Conception. 
C'est aujourd'hui le 1500e anniversaire de sa naissance au Ciel. Aimons et vénérons les saints de nos Diocèses. C'est grâce à eux que nous sommes Chrétiens. 


Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, Lettre CCCLIV

            Sauveur, notre force et notre tout ! Je suis avec tout le respect possible etc… Ce n’est pas sans providence que je vous écris le 3 de janvier, fête de sainte Geneviève, patronne de Paris, ville dans laquelle la Providence, ma toujours très bonne et très fidèle mère, m’a fait expérimenter, et continue de le faire toujours, des soins de la meilleure des mères en tant et tant de manières.


Histoire de sainte Geneviève

Au début de l'année 451, Attila entraîne ses hordes en-deçà du Rhin, prend, pille et brûle Metz la veille de Pâques (7 avril), remonte la vallée de le Seine et vient assiéger Paris.

Au milieu du désarroi général, sainte Geneviève garde son sang-froid puisant son courage dans la confiance qu'elle a en la Providence. Elle convoque les femmes de Paris et, après leur avoir rappelé les grands exemples de Judith et d'Esther, libératrices de leur peuple, elles les invite à s'unir à elle pour détourner le fléau par la prière, le jeûne et les saintes veilles au baptistère de Saint-Jean-le-Rond. Sûre de l'appui des femmes parisiennes, elle s'adresse aux hommes : Que parlez-vous de vous réfugier en d'autres cités ? Celles-ci seront-elles mieux que Paris abritées contre un coup de main des barbares ? Paris, grâce à la protection du Christ, échappera au carnage.

Les Parisiens, tout abandonnés à la peur, s'emportent contre sainte Geneviève qu'ils appellent la prophétesse de malheur, et parlent de la lapider ou de la jeter dans la Seine, lorsque l'archidiacre d'Auxerre apporte les eulogies (pains bénis et non consacrés) que son évêque, saint Germain a légué à sainte Geneviève en mourant : Parisiens, n'allez pas commettre ce forfait ; celle dont vous projetez la mort est, au témoignage du saint évêque Germain, l'élue de Dieu dès sa venue au monde. Et voici les eulogies que je lui apporte de la part de l'évêque défunt. En effet, c'est saint Germain d'Auxerre qui, il y a bien longtemps, avait discerné la vocation de la future grande sainte, alors qu'elle n'était encore qu'une toute jeune fille.


 Les Parisiens se rallient alors aux conseils de sainte Geneviève et Attila quitte la vallée de la Seine pour se rejeter vers la Loire. Arrêtés par l'évêque saint Aignan sous les murs d'Orléans, il est repoussé par Ætius jusque à Châlons-sur-Marne où, à la bataille des Champs Catalauniques par les armées conjuguées d'Aétius (Gallo-Romains), de Mérovée (Francs) et de Théodoric (Wisigoths). Près de trente ans plus tard, lorsque Clovis, encore idolâtre assiège Paris, sainte Geneviève est encore l'âme de la résistance de ses concitoyens affamés qu'elle réussit à faire ravitailler en forçant, avec onze vaisseaux, les barrages sur la Seine jusqu'à Troyes. En 885, lorsque les Normands assiègent Paris, tandis que la famine et la peste déciment la population, la résistance des Parisiens se confie à l'intercession de sainte Geneviève et, après que ses reliques ont été exposées au point le plus menacé des remparts, l'ennemi se retire.


On doit à la sainte la première construction de ce qui sera l'abbaye de Saint-Denys, aujourd'hui nécropole royale et Cathédrale de ce Diocèse. Sainte Geneviève aimait à se rendre sur la sépulture du saint Evêque, pour se confier à l'intercession du premier et glorieux Evêque de Paris. Alors qu'elle priait, un cierge allumé pour pouvoir lire ses prières, le démon, excité par la sainteté de cette femme, soufflait la flamme du cierge, qu'un saint Ange s'empressait de rallumer.                                                                                       En 1130, sous le nom de mal des ardents ou de feu sacré, une terrible fièvre pestilentielle fondit sur Paris, puis sur la France entière, sans qu'aucun médecin ne pût l'enrayer ; il s'agissait d'une inflammation intérieure accompagnée de la gangrène aux extrémités des membres. Pour conjurer le fléau, l'Evêque de Paris ordonna des jeûnes et des prières, puis demanda que l'on transportât les malades sur le chemin de la procession solennelle qu'il mena de la basilique Sainte-Geneviève à Notre-Dame, le 26 novembre. Les malades qui touchèrent la châsse furent immédiatement guéris et de tous ceux qui étaient à Paris, seuls trois sceptiques moururent, puis le mal commença à décroître pour finir par disparaître. L'année suivante, le Pape Innocent II, en souvenir de ce miracle, institua la fête de Sainte Geneviève des Ardents.

Le 14 août 1792, les révolutionnaires n'osant détruire la châsse de sainte Geneviève, la firent transporter à l'église Saint-Etienne-du-Mont, et attendirent le 9 novembre 1793 pour s'en saisir et l'emporter à l'Hôtel de la Monnaie. Ouverte, profanée et inventoriée, la châsse fut détruite avant que les précieuses reliques qu'elle contenait fussent brûlées en place de Grève et les cendres dispersées dans la Seine.

X

Sainte Geneviève, priez pour nous et pour notre pays. Vous qui protégiez le vénérable Henri-Marie Boudon durant son séjour à Paris, assistez-nous dans le combat, gardant toujours notre lampe allumée, confiants en l'intercession et l'action efficaces de nos anges gardiens et des saints du Ciel. Ainsi soit-il. 

dimanche 1 janvier 2012

Sainte Marie - Mère de Dieu et de l’Eglise

Ange au rameau d'olivier - Hans Memmling, Louvres
« Voici comment Aaron et ses descendants béniront les fils d'Israël: 

'Que le Seigneur te bénisse et te garde! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu'il se penche vers toi! 
Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu'il t'apporte la paix!' 
C'est ainsi que mon Nom sera prononcé sur les fils d'Israël, et moi, je les bénirai. » 
(Livre des Nombres VI,22-27)


Œuvres complètes ; chap. VI, « Exhortation à des Congréganistes de la Sainte Vierge »

            Les mêmes Pères qui assurent que la sainte Vierge, étant la trésorière générale de toutes les grâces de Dieu, il n’y a personne qui ne soit redevable à ses bontés.

            Saint Bernardin de Sienne, qui soutient qu’aucune grâce ne vient du ciel qu’elle ne passe par les mains de Marie ; saint Ildefonse, qui veut que tous les prédestinés doivent leur béatitude à la bienheureuse Vierge ; saint Jean Damascène qui la compare à l’arche de Noé, mais avec cette différence qu’il n y eut que huit âmes de sauvées par l’arche de Noé tandis que, par cette arche du Très-Haut, toutes les âmes possèdent la bienheureuse éternité.

            Tous ces Pères, dis-je, concourent dans un même sentiment qui est que la très sainte Mère de Dieu regarde d’un œil bien plus favorable ceux qui sont particulièrement sous sa protection ; qu’elle verse sur ces âmes d’élite de bien plus douces influences ; qu’elle leur départit des grâces bien plus abondantes ; et les favorise de ces mêmes privilèges qui ne se donnent pas à toute sorte de nation ; car peut-être cette Mère de la sagesse incréée donnera le pain des enfants aux étrangers.

            Non, non, il n’y a que les domestiques de cette épouse sainte qui aient les clefs de ses celliers remplis d’un vin mystique si excellent que le cerf lassé ne désire point avec tant d’ardeur les fontaines pour se rafraîchir comme les plus saintes âmes souhaitent ce vin admirable que nous pouvons dire rejaillir jusqu’à la vie éternelle. Cette bonne mère est plus prudente ; non, cette femme forte de l’Ecriture ne souffrira jamais ses serviteurs dans la disette. Si sa charité la porte à donner des habits à tout le monde, ses domestiques seront revêtus d’une double robe ; on recueillera le reste du festin qui sera donné libéralement à ceux du dehors mais, pour ses enfants, cette mère, qui est la bonté-même, les fait asseoir à sa table et les favorise des mets les plus délicieux.

            Vous voyez bien, mes chers frères, que je veux vous faire connaître que les bienheureux sont ceux qui demeurent en la maison d’une si bonne maîtresse, qu’une journée passée dans la maison de la Mère de Dieu vaut mieux que dix mille dans celle des pécheurs, que ses tabernacles sont aimables, qu’il est délicieux de loger sous ses tentes et pavillons ; car cette auguste Reine, ne se contentant pas de traiter comme des serviteurs ceux qui se retirent dans ses maisons, elle les considère, ce qui est une bonté prodigieuse, comme ses chers enfants ; elle les baise d’un baiser de sa bouche, leur donne ses mamelles meilleures mille fois que les calices des plus forts vins, ce qui me fait souvenir des paroles du Prophète : Inebriabuntur ab ubertate domus tuae et torrente voluptatis potabit eos.

            Qui ne se sentirait animé du désir d’entrer dans une sainte ivresse, d’être saisi d’une si excellente joie de goûter ces délices et de recevoir de telles faveurs. Un homme, et un homme est né dans Marie. Elle n’est pas seulement mère de Jésus-Christ, elle l’est de tous les Chrétiens, mais de quelques Chrétiens particulièrement et, par suite, elle a soin de les élever en Dieu. Personne ne peut penser d’une mère si douce qu’elle soit une marâtre qui, après avoir mis au monde des enfants, ne s’en soucie point ; elle les élève avec un soin non pareil et une sagesse inconcevable.

            Vraiment, disait un de ses plus appliqués dévots, en nourrissant Jésus, en allaitant cet aimable et cher enfant, elle a fait un bon apprentissage, elle a appris des secrets merveilleux pour la bonne éducation des âmes de ses chers enfants. 



A tous, très sainte année, pleine de grâces du Seigneur, 
et le Paradis à la fin de nos jours !