samedi 19 avril 2014

Samedi Saint



Saint Alphonse-Marie de Liguori 

Antonello da Messina, Jésus mis au tombeau.
Considérations sur la Passion de Jésus-Christ

Chap. 6, VI, Sépulture et Résurrection de Jésus-Christ


Terminons ce chapitre par quelques réflexions sur la sépulture et la résurrection de notre divin Rédempteur.

Le Fils de Dieu est venu au monde non seulement pour nous racheter, mais encore pour nous enseigner par son exemple toutes les vertus, et principalement l'humilité et la sainte pauvreté, compagne inséparable de l'humilité. C'est pour cela qu'il a voulu naître pauvre dans une grotte, vivre pauvre dans une boutique durant trente ans, et enfin mourir pauvre et nu sur une croix, après avoir vu ses propres vêtements partagés entre les soldats, sous ses yeux, avant d'expirer. Et lorsqu'il fut mort, il lui fallut recevoir en aumône un linceul pour être enseveli. Que les pauvres se consolent donc, en voyant Jésus-Christ, le Roi du Ciel et de la terre, vivre et mourir si pauvre, pour nous enrichir de ses mérites et de ses biens, comme le dit l'Apôtre (2 Co 8, 9). Aussi, les Saints, désirant se rendre semblables à Jésus pauvre, ont méprisé toutes les richesses et tous les honneurs terrestres, afin d'aller un jour, avec leur divin Maître, jouir des richesses et des honneurs célestes, que Dieu a préparés pour ceux dont il est aimé, biens ineffables dont saint Paul nous apprend que l'homme ne peut se faire aucune idée ici-bas (1 Co 2, 9).

14e station, chemin de Croix de Lourdes : Jésus est mis au Sépulcre.
Jésus-Christ ressuscita ensuite avec la gloire de posséder, non seulement comme Dieu, mais encore comme homme, tout pouvoir dans le ciel et sur la terre, de sorte que tous les Anges aussi bien que les hommes sont ses sujets. Réjouissons-nous donc de voir ainsi glorifié notre Sauveur, notre Père, et le meilleur Ami que nous ayons. 
Réjouissons-nous-en pour nous-mêmes, puisque la résurrection de Notre-Seigneur est un gage certain de notre propre résurrection et de la gloire que nous espérons avoir un jour dans le ciel, pour en jouir en corps et en âme. 

Cette espérance donna aux Saints Martyr le courage et la force de souffrir avec joie tous les maux de cette vie et les tourments les plus cruels inventés par les tyrans. Mais il faut se persuader que, pour être uni à Jésus-Christ dans la joie du paradis, il est nécessaire de prendre part à ses souffrances ici-bas: on ne peut être couronné qu'après avoir combattu comme on le doit (2 Tm 2, 5). Tel est l'avertissement que nous donne l'Apôtre; mais soyons persuadés en même temps de ce qu'il ajoute, que toutes les peines de cette vie sont bien courtes et légères en comparaison des récompenses immenses que nous espérons dans la vie future (2 Co 4, 17). Soyons donc attentifs à nous maintenir toujours dans la grâce de Dieu et à lui demander sans cesse la persévérance; car sans la prière, et une prière continuelle, nous n'obtiendrons pas la persévérance, et sans la persévérance, nous ne parviendrons pas au salut.

Le Corps du Seigneur Jésus est déposé dans son tombeau,
le Saint Sépulcre de Jérusalem.
Ô doux, ô aimable Jésus, comment avez-vous pu tant aimer les hommes que, pour leur témoigner votre amour, vous ayez consenti à mourir épuisé de douleurs sur un bois infâme? et comment, après cela, y a-t-il si peu d'hommes qui vous aiment cordialement? Ah! mon cher Rédempteur, je veux être de ce petit nombre! Par le passé, j'ai eu le malheur de perdre le souvenir de votre amour, et de renoncer à votre grâce pour de misérables plaisirs; je reconnais ma faute, je m'en repens de tout mon cœur, je voudrais en mourir de douleur. Maintenant, ô mon Sauveur, je vous aime plus que moi-même, et je suis prêt à souffrir mille morts plutôt que de perdre votre amitié! Je vous remercie des lumières que vous me donnez. Mon Jésus, mon Espérance, ne m'abandonnez pas à moi-même, continuez à m'aider jusqu'à la mort!


Ô Marie, Mère de Dieu,
priez Jésus pour moi!


Hoblein, le Christ au tombeau.



vendredi 18 avril 2014

Vendredi Saint

Eglise Saint-Taurin d'Evreux, la crucifixion
 Saint Alphonse-Marie de Liguori 

Considérations sur la Passion de Jésus-Christ

Chap. 6, V, Le cœur de Jésus est ouvert

Les soldats vinrent et rompirent les jambes aux deux larrons. Quant à Jésus, voyant qu'il était déjà mort, ils ne lui firent point subir le même traitement; mais l'un d'eux lui ouvrit le côté avec sa lance, et il en sortit à l'instant du sang et de l'eau (Jn 19, 32-34).

D'après saint Cyprien, la lance alla directement frapper le cœur de Jésus-Christ; et c'est précisément ce qui fut révélé à sainte Brigitte. On croit par conséquent que l'eau sortit du côté de Notre-Seigneur avec le sang, attendu que la lance, pour atteindre le cœur, a dû percer d'abord le péricarde, qui l'enveloppe.

Philippe de Champaigne, détail. Jésus, mort,
la couronne d'épines, son côté transpercé.
Saint Augustin remarque que l'Évangéliste s'est servi du mot ouvrir parce que s'ouvrit alors dans le cœur du Sauveur la porte de la vie, et que de là sortirent les sacrements par lesquels on arrive à la vie éternelle. On dit que le sang et l'eau qui sortirent du côté de Jésus-Christ figurent les sacrements, parce que l'eau est le symbole du Baptême, qui est le premier des sacrements, et que le sang du divin Sauveur est contenu dans l'Eucharistie, qui est le plus grand des sacrements.

Saint Bernard ajoute que Jésus-Christ voulut recevoir cette blessure visible pour nous donner à entendre que son cœur portait une blessure invisible d'amour envers les hommes. Qui donc, conclut-il, n'aimera pas ce cœur blessé d'amour?

Enfin, saint Augustin observe, en parlant de l'Eucharistie, que le saint sacrifice de la Messe n'est pas moins efficace aujourd'hui devant Dieu que ne le fut alors celui du sang et de l'eau qui jaillirent de la blessure du Sauveur.

La sainte Face d'Edesse.


jeudi 17 avril 2014

Jeudi Saint

Le lavement des pieds et l'institution de l'Eucharistie,
au soir du Jeudi Saint
Saint Alphonse-Marie de Liguori

Considérations sur la Passion de Jésus-Christ

Chap. 5, III, Femme, voici votre fils... Voici votre Mère (Jn 19, 26-27) 

On lit dans l'Évangile de saint Marc qu'il y avait sur le Calvaire plusieurs sainte femmes qui regardaient Jésus crucifié, mais de loin (Mc 15, 40); on doit donc croire que la Mère du Sauveur se trouvait avec elles. Cependant d'après saint Jean, la Sainte Vierge était, non pas loin, mais près de la croix avec Marie, femme de Cléophas, et Marie-Madeleine (Jn 19, 25). Euthymius cherche à lever la difficulté en disant que la Sainte Vierge, voyant que son divin Fils allait bientôt expirer, s'approcha de la croix. Pour arriver plus près de son Fils bien-aimé, elle surmonta la crainte qu'inspiraient les soldats, et supporta patiemment toutes les insultes qu'elle eut à souffrir de la part des hommes qui gardaient les condamnés et qui la repoussaient brutalement. 

Le savant auteur d'une Vie de Jésus-Christ dit la même chose: "Il y avait là des amis qui l'observaient de loin; mais la Sainte Vierge, sainte Marie-Madeleine et une autre Marie se tenaient auprès de la croix avec saint Jean. Jésus, voyant auprès de lui sa Mère et son cher disciple, leur adressa ces paroles..." La mort douloureuse de son Fils ne peut ébranler cette Mère incomparable, suivant la réflexion de l'abbé Gueric: "Telle est cette Mère qui même dans la terreur de la mort ne déserte pas son Fils." Les mères fuient à la mort de leurs enfants; les voir expirer dans pouvoir les secourir, c'est un spectacle auquel leur tendresse ne leur permet pas d'assister; Marie, au contraire, plus la mort de son Fils approchait, plus elle approchait de la croix.
 
Chemin de Croix, Lourdes. 13e station :
Marie reçoit son Fils Jésus, mort.
Cette Mère affligée était donc debout près de la croix et, de même Jésus offrait le sacrifice de sa vie, elle offrait le sacrifice de sa douleur pour le salut des hommes, participant avec la plus parfaite résignation à toutes les peines et à tous les opprobres que son divin Fils souffrait en mourant. Un auteur observe qu'on ne fait pas honneur à la constance de Marie lorsqu'on la représente évanouie au pied de la croix; elle fut la femme forte, qui ne faiblit pas et ne pleure pas, comme le remarque saint Ambroise.

La douleur qu'éprouva la Sainte vierge dans la Passion de son Fils surpassa tout ce que peut souffrir un cœur humain; et ce ne fut pas une douleur stérile, comme celles des mères ordinaires à la vue d'un enfant qui souffre, mais ce fut une douleur qui produisit de grands fruits; car, par les mérites de ses douleurs et par sa charité, suivant la pensée de saint Augustin, de même que Marie est la Mère naturelle de Jésus-Christ, notre Chef, elle devint alors la Mère spirituelle des fidèles, qui sont les membres de Jésus-Christ, en coopérant pas sa charité à les faire naître et à les rendre enfants de l'Église.

Saint Bernard dit que, sur le Calvaire, ces deux grands Martyrs, Jésus et Marie souffraient en silence : l'excès de la douleur qui les oppressait leur ôtait la faculté de parler. La Mère regardait son Fils agonisant sur la croix, le Fils regardait sa Mère agonisant au pied de la croix et mourant de compassion pour les peines qu'il endurait.

Jésus et saint Jean,
la sainte Cène, vitrail.
Marie et Jean étaient donc plus près de la croix que les saintes femmes qui les accompagnaient, de sorte que, au milieu du tumulte, ils pouvaient plus facilement entendre la voix et distinguer les regards du Sauveur. On lit dans l'Évangile que Jésus aperçut sa Mère et son Disciple bien-aimé (Jn 19, 26). Mais si Marie et Jean étaient accompagnés d'autres personnes, pourquoi est-il dit que Jésus aperçut sa Mère et son Disciple, comme s'il n'avait pas vu les femmes qui les suivaient ? C'est là, répond saint Pierre Chrysologue, un effet de l'amour; on voit toujours plus clairement les être qu'on aime le plus. Saint Ambroise exprime la même pensée. La Bienheureuse Vierge a révélé elle-même à sainte Brigitte que Jésus, pour voir sa Mère, qui était auprès de la croix, dut presser ses paupières avec effort, afin de dégager ses yeux du sang qui les couvrait et lui ôtait la vue.

Jésus dit à sa Mère, en lui désignant des yeux saint Jean qui était à côté d'elle: "Femme, voilà votre fils." Mais pourquoi l'appela-t-il Femme plutôt que Mère? Ce fut, peut-on répondre, parce que se trouvant près de mourir, il lui parla en prenant congé d'elle, comme s'il eût dit: "Femme, dans peu je serai mort; vous n'aurez plus de fils sur la terre; c'est pourquoi je vous laisse Jean qui vous servira et vous aimera comme un fils." Le Seigneur nous donne à entendre par là que saint Joseph n'était plus; car, s'il eût été encore en vie, il ne l'aurait jamais séparé de sa sainte Épouse.

Toute l'antiquité atteste que saint Jean resta toujours vierge, et que c'est principalement à cause de ce mérite qu'il eut l'honneur d'être donné pour fils à Marie et de remplacer Jésus-Christ auprès de sa Mère; aussi, la Sainte Église a consacré dans ses chants cet éloge du Disciple bien-aimé. L'Évangile constate qu'après la mort de Notre-Seigneur, saint Jean reçut Marie dans sa maison, et qu'il l'assista et la servit comme sa propre mère tout le temps qu'elle vécut encore. Jésus-Christ a voulu que ce Disciple privilégié fût témoin oculaire de sa mort, afin qu'il pût ensuite l'attester plus fermement, ainsi qu'il l'a fait dans ses écrits (Jn 19, 35; 1 Jn 1, 1). C'est pour cela que la Sauveur, quand ses autres disciples l'abandonnèrent, donna à saint Jean la force de le suivre jusqu'à sa mort au milieu de tant d'ennemis.

Mais revenons à la Sainte Vierge, et tâchons de découvrir la raison plus intrinsèque pour laquelle Jésus l'appela Femme, et non Mère. Il a voulu nous faire entendre par là que Marie est la Femme par excellence, annoncé dans la Genèse comme devant écraser la tête du Serpent (Gn 3, 15).

L'ensevelissement et la désolation de Notre Dame,
Lorenzo Lotto
Personne ne doute que cette Femme ne soit la Bienheureuse Vierge Marie qui, par le moyen de son divin Fils, si ce n'est ce Fils lui-même par le moyen de celle qui l'a mis au monde, devait écraser la tête de Lucifer. Marie a certainement dû être ennemie du Serpent, puisque Lucifer fut orgueilleux, ingrat et rebelle, tandis qu'elle fut toujours humble, reconnaissante et soumise. Il a été prédit qu'elle lui écraserait la tête; car Marie en donnant le jour au Sauveur du monde, abattit l'orgueil de Lucifer. Le Serpent s'efforça de mordre Jésus-Christ au talon, par lequel il faut entendre sa sainte humanité, partie la plus voisine de la terre; mais le Sauveur, par sa mort, eut la gloire de le vaincre et de le priver de l'empire que le péché lui avait donné sur le genre humain.

Dieu dit en outre au Serpent qu'il établirait une inimité sans fin entre sa race et celle de la Femme. Cela signifie qu'après la chute de l'homme causée par le péché, nonobstant la rédemption opérée par Jésus-Christ, il devait y avoir dans le monde deux familles et deux postérités: par la race de Satan est désignée la famille des pécheurs, qui sont ses enfants, étant imbus de son venin; par le race de Marie est désignée la famille sainte, qui comprend tous les justes avec Jésus-Christ, leur Chef. Marie fut donc destinée à être la Mère tant du Chef que de ses membres, qui sont les fidèles; car, l'Apôtre le dit expressément: "Vous n'êtes qu'un dans le Christ Jésus" (Ga 3, 28). Les fidèles ne forment qu'un seul corps avec Jésus-Christ, le chef n'étant point séparé de ses membres; et ces membres sont tous enfants spirituels de Marie, puisqu'ils ont le même esprit que son propre Fils, qui est Jésus-Christ. Ainsi, sur le Calvaire, saint Jean n'est pas désigné par son nom, il s'appelle le Disciple aimé du Seigneur, afin que nous comprenions que Marie est la Mère de tout chrétien fidèle, qui est aimé de Jésus-Christ, et en qui Jésus-Christ vit par son esprit. Cela est conforme à la pensée d'Origène: "Jésus dit à Marie: "Voici ton fils", comme s'il lui avait dit: "Voici Jésus que tu as enfanté"; car celui qui est parfait, ce n'est plus lui qui vit, c'est le Christ qui vit en lui.

Coeur immaculé et douloureux
de Marie, Notre Dame des 7 douleurs.
Denis le Chartreux dit que, dans la passion, le sein de Marie se remplit du sang qui coulait des plaies de notre Sauveur, afin qu'elle pût en nourrir ses enfants. Il ajoute que cette divine Mère, par ses prières et par les mérites qu'elle acquit principalement en assistant à la mort de Jésus-Christ, nous obtint la grâce de participer aux mérites de sa passion du Rédempteur.

Ô Mère de douleurs! vous savez que j'ai mérité l'enfer; je n'ai d'autre espérance de salut que dans la participation aux mérites de Jésus-Christ; c'est la grâce que j'attends de votre intercession, et je vous en prie de me l'obtenir, pour l'amour de ce divin Fils que, sur le Calvaire, vous avez vu de vos propres yeux baisser la tête et expirer! Ô Reine des Martyrs ! ô Avocate des pécheurs ! secourez-moi toujours, et spécialement à l'heure de ma mort! Il me semble déjà voir les démons se presser autour de moi durant mon agonie, et faire tous leurs efforts pour me jeter dans le désespoir à la vue de mes péchés; ah! quand vous verrez mon âme ainsi assiégée, ne m'abandonnez pas, aidez-moi de vos prières, pour que j'obtienne la confiance et la sainte persévérance. Comme alors, perdant peut-même la parole et même l'usage des sens, je ne pourrai plus prononcer votre saint nom ni celui de votre divin Fils, je vous invoque dès ce moment et je vous dis : " Jésus et Marie, je vous recommande mon âme !" 


dimanche 13 avril 2014

Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur


L'Entrée triomphale de Notre Seigneur à Jérusalem, et de son Eglise dans la Semaine Sainte.

Du vénérable abbé Henri Marie Boudon,

« L’homme de Dieu en la personne du Rév. Père Jean-Joseph Seurin »,
Partie III, chap. 12,
Le triomphe du zèle divin dans la mort du Père


Si le zèle divin est un amour pur, un amour fort et ardent, on peut dire qu’il fait jamais mieux connaître sa pureté et sa force qu’à la mort, puisque c’est dans ce doux et heureux moment qu’il se sépare de l’être créé pour s’unir à l’incréé et, qu’ainsi, c’est pour lors qu’il est saintement victorieux et qu’il triomphe avec gloire.

Quelques victoires qu’il puisse gagner en cette vie, il est toujours sujet à de nouveaux combats, toujours dans le péril d’être vaincu ; mais le triomphe de la mort est une victoire éternelle ; les palmes que l’on y remporte ne flétrissent jamais et les lauriers que l’on y gagne sont des lauriers immortels.

Ah ! que le disciple de l’amour a un grand sujet de s’écrier : « Bienheureux morts qui meurent au Seigneur » (Apoc XIV,13).
Que le Psalmiste a raison de dire : « Que la mort des saints est précieuse en la présence du Seigneur » (Psal CXV,15).

Michel Corneille l'Ancien, la bénédiction des Rameaux.



vendredi 11 avril 2014

La mort de Notre Seigneur ; Ô Mort ! où donc est ta victoire ?

Détail du retable de l'église de Pignan,
la descente de Croix et le côté transpercé

Saint Alphonse de Liguori, 

« Considérations sur la Passion »


Chap 6, I, Jésus meurt et triomphe de la mort

Saint Jean rapporte que notre divin Rédempteur, avant d'expirer, baissa la tête (Jn 19, 30). Ce fut pour marquer qu'il acceptait la mort de la main de son Père avec une entière soumission, puisqu'il mettait alors le comble à son humble obéissance en subissant le supplice de la croix (Ph 2, 8).

Ayant les mains et les pieds cloués à la croix, Jésus ne pouvait mouvoir aucune partie de son corps, excepté la tête. Or, la mort, dit saint Athanase, n'osait s'avancer pour ôter la vie à l'Auteur de la vie; il a donc fallu qu'il l'invitât lui-même, en inclinant la tête, à venir le frapper.

Saint Matthieu, parlant de la mort de Jésus-Christ, dit qu'il exhala ou envoya hors de lui son esprit (Mt 27, 50). Selon saint Ambroise, l'Évangéliste se sert de cette expression pour montrer que Notre-Seigneur mourut, non par nécessité ni par le fait des bourreaux, mais parce qu'il voulut bien mourir; il ne perdit point la vie, mais il la quitta de son plein gré. Il mourut volontairement, afin de sauver l'homme de la mort à laquelle il était condamné.

Tout cela avait été prédit par le prophète Osée, en ces termes: "Je les délivrerai des mains de la mort, je les rachèterai de la mort. Ô mort! je serai ta mort; ô enfer! je serai ta ruine!" (Os 13, 14). Saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire et l'Apôtre lui-même, comme nous le verrons bientôt, appliquent littéralement ce passage à Jésus-Christ qui, par sa mort, nous a délivrés des mains de la mort, c'est-à-dire de l'enfer, où l'on souffre une mort éternelle. Et proprement, suivant l'explication des interprètes, dans le texte hébreu, au lieu de Mort, on lit le mot Shéol, qui signifie Enfer.
Station de Chemin de Croix, la mise au tombeau.
Basilique de Marienthal

Mais comment Jésus-Christ a-t-il été la mort de la mort? C'est que notre Sauveur, par sa mort, a vaincu et détruit la mort que le péché nous avait causée. L'Apôtre demande ce qu'est devenue, après cette défaite, la mort de son aiguillon, qui est le péché; il assure que la victoire du Sauveur a tout fait disparaître: "La mort a été engloutie dans la victoire" (I Co 15, 54). Par sa mort, l'Agneau divin a détruit le péché, qui était la cause de notre mort. Tel fut donc le triomphe du Fils de Dieu: en mourant pour nous, il a ôté du monde le péché, et nous a par conséquent délivrés de la mort éternelle, à laquelle tout le genre humain était assujetti.

Ce que nous disons se confirme par un autre texte de l'Écriture. On y lit que Jésus-Christ "a réduit à l'impuissance, par sa mort, celui qui a la puissance de la mort, c'est-à-dire, le diable" (He 2, 14). Jésus-Christ a détruit le démon qui avait le pouvoir de donner la mort temporelle et éternelle à tous les enfants d'Adam, infectés du péché. Et c'est là cette victoire de la Croix chantée par l'Église: Jésus, qui est la Vie même, ou l'Auteur de la vie, en mourant sur la croix, nous a procuré la vie éternelle.

Ce prodige est l'œuvre de l'Amour divin qui, faisant les fonctions de prêtre, offrit en sacrifice au Père éternel la vie de son Fils unique pour le salut des hommes, comme la Sainte Église l'exprime dans ses chants.

Sur quoi saint François de Sales s'écrie: "Voyons-le, ce divin Rédempteur, étendu sur la croix comme sur son bûcher d'amour, où il meurt d'amour pour nous. Eh! que ne nous jetons-nous en esprit sur lui, pour mourir sur la croix avec lui qui, pour l'amour de nous, a bien voulu mourir !"

Oui, mon doux Rédempteur, j'embrasse votre Croix! C'est ainsi que je veux vivre et mourir, ne cessant jamais de baiser avec amour vos pieds sanglants, transpercés pour moi. 


 
Sainte Face de Créteil.

Cette Sainte Face fut donnée au Carmel de Créteil (France) par la Reine Marie-Thérèse, qui la tenait de son père, le Roi d’Espagne Philippe IV. La Reine l’apporta avec elle en France, lors de son mariage avec Louis XIV.

Cette sainte image avait été enlevée aux chrétiens par les Maures qui, en haine de la religion chrétienne, voulurent la mettre en pièces à coups de couteau ; c’est alors que, de cette image, sortit du sang en abondance ; ils la jetèrent au feu afin de la détruire, mais ils ne purent réussir à la brûler. Elle fut heureusement arrachée de leurs mains, et l’on y voit encore le sang et les marques des coups dont on voulut la déchirer.

C’est l’Église de Tolède qui conserva ce trésor et le donna à Philippe IV. A la Révolution Française en 1792, lorsque les Carmélites furent forcées de quitter leur monastère de la rue de Grenelle, à Paris, les révolutionnaires s’emparèrent du cadre en matière précieuse, et l’image fut jetée à terre comme insignifiante. L’un des commissaires la ramassa et la tendit à la Mère Prieure... geste inattendu qui sauva ce trésor.  


mercredi 9 avril 2014

La crucifixion du Seigneur

Le Calvaire, en hébreu - Golgotha -
chapelle de la Crucifixion du Sauveur,
Basilique du Saint-Sépulcre de Jérusalem

Saint Alphonse-Marie de Liguori 

Considérations sur la Passion de Jésus-Christ


Chap. 3, IV, le crucifiement

D'après les révélations faites à sainte Brigitte, quand notre Sauveur se vit sur la croix, il étendit de lui-même sa main droite à l'endroit où elle devait être clouée. Les bourreaux clouèrent ensuite sa main gauche, et enfin ses pieds sacrés; après quoi, ils laissèrent Jésus mourir sur ce lit de douleur. Saint Augustin dit que le supplice de la croix était extrêmement cruel, parce qu'il rendait la mort la plus lente, afin de prolonger la douleur.

Ô ciel ! quel spectacle de voir le Fils du Père éternel crucifié entre deux criminels ! C'est là précisément ce qu'Isaïe avait prédit (Is 53, 12). Saint Jean Chrysostome, considérant Jésus en croix, s'écrie avec admiration et amour : " Je vois mon Sauveur dans le ciel entre le Père et le Saint-Esprit; je le vois sur le mont Thabor entre deux Saints, Moïse et Élie; et comment le vois-je maintenant crucifié sur le Calvaire entre deux voleurs ?" Mais cela devait être ainsi; car, selon le décret divin, c'est ainsi qu'il devait mourir, pour expier par sa mort les péchés des hommes et les sauver, conformément à la prophétie d'Isaïe.

Le même Prophète fait cette question: "Quel est cet homme si beau et si fort, qui vient d'Édom, les vêtements couleur de sang ?" (Is 63, 3). Édom marque la couleur rouge, mais un peu foncée, comme on le voit dans la Genèse (Gn 25, 30). Cette demande est suivie d'une réponse, et, d'après les interprètes, c'est Notre-Seigneur qui parle: "C'est moi qui professe la justice, et qui me montre grand pour sauver" (Is 63, 1).

Jésus crucifié entre les deux voleurs (larrons), par Tiepolo.

Le Prophète interroge de nouveau: "Pourquoi donc vos vêtements sont-ils rouges, comme les habits de ceux qui foulent le vin dans le pressoir au temps de la vendange?" (Is 63,2). Et le Seigneur répond: "J'ai été seul à fouler le vin; aucune homme ne s'est trouvé avec moi" (Is 63,3). Par ce pressoir, Tertullien, saint Cyprien et saint Augustin entendent la Passion de Jésus-Christ, dans laquelle son vêtement, c'est-à-dire sa chair sacrée fut tout couvert de sang et de plaies, selon ce que dit saint Jean dans l'Apocalypse: "Le manteau qui l'enveloppe est trempé de sang; et son nom? Le Verbe de Dieu" (Ap 19,13). Saint Grégoire dit que, dans ce pressoir dont parle Isaïe, notre Sauveur a été foulé et a foulé. Il a foulé parce que, dans sa passion, il a vaincu les démons; et il a été foulé, parce que son corps adorable a été brisé dans les tourments comme le raisin dans le pressoir, suivant cet autre texte du même Prophète, déjà cité: "Yahvé s'est plu à l'écraser par la souffrance" (Is 53,10).

Voilà donc ce divin Maître, qui était "le plus beau des hommes" (Ps 44, 3), le voilà, sur le Calvaire, tellement défiguré à force de tortures, qu'il fait horreur à qui le regarde. Mais il en paraît d'autant plus beau aux yeux des âmes dont il est aimé; car ces plaies, ces meurtrissures, ces chairs déchirées, sont autant de marques, autant de preuves de son amour pour nous. Écoutons un poète exprimer fort bien ce sentiment:

Descente de Croix, Rubens.
Lorsqu'on te considère, ô Sauveur de mon âme,
Si maltraité pour nous par la main du bourreau,
Le cœur reconnaissant de ton amour s'enflamme; 

Plus on t'a déchiré, plus tu nous sembles beau.

Mais, ajoute saint Augustin, ce que Notre-Seigneur perd en beauté, nous le gagnons. En effet, c'est la difformité de Jésus crucifié qui fait la beauté de nos âmes. Elles étaient toutes défigurées; mais, lavées dans son sang divin, elles deviennent toutes pures et toutes belles, selon ce qu'on lit dans l'Apocalypse (Ap 7, 13). Tous les Saints, comme enfants d'Adam, excepté la Bienheureuse Vierge, ont été quelque temps couverts d'une robe souillée du péché de leur premier père et de leurs propres fautes; mais, purifiée par le sang de l'Agneau, elle est devenue toute blanche et agréable aux yeux de Dieu.

Vous aviez donc raison de dire, ô mon Jésus ! qu'une fois élevé en croix, vous attireriez tout à vous (Jn 12, 32). Assurément, vous n'avez rien omis pour gagner l'affection de tous les cœurs. Aussi, combien d'âmes heureuses, en vous voyant crucifié et mort pour leur amour, ont tout abandonné, richesses, dignités, patrie, parents, et ont osé braver les tortures et la mort, pour se donner entièrement à vous! Malheur à ceux qui rejettent les grâces que vous leur avez procurées par tant de travaux et de douleurs! Ah ! leur plus grand tourment dans l'enfer, ce sera de penser qu'ils ont eu un Dieu qui, pour les attirer à son amour, a donné sa vie sur une croix, et qu'eux, de leur plein gré, ils ont voulu se perdre, se vouer à une ruine 1irréparable à jamais, durant toute l'éternité. Eh quoi, mon doux Rédempteur, j'ai moi-même mérité de tomber dans ce malheur, pour les offenses que je vous ai faites! Combien de fois n'ai-je pas résisté à votre grâce, par laquelle vous cherchiez à m'attacher à vous ? Combien de fois, méprisant votre amour, ne vous ai-je pas tourné le dos, pour suivre mes inclinations ? Ah! que ne suis-je mort plutôt que de vous offenser! que ne vous ai-je toujours aimé! Je vous rends grâce, ô mon Amour! de m'avoir supporté avec tant de patience, et même, au lieu de m'abandonner comme je le méritais, d'avoir multiplié envers moi vos invitations, vos traits de lumière, et vos miséricordieuses inspirations. Je vous en remercierai éternellement : "L'amour du Seigneur, à jamais je le chante" (Ps 88, 2).

Notre-Dame des douleurs, Ayamonte.
Mon Sauveur et mon Espérance ! je vous en conjure, ne cessez pas de m'attirer à vous et de me fortifier de plus en plus par le secours de vos grâces, afin que dans le ciel je puisse vous aimer avec plus d'ardeur, en me rappelant tant de miséricordes que vous m'avez faites, après tant de déplaisirs que je vous ai donnés. J'espère tout par les mérites de ce sang précieux que vous avez répandu et de cette mort douloureuse que vous avez endurée pour moi.


Sainte Vierge Marie,
protégez-moi,
priez pour moi !


dimanche 6 avril 2014

5e Dimanche de Carême - Dimanche de la Passion du Sauveur

Par Amour pour nous, Jésus porte la Croix.
Nous ne pouvons répondre à l'Amour que par notre amour.

Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « Science et pratique du Chrétien »
5e règle du Chrétien : Porter sa Croix avec Jésus 


Si c’est donc Jésus qui souffre dans le Chrétien - qui est son membre -, le Chrétien doit souffrir d’une manière digne de Jésus. Il doit souffrir non seulement avec patience, dit saint Bernard, mais avec une sainte joie au moins dans la suprême partie de son âme. Il doit mettre son plaisir à endurer pour Jésus. Il doit souffrir avec actions de grâces à cause du rapport glorieux qu’il a avec son divin Chef.

Il doit mettre sa gloire dans l’abjection de la Croix, bénir et louer hautement la divine Providence dans toutes les occasions qu’elle lui donne de la porter. Il ne doit jamais se lasser de souffrir l’aimable Jésus dont il est le membre, ayant souffert dès son avènement au monde et jusqu’au dernier soupir de sa précieuse vie.
 
La Crucifixion
(… Le Chrétien) doit être prêt à souffrir toutes sortes de peines à l’imitation de son bon Maître : la pauvreté la plus rigoureuse en quelque manière qu’elle lui arrive, Jésus étant né dans une Crèche, ayant vécu d’aumônes dans le temps de ses divines Prédications, n’ayant pas eu de lieu où reposer sa tête et étant mort tout nu sur une Croix.

Il doit recevoir avec patience les mépris les plus humiliants : Jésus, après avoir été fouetté, ayant servi de jouet à toute une compagnie de soldats, ayant enduré tous les opprobres et toutes les ignominies possibles, les voleurs et les homicides lui ayant été préférés et ayant été condamné à mourir sur une Croix.

Le Chrétien doit accepter les douleurs les plus sensibles. Jésus, ayant été l’homme de douleurs, il doit être prêt à souffrir en toutes sortes de manières, soit en son corps, soit en son esprit, soit extérieurement, soit intérieurement, Jésus, ayant été crucifié et dans son extérieur et dans son intérieur.

Mais Jésus, ayant souffert de toutes parts, de la terre, de l’enfer, du ciel, des hommes et particulièrement de son peuple, de ses parents, de la populace, des gens de qualité, des magistrats, des gouverneurs de Province, des rois, des docteurs de la Loi, des princes, des prêtres, de ses disciples, de ses Apôtres, des démons, et l’abandon à la Croix, de Dieu son Père ; je ne vois pas quelles personnes nous pourrions récuser pour être la matière de notre Croix qu’il nous faut porter car c’est notre Croix que notre Maître veut que nous portions préférablement à celles des autres.


Dürer, les Anges portant le Mandylion
(le voile de sainte Véronique),1513.

vendredi 4 avril 2014

Le portement de la Croix. Venez, nous dit le Seigneur, suivez-moi

Jérôme Bosh, Jésus portant sa Croix pour le Salut du monde.

Saint Alphonse-Marie de Liguori,

Considérations sur la Passion de Jésus-Christ



Chap. 3, III, Jésus porte sa croix

La croix commença à faire souffrir notre Sauveur avant qu'il y fût cloué; car, après la sentence prononcée par Pilate, on l'obligea à la porter jusqu'au Calvaire, où il devait mourir; et Jésus, sans résister, la chargea sur ses épaules (Jn 19, 17). Saint Augustin fait ici cette réflexion : "Si l'on considère la cruauté dont on usa envers Jésus-Christ, en le forçant de porter lui-même l'instrument de son supplice, ce fut une grande ignominie; mais, si l'on considère l'amour avec lequel ce divin Maître embrassa sa croix, ce fut un grand mystère" ; car, en portant sa croix, il a voulu, comme notre Chef, arborer l'étendard sous lequel devaient s'enrôler et combattre ceux qui voudraient le suivre, pour conquérir avec lui le royaume des cieux.

"Il a reçu l'empire sur les épaules" (Is 9, 5). Sur ce passage d'Isaïe, où le Prophète annonce que le Messie portera sur son épaule la marque de principauté, saint Basile observe que, tandis que les tyrans, pour accroître leur puissance, surchargent injustement leurs sujets, Jésus-Christ a voulu se charger de sa croix et la porter lui-même pour y sacrifier sa vie, afin de nous procurer le salut. Remarquons en outre que les rois de la terre fondent leur principauté sur la force des armes et l'accumulation des richesses; Notre-Seigneur, au contraire, a fondé la sienne sur la croix, c'est-à-dire, sur l'humiliation et la souffrance; et il s'est soumis volontairement à porter sa croix sur le chemin douloureux du Calvaire, pour nous encourager par son exemple, et pour engager chacun de nous à se charger de sa croix avec résignation et à le suivre, comme il le dit à tous ses disciples (Mt 16, 24).

Chemin de Croix par Tiepolo, la 3e chute.
Notons ici les beaux titres que saint Jean Chrysostome donne à la Croix dans son homélie sur ce sujet. Il l'appelle : "L'Espérance des chrétiens et Le Salut des désespérés". Quelle espérance de salut auraient eu les pécheurs sans la croix sur laquelle Jésus-Christ est mort pour les sauver?
"Le Guide des navigateurs". L'humiliation qui vient de la croix, c'est-à-dire de l'adversité, nous fait obtenir dans cette vie, qui ressemble à une mer remplie d'écueils, la grâce d'observer la loi de Dieu, et de nous amender lorsque nous l'avons transgressée, selon ce que dit le Psalmiste: "Seigneur, c'est un bien pour moi que vous m'ayez humilié, afin que j'apprenne à garder vos commandements" (Ps 118,71).
"Le Conseiller des Justes". L'adversité éclaire les justes et les porte à s'unir plus étroitement à Dieu.
"Le Repos des affligés". Où, en effet, ceux qui sont affligés trouvent-ils plus de consolation que dans la croix, sur laquelle ils voient mourir de douleur, pour l'amour d'eux, leur Rédempteur et leur Dieu ?
"La Gloire des Martyrs". Ce qui fait la gloire des Saints Martyrs, c'est d'avoir pu unir leurs souffrances et leur mort aux souffrances et à la mort de Jésus-Christ sur la croix. Aussi l'Apôtre disait-il qu'il ne voulait point être glorifié autrement (Ga 6, 14).
"Le Remède dans les maladies". Oh ! quel heureux remède que la croix pour bien des personnes atteintes de maladies spirituelles! Les tribulations les font rentrer en elles-mêmes et les détachent du monde.
"La Source qui désaltère ceux qui ont soif". La croix, c'est-à-dire, souffrir pour Jésus-Christ, c'est le désir, la soif des saints. Sainte-Thérèse disait : "Ou souffrir, ou mourir!" Sainte Marie-Madeleine de Pazzi allait plus loi, et s'écriait: "Souffrir, et ne pas mourir!" comme si elle eût refusé de mourir et d'aller jouir du paradis, pour souffrir plus longtemps sur la terre.

Du reste, généralement parlant, juste ou pécheur, chacun a sa croix. Quoique les justes jouissent de la paix du cœur, ils ont néanmoins leurs vicissitudes : ils sont tantôt consolés par les douces visites du Seigneur, et tantôt affligés par les contrariétés, les infirmités corporelles, et les dégoûts spirituels, par les scrupules, les tentations, et les craintes pour leur salut. Mais la croix des pécheurs est beaucoup plus pesante, à cause des remords de leur conscience, des terreurs qui les saisissent quand ils songent aux peines éternelles, et des tourments qu'ils éprouvent dans les adversités. Les saints, dans l'adversité, se résignent à la volonté divine, et supportent tout patiemment ; mais le pécheur, comment pourra-t-il trouver le repos dans la résignation à la volonté de Dieu, s'il est ennemi de Dieu ?

Les peines des ennemis de Dieu sont des peines sans mélange, sans consolation. C'est ce qui faisait dire à sainte Thérèse que celui qui aime Dieu embrasse sa croix de bon cœur et ne la sent pas, tandis que celui qui n'aime pas Dieu traîne la sienne par force et peut ainsi ne la sentir que trop. 


Vitrail de la Croix glorieuse, détail.
Eglise Saint-Leu - Saint-Gilles, Paris.

mardi 1 avril 2014

La famille, ce n'est pas un poisson d'Avril !
Bon chemin vers Pâques.